CHAPITRE XXXVIII
*UPOUS. — PAMBOUX KAL£ SI.
fes source» minérales très^abondan- ■Uvrtant de* flancs d'une montagne *j et s épanchant dans le Lycus, ont J*» P* Ja suite des siècles, une Ion- «j MlliDe entièrement composée d'agwnerats caleaires déposé» par les eaux, *Vj «élève graduellement d'âge en £■ w confiance que les anciens ont pHin eue dans le traitement des mar ««s par les eaux minérales a appelé,
dès les temps les plot reculés, autour de osa sources de nombreux malades et une population toujours* croissante : car là, pins qu'ailleurs, les anciens voyaientmnejnann^station de la volonté des dieux pour soulager les douleurs de l'humanité.
Quoiqu'un grand nombre d'écrivains aient mentionné la ville d'Hiérapoha, ils ae sont tous attachés à décrire les phénomènes de ses sources ; mais pas un ne nous a laissé de documents sur sa fondation. Tous les monuments que nous voyons aujourd'hui sont à peu près de la même époque, c'est-à-dire, postérieurs n l'invasion romaine, et l'on conçoit , en effet , qu'un sol aussi mo* bile, qui s'exhausse constamment, en ensevelissant è tout jamais dans un roc qui ae forme sans cesse, les monuments, les arbres et les plantes, a dû couvrir jusqu'au dernier débris des monuments d'un âge reculé que le temps avait renversés. La ville d'Hiérapolis, telle qu'elle se présente aujourd'hui aux regards de l'antiquaire, observée du haut de la montagne qui la domine, offre l'aspect de la désolation et de la solitude ; pas un arbre ne s'élève sur cette terre frappée de stérilité, et sur ce sol qui s'étend au loin comme une grande plage couverte de neige. L'illusion est d'autant ptos frappante, que Ton voit eà et là de vastes bassins dreau bouillante recouverts d'une épaisse vapeur, d'où sortent de petits ruisseaux, sur les bords desquels croissent des algues et des fucus. Ce qui avait surtout attiré l'attention des anciens était une espèce de grotte ou puits, d'où s'exhalait une vapeur mortelle pour les hommes et les animaux ; les dépôts calcaires de ces eaux étaient surtout pour les anciens un sujet d'admiration. Voici ce que dit Strabon (l) à ce sujet : « Près du Messogis , en face de Laodieée, est Hierapolis. On y voit des eaux chaudes et le Plutonium, deux
Khénomènes qui tiennent du merveit- >ux. Les eaux sont tellement disposées à se pétrifier, qu'en les faisant couler dans des rigoles pratiquées autour des champs on en obtient des enceintes d'une seule pierre. Le Plutonium, situé *ur une colline basse de la montagne
W tourillon, toiearches, tome r*% ht a, (i) Strabon, lit*. XIIT, f . faa.
L'UNIVERS
\oisine, est une petite ouverture, large autant qu'il faut pour qu'un homme y puisse paner; elle est entourée d'une balustrade carrée d'environ un demiplèthre de circonférence ( 15™ ,40e ). Une espèce de brame, tellement épaisse qu'on peut à peine y apercevoir la terre* remplit l'espace compris dans cette balustrade; elle ne cause aucune incommodité à ceux qui s'en approchent, lorsque le temps est assez calme pour empêcher qu'elle ne se communique à l'air extérieur; mais si Ton y fait entrer uu animal, il expire sur-le-champ; les taureaux mêmes introduits dans cette enceinte tombent à l'instant , et on les en retire morts (1). J'ai lâché des moineaux qui y tombèrent et expirèrent immédiate* ment. Les Galles seuls, qui sont eunuques , y entrent sans danger ; ils s'approchent de l'ouverture, ils y penchent même la tête jusqu'à un certain point, mais c'est ordinairement en retenant leur haleine, comme nous l'avons remarqué par les signes de suffocation qui paraissent sur leur visage. Je ne sais si cela est commun à tous les eunuques , ni si les eunuques qui desservent le temple en qualité de prêtres sont les seuls jouissant de ce privilège, et si c'est l'effet d'une protection divine, ce qui serait probable pour des hommes qui se trouvent dans un état d'inspiration, ou s'ils font usage de quelques antidotes avant d'approcher de la grotte.
