CHAPITRE LX
d'ANCYBE AU PAYS DES TB0GMIBN8 KALADJIK.
On compte six heures de marche d'Angora à Tchibouk, et autant de Tchibouk à Kaladjik.
La rivière a* Angora, appelée par les indigènes Enguri sou, avait déjà été reconnue par Pococke pour un affluent de la Sakkaria; elle coule de Test à l'ouest dans une grande vallée qui reçoit d'autres affluents, notamment le Tchibouk sou, ainsi nommé d'uu village situé au nord-est d'Angora. Cette dernière rivière prend sa source dans la montagne d'Aïdos, arrose la grande plaine de Tchibouk ova si dans laquelle eut lieu la bataille entre Timour et Bayazid, le 1 juillet 1402, et se jette dans la rivière d'Angora un peu au-dessous de cette ville.
Le village de Tchibouk est composé de soixante-six maisons ; il est assis au nord de la rivière de Tchibouk sou, qui traverse la plaine; plusieurs campements de Yourouk y sont installés pendant Pété. Les Youroui possèdent un grand nombre de chameaux et conduisent les caravanes entre Tocat, Alep etSmyrne; leur probité est connue dans le pays : on leur confie les marchandises les plus précieuses, sans crainte de voir un ballot s'égarer. Le bassin de Tchibouk sou est peuplé de nombreux villages parmi lesquels on en compte un certain nombre qui renferment des débris d'architecture, preuve certaine qu'ils occupent l'emplacement de quelque ville antique.
De ce nombre, il faut compter Akdjah tasch à trois heures nord -ouest de Kaladjik et au nord de la plaiue.
Une colline composée de roches calcaires qui s'élève au-dessus du village paraît avoir servi de base à l'Acropole. Les murs des maisons renferment un grand nombre de monuments antiques et plusieurs fragments de sculpture. On remarque une stèle sépulcrale de pierre portant une inscription, et le buste d'un sénateur romain. Une autre stèle encastrée dans la muraille d'une maison représente deux figures, et au-dessous une autre figure à mi-corps avec la toge et entourée d'une couronne ; on lit au-des-
sous l'inscription suivante : « Aur.tté»
lius F. de Doranusdu bourg des Clossaméniens Réocore (du temple) de Jupiter Bossouritius s'est élevé ce monument de son vivant (1). » Aucun historien ne mentionnant ni la ville ni ledit» | topique, tout ce qu'on pourrait ajouts ne serait que pure conjecture.
D'après les extraits que uousatou faits des différents auteurs jusqu'à n chute de l'empire de Byzance, no* comptons en Galatie cent trente^ noms de villes et de bourgs : on toit combien il en reste encore à déterminer,
Kaladjik est une petite villeasscifr* reusement située ; elle s'élève en petit autour d'une colline rocheuse couro* née par un château ; une muraille a partie crénelée forme l'enceinte; ta maisons sont bâties en briques crue récrépies avec de l'argile jaune; le rues sont étroites, mal pa?ées et* pentes rapides; mais les jardins qui a tourent la ville lui donnent un asjwf pittoresque. La population est de w mille âmes et se compose de Turcs,' Grecs et d'Arméniens. A mesure qo'd avance vers Test, cette dernière posl lation devient de plus en plus nombre* dans les villes.
La colline du château est unéoa chement tracbyttque, qui s'arrête*1 vallée voisine ; tout le reste est calom
Le château est un amas de coostrt tions de différents âges, la plus graai partie a été réparée par les Tures^ trouve dans les murs quelques fa ments antiques et plusieurs pans < murailles encore en place sont ctru nement de construction romaineJU hors de doute que l'on est sur l'enp cernent de quelque ancienne ville. I cimetière arménieu abonde en fragad antiques ; cinpes funéraires, deux W de marbre de travail byzantin, cofli ches et colonnes brisées, tout cela n'a | être apporté de loin. On remarque cepa dantaeux bornes militaires, dont M porte une inscription en l'honneur ' l'empereur Hadrien et lenuraéroXXX Le nom de la ville manque. Il est du cile de savoir quel est le point de < part de cette borne rnilliaire, le treftt cinquième mille, qui représente 51 fc3
(i) Hamiltoti, Hesrarcltcs, t. I, \*\>
Asie mijneurè:.
