CHAPITRE XYII
MONT IBA.
(i)Ét. Byz. V.Gargwi.
(») 4*\e Mineure , I. î, p. 480.
II serait difficile de dire laquelle des deux montagnes de l'Ida ou de l'Olympe passait dans l'opinion des anciens pour avoir la plus grande célébrité ; mais il en est peu qui aient été le sujet de commentaires plus variés et
Çlus nombreux, fie voisinage de la roade, toutes les traditions mvtholologiques dont le mont Ida fut le théâtre donnent un intérêt particulier à l'étude de cette montagne. Nous n'avons aujourd'hui à notre disposition que des fragments tronqués de Démétrius de Scepis Îiue Strabon nous a conservés ; mais ces ragments sont précieux pour nous guider dans la connaissance de cette chaîne dont l'étude est des plus compliquées.
Nous pouvons faire au sujet du mont Ida la même observation que nous avons faite au sujet du Taurus; c'est que ce nom était donné dans l'antiquité non pas à une seule chaîne, mais à un système montagneux qui coupait toute la Troade depuis le golfe d'Adramytte jusqu'à PHellespont, et la séparait pour ainsi dire du reste de la Mvsie. C'est sous ce point de vue qu'il faut accepter la définition de Strabon; car on éprouverait quelque déception si l'on voulait suivre une seule et unique chaîne dans tout le parcours qu'il lui assigne. Aussi les anciens et surtout Homère ont-ils l'habitude de nommer le mont Ida au pluriel.
Classemque sub ipsà Atitandroet Phrygi» molimur montibus Id*. (Virg., jEh., lib. III, v. 5.)
Les différents passages des anciens auteurs qui ont fait mention de cette chaîne offrent trop d'intérêt pour ne pas être recueillis ici ; ils nous serviront comme point de comparaison avec l'état moderne, tel que Ton peut l'observer aujourd'hui.
Nous commencerons par les extraits de Strabon, qui a puisé dans les écrits de Démétrius de Scepsis, et qui s'attache plus particulièrement aux détails topographiques.'
La meilleure idée topographique de
ee qu'on appelle véritablement la Troade doit être prise de la position de l'Ida. Oue haute montagne se dirige vers le couchant et la mer occidentale, en se reofiaat aussi un peu vers le nord et vers ta edte septentrionale oui est celle ée II Propontide, depuis le oétroit d'Atries jusqu'à l'jCsepus et à la Cyzi-
L'Wa a plusieurs extrémités qui s'atancent en forme de pieds qui lui douent la figure d'un scolopendre ; les fax dernières sont du côté du septentrion, les hauteurs près deZéléia, et ai côté du midi le cap Lectum. Les premières se terminent dans les terres ■ peu au-dessus de la Cyzicène, à la- «eHe Zéléta même appartient aujour- • wâ; mais le cap Lectum s'avance josqu'à cette partie delà mer Egée qu'on traverse pour aller de Ténédos h Lesbes. D parle (Homère) ici fort à propos en Lectum en le considérant comme w portion de l'Ida et comme le prémer lieu où l'on arrive de la mer pour se rendre à cette montagne.
Ce poêle distingue fort bien aussi de sa extrémités le sommet de Ta monlape sous le nom Gargarum ; car encote aujourd'hui l'on montre sur les parties élevées de cette montagne un nen nommé Gatgarum et dont Gargara, ville actuelle des j£oliens, tire Km nom.
En doublant le cap Lectum, on trouve un vaste golfe formé par l'Ida «si se retire du Lectum pour avancer sans l'intérieur des terres et par Canae , antre cap opposé au Lectum ; quelquesus rappellent golfe de l'Ida; d'autres loi donnent le nom de golfe d'Adra- ■vtte (l). Deux montagnes s'élèvent ai-dessus de la Propontide, l'Olympe de Mrsie et l'Ida. Au-dessous de la presttère est la Bithynie , et entre l'Ida et baser est la Troade (2).
Selon Démet ri us de Scepsis, des parues du mont Ida voisines de la Cébrévk se détachent deux bras qui s'avancent vers la mer, fan dans la direction de Rhosuum, l'autre dans celle de Sigeum, et forment comme un demi-cercle dont lea extrémités se terminent dans la
(i) Xm, 5S3.
