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Chapitre x

CÔTE m&BIDfONALI.

Au 'fond du golfe de Symé 8 élève une haute montagne dont les acrotères descendent dans la mer par des pentes rapides ; c'est le mont Phœnix avec la presquile du même nom, connue aujourd'hui sous le nom peu poétique de Barba Nicolo , que porte aussi une petite île voisine. Le groupe montagneux du mont Phœnix engendre une baie profonde et singulière, qui s'appelle aujourd'hui baie de Mermeridjé et en français de Marmarice. Cette baie, d'une forme presque circulaire, a son entrée tournée vers le sud. Un flot, qui a été naturellement rejoint au continent par une bande de sable, défend l'entrée des lames du large ; et à gauche de l'îlot une passe assez profonde pour que les

8 lus gros navires puissent la franchir onne entrée dans le port, qui est le plus sûr de la côte. 11 est vrai que cet avantage est balancé par un immense inconvénient; un seul navire mouillé à l'entrée peut bloquer le port , et dans ces dernières années la flotte ottomane, qui avait eu l'imprudence de se retirer à Marmarice fut bloquée par un vaisseau de Mehemet-Ali qui gardait la passe.

Après Marmarice s'ouvre le vaste et magnifique solfe de Macri, qui fut une possession des chevaliers de Rhodes.

Un grand nombre d'îles en défendent l'entrée contre les vents et la mer. Une 11e longue, qu'on appelle encore aujourd'hui ille des Chevaliers, le sépare pour ainsi dire en deux bassins; celui qui est le plus avancé dans les terres est l'ancien Glaucus Sinus sur le bord duquel était la ville de Teimissus. Ici nous retrouvons le phénomène ter-v restre des alluvions sous un aspect nouveau, c'est-a-dire que non-seulement la vallée qui s'étend à plusieurs kilomètres dans les terres a é é entièrement comblée par les alluvions; mais les monuments antiques comme les tombeaux et les magasins qui étaient jadis au bord de la mer, sont aujourd'hui baignés par les flots et enfoncés à une certaine profondeur. Ce mouvement ne peut être dû à un exhaussement des eaux de la mer; car il se re-

tmveraft ma*t}àé suf toute H èôte , il fait donc rnttribtfer à un abaissement local du terrain . NOUS remarquerons plus à Test le même phénomène, tandis qu'au port de Wathc près. d'Antipheilus les mormmentg antiques, occupent encore pris du rivage leur position primitive.

Tonte la côte depuis" Macri jusqu'à ffle de Kasteltarizo formé une suite non interrompue de saillies et de retraites motivées par les contreforts ou «rotères du Taurus (Jui descendent jitfque dans la mer* Il faut noter dans ce non j lire la saillie appelée Têdt Imufaun par les turcs, Ueptîi Ka vi par les Gr*ca ou en fraisais les SepKlaps. Un wrîve ensuite a la grande val Ire du 'Vsnthus, a rembourhi.ire de laque! 'e était b ville et le port de Patate. Toute la physionomie de ce territoire a tellement* changé que Ton a peine à reconnaître le^s descriptions des anciens. Les aUrïTïsscinpnts ont comblé le port de Patare, el les eaux du Xanlltus forment nue plage qui ^agne toujours sur la mer. **ii rnilîes environ à l'est, la baie dcRaknt?ki,ie Phtgincus portusdes Homa i ns ortre encore aux navires un mouillage roui sain que tranquille; c'est comme no bassin d eau I impair au milieu d'une n-fure vierge et austère, Une fois que I? bâtiment **M mouillé à Ko lama ku on perd de vue l'entrée, et les marins rompirent ce mouiilace à une cuvette.

\l.i heurt usinent l'eau duuce y m an* ftoe et il est d'autant moins fréquenté gue ses rives ne sont que des monta-

Ees abruptes et sont complètement inbitées. Un groupe de petites fies, les f tes Volo çt Okendra , sont comme ta tête d'un petit archipel dont Pile de ^Kastellorizo est le centre. Cette dernière est placée juste dans le méridien do port Sévédo où fut la ville d'Antinfiehus; le port Sévédo excellent mouillage est divisé en deux paries par une tangue de terre rocheuse; l'autre petite crique porte le nom de port Vathy (protonîf ); elle n'est bonne que pour les barques; on mouille au fond du port Sévédo par sept ou huit brasses.

La baie Hassar, qui suit celle de Séveoo, est ouverte aux vents du sudouest et n'est intéressante, à aucun point de vue. Il n'en ëk pké de même des <

parages de VU» Kakava l'ancienne Ôo- Mchiste. Cette tle longue et rocheuse est séparée du continent par un canal qui n*a pas un kilomètre de large; le continent lui-même est découpé en Une dentelure profonde^ engendre plusieurs petits ports, notamment le port Tristomo, dont le nom antique est inconnu. Le canal de Kakava otfre le plus beau mouillage du monde pour une flotte entière ; le fond est de roche et partout on atteint le fond par douze ou quinze brasses. Les nombreuses constructions antiques s'élèvent tant sur Pile que sur le rivage et offrent, bien plus accusé, le singulier phénomène qu* nous avons déjà signalé à Macri, c'est-àdire que les habitations comme les tombeaux sont envahis par les eaux. Tout le reste du littoral environnant n'ayant pas changé de niveau, il faut en conclure a un abaissement de plusieurs mètres du massif de lfte de Kakava et du fond du détroit qui sépare l'île de la terre ferme.

