‹ Asie mineureChapitre 278 sur 428 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

LATIOlf DE LA CAPPADOCE.

la domination des Perses te province était administrée par fe gouverneurs; elle se trouve en * divisée par la nature en deux par- \ complètement différentes, l'une le et sans eau, l'autre couverte de Ils et arrosée par des rivières sans nbre : c'est celle qui fut appelée dei la province de Pont; la première nt toujours le nom de Cappadoce.

i», pour récompenser Pharnabase i l'avait délivré des attaques d'un U lui donna tout le «pays que Ton Itérait du haut de la montagne où énement s'était passé. C'est la prere mention qui soit faite d'un roi de tpadoce (4).

Darius, en organisant les provinces ! son vaste empire, attribua la Cappatec à la dixième satrapie ; elle resta di-

(i) Strab., XII, 544.

> (a) Mine, lib. VI, ch. 3.

p: Const. Porphyrogénète, de Themutibus Tumulte Armtniaco, (i) Coiut. Forphvr., ibid.

visée en deux gouvernements, août l'un fut appelé par les Grecs grande et l'autre petite Cappadoce.

Sous le régime des Perses, la Cappadoce fut assimilée à ces vastes pares, ees paradis où les rois entretenaient du gibier et du bétail de toute espèce. L'onagre, qui était indigène, donnait par son croisement avec les cavales, des mulets dont la renommée s'étendait jusqu'en Babylome, et quoique cette race d'onagre, aujourd'hui considérablement diminuée, ne se retrouve plus que dans les montagnes du Farsistan, les mulets de Cappadoce ont conservé leur réputation, et se vendent sur les marches de l'Orient aussi chèrement que des chevaux. Si le pays est aujourd'hui trop pauvre, si l'administration est trop ignorante peur que l'élève des chevaux soit aussi fructueuse qu'autrefois, on rencontre encore cependant tous les éléments qui avaient permis aux Cappadociens de pousser cette industrie agricole à une si grande perfection. Les vastes plaines des environs de Césarée et de Nigdé fournissent abondamment tous les fourrages nécessaires, et Forge de Cappadoce est particulièrement estimée. Le sel, dont l'agriculture fait un usage si général et si utile, existe en abondance, non-seulement dans le lac Totta, mais encore dans des carrières d'où on le tire sous la forme de bjocs Les anciens dominateurs de la contrée savaient que c'était là qu'il fallait chercher la richesse du pays, et les impôts étaient payés, non pas en numéraire, maison chevaux de course et de char, car les rois de Cappadoce ont toujours passé pour avoirun trésor assez maigre (1).

Les innombrables troupeaux de chèvres et de chevaux couvraient les parties montagneuses, où la beauté des pâturages était entretenue par les sels volcaniques. Mais il paraît que la belle race de moutons qui fait aujourd'hui la richesse du pays, était alors peu répaudue, et la laine était chère en Cappadoce (2) ; tous les vêtements du peu* pie étaient tissus de poil de chèvre;

(i)Mancipiis lociipto, eget «ris Capp<ido- €Um rex. (Hortt,, ep. I, 6, 3g.) ' • (a) Strab,, Xlf, 546.

L'UNIVERS

cette industrie se perpétue encore dans le pays.

Sous de pareils traits, on peut se faire une idée du peuple cappadocien.