(*)xn. 5H-
plaine, à la même distance que Vllium recens, située entre ces extrémités, tandis que l'ancienne Ilium était placée au lieu où commencent ces bras. Ce demi-cercle renferme la plaine simosienne, que traverse le Simoîs et la plaine scamandrienne, où coule le Scamandre. Ces deux plaines sont séparées l'une de l'autre par un long col qui, attendant en ligne droite depuis T Ilium actuelle, adossée à ce même col, jusqu'à la Cébrénie , forme avec les deux bras ci-dessus décrits ta figure de la lettre e(i>.
Le mont Ida a été qualifié par Homère de montagne abondante en sources à cause de la quantité de fleuves qui en sortent.
Une colline dépendante du mont Ida et nommée Cotylus, est à environ 120 stades au-dessus de Scepsis; de cette colline sortent leScamandre, le Granique et l'j£sepus (1).
Etienne de Byzance cite en ces termes le mont et la ville de Gargara :
« Cest, dit-il, une ville de Troade située sur le sommet du mont Ida ; on l'appelle aussi Palsegargara. » Strabon l'attribue aux vEoliens. Le moot Gargara était habité par les Lélèges. Gargara était, dit-il, fondée par les habitants d'Assos. Selon Éphore, cité par Macrobe, ces deux villes étaient tres-voisines, et Gargara fut ainsi nommée de Gargare, fils de Jupiter, qui vint de Larisse deThessalie.
Le grammairien Diotime, natif d'Adra* mytte, y tint une école ; c'est de lui qu'Aratus dit en deux vers : « Je pleure sur Diotime qui s'asseoit sur les rochers pour enseigner l'alphabet aux enfants de Gargara (2). » On donnait aussi ce non) à nn promontoire ; mais nous croyons qu'il taut l'identifier avec le cap Lectum, car il n'y en a pas deux dans ces parages.
Etienne de Byzance nous apprend de plus, d'après Lvcophron , que le sommet chauve et dénudé de l'Ida portait le nom de Phalacrac. Ce mot, dit-il, désigne le sommet de l'Ida, ne produisant aucune plante à cause de la neige et de la glace, mais qui est tout à fait dépouillé. Toutes les montagnes privées
(i) xm, 597.
(*)XIll,6o3.
L'UNIVERS
de végétation portent le nom de Phalacrœ. Selon Diodore de Sicile, la montagne de rida tire son nom d'Ida, tille de Melissée, roi de Crète ; c'est la plus haute de celles qui dominent lUellespont; on y remarque, au milieu, un antre où Ton dit que les trois déesses furent jugées par Paris. — On prétend aussi que ce fut dans rida que les dactyles iaéens étaient établis, et que, instruits par la mère des dieux , ils furent les premiers à travailler le fer ; enGn on observe dans cette montagne un phénomène qui Tui est propre. Ici Diodore décrit un phénomène d'optique causé par le lever du soleil, et qui de nos jours peut encore être observé dans ces splendides matinées caniculaires, quand les brumes de la montagne se dorent des rayons du soleil naissant (I). Pomponius Mêla rapporte les mêmes phénomènes en les exagérant (2).
Nous pouvons maintenant parcourir cette longue chaîne recherchant à identiûer les noms modernes avec les noms anciens. L'extrémité de la chaîne de l*lda vient s'amortir dans la mer au cap Baba,* qui est l'ancien promontorium Lectum. On peut mouiller sous les terres du cap , abrité par une jetée qui s'avance d'une vingtaine de mètres dans la mer; elle est formée de grosses pierres accumulées sans beaucoup d'art et ne peut défendre les navires contre les vents de l'ouest.
Le petit village de Baba se présente à mi-côte; on y remarque un pauvre caravansérail et une petite mosquée, et un petit fort est bâti sur une pointe qui s'avance dans la mer. Les montagnes qui forment le cap Baba sont dénudées à leur sommet et se présentent sous des contours très-accentués ; la roche nue de couleur jaunâtre sort de terre en forme de pic ; la partie moyeone est couverte de quelques broussailles. Ce cap forme la corne septentrionale du golfe d' Ad ra mytte.Toute la côte court dans une direction est et ouest.
Les terrains calcaires que l'on observe au cap Baba font bientôt place aux terrains volcaniques qui s'étendent
(i) Diodore, XVII 7.