6 De concordant ni avec la distance l'Ancvre à Kaladjik ni avec celle de Laladjikà Gaugra, aujourd'hui KJangari.
Une grande vallée arrosée par une mère s étend au nord de la ville , les aux sont aménagées pour l'irrigation le* jardins, qui sont nombreux et bien ntreteous.
La route de Songourlou suit la direcm de l'est par un pays désert et moneeux; on arrive après une heure et delie démarche dans la vallée de l'Halys. à fleuve roule ses eaux rougeâtres ans uo lit très-encaissé; un pont voint soutenu par quelques piliers chanelaots est la seule voie ouverte aux caitaoes; il n'a pas plus de trois mètres e large, le tablier est à six mètres autesus du niveau de l'eau , et n'a pas létne une balustrade pour arrêter rein d'une bête de somme. On ne peut as dire cependant qu'il manque d'enretien, car deux ans après mon passage, I. Hamilton trouva les trous des planbes pourries réparés avec des pierres non avait traînées sur le pont.
Songourlou est une petite ville de eux cent cinquante maisons ; sa distance 'Angora en ligne -directe est de trente eures de marche ; elle est à six heures Bpont de l'Halys. Une grande partie B pays est en triche, mais dès que les lllées ont un filet d'eau les cultures ^paraissent et les vergers donnent des •ms renommés.
Hiekbass est un joli village de cent fajutnte maisons, distant de cinq heu-
* de Songourlou ; on peut observer dans leimeuère quelques fragments d'ar- «lecture ancienne. Toutes les maisons M séparées par des jardins ; les verjra couvrent les collines environnantes, jfcktass est la dernière station avant «river au village de Boghaz keui, qui *ope remplacement de Pterium, et °nt le territoire appartenait au royaume Q Pont Galatique Nous décrirons cette Bleavec la province de Pont. H en est
* même des autres villes qui ont été tar à tour annexées à la Galatie et en M été détachées pour faire des États ^parés sous les gouvernements d'A- 'yntas de Déjotare et de Bogadiatare.
CUAPiTKÉ LXÏ.
TA VI DM. — NEFB* KEUI.
Dans le partage des provinces d'Asie la partie occidentale de la Galatie qui s'étend à l'est du fleuve Halys échut aux Troçmiens, c'était selon Strabon la région la plus fertile, et de nos jours elle peut encore soutenir son ancienne réputation, elle est surtout célèbre par les fruits de ses vergers. Les Troçmiens possédaient trois villes principales, Tavium grande place de commerce où Ton voyait un colosse d'airain représentant Jupiter et un bois sacré ayant droit d'asile. Pline se contente de mentionner cette place dont l'importance commerciale est indiquée par le grand nombre de routes qui y convergeaient. • Aussi tous les savants qui se sont occupés de la géographie de l'Asie Mineure ont-ils cherché, à défaut de renseignements positifs, à établir la position de Tavium d'après les itinéraires anciens; mais quand ces documents ne sont pas appuyés sur des observations locales, ils peuvent conduire à des erreurs notables. 11 en a été de Tavium comme de Pessinunte : la capitale des Troçmiens a été successivement placée dans des régions bien eloiguées l'une de l'autre. Danville regardait Tchoroum comme satisfaisant aux conditions cherchées. Le col. Leake et le dr Cramer (1) sont disposés à l'identifier* avec Youzgatt. M. UamUton a publié deux Mémoires pour prouver que Boghaz keui n'est autre chose que l'ancienne Tavium ; nous n'avons jamais été de son avis et dès l'année 1 836 nous avons appelé son attention sur le village de Nefez keui, dont la position à l'égard d'Angora s'accorde avec celle de Tavium, et les monuments romains et byzantins prouvent que cette ville fut habitée dans les temps chrétiens ; cette preuve manque absolument pour Boghaz keui. Depuis vingt ans cette dernière ville a été visitée par un grand nombre de voyageurs érudits, et la question est aujourd'hui jugée.