Suant à la pétrification des eaux , ce îénomène, dit-on, a aussi lieu dans les ileuves de Laodicée, quoique leurs eaux soient notables. Celles dVUiérapolis servent encore merveilleusement à la teinture, au point que les laines qu'on y teint avec des racines le disputent aux teintures faites avec de la graine d'écarlate ou avec la pourpre. Au reste , l'abondance de ses eaux est telle, que la ville est pleine de bains naturels. »
Ces phénomènes reçoivent une explication des plus simples; en effet, les eaux minérales d'Hiérapolis, qui sont alumineuses et légèrement sulfureuses, contiennent des sels calcaires qui se trouvent dissous par un excès d'acide carbonique ; lorsque les eaux ont coulé quelque temps à l'air libre, l'acide car-
(i) Strabon, liv. XIII, p. 63o.
bouique s'évaporant, les sels calcas se déposent naturellement sur tous corps avec lesquels l'eau est en conta et particulièrement sur les petites as| rites qui se trouvent dans son lit, com les menues tiges de plantes, les eailh et les algues mortes. Le frottement i eaux sur les bords du canal d<moj lieu à un plus grand dégagement gaz, le dépôt s'augmente dans une b plus grande proportion sur les boj que dans le tond; aussi voit-on les
Soles d'eau minérale s'exhausser eni e temps , former de petites mur»
qui s'élèvent jusqu'à ce que l'eau atteint le niveau de la source ; elles coulent alors de part et d'autre, ai mentant l'épaisseur de la muraille, j qu'à ce que leur cours, se troui totalement intercepté, s'épanche 4 toutes les directions, et forme sur lé cette croûte calcaire d'un blanc par) qui aujourd'hui recouvre toute la i race de la ville. Mais les eaux des m ces sont si abondantes, qu'elles ne pouillent pas leurs sels calcaires ai d'avoir atteint l'extrémité de la colla tombant avec impétuosité de roc en i elles ont formé dans une hauteurj trois cents pieds, les jeux de la na| les plus bizarres : ce sont des casca écumantes, dont la mousse, respleni sant aux rayons du soleil, n'est au
Sue le dépôt pétrifié ; dans d'autres* roits, tombant avec moins de force!
les aspérités des rochers, ellesont for des bassins d'une forme parfaitement gulière, ronds et ovales, superposés uns aux autres, comme ces vasques i cascades que l'on faisait au dix-b tième siècle. La ressemblance est d'i tant plus grande, que leurs bords * recouverts de stalactites d'une réfl rite telle, qu'elles sembleraient être m vrage du plus adroit sculpteur. Et n'est pas un accident particulier; e se répète dans un nombre infini <fi droits, et toujours avec la même réj larité. Vers le nord-ouest de la ville» i cascades pierreuses ont un aspect bes coup plus désordonné ; mais leur ce leur jaune et noirâtre indique que < dépôts sont plus anciens que ceux de région sud ; en effet, depuis leteai que les eaux s'écoulent, elles se so bien souvent fermé le passage, et e
rrè dans toute retendue de la colline, a laissant partout des traces de leur wrche.
Aujourd'hui, la source principale irgitau milieu de la ville, et précisent au pied du théâtre, construit sur ne colline qui domine les sources;] le wmomètre centigrade, plongé dans t bassin , s'élève à plus de 80 degrés ; i vapeur qui s'en exhale n'est sensible m le matin dans les temps froids ; en «tant de la source, les eaux sont d'une apidité parfaite ; elles sont bonnes à )ire , ayant une saveur légèrement saeet piquante, qui décèle parfaitement ride carbonique qu'elles contien-
Slt.
Le Plutonium, mentionné par Straw, était un phénomène tout aussi nple que le dépôt calcaire des eaux, fil faut bien se garder de confondre fc toute espèce de pétrification, pression impropre, qui est appliquée i Europe à un grand nombre d'eaux Irôales qui sont très-probablement les le même cas que celles d'Hiérafa. La description que nous laisse géographe ancien nous représente le itonium comme un puits entouré fce balustrade ; il est tout simple que pi acide carbonique qui s'exhale en toute de ces eaux, puisqu'il est plus M que l'air, se soit trouvé contenu fre les margelles de ce puits ; de là vertu asphyxiante que contractait « renfermé entre ces murailles ; il tt pas besoin de citer tous les lieux ÎEurope où ce même phénomène se ■flfeste, et n'excite aucune surprise, mt à la faculté que possédaient les titf de plonger la tête dans cette atfcpûère pestilentielle sans en ressend'effet, c'est une de ces jongleries si omîmes chez les prêtres asiatiques , il n'est pas nécessaire d'en chercher tpiieation. Ainsi, la description de &bon fait bien comprendre que la aolition de la balustrade aurait donné wiradde carbonique, et eût détruit phénomènes. Puisque les auteurs ■ ont parlé du Plutonium ne font pas Mion de mauvaises odeurs, il pa- 1 bien certain que l'acide sulfureux r Jouait aucun rôle. Dion Cassius «e à peu près les mêmes paroles que MODi et marque bien la position
de ce Plutonium près d'un ancien théâtre (1):
« J'ai éprouvé les effets du Plutonium sur les oiseaux, et, en me penchant audessus du trou, j'ai vu cette exhalaison qui sort d'un puits ou citerne, environné tout alentour d'une muraille; au-dessus il y a un édifice qui était anciennement un théâtre. Tout animal vivant exposé à la vapeur de ce puits meurt incon- ' tinent; les eunuques seuls ont la faculté de respirer cet air sans en être incommodés. Je ne saurais expliquer un tel phénomène ; mais j'en ai été témoin, et je puis le certifier. »
Ammien-Marcellin mentionne si brièvement ce phénomène, qu'il avait déjà de son temps beaucoup perdu de son merveilleux.
