LE SELINUS. IES PONTS
H n'est rien qui puisse mieux prouter combien les anciens étaient comptas dans leurs constructions , que ces «o»rajçes d'utilité publique qui étaient
pour la plupart cachés à tous les yeux, et qui cependant sont exécutés avec le même soin que les plus beaux édifices ; les quais de Pergame méritent sous ce rapport une mention spéciale, et les ponts qui les relient, d'un caractère moins pur et moins sévère, offrent sans contredit plus de grandiose et d'originalité.
Le Selinus traverse la ville dans un lit fort encaissé; et comme il est sujet à des débordements considérables , on a exhaussé les quais pour contenir les eaux. Tous ces ouvrages sont faits en grandes pierres de taille à bossage , et, de distance en distance, des égouts s'ouvrent pour donner issue aux eaux de la ville.
Le parcours du Selinus dans la ville de Pergame est de 867 mètres. On le traverse sur cinq ponts, tous de construction romaine. Le pont qui est en amont de la ville a été réparé à différentes époques ; sa construction paraît postérieure à celle des autres.
Le pont appelé pont du Mouslouk (de l'abreuvoir) est un ouvrage romain sur des fondations grecques. Il se compose de deux arches fort inégales, l'une de 9™, 10, et l'autre de 12m,60 de diamètre. La rive gauche du Selinus étant beaucoup plus élevée que la droite, tous les ponts vont racheter ces deux niveaux. Le pont de Mouslouk était décoré à son extrémité sud de deux colonnes de marbre , dont l'une est encore couchée près du quai.
A côté de ce pont est un ouvrage des plus remarquables; c'est un véritable tunnel de 196 mètres de longueur, construit sur la rivière. Quel était le but de cet ouvrage? Sans nul doute c'était pour former le terre-plein d'un quartier de la ville. Deux voûtes parallèles, ayant l'une 12m,IO et l'autre l^^de diamètre, ont été construites sur la rivière. Elles existent encore dans leur entier, et un vaste édifice antiaue occupe une partie du terre-plein qu'elles forment; cet emplacement est couvert par des maisons très-serrées. Ce quartier s'appelle Né Yerdétoé néGœukdê (ni sur terre ni dans le ciel); les murs de soutènement de ces voûtes sont construits en grands blocs de trachyte, tjppareillés avec soin, et posés alternati-
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vement de front et en boutisse. Les parpaings de l'assise supérieure, qui forme imposte , sont composés de deux pierres , et ressortent en corbeaux ou consoles. Les voûtes sont en blocage, reliées de sept mètres en sept mètres par des arcs de pierre de taille. La voûte qui se trouve sur la rive droite du Selinus a été percée dans son centre, et la lumière , pénétrant au milieu des capillaires et des scolopendres, produit un tableau d'un agréable effet.
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