yen en
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On remarquera d'abord le déclin de la participation européenne au commerce japonais. Ce déclin, qui date de loin, a été précipité par la guerre; on a vu, pendant les hostilités, les produits de l'industrie japonaise pénétrer en Europe et inquiéter les bonnetiers du Lancashire. Mais à la suite du réveil des fabriques européennes ils ont été évincés. En 1925, la France, acheteuse de soies brutes, figure au septième rang parmi les clients du Nippon, alors qu'elle reste au onzième parmi ses fournisseurs.
Grâce à leur besoin de soie brute, accessoirement de porcelaines et de thé, les États-Unis sont depuis un demi-siècle le principal débouché du Japon. Leurs importations au Nippon, longtemps assez faibles, s'étaient développées au
FiG. 39. — Exportations du Japon (en milliers de yen = 12 723 francs, sauf les variations du cours).
Ascension lente et progressive jusqu'à la Grande Guerre, très rapide ensuite jusqu'en 1919; chutes brusques de 1921 (crise mondiale) et de 1923 (séisme de Tokyo); amélioration dans les dernières années. Décadence relative du commerce européen, progrès des ventes en Asie et en Amérique.
point d'égaler, en 1913, celles de l'Angleterre. Ici encore, la guerre a précipité l'évolution. L'Amérique, avec son coton, ses bois, ses fers et ses machines, est à cet égard le grand fournisseur du Japon. Ainsi elle a enlevé à l'Europe la part du lion dans les bénéfices de l'ouverture du vieil empire, et, d'autre part, les deux rivaux pour l'hégémonie du Pacifique se trouvent dans une dépendance économique étroite.
Les relations avec l'Asie seraient certainement au premier rang, grâce surtout aux exportations, sans les troubles chinois. Le grand client du Japon industriel est la Chine, comme les États-Unis, du Japon agricole. Déjà, avant la guerre, les progrès du Nippon paraissaient redoutables pour l'Angleterre et l'Amérique. Il profitait de la proximité, de certaines ressemblances de mentalité et de langage; ses voyageurs répandaient ses produits jusque dans les contrées les plus reculées, mais surtout dans le bassin du Fleuve Bleu. Aujourd'hui il doit lutter, devant l'hostilité indigène, qui s'est traduite par des boycottages, devant la concurrence des Anglo-Saxons et de l'industrie locale. Il lui sera bien malaisé de transformer la Chine, comme il le rêvait, en une colonie qui lui enverrait des matières premières contre des objets manufacturés. De même, parmi les fournisseurs de l'Inde, il est serré de près par les États-Unis
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et le cède à l'Angleterre. Il achète plus qu'il ne vend aux Indes Néerlandaises, à l'Indochine. Mais il cherche à développer ses affaires dans ces pays très peuplés et encore peu manufacturiers. En effet, il ne sait encore s'il peut compter sur les marchés lointains comme l'Amérique du Sud, l'Australie, le Cap, où son commerce fit pendant la guerre des progrès plus extraordinaires encore qu'ailleurs, suivis de reculs aussi rapides. La concurrence anglo-saxonne, le protectionnisme des possessions britanniques l'obligeront peut-être à concentrer ses ambitions entre Singapour et Vladivostok, dans un domaine déjà assez vaste pour l'occuper fructueusement.
Dans ces pays neufs, que l'Europe considérait comme des chasses gardées, le Japon est maintenant un concurrent redoutable, moins cependant qu'on le croyait en 1918, à condition que l'Europe puisse se remettre au travail dans la paix. Son rival sortira peut-être bientôt des difficultés présentes, qui cependant justifient l'impression déjà ancienne que l'admirable développement économique du Nippon a quelque chose d'artificiel et de fragile. Ce fut un tour de force de créer la grande industrie dans un pays sans fer, sans coton, dont les principaux avantages étaient un charbon qui va s'épuiser, une main-d'œuvre abondante, mais qui commence à vouloir être rétribuée. Aucun doute qu'il ne le cède de loin, en ressources comme en population, à une Chine régénérée. Les troubles actuels, il est vrai, laissent à celle-ci le rôle d'une bonne cliente et non, de sitôt, d'une concurrente ou d'une ennemie. Mais on voit ce que la prospérité future du Japon suppose : la continuation prolongée des crises européenne et chinoise. Or ses industries sont une machine montée pour l'exportation, car le marché national, restreint par la pauvreté populaire, ne peut leur suffire; d'autre part, elles créent, lentement, mais sûrement, un milieu favorable aux pires luttes sociales. L'avenir est aussi incertain pour le Japon que pour les vieilles nations.
