‹ Asie mineureChapitre 27 sur 428 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

niVTIBS COLONS DE 11, BTTHYHIB.

LIMITtS DB LA. COWTBBfi.

La grande et fertile contrée qui est itaée sur 1rs bords de là mer Noire, do Icpbore et de la Propontide , et que b Grecs et les Romains ont appelée Kthvnie, était, dans l'origine, occupée par te peuple des Bébryces (1) , et porta) le nom de Bébrycie (2). Lorsque les Argonautes remontèrent dans la Pro- ■antide, les Bébryces étaient gouvernés parle roi Amycus, fils de Neptune et de la nymphe Bithynis (3). Mais ce nom paraît apocryphe , car les autres auteurs anciens se taisent sur ce point; Hiee et Strabon déclareut formelle- BMat nue la Bitbynie reçut ce nom tarés 1 invasion des Thraces, nommés Bttbynîens et Tbyniens.

Tomt ce qui est relatif, à l'histoire priaùtiv e de cette contrée est tellement eaaenr, que les historiens anciens eux- ■enes sont loin d'être d'accord sur le petit nombre de faits qui nous sont nrvenns. D'après un scoliaste d'Apoluams de Rhodes , les Bébryces n'occupaient pas tout le pays qui fut depuis m Bitbynie, mais ils s'étendaient au couchant fort au delà de ses limites,.

• Amycus était roi des Bébryces dans la Bitbynie, et possédait principalement le pays vers les côtes (4). » Charon prétend nue Ton donnait anciennement le nom de Bébrycie au pays des Lampsaawas. Le territoire de Lampaaque se

(i) Bcrrios, Coaunent. sur l'Enéide, 6t. ▼, p. 373.

(a) Proximm Bëtriciï panduntur Umina *fw, Taier. FUccu», liv. IV, p. 99.

(3) ÀçoUod. Bfrl., liv. I, ch. VIII, «10.

(4) Scfcoliasta Htrisensiâ ad Apollon. Bholiv. II, cb. II, p. 11 S.

trouvait hors de la Bithynie ancienne (1).

Etienne de Byzance fait descendré cette peuplade des Bébrycieris de Bébryce ou de Bébrycée, sans indiquer qu'elle ait aucune communauté d'origine avec les Bébryciens d'Espagne (2)* Ce qui parait certain , c'est que la nation des Bithyniens ne descend pas de celle des Bébryces, car celle-ci tut exterminée par la guerre (3). Si les Bébryces ne sont pas cités par Homère dans le recensement, c'est que, selon la remarque d'ApolIodore , ils sont compris sous le nom des Phrygiens avec les Dolions. Et quoique Strabon dise positivement que les Bébryces sont originaires de Thrace (4) , il est certain qu'ils sont venus s'établir en Asie longtemps avant la guerre de Troie.

Tous ces faits épais dans les historiens concourent à nous prouver que les peuples qui occupaient l'Asie Mineure dans les derniers siècles avant notre ère, étaient tous étrangers à la contrée.

Nous verrons , en étudiant les autres provinces et en cherchant à débrouiller le chaos de tribus et de peuplades qui se sont succédé depuis le quatorzième siècle. av. J.-C , que la majorité des peuples qui ont occupé la partie de la presqu'île située à l'occident de l'Hajys , était originaire d'Europe. C'est la Thraoe qui a fourni le plus fort contingent de population à la partie septentrionale de l'Asie Mineure. Les Dryopes , qui se mêlèrent avec les Bébryces , avaient émigré avec les Athé-

(x) Les Bébryces et les Dryopes occupaient les environs d'Abydos. Strabon, liv. XIII, p. 5S6 ; Hérodote , liv. I, ch. CXXVL

(a) Yerbo BeSpoxwv.

fi) Éraiosihènes cité par Pline , Ilist. natur., liv. V,ch. XXX; Apollonius de RhodL, Argon., Ut. II, ch. II. p. 118. Schssfer.

(4) Strabon, Ut. XIII,- p. 5S6; HéroA, Kv, I, cb. CXLVI,

LIJfttVERS.

niens et les Ioniens; ceux-ci se filèrent dans la région occidentale de l'Asie Mineure, et les Dryopes vinrent dans la Bébrycie et s'établirent sur les rives de la Propontide. Quant aux limites des territoires occupes par ces différentes peuplades, il serait superflu de vouloir les déterminer d'une manière positive * car Strabon remarquait qu'elles ont subi tant de variations , et que la Bithvnie a été occupée par des peuples si différents, que les géographes déjà renonçaient à l éclaircissement de cette question si difficile.

