Ce type de forêt existe aussi à Sumatra et à Bornéo
GÉocnAPiiiE UNIVERSELLE. — Asic de3 Moussons, I. 4
l'asie des moussons.
des arbrisseaux ou même à des arbres, est assez vaste dans l'Est de l'Insulinde, le Cambodge, le Bengale, le Nord-Ouest du Deccan. Mais souvent elle a été étendue loin de son domaine primitif par le déboisement et les feux de brousse allumés à chaque saison chaude. Il semble que ce soit le cas, en particulier, pour les terres noires du Bérar, pour une grande partie des « Patana » de Ceylan, couvertes tantôt de buissons tantôt de bambouseraies. La steppe est confinée, dans la zone tropicale, à la région climatique de l' Indus; un tapis de graminées ligneuses laisse largement le sol à découvert; il est piqueté de buissons parfois épineux (pl. VI, A et B).
Les montagnes de la zone intertropicale offrent des associations végétales particulières dont nous verrons quelques exemples en Indonésie. D'autres formations spéciales accompagnent les rivages. Les laisses marines sont plus rapidement conquises par les plantes que sous les latitudes tempérées, comme Ta montré le repeuplement du Krakatoa après son explosion. Sur le sable mobile apparaissent d'abord des plantes rampantes qui se fixent par leurs racines adventices; puis des arbustes, souvent des Pandanus. Les plages balayées par la marée sont couvertes d'une curieuse formation, la mangrove, qui cerne de sa ceinture verte les lagunes et les baies abritées. Parmi les arbres qui la composent, les plus caractéristiques, les plus proches des flots sont les palétuviers, en particulier le Rhizophora mucronata. Ils sont armés pour résister aux vagues par leurs racines arquées qui s'enfoncent dans la vase comme des cordes d'ancre; à la sécheresse, par la xérophilie de leurs feuilles à cuticule épaisse. Quand on pénètre dans l'intérieur, ils cèdent la place à des essences très variées, qui n'ont plus besoin de s'étayer ainsi sur un réseau de racines, mais qui ont des pneumatodes, racines pointues qui se dressent hors de la boue pour amener de l'oxygène aux parties souterraines. Les lagunes plus éloignées de la mer, de sol moins salin, sont bordées surtout par le Nipa fruticans, palmier à courte tige, qui parfois couvre à lui seul d'immenses espaces (Sumatra). Avec son développement de feuillage, la mangrove ne peut prospérer que là où la transpiration est réduite par des pluies abondantes, surtout par la nébulosité. Aussi manque-t-elle quand l'intérieur a une végétation xérophile, sauf à l'embouchure de r Indus et d'autres fleuves qui diminuent la salinité marine. Elle s'étend au Nord-Est jusqu'à Kiou-siou, mais, comme formation fermée, ne dépasse pas 25° latitude Nord. Les palétuviers sont exploités sans mesure, parce qu'ils fournissent du charbon et du tannin excellents : aussi, sur les arroyos de la Cochinchine et du Tonkin, ils ne subsistent plus qu'en broussailles. Il faudrait les laisser se régénérer, et cela non seulement pour leur utilité industrielle. En retenant les vases par leurs racines, ils préparent le dépôt des alluvions qui deviendront des rizières; ils s'opposent à l'érosion des berges, et, resserrant le cours des rivières, ils leur font creuser un chenal (rivière de Saigon). La mangrove est des plus précieuses pour la culture et la navigation dans les deltas tropicaux (pl. V, B).
Au DELA DU TROPIQUE. — Alors que la végétation tropicale est souvent séparée nettement de la végétation tempérée par le désert, elles se mélangent en Asie dans la zone de transition que forme le Sud de la Chine et du Japon (type de Hong-kong). Dans ce domaine subtropical, les pluies sont abondantes toute l'année, si l'hiver est assez rigoureux pour déterminer un repos périodique.