Les découpures du rivage engendrent encore une autre baie profonde à l'est de l'Ile de Kakava; c'est la baie Andraki, non loin de laquelle est la ville de Mvra. Toute la plaine de Myra est formée par les ailuvions d'une rivière appelée Demeri.

La baie de Phinéca reçoit les eaux de plusieurs rivières, dont la plus considérable est le Allaghrr tchaï, qui ont formé un vaste dépôt alluvionnaire dont lâge ne paraît pas très-ancien ; car dans toute cette plaine on ne trouve aucune trace de ville antique. La ville de Limyra, qui est la plus voisine, est assise sur les collines qui appartiennent aux pentes inférieures du Taurus.

Le cap Chélidonia, qui forme la pointe sud-est de la Lycie, est aussi la terre la plus avancée vers le sud ; ensuite la côte tourne brusquement dans la direction du nord. Elfe est partout de nature rocheuse, ne reçoit aucun cours d'eau important et se prolonge ainsi dans une longueur de quarante milles , et forme la branche occidentale du golfe d'Adalia. Une infinité de petites criques découpent cette côte, où florissaient plusieurs villes anciennes.

La situation d'Adalia marque le fond du golfe de même nom formé par la côte de la Pamphylie. Toute cette terre.

dans la longueur de plus de quatrevingts kilomètres, est formée par les alluvions de trois rivières donWles noms anciens sont le Catarrbactès, le Cestrus et l'Eurymédon. Ici le travail des alluvions se manifeste avec une puissance dont le reste de la côte n offre pas d'exemple. A part quelques collines de roche tendre et qui elles-mêmes sont composées d'une espèce de travertin, c'est-à-dire de formation d'eau douce, tout le territoire compris entre Adalia et Sidé est formé de terrains de trans- • port. Les villes anciennes qui peu plaient cette contrée sont assises sur les contreforts inférieurs du Taurus. Nonseulement la côte gagne en étendue sur la mer qui la baigne, mais dans les parages d Adalia elle gagne aussi en hauteur par la vertu incrustante des eaux du Catarrhactès. Nous avons une preuve palpable des importantes modifications que cette côte a subies par les témoignages des auteurs anciens qui mentionnent un grand lac, le lac Capria, au centre de la Pamphylie, et que nous n'avons plus retrouve. Ceux qui comme » nous ont visité le pays dans ces dernières années n'ont pu que constater la disparition de ce lac, qui a certainement été comblé par les atterrissements.

L'embouchure des fleuves s'est aussi sensiblement modifiée. Ces rivières de Pamphylie étaient pour la marine des Grecs comme autant de ports où les flottes trouvaient un abri. Aujourd'hui des barres formées par les sables n'en permettent l'accès qu'à de faibles barques, et encore dans la saison des hautes eaux.

Ou voit par le nombre infini de mouillages, de criques et d'Ilots dont la côte de l'ancienne Lycie est hérissée combien cette contrée était favorable à la piraterie. Des grottes naturelles creusées dans les rochers, une montagne presque infranchissable qui descend jusqu'à la côte étaient des retraites sûres pour le brigandage. La vue de ce pays explique comment la puissance romaine a été forcée de compter avec les pirates et quelquefois de capituler avec eux avant d'en purger les mers.

Le fleuve Mêlas qui marquait la frontière orientale de la Pamphylie est aussi la limite du pays fie plaine?. Au delà la

côte reprend son aspect varié tantôt rocheux , tantôt agreste ; c'est la Cilide Trachée des Grecs. Les géographes comptent toute cette plage comme faisant partie du golfe d Adalia. Jusqu'au cap Anémour il n'y a pas un seul mouillage sur tout le long de la côte; car celui d'Alaya est ouvert au sud-ouest.