Après Ja mort d'Amycus , roi des Bébryces, tué par Pollux (1), les Argonautes bâtirent un temple en l'honneur du dieu qui leur avait donné la victoire (2). De leur côté, les Bébryces élevèrent à la mémoire d'Amycus un temple qui n'était éloigné que de cinq stades du Nymphéon de Chalcédoine.

Un laurier d'une grandeur extraordinaire avait crû près de ce temple. 11 avait la vertu de rendre invincibles au jeu du ceste ceux qui avaient mâché de ses feuilles (3).

La race d'Amycus régna encore quelque temps sur les Bébryces. Etienne de Byzance mentionne Mucaporis comme roi de Bithynie et Mandron, qui régnait à Lampsaque, lorsque les Phocéens s'en emparèrent (4). C'est vers cette époque que les Cimmériens pénétrèrent dans la Bébrycie et s'en rendirent maîtres. Une partie des Bébryces fut exterminée ; mais les Cimmériens ne purent former d'établissement durable, et furent à leur tour chassés par les Thraces bithy niens (5).

Quoiqu'il soit très-difficile de fixer positivement l'époque où les tribus européennes qui occupaient la Thrace et la Macédoine se sont transportées dans l'Asie Mineure, il paraît certain que ce fut avant la guerre de Troie. Ces tribus, oui ont émigré à différentes époques, étaient les Phrygiens, les Mysiens et les Thyniens. Homère, dans son dénom-

(x)Théorrite, Idyl. XXII.

(a) Niceph., Hist. ceci. liv. VU, ch. L.

(3) Pline, liv. XVI, th. XL1V; Dyon.t p. ao.

(4) Charon. Hellenica, 6, éd. Mûller.

(5) Ait. apud Eust., p. 58, iu Diooyfiiim.

brement , ne fait mention ni des Bithyniens , ni des Thyniens , dont la puissance s'est accrue dans la contrée ai point d'absorber tous les autres peu pies. Hérodote affirme que les Bithyniens sont Thraces d'origine; qu'il!

sont venus des bords du fleuve Stry mon , qu'ils ont été chassés de leur pays par les Teucriens et les Mysiens, et qui ces derniers envoyèrent eux-mêmes un< colonie en Asie (t).

Cette invasion des peuples de la famille thrace dure pendant plusieurs siècles. Les Phrygiens paraissent avoii été les premiers, puisqu'ils ont pénétn plus avant dans l'intérieur du pays (Test en transportant le nom delà mèn patrie dans la nouvelle contrée qu'il; venaient occuper, que les différente familles de colons ont jeté une grandconfusion dans la géographie de ce contrées. On trouve des Phrygiens, de:

Mysiens, des Bithyniens , des Thynien:

et des Thraces en Europe et en Asie Le scoliaste d'Apollonius de Rhodej dit : 11 faut observer qu'il y a deux Bi thynies : Tune, en Europe, aux envi rons de Sa lmy dessus, c'est un lieu de U Thnice; l'autre en Asie, jusqu'au Bos phore (2). La majeure partie des Bithy niens est originaire de la Thrace, mai s'est accrue par l'émigration de Grec du continent qui sont venus s'établi dans cette contrée. Pausanias va plu loin ; il regarde tous les Bithynten comme originaires du continent de l Grèce. Les Bithyniens, dit-il , sont orî ginairesde l'Arcadieet de Mantinée (3] Néanmoins, Strabon avait dit, avar lui : La plupart des auteurs s'accoi dent à regarder les Bithyniens comm originaires de la Mysie. Ils ont reç leur nom des Bithyniens et des Thj niens , deux peuples de la Thrace qi vinrent s'établir parmi eux. Les preuve

Su'on en donne par rapport au peup es Bithyniens , c'est qu'il existe de n< jours dans la Thrace une peuplât nommée Bithyniens, et par rapport ai] Thyniens, cest que la côte près d'/ pollonie et de Salmydessus porte le no de Thynias. Un passage d'Hérodott

(i) Hérod., liv. Vil, ch. LXXV.

(a) II, vers 177.

(3) Pausaûias , liv. VIH, ch. IX.

qae nous avons cité plus haut , atteste les mêmes faits.

Ce fut seulement sous les rois de Bhfcynie que la contrée eut des limites bien* déterminées. Leurs possessions êtaieat comprises entre le Sangarius à Toritat, et le Rhyndacusau couchant.

Aravnnement, les Bithyniens possédaient le pays depuis le Bosphore jusqu'au fleure Rhebas. Le pays montagneux qui suit était habité par les Thywfcns jusqu'à la rivière die Cales, de manière que les Bithyniens et les îhyikos étaient limitrophes (1).