LA VÉGÉTATION ET LES CULTURES
Aussi prédominent des végétaux ligneux (à Hong-kong, ils forment la moitié du total des espèces, contre un onzième seulement à Ischia) et toujours verts. Dans les régions les plus favorisées par la continuité des pluies et la fertilité du sol, régnent, et surtout régnaient, des forêts humides, moins luxuriantes que celles de la Malaisie, mais composées aussi d'arbres hygrophiles ne perdant pas leurs feuilles. Seulement celles-ci sont beaucoup plus petites, du genre du laurier et du m3'rte, plus dures et coriaces; elles ont souvent des réserves d'eau dans des tissus aquifères. Ainsi les plantes commencent à se protéger contre la transpiration, moins à cause de la sécheresse climatique que de la sécheresse physiologique, due au refroidissement du sol l'hiver. Les frondaisons sont moins riches : beaucoup de grandes lianes, mais sans la variété et les dimensions de celles de l'équateur; même appauvrissement pour les épiphytes. Très souvent la forêt cède la place — soit du fait de l'homme, soit parce que le climat ou le sol lui conviennent moins — à des buissons d'arbustes toujours verts, parsemant un tapis de plantes herbacées dont beaucoup ont des fleurs éclatantes. Les collines de la Chine méridionale portent soit des fourrés d'arbrisseaux inextricables, soit de hautes herbes enlacées de plantes grimpantes. Parmi les essences arborescentes, la note dominante est donnée par les palmiers, les bambous dont la taille varie, vers Canton, du bambou nain « tuyau de pipe » au bambou « conduite d'eau » qui atteint 20 mètres, par plusieurs familles malaises qui vont jusque dans le Sud de Hondo. Mais d'autres familles sont plus typiques, et par leur parfaite adaptation, et par le nombre des espèces et des individus. Ainsi surtout les ternstrémiacées qui comprennent les Eurya et le genre Camélia, si répandu, auquel appartient le théier qui caractérise les régions à pluies ininterrompues. Elles s'associent aux magnolias, aux très nombreuses lauracées, parmi lesquelles le camphrier, aux chênes à feuilles persistantes, parfois très voisins de l'yeuse, qui dominent dans les bosquets du Sud de la Chine et du Japon. Beaucoup d'essences sont recherchées pour leur latex, leur résine : tels le camélia oléagineux, le Rhus vernicifera, le Siillingia sebifera ou arbre à laque. D'autre part, des éléments septentrionaux s'introduisent, et même l'emportent dans les forêts dégradées par l'homme. Dès Canton, on rencontre beaucoup de conifères, qui sous les tropiques sont d'ordinaire confinés aux montagnes, et des arbres à feuilles caduques, comme le chêne, le châtaignier, le frêne, le micocoulier. Les bambous voisinent avec des pins et des « arbres feuillus » très semblables à ceux d'Europe; on plante côte à côte la canne et la pomme de terre : ainsi s'accuse le caractère mixte de cette zone, malgré la supériorité des facteurs méridionaux.
Le climat de la zone tempérée, dans sa nuance maritime, convient à la forêt, mais à la forêt d'arbres à feuilles caduques. Dans la Corée et le Nord du Japon, les bois ressemblent à ceux de l'Europe atlantique. Sauf quelques-uns, comme les magnolias, presque tous les arbres sont dépouillés l'hiver et appartiennent à des espèces très proches des espèces européennes, chênes, hêtres, érables, noyers, mêlés à quelques conifères. Seulement la flore est beaucoup plus variée : une même essence forme rarement tout un massif. Et la puissance du sous-bois, le développement des plantes grimpantes et des épiphytes dénotent une végétation plus drue. Ces traits disparaissent dans les peuplements purs de conifères, qui occupent les dunes, les collines sèches et s'étendent bien au delà des feuillus en altitude et en latitude.
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Dans le Nord de la Chine et la Mantehourie, qui ont un climat continental, des hivers secs et glacés, les derniers traits tropicaux s'effacent. Sur le versant Nord des Tsin-ling, les espèces du Nord et celles du Sud se mêlent encore ; il y a cinq ou six espèces de magnolias, beaucoup de petits chênes épineux analogues au chêne-kermès, et les bambous montent jusque dans la zone des rhododendrons. Mais on y récolte aussi nombre des plantes de Pékin. Les montagnes bordières du Tche-li ont un aspect tout septentrional par leurs bois formés, jusqu'à 2 000 mètres, de bouleaux et de noisetiers ; les pentes arides sont couvertes de broussailles et de gazons raides. Dans la Grande Plaine croissent d'assez nombreuses essences arbustives : Paulownia imperialis, Catalpa, Gleditschia sinensis, Sophora japonica, et le mûrier à papier. Mais il est probable que les plaines et les plateaux lœssiques, comme les régions semblables de l'Europe, ont toujours été le domaine de steppes où l'arbre est très subordonné aux graminées. Par là, ces régions annoncent les dépressions de l'Asie centrale, bien que l'aridité en soit beaucoup moins marquée et que la culture ait pu en éliminer l'élevage. Et d'autre part les vastes forêts de la Mantehourie, si elles sont très composites à l'Est de Ghirin, avec leurs cèdres, leurs chênes, leurs châtaigniers, leurs érables, annoncent dans le Grand Khingan la taïga sibérienne par la prédominance des conifères, surtout des mélèzes.