ÉTAT ACTUEL DU TEMPLE
Les premiers voyageurs qui observèrent ces ruines, dans les temps modernes, les trouvèrent complètement écronlées. Spon et Wheler, en 1672, tracèrent une esquisse du monument; une très- petite partie de la cella subsistait encore , avec un des pilastres dont nous voyons aujourd'hui les magniGques chapiteaux; mais tout le reste du temple n'était qu'un amas de décombres. Je crois avoir établi que tous les temples de Tlonie ont été renversés par un tremblement de terre , dont les effets sont encore plus marqués dans celui des Branchydes , puisqu'il était plus colossal. Or, comme Julien consulte l'oracle avant de partir pour sa campagne contre les Perses , nous savons que le temple existait encore au commencement du cinguième siècle. C'est donc dans la période de 400 à 1 ,600 qu'il fut renversé ; mais comme il se trouvait dans un pays désert, loin des grandes routes, il s'écroula sans que la tradition ait recueilli le moindre détail sur cette catastrophe.
Le 15 juillet 1835, après avoir visité les ruines de Téos, je vins mouiller avec la goélette la Mésange au cap Arbora , l'ancien cap Posidium. Il n'y a aucun port dans les environs ; la mer étant belle, le capitaine mouilla en pleine côte , abrité par le petit cap qui forme l'ancien port Panormus, aujourd'hui impraticable.
Le temple est éloigné d'une lieue de la côte; mais ses colonnes s'aperçoivent du large , et servent de reconnaissance aux navigateurs. Cet endroit s'appelle aujourd'hui Hiéronda , c'est-à-dire lieu sacré; il y a un village composé d'une vingtaine de maisons de pierre, un moulin à vent, et quelques cultures. Il
(i) Sozomène, V, 629.
paratt qu'il est de nouvelle fondati car du temps de Chandler, en 1765 ruines du temple étaient inhabitées le voyageur était obligé de couche village de Ura, qui en était éloigné d' demi-lieue.
La plaine qui sépare les ruines d mer est couverte de broussailles e rochers à fleur de terre , qui rende chemin presque impraticable. 11 a aucun sentier tracé du village à lai
Nous allâmes le soir même au vil avec les officiers de la Mésange. 1 les habitants sont Grecs : il y a m quarante familles ; mais il y a quelt années le village était plus cousidén
Le temple s'élève au milieu du vil comme une montagne de déeom ou plutôt d'énormes blocs de ma renversés les uns sur les autres. Il facile de pénétrer sous ces marbra cumulés; on peut alors observa beaux fragments sculptés qui se 1 conservés intacts.
Le mur de la cella du temple q dans tout le pourtour; il a une ha moyenne de trois mètres ; le parti de la cella est brut ; les pierres poil les boutons d'attente qui ont servi I mettre en place. Le temple était dirt et par conséquent décastyle. 11 orienté est et ouest, mais avec une< férence de trente degrés au nord, j'ai bien pris l'azimut.
Sur l'emplacement du pronaos, masse des décombres est plus cona rable: cela se conçoit, puisque le fi ton et toutes les colonnes du porto doivent être accumulés en ce lieu. 15 colonnes sont encore debout : deu* nord , voisines l'une de l'autre ; I sont cannelées et réunies par une an trave; elles sont d'ordre ionique; chapiteaux sont bien conservés. L* colonne est isolée du côté du sud ; « ci n'est pas terminée, les tambours s bruts, et le chapiteau n'es* pas 001.
Toutes les autres colonnes sont n versées et tombées obliquement lesuj sur les autres; on voit qu'une a»
secousse les a renversées, et qu« n'ont pas été dérangées depuis; cej* dant if manque sur le terrain toute corniche et tous les chapiteaux.
