CHAPITRE XXXV
POPULATIONS MUSULMANES. USA- GES , SUPEBSTITIONS DBS MONTA- GNAHDS.
Dans presque toutes les villes de la Lydie que nous venons de décrire on remarque des habitants nui, pour le costume et les habitudes diffèrent complètement du reste de la population ; on les nomme les Zeibeks. Ils forment une sorte de corporation qui a ses chefs et sa règle; ils se distinguent surtout par un cos*
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tume qu'ont souvent reproduit les peintres qui ont visité l'Orient; c'était le type favori de Decaraps, qui en a fait le sujet de ses plus char niants tableaux. Les Zeibeks portent un turban d une hauteur excessive , une large ceinture qui est tout un arsenal, contenant pistolets, yatagans, eangiars, auxquels on joint encore la pipe et les pincettes. Leur culotte ordinairement en toile blanche ne descend qu'aux genoux ; elle est serrée sur les cuisses, et porte une brayette lacée comme les chausses du moyen ftse
Les Zeibeksne sont pas uniquement militaires, ils sont marchands et surtout bons caravaneurs. 11 est impossible de tirer d'eux aucun éclaircissement sur leur origine : ils ignorent complètement pourquoi ils sont nommés Zeibeks ; mais il est certain, d'après leurs traits et leurs habitudes, qu'ils ne sont pas de race ottomane; ils n'habitent que les villages du mont Tmolus et du Messogis; on peut les considérer, sans crainte de se tromper grandement, comme les restes des races aborigènes qui habitaient ces montagnes. On 6e rappelle volontiers ces Thraces fondateurs de Tralles qui s'employaient au service de ceux qui voulaient les solder pour commettre des assassinats (1). Les anciens Tralliens, quand ils n'étaient point engagés au, service de quelque prince, exerçaient le brigandage et poussaient l'insolence jusqu'à rançonner les couducteurs des armées-, si lés Zeibeks d'aujourd'hui ne vont pas jusque-là ils sont encore regardés comme les plus hardis détrousseurs de caravanes, et les Grecs tremblent à leur nom.
Il est un fait généralement observé, c'est que dans les pays de montagnes les mœurs locales sont plus constantes que dans les pays de plaines. Le* Zeibeks pratiquent assez mal l'islamisme, mais sont attachés à toutes sortes de superstitions : ils ont surtout des voyans auxquels ils obéissent aveuglément. On cite un illuminé de ce genre, nommé Kel Mehemet, qui s'était associé à un derviche mal famé, dont il se servait pour faire à ses affiliés des
(x) Straboo, h>. XIV, 3t4debtnd.frui-
prédictions qui les portaient à sesp ver contre le gouvernement
Kara Osman Oglou était le pro teur de cette milice qui jouit en près des gouverneurs aune certain fluence, mais à la chute de ce bey, 1 que Tabir pacha vint occuper le pa lik d'Ajdin , il ordonna aux'Zeibok quitter leur costume distinctif. La mentation qui couvait dans la pof tion se traduisit par uue sédition fo dable. Tabir pacha fit marcher M des Nizaiu contre les Zeibeks; ou massacra un certain nombre dam din. Ils rentrèrent dans la soumiss mais ils ont toujours conservé leur tume.
L'amour du merveilleux, qui a d'attrait pour les musulmans et soi pour les peuplades des montagat multiplié dans ces régions les coi ries de derwicbes voyageurs « marabouts, qui traversent les tribu distribuant des amulettes et eu don des talismans. Il y en a qui joua d'un grand crédit, sans qu on sacb quelle puissance ,il émane ; ce n'e^ seulement un pouvoir religieux \ laj lité de marabout peut être acquise j seulement par des hommes, mais 4 par des choses, comme des arbrs des pi en os.