Du c6té du sud , il est beaucoup plus éfficile de déterminer les limites de la fêthynie, même sous les rois. Leurs conquêtes se sont étendues jusque dans frotérieur de la Phrygie f et ils possédèrent la Pbrygie Hellespontique ou Épictète (2). Le royaume de Bithynie se composait donc des peuples suivants:

1* Les Mariandyniens ; la langue et les Esages de ce peuple ne diffèrent pas de ceui des Bithyniens. Il est probable que c'est un peuple thrace (3). Les Marôodyniens possédaient la partie la yfes orientale de la Bithynie, et donnaient leur nom au golfe où tombe le Sangarius (4). Etienne de Byzance nomme MxptavouvCa x<fy& le pays qu'ils habitaient. Il pense avec Eustathe (5) jue ce peuple prenait son nom d'un tourne d'Jvolie, nommé Mariandynus.

Vas Strabon , sur l'autorité de Théopompe (6), dit que ce Mariandynus était maître d'une partie de la Paphlagonie, envahit ce canton sur les Bébryces, et rai donna son nom après la conquête. Lorsque les Argonautes eurent Sué la Bébrycie, ils ^arrêtèrent chez Mariandyniens , sur lesquels régnait Lycus, qui les reçut favorablement, fffee qu'il était Grec d'origine et de la race de Pélops (7). Xénophon uous apprend quelle fut la fin de cette peu- Ci) PifithiT . tri Dion.

(*) Stmbon 9 Ut. XII f p. 543. .

(3) Stabott, u>. Xn, p. 54a.

(4) Mû», But. mai., bv. VI, ch. I.

(5) Apud Dtooyi., lir. V, p. a88.

(6) TWop., p. 3i2, éd. Mûller.

?y Bïbliotb. d'Apollod., Ht. I, di. VIII, S '*-

A* Livraison. (Asie Winbuhb. )

plade. Les Milésiens ayant bâti Héraclée, soumirent les Mariandyniens, anciens habitants de cette contrée , et les vendirent comme esclaves, mais sans les envoyer hors du pays (1). Ainsi, dit Eustathe, leur condition ressemblait beaucoup à celle des Ilotes. Etienne de Byzance nomme aussi, d'après Théopompe, .les. Ladepsi et les Tranipsi comme faisant partie des peuples de la Bithynie; mais il ne dit pas en quelles régions ils étaient établis (2).

2° Les Caucones. Cette peuplade occupait une euclave du pays des Mariandyniens vers les bords de la mer, jusqu'au fleuve Parthénius , qui preud sa source dans la Paphlagonie même. Il y a , dit Eustathe , un peuple en Arcadie nommé Caucones , qui , se croyant originaire delà Paphlagonie, prêta du secours aux Troyens. C'est dans cette partie de la Bithynie qu'existe encore une peuplade nommée Cauconiate, voisine des Mariandyniens (3). Ils sont cités par Homère dans le dénombrement. Vers la mer, dit-il, sont cantonnés les Çariens et les Péoniens , célèbres tireurs d'arc , les Leléges , les Caucones et les nobles Pélasges (4).

Ces Caucones étaient des tribus errantes, répandues en Grèce et en Asie.

Eustathe nous a conservé une note trèscurieuse et fort positive à ce suiet. H mentionne les Caucones du Péloponnèse. On sait, dit-il, que les Caucones sont un peuple nomade , et qu'il y avait non-seulement des Caucones en Arcadie, mais aussi dans la Paphlagonie.

Ils étaient voisins des Mariandyuiens et habitaient la côte jusqu'au fleuve Parthénius (5). Il n'est pas étonnant de trouver dans ces contrées des peuples nomades , car les Scythes qui , sous la conduite de Madiès, s'étaient emparés de l'Asie, en poursuivant les Cimmériens chassés d'Europe (6) , et qui , après la défaite des Mèdes, là réduisirent tout entière sous leur domination (7),

(t) Xénoph., Exp. Crr., Ht. VI.

(a) Théop., Flragm., Ifb. VIII, p. a8o, éd. Mûller. El. Byz. t. Ladepsi.

(3) Eustathe, ad Hom.t Itiad., 363.

(4) Enstathe, ad Hom., Iliad.f 36a.

(5) Eustathe, Odyss., liv. ni, t. 366.

(6) Hérodote, liv. I. ch. CHI.

