IV. — FORMOSE ET LES ILES DU SUD
Les Riou-kiou. — De Kiou-siou à Formose, l'archipel des Riou-kiou reproduit la disposition en guirlande des Kouriles et des Aléoutiennes (fig. 41). Il est constitué par deux rangées d'îles entourées de récifs coralliens. L'une, extérieure, tournée vers le Pacifique, est en général paléozoïque, tandis que la rangée intérieure contient plusieurs cratères actifs. Elles ont, depuis longtemps, été séparées du Japon, comme le montre l'originalité de leur flore; en outre, beaucoup d'espèces leur sont communes avec Formose. L'extrême humidité du climat, au voisinage du Kouro-shiwo, y entretient une végétation de serre (cycadées, fougères arborescentes). Très peu marins, les insulaires sont, par contre, d'excellents agriculteurs, très entendus à l'irrigation, qui obtiennent en deux ans, soit trois récoltes de riz, soit cinq récoltes de patate douce, la principale nourriture du peuple, avec une espèce de sagou. Ils n'exportent guère que 'le sucre. Leurs traits et leur langage attestent une affinité frappante avec les Japonais^, tandis que, par le type d'habitation, le calendrier, le gouvernement, ils ont subi l'influence chinoise. Cette juxtaposition s'explique par la proximité des deux empires. Les princes de l'archipel, depuis le xvije siècle, leur payaient tribut à l'un et à l'autre. En 1872, il fut annexé au Japon et rattaché en partie à l'administration de Kiou-siou, qui depuis longtemps y envoyait des immigrants.
Formose^. — Longue de 395 kilomètres, avec une largeur maximum de 123 kilomètres et une superficie de 35 970 kilomètres carrés, Formose s'élève vers l'Est par de hautes montagnes (mont Morrison, 4 150 m.), qui tombent vers le Pacifique par de hautes falaises à pic, presque sans échancrures, formant une côte grandiose et redoutée (fig. 27, p. 153). Vers l'Ouest, au contraire, elles s'abaissent en une région de collines, puis de plaines à peine accidentées par quelques buttes de calcaires coralliens. De ce côté, le rivage est bas, marécageux, souvent d'accès difficile. Et pourtant c'est là naturellement que s'est portée la colonisation partie du littoral chinois'. Elle abordait une région nettement tropicale, où les hivers sont courts, les étés longs et très chauds (moyennes mensuelles extrêmes : 27° et 21°,9 à Koshoun). La mousson d'hiver apporte de fortes pluies dans le Nord; en été, le vent du Sud-Ouest et les fréquentes averses des typhons font tomber parfois plusieurs décimètres d'eau par jour. Aussi Formose semble détenir le record des pluies en Extrême-Orient : 7 m. 338 à Kashoryo. Dans les plaines de l'Ouest, on voit des bosquets de figuiers où s'enlacent les rotangs et, dans le Sud, le bananier des Philippines, l'areca qui produit la noix de bétel, les palétuviers le long de la côte. Sur les pentes du massif intérieur, à partir de 1 000 mètres, c'est la forêt tropicale dans sa splendeur écrasante. On y rencontre surtout les fougères arborescentes, hautes de plus de 10 mètres, les bananiers des montagnes avec leurs feuilles géantes d'un vert clair et, çà et là, entre 500 et 1 800 mètres, le précieux camphrier, reconnaissable à ses feuilles luisantes et à son port semblable à celui
1. On observe la même diminution de la taille que dans beaucoup de petites îles : des hommes de 1 m. 30 à peine, des races naines de bœufs et de chevaux.