CHAPITRE PREMIER
ORIGIRB DU
ROYAUME DOCB.
DB CAPP4-
Si l'origine des peuples qui occupaient les provinces occidentales de l'Asie Mineure laisse à la critique quelques points oui ne sont pas encore complètement éclaircis, on a du moins, pour appuyer les hypothèses aue nous avons présentées , des données historiques suffisantes et faciles à rassembler. 11 n'en est pas de même des nations établies à l'orient du fleuve Halys ; soumises à des vicissitudes sans nombre, formées d'ag-
Îçlomérations de peuples divers dont 'origine est inconnue, nous n'avons pas même, pour nous guider, les monuments anciens, dont le caractère indique les différentes phases d'une civilisation. Des grottes taillées dans les rochers, voilà les seuls vestiges que la Cappadoce antique offre à l'observation.
Les anciens ont regardé les Cappadociens comme une race composée d'un mélange de Syriens et de peuples parlant un langage barbare, dernier reste peut-être des aborigènes de la partie occidentale, repoussés par les migrations d'Europe. Le caractère de la contrée eut certainement une influence notable sur la physionomie des habitants. Jamais le jçoût des arts ne se révéla chez eux ; vivant dans de grandes plaines sans arbres, occupant des villes sans murailles, adonnés uniquement à des travaux d'une agriculture ingrate, on les voit seulement prospérer comme pasteurs, et c'est l'élève du bétail de toute espèce qui fait la principale richesse de leurs princes. Ce trait les rapproche des Syriens du sud , et à défaut de documents historiques qui attestent l'introduction de la population syrienne en Cappadoce, nous devons avouer que
le caractère particulier* des ouvrais des Cappadocjens a plus d'analogie it* ceux de l'Arabie et de la Syrie snprieure qu'avec aucun autre peuple de d presqu'île.
Ce fait avait saus doute été remirqw par les anciens, et avait perpétué ridée de la fraternité qui avait dû exister entre ces peuples. Leur culte d'ailleurs portait une empreinte manifeste de la théogonie orientale; et si l'on trouve les noms des dieux de la Grèce répandu I dans I» pays, c'est qu'ils étaient appli-
Sués parles Grecs et les Romains a des ivînités cappadociennes (1). Lecoiit du feu , qui se perpétua en Cappadoce longtemps après l'âgo romain (2), a été introduit par des peuples étrangers, avec celui de la déesse Anaitis. Strabei atteste que de son temps les pyrées élevés dans la plupart des provinces attiraient encore une foule d'adorateurs mais la vénération de tout le peuple cappadocien était acquise à des divinités indigènes, dont les temples effaçaient par leur magnificence toutes les cérémonies du magisme. Ces temples k Men, et de Ma qu'il a plu aux Romai»
de nommer Bellone (3), étaient de véritables centres de gouvernement dont les pontifes étaient les rois. Tous ces dieux ont été par la suite appelés daos le panthéon romain , en quittant leurs noms asiatiques pour prendre ceuidt Vesta, de Vénus-Urame et de Luo* Le mot Men ne reparaît dans la lanfl* latine que pour former la racine du mot Mensisy parce que la lune déterminai la division des mois, comme cela a encore lieu chez tous les peuples onefr taux.
Les royaumes situés à l'est de Ffos-
(i)Slrabon, Xiï^ 535.
(a) Slrab., XV, 733.
(3) César, de Bell. t/ViV.
ASIK MIJNÊURE.
phrate, l'Arménie et 1* Assyrie, étaient déjà parvenus à un très-haut degré de prospérité , que la Cappadoce sortait à , peine du chaos; car à cette époque cette ; contrée ne pouvait être, par sa constitution physique, qu'un pays inculte et i aresgue désert, abandonné aux ravages î des (eux souterrains, qui ont laissé par- Ltout des traces de leur action. La pôpuiistion éparse qui tentait de s'aggfoméber pour former un peuple , reçut par •s rapports avec les Mèdes et lés Arléniens les premiers éléments de civifcstion , et il est naturel de penser que i culte du feu, déjà répandu dans l'Arirnie et surtout dans l'Acilicéné, fut ransporté de cette dernière province n Cappadoce, longtemps avant l'amie des Perses. On ignore complètement quelle époque et sous quelle influence es Leuco-Syriens firent cette irruption ers le nord. Est-ce à l'époque des conaêtes de Sésostris? On ne saurait assintr à ces migrations une antiquité plus Knlée ; car il n'est pas probable que I contrée fût habitable antérieurement cette époque.
Il ne faut pas s'étonner que nous fas-
*)ns si souvent intervenir les phéno-
ènes géologiques comme éléments de
ion dans des questions purement
nques. On est tenté de croire en
fet qu'il n'y a rien de plus rare que
terribles tremblements de terre, ces
misions du globe qui font glisser
unes sur les autres les couches des
magnes et viennent parfois inter-
npre un cours d'eau pourletransfor-
r en lac. Mais , sans remonter à ces
ns dont les annales sont perdues
r nous, nous pouvons nous rendre
îpte des changements opérés depuis
temps historiques, sur certaines cotes
l'Asie, dans presque tous les golfes
aux embouchures des fleuves. Par
fcpnite des frémissements continuels du
tptf , les terres ébranlées ont été empor-
' Mes par les eaux dans une proportion
dont on ne peut apprécier le rapport
avec les attérissements actuels.
L'expédition de Sésostris, qui envahissait l'Asie 2700 ans avant J.C., fut •ans doute la principale cause du déplacement des populations du groupe araméen, qui mirent remonter l'Euphrate à la suite de ses armées. Aucun
document ancien ne nous porte a soupçonner que ces peuples franchirent rHalys. Les Phéniciens s'établissaient sur les côtes de la Cilicie, ils ne pénétrèrent point au delà du Ta unis, et se contentèrent de négocier sur les côtes.
Mais c'est surtout de la part des conquérants assyriens que la Cappadoce devait recevoir le plus grand élan vers la civilisation. Lus exploits de la grande Sémiramis sont encore célèbres dans ces régions; ici c'est un fleuve, là un château qui porte le nom de cette reine.
Depuis le sud de la Médie, qu'elle défendit par une muraille, encore debout, entre 1 Euphrate et le Tigre, jusqu'aux plateaux élevés de l'Arménie , où elle fonda la forteresse de Chah Miram gherd, tous les pays soumis à son empire furent couverts de monuments qui luttaient de grandeur avec ceux de rEgypte, et qui surpassaient en utilité tous ceux du monde entier. C'est à elle que l'on doit les premiers grands chemins qui ouvrirent des communications au milieu de montâmes inaccessibles et de marais impraticables. Que tant d'exploits de tout genre soient regardés par quelques auteurs comme l'ouvrage de plusieurs princes, il n'en est pas inoins vrai que, chez les Orientaux, le nom de Sémiramis partage avec ceux de Salomon et de la reine de Saba, Bal-Kiz, l'honneur d'avoir élevé tous les grands monuments dont on voit encore les ruines.