Dans les premiers âges, pasteurs ignorants, et a peu près barbares, vivant dans des champs, où Ton ne trouve pas une pierre pour bâtir, ou dans des vallées resserrées par des rochos tendres de nature volcanique; les uns nomades sous des tentes, vêtus du cilice de laine , qui fait encore, sous le nom de haba, Tunique vêtement des Cappadociens de nos jours. Les autres, abrités d'abord dans des cavités naturelles, ont été portés à les agrandir et à les régulariser. C'est l'origine des habitations qui se présentent innombrables aux yeux des voyageurs. A mesure que la famille s'augmentait, on creusait une nouvelle chambre, et peu à peu les rochers se sont trouvés percés comme des ruches d'abeilles. On a aussi voulu trouver place pour la demeure des morts, et cette matière volcanique, ces tufs ponceux, qui reçoivent si facilement 1 empreinte du ciseau, ont été taillés en sépulcres , en sarcophages ou en columiaria, selon le rite ou la richesse du défunt. Car parmi ces pasteurs, comme chez les Arabes de nos jours, on en voyait qui avaient amassé de grands biens : témoin ce Pampalus qui possédait une riche villa près de Tyane. Mais l'habitude si répandue de demeurer dans les rochers ne fit pas naître chez les Cappadociens le goût d'orner leurs habitations. Nous avons vu sur les . bords de l'Halys des grottes formant de véritables viHages ; on y trouve des citernes et des cheminées. Tous les environs de Césarée,de Nazianze, deSoandus, de Nyssa, offrent des myriades de tombeaux, d'habitations, et même de chapelles, car la Cappadoce chrétienne n'a pas abandonné cet usage de creuser des grottes. Mais nulle part je n'ai trouvé les rudiments d'un art quelconque, ou même le sentiment de cet instinct si naturel qu'on appelle la symétrie, et qui flatte également l'enfant et le sauvage. Aussi les Romains policés, les Grecs élégants, ont-ils toujours traité le Cappadocien avec un profond mépris, et lut ont-ils prêté tous les dé-

me !

si

fauts imaginables. Tertullien pour exprimer le peu d'estime avait pour le caractère de ces peu| H y a trois CCC détestables, les padociens, les Galiciens et les Cil On leur reconnaît encore, d'autres 1 qui prouveraient qu'à l'ignorant Cappadociens joignaient aussi la I c'était surtout chez eux qu'on tr« les gens les plus habiles à rendl faux témoignage. On se rappf cette occasion l'épigramme de tial(l):

En un mot, aucun peuple de Ci n'a éprouvé davantage la verve que des Romains et des Grecs, cusaient les Cappadociens de toi vices engendrés par la stupidité gnorance. Cependant , dans les de cette nation que Ton comme la dernière entre les asiatiques, loin de trouver f trait de férocité, on la voit ton] sou mettre avec résignation à ses divers, et lorsque, par un caprice gne de Rome, le sénat veut lui doi la liberté, elle envoie bien humbles prier qu'on lui reprenne un bien i elle ne saurait que faire, et redenu le gouvernement monarchique qv régissait depuis des siècles. Avec pareil peuple, l'histoire de Part est] science incertaine, car pour lui toaj siècles se ressemblent , et tout ea creusant des tanières impérissablt n'a jamais songé à écrire une ligne ses murailles, pour que ses descend puissent avoir au moins une idées conque de La langue qu'il parlait. 1 savons seulement qu elle était p^ pandue, et que le cappadocien:

n'était parlé que dans certains) tricts.

Le grand nombre de langues qi parlaient dans le Pont et la Cappw prouve mieux que tous les raisoi ments, que ces provinces furent 1 plées, comme celles de la partie 1 dentale, par des tribus d'origines férentes ; les princes même ignora tant de dialectes divers, et Lucien 1 a conservé un trait qui peint très-i

(i)Vipera Cappadocem iiocitun »« Gnitato periit sanguine Cappd

la confusion de langues qui existait dus ce pays. Un roi des environs du PontEuxin, assistant à une représentation de pantomimes, disait à Néron qu'il désirait prendre un de ces acteurs pour interprète, afin de pouvoir entretenir commerce avec ses voisins, qui parlaient plusieurs langues différentes.

Le grand Mithridate, au contraire, familiarisé dès son enfance avec tous ces idiomes asiatiques, dut plus d'un de ses succès à la facilité qu'il avait de parler <kns leur propre langue à la plupart des peuples qu'il réunissait sous sa loi. Il connaissait vingt-quatre idiomes. Non-seulement il ne reste aucun vestige de la langue cappadocienne sur les monuments tumulaires que l'on compte par milliers, mais les inscriptions grecques sont excessivement rares; il semble que les princes et les artistes aient regardé un semblable soin comme inutile chez un peuple ignorant et à demi sinvage.

Page 1