y. — LA POPULATION
Densité. Répartition. — En 1925, la population des quatre grandes îles atteignait 59 737 000 habitants. Avec Sakhaline, la Corée et Formose, l'Empire comptait 83 458 000 sujets. Restée longtemps stationnaire, la population augmenta rapidement après la Rénovation. Vers 1914, le taux d'accroissement annuel était d'environ 15 p. 1000, sensiblement égal alors à celui de la Russie et de l'Allemagne, très inférieur à celui de Java (22); il s'est réduit dans les dernières années (13,6 en 1924). Bien que la natalité soit considérable (34 p. 1 000) et que la mortalité ne dépasse guère celle de la France, la race ne pullule point comme on le dit parfois. L'étude de la densité donne la même impression. La densité du Japon proprement dit est de 157 et, abstraction faite de Hokkaido, de 184, chiffre considérable pour un pays surtout agricole, mais qui n'approche pas de celui de Java (274). Il n'en reste pas moins qu'en ce moment l'accroissement annuel atteint près d'un million. Aujourd'hui plus que jamais le Japon s'inquiète de savoir comment il pourra nourrir ce surplus. De bons observateurs affirment que la production pourrait augmenter dans la même proportion si l'on mettait en valeur les montagnes et les marais, si l'on développait la culture du blé, l'élevage et surtout l'industrie
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qui fait vivre une partie relativement faible de la population. D'autres croient ces remèdes insuffisants. En tout cas, ils ne vont pas sans bien des difficultés, des aléas, des changements profonds dans les habitudes du pays. Et le fait qu'on les discute si ardemment dans la presse nipponne, que certains préconisent même la restriction des naissances, si opposée aux mœurs du Japon moderne, montre la gravité du problème démographique.
La densité est très inégalement répartie, puisque les quatre cinquièmes du sol japonais ne sont pas cultivés. Une carte dressée par préfectures (fig. 40) montre des zones de forte densité au Nord-Ouest de Kiou-siou, sur les rivages de la Mer Intérieure, sur ceux de Hondo jusqu'à Tokyo, Partout la densité y dépasse 150 habitants au kilomètre carré, parfois même 300; elle va jusqu'à 434 au Nord de Sikok, pourtant dépourvu d'industrie. Dans cette zone, qui correspond à la grande dépression tectonique de l'archipel et qui est le cœur du vieux Japon, la culture a, de longue date, pris possession de plaines relativement vastes et fertiles; les produits s'échangeaient facilement par le cabotage, jusqu'à des cités populeuses; puis ce fut là que s'installèrent l'industrie et le commerce modernes. Autour de ces coins privilégiés, la population se raréfie rapidement dès qu'on pénètre dans la montagne, où elle n'occupe guère que les vallées. Toutefois le développement de la sériciculture dans le centre de Hondo y maintient des densités de 100 à 200 habitants, et la population de quelquesunes de ces provinces accidentées, de Tokyo à Kyoto, s'accroît rapidement. Dans les îles méridionales, on observe le contraste entre les régions tournées vers le Pacifique, de sol assez pauvre et de faible commerce, et les versants qui regardent, soit vers la Méditerranée, soit vers la Corée d'où vint la civilisation. Dans Hondo, le contraste est en sens inverse : les fortes densités suivent le littoral du Sud, non celui de l'Ouest, plus montagneux et tourné vers une partie du continent peu active. Au Nord de Tokyo, la population décroît rapidement et tombe à 59 habitants dans Iwaté, la pauvre province du Nord- Est : le pays est montagneux, de climat déjà rude, et les rizières se font rares. Cependant ces régions longtemps négligées attirent nombre de colons; ce sont celles dont la population augmente le plus après les districts urbains. La région subtropicale, où jusqu'ici la population japonaise s'est serrée à étouffer, semble se décongestionner assez vite au profit de la zone tempérée.