Nefez keui est située a vingt-quatre kilomètres au sud de Boghaz keui , tout ce district est habité par les Turcoinans
(t) A$i* Minor, t. II, p. 100, •32e livraison. (Asil Mineube.) t. if. 32
498 L'UNIVERS
c^ui abandonnent leurs maisons pendant descriptions ne puissent convenir à l'an-
I été pour aller demeurer sous la tente, cienne Tavium. L'un dés deux tem
Les ruines de la ville sont situées à un pies a pu être celui de Jupiter; la
kilomètre et demi à rouest dn village, positron de Nefez keui dans on pan
mais déjà dans le cimetière on trouve ouvert et accessible convient mietii a
des fûts de colonnes et des fragments la ville des Trociniens que celle de
d'architecture. La crémière chose que Boghaz keui dont le nom seul, le villa»
remarqua M. Hamilton en visitant les du défilé, indique un pavs monlagneè
ruines, où il reconnut remplacement etdifOcile. Or, d'après les'tables, Ta™
d'une ancienne cité, ce fut un grand était une ville où convergeaient^
bâtiment dont les fondations avaient grandes routes allant du nord an sud fl
été fouillées depuis peu dans un espace de l'est à l'ouest,
de huit mètres; le fossé était rempli de La distance d'Ancyre à Tavium est
grandes pierres de taille, appartenant au donnée par deux documents ancient
* mnr extérieur, qui étaient renées par desv La table de Peutinger est incomplet!,
crampons de fer. Deux colliues qui s'é- la distance entre les deux dernières su
lèvent à peu de distance de la ville sont lions manque; elle n'est cependant pis
désignées'sous le nom de grand et de pe- inutile comme point de comparaison. tit château ; à une petite distance vers le
nord on trouve encore un certain nom- Table de pmûnger,
bre de grandes pierres calcaires qui *
marquent remplacement d'un temple Ancyre. Milles. Kiio^rcv
ou de quelqu'autre édifice important Acitorîhiaco . .. 36 53,244
parmi lesquels on reconnaît des parties Eccobriga 33 48,807
<f architraves et de riches corniches; Lassora 25 37,975
S lus loin M. Hamilton observa une pièce Stabiu 17 25,143
e marbre portant des lettres de sept -ttt- ■■fi. lér
ou huit pouces de haut et qui paraissent * 1 1 »»*>IW
avoir fait partie de la dédicace d'un . , . .,"'
temple. Plusieurs inscriptions presque itinéraire d Antonio,
toutes byzantines ont été copiées, mais Ancvra m » ' mi M.
pas une ne contient le nom de la ville (li. Bolesligus . . . . 24* 35,496
M-Branr consul anglais , viata aussi e Sarmaliis 24 35 496
villogede Nefez keui venat i deYouzgatt Ecobrogis 20 i*W
et allant à Boghaz keui. Il y trouva de Adauera 24 35 4#
nombreuses pièces dé marbre employées Tavuj .. .. 24 35496
dans la construction des maisons mo- ' — -î-
demes, un certain nombre d'inscrip- **• 171*564 tions et de nombreux fragments de colonnes et d'antres restes d architecture. Il faut donc compter environ m Sur la colline qu'on appelle le château, quatre-vingts kilomètres depuis Konnj des fouilles avaient mis à découvert les cette distance convient parfaitement à i restes d'un bel édifice antique dont les position de Nefez keui. murailtes étaient revêtues de plaques Cette question de la position de ftj de marbre. Sur l'autre colline on avait vium a été examinée avec maturité pj aussi fait des fouilles dans le but d'ex- Cari Ritter, qui en définitive est dispasj traire des marbres qui devaient être à se ranger de notre avis. * ^ resîfJ transportés à Yorizgatt' pour la construc- possibilité de l'exactitude des wnfn lion d'une mosquée. Les médailles tures de Texier, lequel considérant q^ trouvées dans ces fouilles avaient été la ville do Tavium fut florissante p«J fondues sans que ta science en tirât au- dant la période chrétienne et pend»» cun profit (2). On ne saurait nier que ces les temps byzantins comme cela *»
prouvé par les actes des conciles, [w#
* (0 Himilion, Rc se arches, tom. I", 39i. que cette ville devait se trouver a« vu-
(a)Carl.Kitter Erdkunde,t. IX, part. ire, lage voisin de Nefez keui, tandtfqw"*
p»gc 370. ruines de Boghaz keui 11e renferment^
<k» Testes dWtalt**atlqrot*(l). sa* 1**1* tfetmebr in de» der byamimis.
/ x n j L, • i . .. ?**n Zml an8cbôri«en Ruinen des benach-
(i) Und bhebe rainer die Môglichkeit der «wlen Nefes Kjoi finden môchte. Karl Rii-
RichiigkeiK fer Texiers Vermtilhung, dtr die t«F Erdkupde, tome IX, Theil i, in-8°, i858
nochin christlicher Zeit, nacb dem Zeu- 1**e 3$4.: '
gai» der ConcUieo-Unterichriflen bliibend*