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III. — LA CULTURE

Elle occupe encore 60 p. 100 de la population. Malgré les encouragements officiels, elle s'est moins transformée que les autres modes d'activité. Une des causes de cette stagnation, avec les difficultés des transports sur route, est l'extrême morcellement de la propriété foncière, qui s'oppose aux mises de fonds. Plus de la moitié des familles cultivent moins de 1 hectare, et 1 p. 100 seulement plus de 5. Elles sont incapables d'entreprendre le défrichement des terres incultes, que tentent seulement des capitalistes, des compagnies de colonisation. Aussi l'extension des terres exploitées n'a pas suivi, il s'en faut, l'accroissement de la population : elles n'occupent encore que 35 p. 100 de la surface totale, soit 1 hectare par habitant. L'outillage agricole ne semble guère s'être amélioré; le progrès technique le plus marqué paraît être l'emploi plus large des engrais, sul-

LA VIE MODERNE

fate d'ammoniaque indispensable pour les cultures irriguées, nitrates de soude chiliens; de plus en plus on emploie les résidus de la pêche, les algues, qui donnent lieu à une industrie importante le long des côtes. Mais l'élevage ne s'est pas encore assez développé pour fournir l'engrais aux champs. Le bétail japonais reste peu nombreux : pour 1 000 habitants, il n'y a que 243 bovidés; aussi la viande reste d'un prix élevé. Le riz est toujours la principale culture, celle qui nourrit la masse, bien que le paysan vende souvent l'excellent riz nippon pour se contenter de céréales inférieures. La production moyenne est de 104 millions d'hectolitres. Son prix « influe directement, souverainement sur la capacité d'achat de 1^ population ». Les autres céréales occupent une surface moitié moindre, mais se répandent dans le Nord, ainsi que les pommes de terre; le Japon commence à exporter beaucoup de farine et de bière. Le coton, l'indigo reculent, et même le thé. La sériciculture s'est étendue dans Hondo, surtout autour de Yokohama, où elle fait gagner au paysan autant que le riz ; elle est très encouragée et surveillée par l'État, qui cherche à donner aux cocons japonais la qualité de ceux de l'Italie. Très nombreux sont les paysans dont la terre serait trop petite pour nourrir leur nombreuse famille, mais dont le ver à soie double le revenu. Le Japon est aussi devenu récemment un grand producteur de fruits et de légumes, qu'il exportait en masse dans l'Asie Russe avant la Révolution. Les forêts, qui couvrent plus de la moitié du territoire, sont l'objet d'une sollicitude toute spéciale depuis que l'on craint les torrents et que le prix du bois s'est accru. La Chine, la Mantchourie en manquent, et l'industrie forestière est devenue rémunératrice.

La culture nipponne a donc conservé ses caractéristiques : prédominance du riz et de la soie, négligence de l'élevage. Ce n'est pas sans de graves inconvénients. La monoculture du riz dans les plaines fait dépendre la vie économique d'une récolte fort aléatoire et ne dispense pas d'achats à l'étranger; le déficit fut en moyenne de 5 400 000 hectolitres de 1921 à 1926. Les agronomes officiels recommandent de varier les assolements et de créer des prairies, ce qui permettrait, par l'utilisation de la montagne, d'accroître considérablement les ressources du pays et sa population. Mais ces progrès se heurtent à la pauvreté et à la routine du paysan, aux habitudes des consommateurs, qui commencent à accepter le blé, les pommes de terre, la viande, mais dont beaucoup restent fidèles au riz; ces lentes transformations ne réagissent encore que faiblement sur la production.

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