Groupement de la population. Les villes. — La plupart habitent des communes de 2 000 à 5 000 habitants, dont beaucoup ont été formées récemment par la réunion de centres distincts. Il s'est conservé nombre de petites villes, anciennes capitales de clans ou de féodaux, d'une vie factice et menacée par les grands centres économiques. Les villages agglomérés paraissent fréquents d -s les plaines, tandis que les habitations se dispersent volontiers quand le relief devient accidenté : ainsi sur les montagnes de Satsouma, où chacune s'entoure de ses champs et de ses vergers. Au bord des routes, les maisons de campagnards, mi-cultivateurs, mi-commerçants, se joignent en rues interminables, comme celle qui suit tout le Tokaido.
Malgré l'hésitation des paysans à se fixer dans les villes, elles les attirent de plus en plus. Le Japon comptait seulement cinq villes de plus de 100 000 habitants en 1877, et, sauf Tokyo, aucune n'approchait des énormes cités chinoises. Aujourd'hui, il en possède vingt et une, presque toutes situées sur les rivages
Géocrai'Hie universelle. — Asie des Moussons, I.
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méridionaux, dans la zone des fortes densités. Mais il est remarquable combien, même ici, la formation des grandes agglomérations modernes a été tardive. Kyoto ne date que du viii^ siècle; Nagasaki, du xvi^, lors des premières relations avec l'Europe; Tokyo était encore, au xv^, un simple hameau de pêcheurs; Yokohama, Kobé restèrent infimes jusqu'à Meiji. Par contre, des villes qui comptèrent leurs habitants par centaines de milliers, si importantes qu'elles marquèrent une ère de l'histoire intellectuelle, Nara, Kamakoura, n'ont conservé de leur grandeur passée que des temples ou des statues cachées dans des forêts. Longtemps les capitales se déplacèrent selon les caprices des souverains. Or leur choix pouvait hésiter entre divers sites presque également avantageux; ce fut toujours dans la plaine fertile entre la Méditerranée et le lac Biwa que s'éleva la résidence du mikado, mais rien n'y imposait de préférer Kyoto à Osaka, Nara, etc. Ces villes artificielles, empreintes géographiques d'une autorité politique singulièrement forte, étaient d'autant plus mobiles que l'on pouvait trouver partout les bois, les bambous, les arbres à papier, seuls matériaux employés à leur construction. Parfois même on les transportait de toutes pièces : en 1180, lors du transfert temporaire de la résidence impériale de Kyoto à Osaka, toutes les maisons furent démontées et chargées sur des radeaux. Dans ces capitales, comme dans celles des riches daïmyo, Kagoshima, Nagoya, Sendai, Kanazawa, affluaient des foules de samouraï, de marchands, d'artisans. Mais ces cités factices n'avaient point de commerce extérieur ni de grande industrie; elles ne possédaient donc pas les éléments de prospérité et les garanties de fixité des emporta chinois. Une énorme agglomération comme celle de Tokyo n'avait pas fait naître près d'elle un port digne de ce nom. Ce fut seulement après Meiji qu'une sélection s'opéfa parmi ces villes de résidence et que des organismes puissants furent créés pour assurer les relations du Japon avec l'étranger.