Les arbres marabouts sont nomk en pays musulman ; on les renfl) au bord des routes ou dans queh endroits sauvages et déserts. Ce i ordinairement des buissons souffri et de mauvaise mine ; l'arbre maril jouit de la propriété de s'emparer maladies eUdes maléfices, que le | tulant lie à l'arbre avec un moret* son propre vêtement. On va près de bre ; on lui fait une invocation , «f moment où l'on prononce son vœu le lie fortement à une des braaehi moyen d'un chiffon. Ceet peur oeb l'on rencontre sur toutes les routa buissons nui, pour tout feuillage, ; couverts ae chiffons liés à leurs b ehes.
Quand on questionne un Tare l'origine de ce singulier pouvoir dfl bres, il ne sait que répondre des h) lités , mais rien ne saurait ébraoM confiance dans ees agents mustM pouvoir supérieur.
ASIE .IHPfKUtK.
JMre marabout, selon les Turcs, ipr iannémede ce pouvoir tantôt Ibdt, tantôt redoutable; ce ne ida esprits, des Djinn qui sont s; ce ne sont ni le suc de ses ^u sa sève, ni ses feuilles, c'est r immatériel, venu on ne sait ifioissaotop ne sait comment.
; souvent près de ces arbres «te de pierres sèches, avec un fcpour faire la prière ; quelquefois i privilégies croissent non loin ibba <Tua santon. On pourrait eees derniers arbres ont acquis nvoir du saint près duquel ils b, mais la plupart du temps on être dans des lieux inhabités, psord des routes désertes , et les s qui couvrent leurs branches in- 1 qu'ils n'ont pas une clientèle e que les arbres voisins des cha-
i pierres marabontes jouissent de B propriété ; c'est principalement " «ment de la santé qu'on leur , mais on compte aussi sur r écarter les maléfices. Comme i, elles ont un pouvoir tout à lit; on ne leur demande pas de d les prenant en poudre ou en ■s lest une action toute morale d'elles. A Angora il y a IfKne naraboute contre les maux
N quelquefois des rochers nahqoelquefois de vieux monuments ; ttdeces pierres privilégiées comme Ares; nul ne dit de qui elles tien- |U»r pouvoir ni comment il s'exerce.
f «ou, on pratique et l'on ne s'inf pas du reste. Or, on peut voir } quelques localités d Asie cer- Jjwrres jouissent de cette réputaa^ois plusieurs siècles.
Pya àTyane, au pied du Taurus, talonne qui est raaraboute au pre- ■ chcf ; on vient de très-loin v taire J Pwrinages, et comme c'est le pays '.«meux thaumaturge Apollonius, Mat» cette propriété magique de la "" M date pas du temps de ce r personnage? La colonne de ïfel?* wrteut réputée pour arrêter ■Ktk; comme on ne peut y lier des *Jwoi, on les cloue dans les joints.
^Ptâqoes superstitieuses au sujet
des pierres n'ont pas lieu seulement che2 les musulmans ; Borlaçe, auteur anglais, raconte que les anciens monuments
Sallois de l'Angleterre jouissent aussi ' ece privilège. Dans quelques localités, on fait passer les enfants dans des pier- ■ res trouées, pour les empêcher de devenir rachitiques, et les hommes de tout âge pratiquent avec confiance le même remède pour la guérison des douleurs.
(Cadmowt, cours (tarchéologkn t. I, 119.)
La capitale de l'Islam n'est pas plus à l'abri de cette superstition que les plus humbles villages : il y a, dans la mosquée de Sainte-Sophie, un pilier marabout, qui jouit de facultés curatives; il est situé à gauche, près des' grandes urnes d'ablution. A force de le toucher, les croyants ont fini par creuser la pierre , et comme c'est une espèce d'albâtre froide, la pierre est toujours couverte d'humidité , c'est à cette sueur de la pierre qu'on attribue toutes les vertus ; on l'a vainement entourée d'une plaque de bronze, tes attouchements multipliés des adeptes ont usé le bronze et usé la pierre.
