C. UNE AVENUE MODERNE DE SEOUL (CORÉe
A droite, paili« inférieure d'une des portes de l'ancienne enceinte détruite pour pernieltre a la ville de s'étend le. Corlè(^e accompagnant l'enterrement d'un évêque.
! .. I. i\. XI. VII.
ïdi'ir. Joiiriini Cuit. Se. liii/j. Univ. Tuki/o.
A. FOIIMOSE. HAlilTATIOX DANS LA FOIiÈT.
Maison en bambou et magasin à vivres, riz, millet, etc. Indigènes de la tribu Taïyal.
l'Iiiit. I'.. Torii, Juurnnl Cuil. Se. Iiiiji. Unir. Tokijii. R. FORMOSE. IXDICÈXES DE LA ÏUIBU TAÏYAL.
Magasin à vivres élevé sui- pilulis. Sur la paroi, crânes d'ennemis. La photographie date de 1910; depuis, les Japonais ont conlraiuL prcscpie tous les " sauvages " à abandonner la " chasse au.v têtes ' .
G. U., t. iX, Pl. XLVllI.
L'EiMPIRE COLONIAL DU JAPON.
forêts, et l'on se rappelle dans les origines de la guerre russo-japonaise le rôle des sociétés fondées sur leur exploitation. Les fûts des pins flottent sur le Yalou jusqu'aux chantiers et aux scieries de Ngan-tong (Antong), d'où ils sont expédiés vers le Nord de la Chine, si pauvre en bois, parfois même jusqu'en Europe. Le gouvernement et les grandes maisons de négoce s'occupent activement de reboiser la Corée.
Les côtes sont très poissonneuses, surtout à l'Est; sur les routes on rencontre fréquemment des caravanes de poneys ou de coolies chargées de poisson salé ou séché au soleil. Mais les pêcheurs indigènes, pauvres et maladroits, n'ont que des jonques grossières, incapables d'affronter la pleine mer, et des instruments primitifs. Il leur est difficile de lutter contre les concurrents qui leur viennent du Japon. Ici encore, la pêche tend à devenir une industrie, d'autant plus que de vastes salines ont été créées aisément, le climat favorisant l'évaporation.
Les richesses minières de la Corée furent longtemps proverbiales. Plusieurs sociétés européennes et américaines se disputaient leur concession, en commençaient l'extraction, quand la conquête japonaise vint leur opposer les plus grandes difficultés. Tandis que les indigènes se contentaient de fouiller les alluvions aurifères, les Américains, les Français et les Anglais ont voulu attaquer les filons; les résultats semblent très satisfaisants et ont attiré l'attention des capitalistes nippons. Outre de l'or, on extrait du charbon (près de Phyeng-yang) et du fer exporté dans la métropole. L'industrie coréenne n'a guère tiré parti de ces richesses minérales. Sauf pour la fabrication du papier ou de ces admirables poteries que recherchent les collectionneurs, elle se réduit à ces toiles de coton, de lin, de soie que tissent les femmes de la campagne, aux sandales, aux nattes, aux multiples objets en osier ou en bois du mobilier coréen. Elle est restée toute familiale et rurale. Par contre, les Japonais commencent à créer d'importantes usines métallurgiques, textiles, agricoles.