Tokyo est l'une de ces créations artificielles qui ont persisté et augmenté, parce que leur position satisfait aux nécessités présentes. L'ancienne capitale des shogoun, devenue en 1868 celle du mikado, fut fondée dans les mêmes conditions que Pétrograd un siècle plus tard, parmi les roseaux qui encombraient l'estuaire d'une petite rivière, la Soumida. Il fallut combler les marécages avec la terre prise sur le flanc des terrasses d'alluvions anciennes, que surmontent des palais et des temples au milieu des parcs. Dans la ville basse, les rues alternent avec des canaux où les jonques s'amarrent par milliers. Le milieu est occupé par la ville impériale, encore entourée des fossés qui la protégeaient. La centralisation du Japon moderne a fixé des milliers de nouveaux venus auprès de la cour, du parlement, de l'université. Tokyo est encore essentiellement une ville de résidence; cependant son rôle économique devient très actif, comme le montrent les usines récentes, les quartiers d'affaires construits depuis 1914 et si cruellement éprouvés par le séisme de 1923. A la suite de cette catastrophe, Tokyo a modernisé sa voirie, tracé 260 kilomètres de larges avenues, créé de vastes parcs où la population cherchera un refuge si la terre gronde encore ; de rapides progrès ont été réalisés pour les transports en commun dans cette agglomération qui s'étend sur plus de 500 kilomètres carrés. Un canal et un boulevard, long de 30 kilomètres, préparent sa fusion avec celle de Yokohama. Yokohama reste le véritable débouché de la plaine la plus peuplée, le grand marché de la soie, le siège des puissantes compagnies de navigation et de la principale colonie européenne au Japon. Les villas anglo-saxonnes grimpent sur les collines qui terminent la
130' 135° E Gr. 140 •
FiG. 40. — Densité de la population au Japon.
1, Régions comptant moins de .50 habitants au kilomètre carré; 2, De 50 à 100; 3, De 100 à 150; 4, De 150 à 200 ; 5, lie 200 à 2.">0; 6, De 250 à 300; 7, Mus de 300. — 8, Villes comptant de 70 000 à 100 000 habi- Unts; S, De 100 000 à 200 000 habitants; 10, De 400 000 à 500 000 habitants; 11, De 500 000 à 1 000 000 habitants; 12, Plus d'un million d'habitants. — Échelle, 1 : 10 500 000.
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plaine côtière ancienne, tandis que les bureaux et les quartiers indigènes se sont étendus, au contact du Tokaido, sur les alluvions modernes et les déblais enlevés aux collines : c'est le même site que Tokyo, En suivant le littoral par le Tokaido, aujourd'hui élargi, rendu accessible aux automobiles, longé par la principale ligne de chemin de fer du Japon, on arrive à Nagoya, ville prospère et animée; puis on atteint cette extrémité orientale de la Méditerranée où il y eut toujours au moins une grande cité depuis les origines mythiques de l'Empire. Kyoto fut bâtie en damier, selon le type des capitales chinoises, sur l'émissaire du Biwa, la Kamo-gawa aux eaux irrégulières et souvent dévastatrices l'été. L'ancienne résidence impériale a conservé son caractère archaïque, ses quartiers endormis, sa ceinture de temples sur les collines boisées qui la dominent, ses traditions d'élégance raffinée. Au contraire, Osaka est par excellence la ville d'affaires, de progrès rapide, d'esprit quasi américain; c'est le Manchester du Japon, comme, dans le voisinage, Kobé en est devenu le Liverpool. Osaka a des rues droites, mais étroites, car on circule sur ses nombreux canaux, comme sur ceux de Venise. De hautes cheminées d'usines cotonnières s'élèvent à côté de l'antique château des shogoun; ainsi se manifeste plus brutalement encore qu'ailleurs le contraste entre la vie passée et la vie moderne du Japon.