Je n'imagine pas comment ces m ceaux ont pu disparaître; i» De "
laftrrés ; car le soi actuel est de plus ièa mètres en contre-bas du niifa bases; et de tous les morceaux , ;, les chapiteaux sont ceux qui t le moins être employés à d'au- ; «nages.
lUot donc prendre les moyens irer les seuls chapiteaux qui t, c'est-à-dire ceux qui sont en , à une hauteur de vingt mètres du sol. J'éprouvais d'autant difficulté pour mesurer la co- ,qoe sa base est entourée de blocs de marbre. Je fus obligé de arec un niveau une hauteur ite sur une des colonnes i, et dont la base est dégagée. Il ' dans le village ni échelle, ni laoyen de monter sur les colonne commandant fit venir quel- [aatelots avec une chaise volante iigrà; on lança avec une pierre ôe corde par-dessus l'architrave; flrnt pour en monter une plus I* bientôt un matelot, en s'aida nt Jures, fut en haut de la co- ^aa grand étonnement des Grecs, t pouvaient comprendre une telle 1 Une fois sur l'architrave, il ma palan auquel fut attachée K, et je m'élançai à mon tour (l'espace. Je mesurai les hauteurs h les tambours et les détails du foau ; mais ses dimensions sont si s, que j'éprouvai de grandes dif-
ra autour du temple deux rangs Hennés; mais on retrouve la plu- Ides bases en place ; de sorte qu'il île de reconnaître les dimensions ■que. Le parement du mur de était fait de grands blocs de mar- ; mais l'intérieur de la conso était en roche. L'épaisseur de est de 2m,73. D'autres fragments, m moins ornés sont épars autour édifice; mais il en est qui ont été ^jo 1764 et qui n'existent plus au- Nliui. Je veux parler du chapiteau whien publié par Chandler, et dont tyjaeement est déterminé par lui à taede la cella. Le mur de la cella '. de distance en distance , des saille paraissent avoir appartenu à des JJtoa intérieurs ; cela indiquait un ■* de colonnes , et en effet, tout
cet ajustement ae présente si naturellement pour le plan comme pour les dimensions, qu'on ne peut douter que ce temple n'ait été de la classe de ceux que l'on nomme Hypèthres, ayant au milieu une cour ouverte et des galeries latérales. « L'hypèthre, dit Vitruve (1) , est décastyle devant et derrière; du reste, il est comme le diptère. » Or, comme le diptère est octostyle, le temple d'Apollon doit différer de ce dernier genre. Vitruve cite pour exemple de l'hypèthre le temple de Jupiter Olympien d'Athènes : on sait que ce temple est décastyle. J'explique ainsi les paroles de Strabon : « On fut obligé de le laisser sans toit, » c'est-à-dire qu'on fut contraint de disposer l'intérieur en forme d'hypèthre. On ne peut pas imaginer que la statue du dieu soit restée pendant plusieurs siècles exposée aux intempéries, sans qu'on ai-t pris des mesures pour la mettre à couvert. La restitution que je propose n'offre aucune difficulté de construction, puisque le pronaos pouvait être couvert par des solives de lGn,20, placées sur les pentes du fronton , en forme de pannes. Il en est de même de l'opisthoaome ou posticum , dans lequel je suppose qu'était placée la statue d'Apollon. Quant aux portiques latéraux intérieurs, ils étaient couverts en atrium, la pente du toit en dedans.
Il est une particularité qui distingue ce temple de la disposition indiquée par Vitruve : c'est que le mur du posticum n'a point d'antes; il vient s'ajuster à angle droit avec les murs latéraux.
Comme cette partie est bien conservée, on ne peut avoir de doute à ce sujet. Le temple n'avait pas de porte du côté de l'ouest (2).
En sortant du village du côté du nord, on arrive dans un champ où se trouve une rangée de statues de style très-antique; elles représentent des personnages assis dans l'attitude d'une statue égyptienne ; le siège est simple : il imite un fauteuil de bois ; ces figures sont vêtues de tuniques plissées et relevées sur leurs genoux ; fl y en a six sur la même ligne ; les têtes ont été brisées.
Une dépression de terrain semble in-
(î) Liv. III.
(a) Voy. pi, 18.
L'UNIVERS
diquer qu'en cet endroit il y avait m -stade ; mais on ne voit aucune trace i'e gradins^ou d'autre construction.