LA CAPPADOCE SOUS L'EMPIRE ROMAIN
César, venant de terminer la guerre d'Alexandrie (1), était venu en Cilicie où il avait tenu les états. Cette province étant pacifiée et organisée, César avait pensé à venger la défaite de Domitius Calvinus (2), et à faire rentrer sous l'autorité du peuple romain les provinces que Pharnace avait conquises. Il était parti d'Alexandrie au priutemps de Tan 707 de Rome, 47 av. Jésus-Christ. Ayant appris qu'un différend s'était élevé entre Ariobarzane et son frère Ariarathe, et voulant maintenir au pouvoir ces deux princes qui avaient bien mérité de la République, il assura au premier le trône qu'il occupait, et, afin qu'Ariarathe, qui était son héritier, ne fût pas tenté de lui susciter des embarras, il le mit dans la dépendance absolue de son frère. César avait séjourné deux jours à Mazaca pour régler cette affaire. Il avait voulu faire une visite à l'ancien et vénérable temple de Bellone, qui est à Comana en Cappadoce (ce sont les termes propres du texte). Ici nous allons rencontrer une contradiction , qui ne peut s'expliquer aussi facilement qu'on la cru $).
César, arrivé à Comana, investit du titre de grand pontife, Lycomède, Bithynien, qui était originaire de Cappadoce, et issu du sang des rois. Ou ne saurait douter que cet événement n'ait eu lieu dans le temple de Comana de Cap-
f>adoce, et non dans celui de Pont; car e premier de ces temples est à deux journées de caravane sud-est de Mazaca, et sur la route de Cilicie en Cappadoce.' Que César soit revenu sur ses pas pour aller de Mazaca au temple, ou qu'il ait réglé cette affaire en arrivant dans la capitale, c'est un point qui est peu important. Mais il est certain que ce Lycomède exerçait la prêtrise oe Bellone en Cappadoce et non dans le royaume de Pont; car, après avoir
(i) Hirl., Bell. Alex., in fine.
(a) Id., //;/</.
(3) Foy. liv. XII, -p. 66, de la traduction française de Slrabon.
mentionné cet acte de l'autorité s préme de César, Birtius ajoute : « Cm « propius Pontum finesque Gall « graeciœ accessisset; comme H appi « cbait du royaume de Pont et i « frontières de la Galatie.... » Ce a tait donc pas dans le temple de la \ conde Comana qu'il était allé. D'i leurs la situation de cette ville est à fi sieurs journées à l'est de Zéla, près laquelle César livra la bataille a Ph nace;et, après la victoire, ayant abi donné à ses troupes les trésors de prince, il partit le lendemain pour; talie. '
Toute cette narration est très-elal La topographie de ces lieux, mairi nant bien connue, est tout à fait «f cord avec les faits rapportés par 11 torien. II en résulte que Lycomède < nommé grand prêtre de Bellone, si doute à la place de cet Archelaûsi avait fomenté une sédition contre Al barzane.
Strabon, qui s'est contenté de 4 quelques mots du temple de^ Cornant Cappadoce (1). est beaucoup plus plicite touchant celui du royaume Pont ; il nomme plusieurs des a tifes » entre autres cet Archelaûs , i famille des rois, auquel il donne f successeur ce même Lycomède, a été placé par César en Cappadoq
Les auteurs de la traduction fi
S aise ont cru expliquer cette cotf iction, eu disant que l'on donnait distinctement à ces deux temples le i de Comana de Cappadoce , pi qu'ils étaient construits sur le m modèle , ou parce que le royauauj Pont n'était qu'un démembrement!
la Cappadoce. Mais a l'époque d«j est ici question, ces deux États éta non-seulement séparés, mais eal ennemis, puisque les incursions de ri nace en Cappadoce ont motivé la goureuse diversion de César.
On doit ajouter, néanmoins, qui quatre grands temples de ces pays, lui de Comana de Cappadoce, de piter des Venaci, de Men-Pharna Cabyra, et enfin de Comana de P étaient entourés d'un territoire ci plélement indépendant, qui venait
(i) Liv. XII, 535.
ASIE MÎKEtJltË.
eore d'être étendu de cinq lieues (quatre sehœnes) par César. Dans tous ces temples, les cérémonies différaient peu les unes des autres. La principale tête consistait en une procession à laquelle participaient des adorateurs Tenus de toutes les campagnes environnantes.
En parlant de l'un et l'autre temple, h auteurs anciens n'oublient pas u'ajooter que le pouvoir du souverain psatife ne le cédait qu'à celui du roi, nos jamais mettre en parallèle les pourare des deux grands prêtres de chaîne temple. Pour expliquer cette coniradictkra du texte latin et du texte jrec, je crois qu'il n'y a qu'un moyen, t'est d'admettre que le culte de cette tmnité persique , adorée en Cappaloee dans deux temples différents, n'élit régi que par un pontife suprême, ws 1 autorité duquel était placé le jravernement de toutes les affaires reigieusea. Nous allons voir sous le rèjae soifant Archelaûs, qui est cité par itrabon comme un grand prêtre du enple de Pont (1), renouveler ses inrçoes contre Ariarathe, pour faire arwer an trône son fils Sisinna , et jouir n succès de son entreprise ; toutes cho- Hqm n'étaient possibles qu'à un prince M avait son centre d'action dans la Capadoce.
César, non content d'avoir assuré le •avoir à son protégé, ajouta à ses jtats une partie de Ta Cilicie et de Arménie. Néanmoins cette dernière rotince ne fut jamais complètement torporée. Les rois d'Arménie, rétafcsar le trdne par Tibère, récupérait cette partie de leurs États, lors- K la Gappadoee fut réduite en pro- ■«; et, dans la plupart des villes anfennes, on voit encore des châteaux •rtant de nombreuses inscriptions en **oe arménienne, tandis que la Captée est absolument dépourvue de tout uniment en langue cappadocienne.