En effet, la plupart des villes sont en pleine transformation : et elle est rapide dans un pays où les maisons durent peu, même quand les incendies et les séismes ne viennent pas faire place nette. Les anciennes cités comportaient souvent de larges avenues, soit qu'elles aient été bâties le long d'une route, comme Shimonoseki, soit que leurs rues se croisent à angle droit, selon une disposition très fréquente en Extrême-Orient. Mais, entre ces avenues, c'était un dédale de venelles, d'impasses, de passages tortueux parmi des maisons privées d'air. La « congestion urbaine » y était plus marquée que dans Londres même : à Osaka, chaque kilomètre carré porte 65 000 habitants, fait d'autant plus remarquable que, en général, les maisons japonaises ont un étage au plus, d'où l'immense espace occupé par les agglomérations. On profite des catastrophes pour établir un réseau d'artères bien aérées. Des avenues larges et droites sont percées à la place des ruelles, dont les multiples détours montrent qu'elles avaient été à l'origine des pistes contournant les rizières. Des maisons en pierre s'édifient à l'instar de l'Europe, et même de laides bâtisses administratives ou industrielles, parfois élevées en gratte-ciel (pl. XLIV, B). Depuis 1923, on a édifié à Tokyo une série de monuments, de banques, de grands magasins dans le style de la Renaissance ou du xviiie siècle anglais; certaines ont une allure byzantine ou ne dépareraient pas Chicago. D'autres architectes, mieux inspirés, ont su emprunter aux Occidentaux leurs procédés de construction, non leur esthétique, et bâtir des maisons solides, mais d'un aspect très japonais. D'ailleurs, dès que l'on quitte les quartiers d'affaires, on constate que la ville indigène est assez peu modifiée. Même dans les cités les plus européanisées, comme Tokyo, pullulent toujours les maisons traditionnelles en bois devenu gris avec le temps, couvertes de tuiles noires, toutes pareilles, composant d'immenses agglomérations monotones d'où seuls se détachent quelquefois les faîtes recourbés d'un temple ou d'un château féodal transformé en caserne : villes généralement aussi laides et tristes que la nature environnante est d'une grâce souriante.
Jusqu'ici les foules ont conservé le costume national, le commode kimono de teinte sobre, mais accompagné parfois d'un chapeau melon! Le costume euro-
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péen est considéré comme une tenue officielle. ^Souvent, dans les hautes classes, on meuble à l'européenne une pièce d'apparat, pour recevoir l'étranger; mais, dans le reste de la maison, ce sont les meubles ou plutôt l'absence de meubles du vieux temps. Même dans celles des maisons de Tokyo que, depuis 1923, on a bâties à l'image des maisons européennes, l'intérieur est généralement aménagé selon le goût classique, dans toute sa simplicité, et l'on y vit à la japonaise.
L'avenir. — ■ Dans les premières décades de Meiji, lorsque le gouvernement donna pour mot d'ordre l'imitation de l'Europe, il ne fut que trop obéi, et l'on put craindre de voir disparaître sous la banale uniformité du monde moderne cette originalité restée intacte par miracle. Très vite les Japonais ont su choisir ce qui leur était utile et éliminer le reste. Ils ont conservé l'orgueil de leur passé, et celui-ci leur devient plus cher depuis leurs victoires. Après 1914, on a vu renaître des coutumes anciennes, des cérémonies déjà désuètes. Tout en cultivant notre science, souvent avec éclat, les Nippons recommencent à s'intéresser à leur art classique, à toute leur culture d'autrefois. Ils ne pécheront certes plus par excès d'admiration pour la culture èuropéenne. Le danger serait plutôt dans l'influence exercée sur les mœurs par les transformations économiques. Ce n'est pas impunément qu'un peuple, dont l'état social et la mentalité se rapprochaient en 1860 de ceux de l'Europe médiévale, passe tout d'un coup à ceux du capitalisme, avec sa fièvre de production et de jouissance. Nous savons l'existence misérable menée dans les usines, en opposition avec les gains scandaleux des nouveaux riches. Il y a là des germes d'un mécontentement inquiétant, et aussi d'un individualisme que ne limitent plus toujours, parmi ces populations urbaines déracinées, les règles anciennes et le respect de la famille. Le vieux Japon ressemblait peut-être moins au pays du sourire bouddhique dessiné par Lafcadio Hearn qu'à l'Italie violente de la Renaissance; pourtant, à voir comment il risque de s'enlaidir sans que le peuple en soit plus heureux, on peut douter qu'il ait gagné à connaître l'Europe. Peut-être cependant les crises sociale et morale qui le menacent seront-elles conjurées grâce à la santé de ses masses rurales, à la renaissance de son culte pour ses traditions?
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