(7) Hérodote, Hv. I, ch. CVI.

tVNIVERS.

durent, chassés à leur tour par les Mèdes , laisser quelques tribus vagabondes au milieu des montagnes de la Paphlagonie et du Pont, c'est-à-dire des monts Paryadres et Orminius (1). Cette supposition est confirmée par Strabon.« Quant aux Caucones, dit-il, qui, selon queiiiues auteurs , occupaient ta côte à l'est des Mariandyniens jusqu'au fleuve Parthénius, et qui possédaient la ville de Tieium , les uns leur donnent une origine scythe, les autres les regardent comme une peuplade sortie de la Macédoine, d*autres encore comme des Pelasses. On prétend aussi qu'ils avaient leer demeure dans le pays qui s'étend depuis Héraclée et les Mariandyniens jusqu'aux Leucosyriens que nous nommons CappadocJens. On trouve le peuple des Caucones aux environs jje Tieium x qui s'étendent Jusqu'au fleuve Parthémus et celui des Hénètes de l'autre côté , a qui appartient la ville de Cytorus. Encore de nos jours , on voit aux environs de ce fleuve une. peuplade qui porte le nom de Cauconides. * 3° Les Thyniens qui occupaient la

Êresqulle formée par le Pont-Euxin , le iosphore et le golfe de Nicomédie. Ces Thynténs, comme nous l'avons vu, étaient Thraces et sortaient des États du roi Phynée.

4° Les Bébryces dont nous avons parlé.

5o Les Mysiens qui occupaient le mont Olympe et qui sont venus de la Thrace vers la même époque que les Phrygiens. Ces tribus , qui se sont étendues vers la Troade, ont donné leur nom à cette province. Quant à ceux qui s'étaient établis près du lac Ascanius et dans l'Olympe, quoique cette montagne ait conservé de tout temps le nom d'Olympe Mysien, pour la distinguer des autres du même nom , ils se sont confondus avec les Bithyniens (2).

(i) Plolémée, Géog.,V.

(a) Apollodore nuits apprend que du temps d'Amycm , roi des Bebrf ces * la Mysie était gouvernée par Lycus, fils de Dascylus, quj fut secouru par Hercule contre Àmycu*. Dans cette, guerre, Hercule tua Mygdon, frère d^Amycus et roi dune portion de la Bébrycie , qui reçut de lui le nom de Mygdonie, (Bibl. ÀpoH., liv. II, cb- V,

Nous croyons que ces documents sic les anciens peuples qui ont occupé U Bithynie sont les seuls qu'on doive regarder comme positifs. Strabon lui même a éprouvé tant de difficulté i bien foire connattre leur origine, qu'i termine sa description en disant : Tel l< était donc la disposition de ces lieux e de ces peuples. Elle ne ressemblai guère à celle que Ton voit aujourd'hui Il faut chercher cette différence dam les diverses révolutions qui ont tantô séparé, tantôt confondu les peuples suivant la volonté des maîtres, qui n'on

fias toujours été les mêmes ; car, aprè a prise de Troie, ces pays passerez successivement sous la domination dej Phrygiens, des Mysiens, des Lydiens des Ëoliens, des Ioniens , des Perses e des Macédoniens , et en dernier liet des Romains , sous lesquels la plupar de ces peuples ont perdu jusqu'à leu langage et leur nom.

Peu de temps après rétablissemen des Bithyniens dans cette contrée , U furent soumis par Crésus (1). A la des truction de l'empire de Lydie, ils pas sèrent sous la domination de la Perse et leur territoire forma une satrapi connue sous le nom de Dascylium o\ d'Hellespontique.

Des colonies grecques étaient déj; venues s'établir sur les côtes de la Prc pontide et avaient repeuplé un pay depuis longtemps ravagé par la guerre Mais cet état de prospérité ne tut pa de longue durée; les républiques d Byzance et de Cbalcédoine firent plu sieurs invasions dans la Bithynie saccagèrent différentes villes de cett province et en massacrèrent les liabi tants ^2). Les Bithyniens eurent aussi \ souffrir du passage de l'armée de Xc' nophon. Une rencontre eut lieu près d Calpé; ils furent vaincus , et l'année de dix mille arriva à Chrvsopolis (3).

Ces défaites successives n'affaiblirai] cependant pas le courage des Bithy niens , qui tentèrent constamment d s'affranchir de la domination des Pei ses, et malgré tes embarras Continuel que le satrape Pharnabazè leur suseit

(i) Hérodote , liv. I» eh. CXXYIII.

(a) Diodorc, liv. I, ch. LXXXII.

(3) Xénouh., Hist., liv, III, ch. O,

izedby GoOgk

ÀStÈ MINEURE.

au dehors, le Bkhynien Dédalsès, en emparant (TAstacus , fonda une sorte e> sjouvernesneat monarchique. Cest ce t que Pou peut regarder comme le wt du royaume de Bithynie, Memnon (1) ne le désigne lui «tas descendants que par le titre d'é-

Cet état de eboeea dura jusqu'au mosaaat où Alexandre anéantit la puis* aaaee des Perses en Asie Ifitteure. C'est alsrsque la Bkbynie devint un royaume sar lequel les historiens anciens nous aat laissé uniques renseignements.

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