(a)Liv. I,c. 18.
sur la côte dans une longueur de dix o douze kilomètres. C'est sur le penchât de ces pitons- qu'est située Vancienn ville d'Assos. Toute la montagne est foi mée de trachytes rouges très-durs < qui ont presque l'apparence du po phyre. Cestde ces carrières inépuisabh que les Grecs ont tiré les matériaux di monuments d'Assos; la solidité de cet roche est à toute épreuve ; mais Je toi d'un Violet foncé, est triste à la vue., < sa dureté, jointe à sa nature cristallin» empêche de donner à la pierre aucu poli. On remarque autour de la ville <i très-grands amas de scories de fer ; d'o viennent ces scories? ce n'est certain ment pas la pauvre population du vi lage de Beyram qui a jamais exploi des mines. Il est plus^protoable que 4 sont les vestiges des exploitations ant ques commencées par les Lélèges < continuées par les Grecs. Les scorn sont très-riches en fer, et forment d< rognons agglomérés épars sur le so
La formation volcanique s'appu à Test et au nord sur le terrain grau tique. Derrière ce premier étage de montagne s'élève la belle chaîne d Gargara, jadis séjour des dieux, appel* aujourd'hui Kaz dagh (la montagne t l'Oie ). Les Turcs sont très-portés à d poétiser les noms.
Le Gargara se rattache à une auti chaîne orientale dont les sommets fo ment un demi-cercle, et la courbure < cette chaîne est tournée vers l'oues c'est à-dire vers la plaine de Troie. L contreforts de ce grand cirque de moi tagnes s'abaissent insensiblement ve la plaine, et tout ce relief topographiqi rappelle assez bien la forme que noi avons représentée plus haut. Les ra gniflques forêts de chênes qui couvre le flanc de ces montagnes et qui do nent naissance à ces minces ruisseai jadis si renommés font de ces valié un séjour plein de charmes pour voyageur qui attache quelque prix a< souvenirs de l'antiquité.
La seconde chaîne que nous avo mentionnée, et qui se rattache au G a gara , était le mont Cotylus, qui encl vait la plaine de Cébrénie; c'est du:
ces vallées qu'étaient situées les vilJ de Scamandrie et de Scepsis et les n lies d'argent qui étaient exploitées da
À#&.HWliUJŒ.
b aaate antiquité. La nature géologtaee du terrain ne s'oppose nullement à fciistaoce de mines d'argent dans ces parages, parce que les roches sont de la natare du gneiss, du quartz et des
s , qui souvent servent de îm minerai d'argent.
Le nasdf qui compose la chaîne de ridais tient pas s'abaisser dans la plaine i une figue de circonvallation, mais il iré <f ud cercle de mon tagnes in- ; qui circonscrivent la plaine de Traie, et au nombre desquelles se trouve la eâèsce éminence du Pergama . Au sud «Basse rapprochent de la mer, et le pays savais les ruines 4* AlexandriaTroas jusffru eap Baba va toujours en s'élevant aastmat de la mer.
An nord, au contraire, le massif montasse» intermédiaire laisse entre lui eik aaer toute la plaine de la Troade, k cap Sâgée on Janissaire , et se courbe •de* la Ggne des Dardanelles* Tous ces SjgMpcji secondaires sont généralement m calcaire marneux et par conséquent fane constitution beaucoup plus récente sse la grande chaîne de rida.
Le massif granitique reparaît sur la elle de THeiTespont dans la presqu'île «c Cyakpie où il forme le mont Dinéjnest, aujourd'hui Kapou dagh ( la aaaangns de la Porte.) Cette montagne eatcoojque ; elle se rattache au continent aax la presqu'île de Cyzique qui est aaaaeet sablonneuse ; mais autrefois elle fermait une Hé (I).
an liane occidental se prolonge en an esp qui forme la presqu'île d'Artafci (2), avec un îlot du même nom et «ni est de nature calcaire, marbre grisâtre; c'est une amorce de la grande Be de Procconèse ou de Marmara qui senne son nom à toute cette-mer qu on appelait autrefois Propontide. C'est la iaîite que les anciens assignaient à la daine de rida; elle se rattache au.
anesif de l'Olympe de Mysie par des Taanfiestions de médiocre hauteur qui donnent passage à plusieurs fleuves et Sarment un certain nombre de bassins \ d'une certaine importance qui at à la province de fiithynie cet ; si riant et si fertile.
(i)Strmb.,XH,575.