Les bâtiments des indigènes, qui connaissent bien ces parages, ont l'habitude de mouiller en pleine côte et tout près du rivage; ils se considèrent ainsi comme à l'abri des vents du sud , qui cependant donnent en plein dans le

folfe; mais par suite de la proximité es montagnes qui forment comme un vaste écran, la côte, selon l'expression des marins, refuse le vent, et les plus fortes bourrasques du sud causent rarement des sinistres aux bâtiments mouillés en pleine côte. Nous avons même vu des bâtiments de guerre de la marine égyptienne rester en station à l'ancre à l'abri de ce mouillage précaire. En jetant un coup d'oeil sur la carte, on voit que la côte sud de l'Asie Mineure est pour ainsi dire composée de deux golfes, celui d' Adalia et celui de Tarsous , séparés par un large promontoire dont le cap Anemour forme la pointe la plus avancée. Toute la partie est de ce promontoire est de nature rocheuse et forme par conséquent, par sa rencontre avec les eaux de la mer, un certain nombre de petites criques, parmi lesquelles le Lessau el Kalpé, petit cap protégé par un flot, l'Ilot Provençal peut mériter le titre de véritabje port; mais c'est le dernier de la côte ; car de-

Suis ce point jusqu'au golfe d'Alexanrette nous retrouvons les plages alluvionnaires formées par les nombreux çpurs. d'eau du Taurus, parmi lesquels le Cydnus à Tarsous, le Sa rus à Adana, et le Pyramus à Ayas jouent le principal rôle. Dans le premier siècle de notre ère un témoignage non équivoque d'un auteur contemporain atteste que la ville de Tarsous était située près d'un lac qui servait en même temps de port et d arsenal (1). Aujourd'hui on ne trouve plus vestige de ce lac.

Le delta formé par les fleuves Sarus et Pyramus change de jour en jour

(i) Stnb., XIV, 67a.

b pfafsoooroie de la côte. Ce phénomt' était tellement appréciable du îrtaps même des Grecs qu'on prévoyait ééplt jour où la mer de Chypre serait comblée, et on prétait à l'oracle la prédicta suivante : Un temps viendra où la aectérité verra le vaste et rapide hrmrn atteindre l'île sacrée de Chypre i km de reculer la côte de la terre ferme (t). On sait que les anciens àâeot fort prodigues de faits semblables, soit pour réunir, soit pour sé- |wr lés Iles et les continents; mais d n'en est pas moins vrai que toute «rtte contrée gagne à vue d'œil sur la aer, et les barres formées à l'emboudwre des fleuves engendrent ces étangs qù sont comblés à leur tour.

LePyramus, après avoir charrié des oonceaox de sable qui ont obstrué son embouchure , a pris son cours plus j Test et s'est creusé un nouveau lit qui store près du cap Karatasch. Sur tarte cette cdte les navires ne sauraient tfwer un mouillage , tant elle est héfwe de bas-fonds sablonneux.

Bons devons dire aussi que le long fe cette eôte, et notamment au mouilbç de Mersyn,près de Tarsous, ce ^«contribue le plus à gâter le mouil- ^e«t l'habitude séculaire des marins yn nouent sur lest pour faire des charparts sur cette côte et qui jettent w lest dans la mer. En effet, des ttodages opérés par un marin fran- Çâsoot ramené des pierres travaillées, Js briques et une quantité de projtajU hétérogènes qui prouvent que le «»d sur cette côte n'est rien moitis que utarel. L'ancien lit du Pyramus est en «■wwnication avec un vaste étang ■*» de peu de profondeur ; la nouvelle embouchure a déjà formé un fefa considérable, et les vents modi- ™ à leur gré les sinuosités du rivage * rassemblant tantôt le sable en colw et en falaises , tantôt en formant «* barres à fleur d'eau ou sous-ma- , nws.La nouvelle embouchure du Pyramus se trouve maintenant à l'ouest ta cap Karatasch , et par conséquent «w le golfe même d'Alex and rette.

La baie d'Ayas, qui fut autrefois un scellent mouillage, est maintenant

;>) 5Uib.t XH, 536.

obstruée par les salles. Le vent de mer, qu'on appelle dans ce pays imbat% pousse dans le golfe une partie des sables charriés par les fleuves et contribue à son envasement Aujourd'hui le mouillage d'Alexand rette est le seul qui soit praticable pour les gros navire*.

Les caps Karatasch, à l'ouest, et Kanzir, à l'est, limitent les rivages du

Solfed'Alexandrette ou de Scaoderoun ; s'avance dans les terres dans une profondeur d'environ 0040\ soit quinze lieues selon la direction nord-est. La ville de Scanderoun est située sur la côte orientale, au sud d'une petite anse; le mouillage est abrité des vents du large par les terres environnantes. Cest au cap Kanzir que se termine le périple de l'Asie Mineure; tout le reste du littoral apparueut à la Syrie.

Ce rapide coup d'œil jeté sur les côtes de la presqu'île montre jusqu'à quel point le profil de son littoral a été modifié non -seulement par les grands phénomènes géologiques qui ont précédé l'arrivée des premiers habitants , mais encore par l'effet du travail des alluvions. Depuis les époques historiques, plusieurs lacs, des golfes, ont été comblés par les terres amoncelées et sont devenus des terres habitables.

Un calcul a été fait duquel il résulte que l'Asie Mineure, depuis l'époque de Strabon, s'est augmentée d'une surface égale à la moitié d'un département de la France. Il sera donc toujours important pour ceux qui voudront s'occuper de questions de géographie ancienne , de tenir compte de ces modifications.

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