TJne autre colonne maraboute se trouve dans la mosquée de la sultane Validé, qu'on appelle Yéni-Djami : c'est la colonne qui soutient la loge du sultan. Elle est en marbre brocatelle jaune, et du diamètre de 0,30 c, au pjus; elle ne se distingue ni par son antiquité, ni
f>ar sa matière : son office est de guérir es rhumatismes. On la tient embrassée pendant quelques moments en faisant une oraison.
A côté d'un pouvoir occulte et secou* rable qui se rencontre dans des objets matériels, les montagnards de l'Asie redoutent un pouvoir contraire dont l'effet ne se manifeste que par des maléfices : c'est le pouvoir du mauvais œil \ les villes comme les campagnes y ont nne foi absolue, et chacun croit à son effet sur les choses comme sur les hommes. II est aussi impossible d'obtenir sur cette superstition plus d'éclaircissements que sur l'autre : on ne sait à quoi l'attribuer, mais on est convaincu de son effet. Le mauvais œil peut avoir' pour résultat de faire périr les troupeaux, de dessécher la moisson ou de donner des maladies.
Heureusement , il y a des moyens de
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déjouer ce genre de maléfice : c'est d'attirer sur un objet indifférent le premier regard de celui qui jouit de la faculté du mauvais œil. Voilà pourquoi il n'est pas uu champ, pas un jardin qui n'ait dans un lieu apparent quelque objet insolite pour attirer le premier regard ; ordinairement c'e6t un crâne décharné de bœuf, de cheval, ou de chameau. Au coin du toit d'une maison neuve on suspend un paquet de gousses d'ail ou des feuilles de cactus ; au cou d'un cheval de prix on suspend une dent de lion ou auelque amulette renfermée dans un étui de marocain; les enfants portent à leur turban, au milieu des sequins et des médailles qui leur servent de parure, un petit étui d'argent dans lequel sont renfermés des versets du coran : c'est la bulle des temps antiques, et ici comme autrefois les moyens d'exorcisme sont entre les mains des marabouts et des derviches.
II est une autre singularité dont l'explication est encore à trouver, c'est que chez les Grecs comme chez les musulmans, le nombre cinq est inconvenant, et on ne le prononce pas sans demander une sorte d'excuse : les Grecs n'y manquent pas. A Smyrne surtout étendre la main avec les cinq doigts ouverts c'est un signe de malédiction, on a soin d'ajouter en étendant la main tîç t& jxaxfaaou, voilà pour les veux; les femmes grecques abusent de ce moyen de coercition envers leurs servantes, et quand cela ne suffit pas elles les battent avec leurs babouches.
On observe un usage qui est répandu, non-seulement dans toutes les contrées asiatiques, mais aussi en Europe et dans les Iles : c'est l'usage de jeter une ierre , en passant , sur le lieu où un omme a péri ;cet usage existe en Corse comme en Bretagne, en Turquie comme en Perse. Les pierres accumulées par les passants finissent par former des monceaux assez considérables. On ne peut pas dire que ces pratiques , répandues dans tant de contrées diverses , ont une origine commune ; mais eHes doivent avoir entre elles un rapport que nouç ne saisissons pas.
Il est singulier que, dans ces contrées où l'eau est une chose si précieuse et souvent si rare , les puits et les sour-
ni
ces ne participent pas de ce pouvo surnaturel, tandis que les habitants <j nord ont peuplé de génies et de sylpb la plupart des sources situées dam 1 régions agrestes. Le christianisme n pas mis fin à cette croyance populair et il est plus d'une fontaine dont ) eaux passent pour avoir plus d'effic cité lorsqu'elles sont distribuées par main du prêtre. Ce sont les fontain que les Grecs appellent Ayasma.
La classe et les pratiques des mar bouts se trouvent répandues sur toute terre de l'Islam, mais le nom reste spéci lement appliqué aux personnages rel
Sieux de la terre de Mogrcb , de l'Occ ent En Turquie, ces hommes portent nom de derviches; en Perse, lenoi de saf d ; mais il n'y a que cette diffère» entre les uns et les autres.