La création des voies ferrées contribue à cet éveil économique. Mais, dans la pensée du gouvernement japonais, elles sont aussi, et peut-être surtout, destinées à assurer sa domination dans la péninsule et la Mantchourie. Tel est le but de la ligne principale, de Fou-san à Séoul (aujourd'hui nommé Keijo; pl. XLVI, B, et XLVII, A, B et C), qui se continue jusqu'à Moukden; par elle, les troupes débarquées à Fou-san peuvent gagner rapidement les positions stratégiques de la Mantchourie. Une ligne relie déjà Mokpo à ce Transcoréen qui constitue la voie la plus directe pour se rendre du Japon en Europe. Le programme nouveau prévoit, outre le tracé de nombreuses routes militaires, l'aménagement du port de Fou-san, pour le rendre digne de sa situation sur une voie mondiale, et le creusement de bassins éclusés à Tchemoulpo où les navires devaient s'ancrer à 3 milles de la côte. De plus, on acheva en 1914 la ligne Séoul-Gen-san, pour resserrer les relations de la capitale avec les régions du Nord-Est. On l'a prolongée jusqu'à Kwai-nei pour diriger vers ces contrées, modérément peuplées (40 hab. au kilomètre carré) et riches en terres arables, une partie de l'émigration japonaise. Les Japonais ont amorcé la construction d'une ligne de Seishin, excellent port situé près de la frontière russe, à la ville mantchoue de Ghirin, ce qui mettrait Kharbin à deux jours du Japon (fig. 16, p. 89). La réalisation de ce programme dans des régions montagneuses, dont certaines, celles du Nord, ne « paieront » pas avant de longues années, ne se fera sans doute que lentement. Mais ces projets montrent avec quelle activité les Japonais préparent l'accès de tout le pays à leurs soldats et à leurs colons.
LE JAPON
L'avenir. — Cette activité alla jusqu'à l'exagération dans les premiers temps de la conquête. Il semblait que le gouvernement voulût faire en quelques années de la Corée une terre japonaise, en appelant le plus possible de ses nationaux et en soumettant les indigènes à une administration importée de toutes pièces, trop souvent autoritaire et brutale. Même sans ces erreurs, le nouveau régime ne pouvait éviter d'être pénible pour les Coréens, parce qu'il bouleversait brusquement la vie économique. Beaucoup émigrérent, soit en Californie, soit à Vladivostok, soit en Mantchourie où ils sont déjà 531 000 (1927). Faut-il penser que la masse des indigènes va ainsi être refoulée par les nouveaux venus et qu'aucun accord n'est possible? Le problème est certes délicat, toute opposition nationale mise à part, puisque le rêve du gouvernement japonais est d'introduire une colonisation agricole dans un pays de petits cultivateurs. La situation ne paraît cependant pas sans issue. D'abord la majorité des Japonais est venue jusqu'ici non pour la terre, mais pour le commerce et les pêcheries. Sur 425 000, quelques milliers seulement se sont établis dans les campagnes. Les compagnies de colonisation qui achètent les terres les louent plus souvent à des Coréens qu'à des Japonais. Les cultivateurs japonais seraient-ils beaucoup plus nombreux que l'espace ne leur manquerait pas, avant qu'ils soient obligés d'entrer en compétition avec les indigènes. Le gouvernement estime à plus d'un million d'hectares les terres cultivables actuellement en friche; or, chaque famille ne travaille en moyenne que 90 ares; on voit qu'il reste de la place, surtout quand les travaux de reboisement et d'irrigation permettront de tirer tout le parti possible des dépressions alluviales. Les deux peuples peuvent donc vivre côte à côte sans se gêner. D'ailleurs, tout en surveillant de très près l'état des esprits, le gouvernement semble maintenant désireux de s'attacher ses sujets en respectant leurs traditions, en les faisant participer à la prospérité du régime nouveau. Il les encourage à perfectionner leurs cultures et leurs industries; il leur assure une sécurité qu'ils n'avaient jamais connue; il crée partout des écoles, et déjà la langue japonaise est répandue d'un bout à l'autre de la péninsule au point d'altérer profondément la langue nationale.
Les Coréens sauront-ils sortir de leur passivité, autrement que par l'action révolutionnaire de quelques étudiants, et les plus énergiques d'entre eux, ceux qui vont s'instruire à l'étranger, formeront-ils une élite capable de continuer au profit de leur patrie le développement économique inauguré par le conquérant? ou ce développement se fera-t-il tout entier par l'œuvre des Japonais et selon les besoins de la métropole? On n'ose espérer la première solution, bien qu'il se forme une classe de jeunes commerçants désireux de remplacer les intermédiaires étrangers. Toujours est-il que le Japon, après avoir reçu de la Corée la culture chinoise, est en train d'y introduire, de gré ou de force, la civilisation européenne.