Quelques auteurs, entre autres le colonel Leake (2) et Arundell, mentionnent la découverte du Plutonium par M. Cockerell entre le théâtre et les sources minérales ; mais tous ceux qui ont visité Hiérapolis depuis ce dernier voyageur, et Arundell lui-même, n'ont pas retrouvé ce gouffre; et j'avoue que moi-même, connaissant tout ce qui était écrit à ce sujet, je l'ai vainement cherché. Peut-être depuis le voyage de Cockerell ce puits a*t-il été comblé par les paysans.
Le prestige dont les eaux d'Hiérapolis étaient entourées chez les anciens n'a pas cessé avec le culte des dieux, et a survécu à la ruine de la ville ; de toutes parts, dans la belle saison, les habitants de la contrée viennent en caravanes s'installer dans les ruines désertes ; les uns choisissent pour demeure quelque salle d'un vieux bâtiment, les autres se logent sous des tentes; des rigoles partant de la source portent les eaux dans des bassins particuliers; où elles arrivent un peu plus tièdes ; c'est là où l'on se baigne pêle-mêle, et chacun à ses heures. Un canal assez grand conduit une portion des eaux dans un ancien édifice qui est regardé par tes uns comme des thermes, et par les autres comme un gymnase. Je pense que les deux partis peuvent avoir raison; là, dans des salles voûtées , se trouvent de
(i)Dio Cas*., LXVÎIl.
(a) Journal, p. *53.
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L'UNIVERS
grands bassins qui , en réalité , ont fait e ce monument l'édifice thermal le S las curieux qui existe/C'est en sortant e là que les eaux tombent du haut de la colline dans la plaine, et vont se jeter dans le Lycus. H paraît que ce»
eaux étaient autrefois employées avec avantage pour la teinture (1). Ceci tiendrait, sans doute, aux principes alumineux que je crois avoir reconnus dans la source ; mais j'avais avec moi un trop petit nombre de réactifs pouf pouvoir déterminer positivement les principes constituants dé ces eaux , que
Ci éprouvées pendant plusieurs fois en ins et en boissons , et que j'ai trouvées très-bonnes.
La situation de la ville est des plus pittoresques , et, du haut de la colline sur laquelle elle est construite , la vue s'étend dans toute la vallée du Lycus et du Méandre , jusqu'aux montagnes de l'Ionie. A gauche s'élève la chaîne du mont Cadmus , qui donne naissance au fleuve de Laodicée. Du côté de l'est, les montagnes très-voisines de la ville forment les affluents supérieurs du Méandre ; c'est dans ces cantons que se trouvaient les villes de Thémisonium , Colossae et Célaenae, aujourd'hui détruites , et dont la situation seule peut être déterminée. Cette position était forte comme point militaire, puisque la ville n'était accessible que par deux extrémités. On y arrivait par des chemins tortueux. Mais ce qui protégeait particulièrement Hiérapolis, c'était son titre de ville sainte, qu'elle avait reçu à cause du grand nombre de temples qui décoraient son enceinte. Parmi les inscriptions découvertes dans ses ruines, on en trouve une où il est fait mention d'Apollon Archégète; mais elle est incomplète.
En montant du côté de Test, on observe, à droite et à gauche de la rampe très-rapide oui conduit à la ville , un certain nombre de tombeaux ayant la forme d'xdicules ou chapelles ; quelques-uns ont leur façade ornéode quatre pilastres d'ordre dorique, et l'intérieur est éclairé par de petites fenêtres, closes de treillis ou croisillons de pierre. Tous ces édifices sont construits avec le tuf formé par le dépôt des eaux , qui est
'0 Siri.1)., XIIT, |>. ft5o.
léger, facile à tailler, et qui a la propriét de se farcir ô l'ait*.
En arrivant sur le plateau supérieur on aperçoit quelques traces des mu railles antiques ; mais ta porté prise pale est ruinée. La légèreté du tuf en ployé dans les constructions et répaissa des bancs que Ton pouvait tirer d< carrières, permettaient aux architecii d'employer dans les monuments d pierres d'un appareil considérante; au voit-on dans les édifices d'Hiérapo!
des blocs qui peuvent lutter de grosse avec tout ce nue nous connaissons i plus colossal dans les monuments p lasgiques.