Les ziaretou lieux de pèlerinageétai presque toutes le siège de l'habitai ou le lieu de la sépulture d'un santo célèbre, ces édifices religieux doita nécessairement avoir leurs analogq dans le reste de l'Orient ; en Perse, « les nomme imam zadé. Les institution!
auxquelles ils sont consacrés sont H mêmes dans toutes les régions. Lezian est un lieu de pèlerinage, dont I célébrité s'étend souvent fort au delà è territoire où il est situé. Il contient of dinaireraent une école ou médréeé, o| les jeunes gens de l'endroit font de études que nous pouvons comparer aj droit et à la théologie chez nous; le jeunes enfants sont admis dans le mek toub ou école élémentaire , où on ta enseigne à épeler la langue du coran Dans la dépendance de l'édifice nri»
cipal, qui est toujours un tombeau ot une mosquée, imaret, <ou hospice pooj les pauvres voyageurs. II diffère du »
ravanséraï en ce que, dans le premie établissement, les nouveaux venu reçoivent gratuitement une ration à nourriture.
Les dépenses occasionnées par cri frais de charité et d'instruction publia» sont couvertes par les revenus des bie» attachés à l'établissement, qui sont af pelés vacouf en Turguie. Les biens t* couf naissent, soit de donations, sort d'hypothèques non remboursées ; ce dernier système d'acquisition est cetai qui profite le plus aux mosquées. L'adi
AStE MINEURE.
Stf
jpsali ilîiin des vacouf est, en effet, au-
à prêter de l'argent aux pro-
s, moyennant un très-modi-
térét, dont le payement n'est pas
exigé avec rigueur ; mats si , à
du débiteur, la créance n'est pas
le bien du défunt devient va-
fest-à-dire propriété de la mos-
ra dans eette institution qui date
i de dix siècles quelque chose qui
à celle du Crédit foncier.
iéez nous , la dette n'est pas uni-
t attachée à la tête du débiteur
I se liquide pas forcément à sou
osmanlis déploient toujours
luxe dans ce qui se rattache à
reçoit que l'on construise des
ou de simples tomheaux portant
aes du défunt, nous trouvons
montagnards beaucoup plus de
' dans la construction de leurs
demeures; ils ont à peine
signes extérieurs que le temps
pas à enlever; cependant les
des cimetières sont toujours res-
et nulle construction profane ne
y être élevée.
■ontagnards turcs aiment les voyantes : néanmoins il y a peuples un instict de l'harmonie Taiste pas chez les occidentaux ; taie soit l'assemblage des couleurs •formes d'ornement qu'ils adoptent rieurs broderies et leurs tapis, on \ de ne pas retrouver ces tons i et choquants dont nos tapis et " i nous donnent trop souvent île.
t croire que cette science de la
"tion des couleurs est une fa-
t à fait instinctive chez ces peu-
r, lorsque nous voulons les imiter,
n'arrivons Qu'à fabriquer des objets
ots. Ainsi, depuis quelque temps,
lion des tapis de Smyrne est de-
! une industrie à la mode ; quelle
ce entre le modèle oriental et
française ! Les tapis d'Orient
I cependant le produit aune inven-
l toute primitive; ils sont fabriqués
r des femmes qui ne gagnent pas plus
trinquante à soixante centimes par
*- elles n'ont pour métier qu'un
1 cadre où sont fixés les lisses et
pour modèle que des dessins découpés aux ciseaux, car c'est là le secret de tous ces dessins d'écharpea de mousse* Ime et de couvertures de coussins qui sortent des maisons turques pour passer dans les bazars de Smyrne. Tous ces dessins fantastiques , qui plaisent tant à Paris, sont, disons-nous, découpés aux ciseaux dans du papier ou des morceaux d'étoffe, et brodés ensuite sur les fonds au crochet, au plumetis, ou simplement à l'aiguille. Les vêtements de fête des femmes sont ordinairement renfermés dans un grand bahut de bois de thuya ou de cèdre, fabriqué dans le pays et historié par des ciselures faites au couteau.