CHAPITRE XXVI
SAINT PAUL A BPHfcSB.
Le séjour de saint Paul à Ephèse et la lutte qu'il soutint contre les sectateurs du culte de Diane sont sans contredit les faits les plus remarquables de l'histoire de cette ville. Le gouvernement romain y était établi dans toute la plénitude de sa puissance, et le culte de celte déesse, moitié grec moitié asiatique, attirait des visiteurs de tous les rivages voisins.
Au milieu de ce grand concours des
Êuples divers qui venaient à rtphèse, i uns pour trafiquer, les autres par dévotion à Diane, se trouvaient quel-
Sues juifs qui avaient reçu le bapiéme e saint Jean- Baptiste et qui pratiquaient un christianisme impartait. C'est à ce moment que Paul arrive à Éphèse, et a\aut réuni quelques-uns de ses disciples, il ne tarda pas à reconnaître qu'ils étaient d'une grande ignorance touchant les mystères de la foi nouvelle,. Paul les ÏKiptisa au nom de Jesus-Christ, et commença ses prédications dans la synagogue sans que ces assemblées de nouveaux convertis portassent ombrage à l'autorité romaine. Le sujet de ces instructions était toujours le même : la révélation d'un Dieu unique et les ver*
L'UNIVERS
tus que devaient pratiquer les nouveaux chrétiens.
Les Grecs comme les Juifs allaient entendre la parole de l'Apôtre : un grand nombre d'entre eux se repentaient et se convertissaient, et cette abjuration du culte des idoles produisait dans Éphèse une grande sensation.
Paul fonda de la sorte une grande Église chrétienne; des prêtres furent choisis et institués par lui pour la surveiller et la présider; celte Église ne resta pas circonscrite aux murs de la ville; les Juifset les Gentils nouvellement initiés répandaient la doctrine de Jésus- Christ a.i ns toute la province dont Éphèse était ta métropole, et qui portait par excellence le nom de province d'Asie. Sept Églises furent successivement fondées dans d'autres villes, et furent connues dans le monde chrétien sous le nom des Sept Églises d'Asie, auxquelles s'adresse rAngedel'Apocalypse.
Paul prêcha de la sorte pendant deux années consécutives, et le nombre de ses disciples allait toujours s'augmentant; c'est alors qu'il parut doué du don des miracles.
La population d'fiphèse, habituée de longue date aux pratiques de la magie, ne contesta pas le pouvoir de l'Apôtre, et admit sur-le-champ qu'une puissance surhumaine pouvait investir un homme de cette faculté surnaturelle. Les Juifs se rappelaient Moïse et Aaron devant les magiciens de Pharaon, de sorte que ni Juifs ni Gentils ne trouvaient rien d'exorbitant dans le pouvoir de faire des miracles, et les miracles de Paul, inspirés par le Saint-Esprit, étaieut admis sans contestation.
Il y avait à Éphèse une classe d'exorcistesjuifs, qui sWcupaient spécialement des pratiques di la magie, malgré les lois sévères qui les interdisaient. Ils avaient imaginé d'invoquer le nom de Jésus- Christ pour chasser le matin esprit, et ce nom était regardé comme un chiirme. Il y avait dans ce noml.rc sept (ils de Scéva, Juif qui était chef des prêtres , dont les pratiques d'exorcisme consistaient à invoquer le malin esprit au nom de Jésus. Ces faits étaient connus de tous; les Juifs et les Grecs qui habitaient la ville ea faisaient le sujet de leurs entretiens. Parmi ces exorcistes il y en avait un
certain nombre qui faisaent profesiio de christianisme, et qui , effrayés M anathèmes qui frappaient tes pratiqm de sorcellerie, portèrent eux-mêmes l< livres mystiques de magie et de néci mande sur la place publique et brûlèrent en présence du peuple. Oo ensuite l'inventaire des livres quiavaiei été brûlés: quelques-uns étaient rarç et d'un haut prix ; les manuscrits ét&ieij alors peu répandus, et ceux surtoa qui contenaient des doctrines serrrtrs aussi le montant de l'estimation s'éfH t-il à cinquante mille pièces d'arg< Cet événement eut un grand retenti ment dans Éphèse : c'était une preui de la conviction des anciens agents la sorcellerie et le triomphe de lapai de Paul.
L'intention de l'Apôtre était de rendre à Rome, mais il resta eoc J É hèse perdant une saison. Il y un certain Démet ri us, orfèvre, dont!
métier était de fabriquer de petitesctf ses d'argent et des figures de Diai^ qui faisait dans ce commerce de bénéfices. Un jour il assembla de lui tous les ouvriers de la profession, et leur lit entendre par discours que les prédications de Pi portaient un grand préjudice à leur col merce. Cela n'a pas lieu seulement di Éphèse, leur dit-il, mais encore «il toute l'Asie (i). C'étnit en effet une <t ttune dans les cérémonies païennes i faire des processions, dans lesquelles!
promenait en ville des temples poral et des images des dieux. Au temple* Comana, ces processions b'appew* les sorties de la déesse. *
Pline dit que cet usage avait w»
Cnide Ces châsses portatives et** de bois, d'or ou d'argent : on en p«* dans ies camps lorsque les troupesii mettaient en campagne. La P^'P3^ pèlerins qui venaient faire le^rs «JJ tions à la Diane d'Éphése remporta»!