Au nombre des lacs aue renfermait la région de l'Olympe , les anciens citent souvent le lac Dascvlitis, qui était aux environs de Cyzique (î). Rien n*a pu nous mettre sur les traces de ce lac, qui passait cependant pour un des plus importants de la contrée, et aucnn des voyageurs qui ont consacré quelques pages à la description de la Bithynie ne paraît s'être souvenu de son nom; nous devons en conclure ou qu'il s'est desséché, ou que ce nom s est confondu dans celui d'un des autres lacs d'Apollonias ou de Milétopolis. Cependant Strabon (2) les nomme tous les trois simultanément. Cest une question curieuse de géographie, qui n'est pas encore résolue.
Un si grand nombre de villes anciennes peuplaient les vallées et les plateaux formes par ces montagnes , que leur nomenclature trouvera mieux sa place dans les chapitres Consacrés à ces villes. Nous mentionnerons encore le Katerlî dagh (montagne des Mulets), qui est un des acrotères de l'Olympe projeté vers le nord et forme le cap de Bouz bouroun dans la mer de Marmara.
Ici finit le système de rida et commence celui de l'Olympe Mvsien ; mais nous devons le laisser pour le moment, afin de suivre dans toute son étendue le rempart montagneux qui soutient les plateaux du centre à partir du golfe de Nicomédie.
La constitution de ces montagnes est des plus variées et n'appartient plus à une nature homogène comme la plupart de celles que nous avons décrites.
Nicomédie et ses alentours offrent seuls un tableau varié des terrains de sédiment de plusieurs âçes géologiques parmi lesquels le grès rouge paraît former un noyau considérable, puisqu'on le retrouve à plusieurs stations tant sur le bord du Sangarius que dans les villes de Géivéh et d'Akseraï.
Toute la chaîne, d'une élévation médiocre, qui forme un des côtés du bassin du lac de Sabandja, court à une distance moyenne de quinze kilomètres de la côte. Elle s'ouvre pour donner passage
(1) Strabon, XII, 575.
(*) Ibid.
L'UNIVERS
au fleuve Saugarius aujourd'hui Sakkaria l'un des plus longs de l'Asie Mineure et dont le volume d'eau paraît avoir singulièrement diminué, si l'on s'en rapporte aux descriptions des historiens (1).
Les ondulations de terrain qui se manifestent entre ces montagnes et la mer sont bien déûnies par les Turcs, qui ne leur donnent pas le nom de dagh, montagne, mais celui de tépé, butte.
Toute la côte sud du Bosphore de Thrace est généralement basse et peu ondulée; il n'y a que la montagne du Géant (temple de Jupiter Urius), qui s'élève en face du gplte de Buyukdéré et qui présente une niasse assez importante; mais il faut penser que sa base baigne dans les eaux de la mer. Son revers méridional est déjà beaucoup moins abrupte; sa hauteur absolue n'atteint pas cinq cents mètres. Ainsi les plaines de l'intérieur, situées immédiatement au sud de cette montagne , dépassent de quatre ou cinq fois en hauteur le sommet même de la montagne, puisque leur hauteur moyenne est de 800 a 1,000 mètres.
Kara bournou est le cap qui indique l'entrée du Bosphore. De là jusqu'à l'embouchure du Sangarius le pays est plat, 6e relève aux environs de Cnilé; mais l'aspect des montagnes est des plus uniformes; elles se composent de sommets arrondis et couverts de verdure , Rabaissant pour donner passage aux fleuves et se relevant ensuite mais sans changer de physionomie. On peut dire que les plateaux inférieurs viennent ici s amortir par échelons bien déterminés sans former ces grands profils montagneux que Ton remarque dans le sud et dans l'ouest. Ajoutez à cela que ces montagnes de la Pa phi agonie et du royaume de Pont n'offrent que peu de souvenirs historiques; leur étude détaillée n'aurait pour le lecteur qu'un intérêt tout à fait abstrait, une nomenclature de noms turcs qui ne se rattache à aucun nom antique; c'est tout le profit qu'en pourrait tirer le lecteur. Nous nous bornerons à faire observer que toute cette chaîné portait autrefois le nom de monts O.gassus, et qu'elle se ratta-
(i) Prooope, De JEdif., I. V, è.' 3.
chait à la hauteur de Trébizonde les monts Thechès. Ce que nous I rons en dire trouvera mieux sa] dans la description des provinces m traversent. '