des images de la déesse, dont la matral variait depuis l'or jusqu'à la terre cuimb c'est ainsi que les Phocéens au J"J ment de quitter leur patrie emportew avec eux un simulacre dd la D»n* Wj sienne, qui fut consacré à Marseille M
(i) Act., XIX, 7. |
(a) Strabon,liv. IV, 179*
tr naii de plus le commerce des ex- %natkemata, qui "devait être cou- 'iieT si nous en jugeons par le nombre de ces objets que l'on constamment dans les fouilles Mtrtour des temples. Plus on a vanitn l'orient, plus le goût de ces Un était répandu : les différents de l'Iode en fabriquent à profute bouddhisme chinois en inonde
grandes fêtes de Diane avaient il le mois qui portait son nom, (f Artemisius. Tous les travaux msoeodus, et le peuple se livrait fites et à des banquets dont les toieot laits par des citoyens opu- Ptu&ieurs inscriptions que nous rapportées mentionnent des fonsemblables : ces panégyries con- « avec de grands marchés, les foires modernes concordent fêtes patronales. Les Lydiens des hymnes en l'honneur de i ; tous les jongleurs, les magites exorcistes de l'Asie se ren- ■t dans ces réunions , qui densenter le tableau le plus varié.
d'Artémisius correspondait à du printemps : toute la ville de fleurs; les magistrats cosmétère et néocore étaient sous la présidence<de l'asiarque fer ces cérémonies. Les courses et les représentations scéniques il des intermèdes, où le peuple ôpitait avec avidité. C'était contre «s cérémonies que tonnait des Gentils , et c'était pour les que Démétrius assemblait ses 1 et ses confrères ; le commerce ■étrius et des autres orfèvres ded'une certaine importance , et Mictions de Paul étaient de nature squiéter.
disait au peuple : Ce ne sont pas ■a, ces idoles que vous faites de Rpres mains; et Démétrius ajoutait ameuter les ouvriers contre Tende leur culte : Ce n'est pas seulevôtre industrie qui est en péril, * temple de la grande déesse tyû est tourné en mépris ; celle ** adorée dans toute l'Asie verra fegtificence foulée aux pieds et son * aboli. La foule s'agitait en écou-
K* Livraison. (As» Minbuee.)
tant ces paroles , et criait : Grande est la Diane des Kphésiens. La ville était pleine de tumulte et de confusion.
Deux hommes de Macédoine, Caïus et Aristarcnus , compagnons de Paul dans ses voyages, furent entraînés au théâtre; c'était dans l'enceinte de cet édifice que les populations des villes grecques avaient coutume de s'assembler; le théâtre n'était pas uniquement réservé aux représentations scéniques : nous en voyons un grand nombre d'exemples dans les auteurs.
Paul voulait suivre et se présenter au peuple ; mais ses disciples l'en dissuadèrent, et quelques-uns des asiarques, qui étaient de ses amis, l'envoyèrent
Erier de ne pas se présenter au théâtre. a foule continuait à crier, sans trop savoir ce qu'elle voulait ; les uns demandaient une chose, les autres une autre.
Alors Alexandre voulut se justifier devant le peuple ; mais quand ils eurent reconnu qu'il était Juif, ils se mirent à crier pendant deux heures : Grande est la Diane des Éphésiens. Alors apparut le greffier de la ville, le grammateus, magistrat attaché au temple , qui tenta de calmer la foule , et par conséquent parla dans le même sens que les plus grands crieurs. Citoyens d'Ephèse, leur dit-il , y a-t-il quelqu'un qui ne sache pas que la ville d'Ephèse rend un culte particulier à la grande Diane , dont l'image est tombée des mains de Jupiter ?
Puisqu'on ne peut nier cela , vous devez demeurer en paix et ne rien faire inconsidérément. Les hommes que vous avez amenés ici ne sont ni des voleurs ni des blasphémateurs de votre déesse. Si Démétrius et tous ceux qui sont avec lui ont quelque plainte à faire, les tribunaux sont là pour recevoir leurs plaintes; mais il faut que tout cela se passe légalement. Ces paroles apaisèrent le tumulte; peu de temps après, Paul prit congé de ses disciples, et partit pour la Macédoine.
Ce passage des Actes des apôtres nous représente au naturel une de ces émotions populaires qui se renouvelaient si fréquemment dans les villes grecques; et le lieu de la scène est tellement d'accord avec les faits mentionnés dans le récit, qu'on est saisi du caractère de vérité en même temps que d'exactitude
tas
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qu'il présente. Pas un des personnages qui sont en scène n'y apparaît hors de propos : tous les magistrats qui parlent sont bien , comme on dit aujourd'hui , dans l'exercice de leurs fonctions.
L'orfèvre Démétrius, à la tête de ses ouvriers, mène l'émeute. Les asiarques, ces magistrats électifs, dont les fonctions étaient toutes municipales, font dire secrètement à Paul de ne pas se mêler dans le tumulte: ils sont loin de lui être hostiles ; peut-être parmi eux y avait-il quelques chrétiens. Enfin paraît le greffier de la ville ; c'est encore un magistrat que nous retrouvons mentionné dans une foule d'inscriptions grecques. La charge de grammateus était éminente, elle se cumulait dans les temples de Diane avec celle de grand-prêtre (1). Le grammateus apaise le tumulte , et menace les récalcitrants de les traduire devant les tribunaux :
c'est ainsi que finit cette sédition, basée sur une accusation grave, une atteinte portée à la majesté de la Diane Éphésienne. C'était le premier symptôme de réaction contre le paganisme, qui devait cependant durer encore pendant plusieurs siècles.