Axiobarzane était resté fidèle à César
Eia chute du dictateur. Il avait nédu moins de foire acte d'adhésion i triumvirat. Aussi fut-il traité en en- Mni par les conjurés ; et Cassius l'ayant toqué et vaincu, le fit mettre à mort. Marc - Antoine , tout - puissant en
Orient, ne se montra pas moins hostile au prince Ariarathe X, successeur désigné par César. Le triumvir accueillit les prétentions du fils aîné d'un grand prêtre du nom d* Archelaûs. Il se vovait d'autant mieux placé pour faire valoir les droits de son fils, ou'il était petitfils d'un autre Archelaûs qui, ayant abandonné le parti de Mithridate pour se réunir au consul Muraenà, avait livré aux Romains la ville de Comana (1). Le fils de ce pontife, portant aussi le nom d' Archelaûs, avait épousé Bérénice, reine d'Egypte (2); il reçut de Pompée l'investiture du pontificat de Comana, qu'il laissa en héritage à son fils du même nom que lui, et qui était père de Sisinna, le compétiteur d'Ariarathe, et d'un autre prince du nom d'Archelaûs. Sisinna, par ses ancêtres, se voyait donc allié à tout le parti romain'; et l'inimitié de Marc-Antoine coutre Ariarathe lui assurait la faveur du triumvir. Aussi lorsque, selon l'usage, le différend entre les deux princes fut porté devant le tribunal des Romains, Marc- Antoine n'hésita pas à dépouiller Ariarathe,. pour mettre sur le trône Sisinna. Mais le roi reconquit le pouvoir, et fut plus tard définitivement détrôné par Marc-Antoine, qui mit sur le trôné Archelaûs, second tHs du grand prêtre.
Le règne d'Archelaûs, le dernier des rois de Cappodoce, fut aussi un des plus longs de cette monarchie. Reconnais* sant envers Marc-Antoine, il lui envoya un corps d'armée pour la guerre au triumvirat, mais sut, en même temps, se concilier l'amitié d'Auguste, qui augmenta encore les annexes ajoutées par César. Archelaûs obtint le gouvernement de toute la petite Arménie et de la Cilicie jusqu'à la mer (3). Archelaûs établit sa résidence dans 111e d'Elaeussa, pendant que Tibère vivait retiré dans l'île de Rhodes. Les honneurs qu'il rendit à Caius César, nommé gouverneur d'Orient, excitèrent la jalousie de Tibère , qui , arrivé au faite du pouvoir, fit sentir au roi tout le poids de sa co-
31* UvraUon. (Ain Miwbdbb.) t. ii
( i) Anpian., Bell. Mithr, (i)Dion, Iib. XXXIV.
(3) Suet., //# 774., c. THF. Straboii, fib. XIV, 671; XII, 556.
L'UMVEftS:
1ère. Appelé à Rome pour y répondre à des accusations imaginaires, il espérait encore trouver un appui dans la mère de l'empereur, Lïvia, qui lui avait écrit pour l'appeler en Italie; mais l'accueil qu'il reçut de Tibère le glaça de terreur. Accable dé vieillesse et d'infirmités , et ne pouvant pas supporter le traitement ignominieux qui lui était infligé, il passa pour avoir perdu l'esprit, et mourut de chagrin , sans avoir pu apaiser Tibère* It avait régné cinquante ans; sa mort eut lieu Tan de Jésus-Christ 17, . Ce fut la dernière scène du drame que les Romains jouèrent tour à tour avec tous les princes asiatiques,. Ias e&; prits étaient suffisamment préparés ,,et les populations habituées à regarder avec terreur cette puissance qui. faisait mouvoir, d'un bout à l'autre du monde, leurs monarques absolus. Tibère fit rendre' un décret. par le sénat, paj^ le-
3uel la Cappàdoce fijt déclarée province, e l'empire romain : et, pour apaiser le petit nombre de plaintes qui auraient
Su s'élever contre cettacte politique, on éclarà que désormais l'impôt du centième payé aurpi serait réduit de uioitié1 Germanicus , qui venait de terminer la guerre d'Arménie, et qui avait dg pleins pouvoirs Jiour, organiser les pro-, vinces d'Orient, fut chargé de l'exécur, tiqn du décret. C'est peu.de temps après qu'il mourut dans la ville de Dapone. ,
S. Veraniusfut en vpyé par Tibère erç ité de JégBt OU npeàSeOTTjç tôu £e6^top. Il réunit au domaine impérial toutes^ lès possessions des rois. Ce mpqe fafc mlmstration suty* quelques , change-, ments; car, Tan 81 de Jésus-Christ, Ja Cappàdoce n'était plus gouvernée par un, légat ; mais par un simple intendant ou procuratçr (i), officier plus fiscal que politique^ Leq promesses de César s'étaient bientôt evanouiesT,et le sort desr Cappadociens était .devenu des plus misérables. La ^plupart des. paysans qui travaillaient sur les terres royales avaient été déclarés serfs et susceptibles d'être vendus avec les biens domaniaux.
Tout le régime sacerdotal se trouvait également ébranlé par la nouvelle administration ; car le sénat, considérant comme un abus le droit d'asile accordé
(i) Tacil., luttai., XII, 40,
à tant de temples, avait publié va \ cret pour qu'il fût aboli. Us tenu de Diane peraiquetqni jouiasaiemj ticulièreraent de ce privilège dans ti l'Asie, réclamèrent vivement et 1 posèrent sur l'antiquité de leurs diq Les prêtres de HiérorCésaxée prouvai qu'ils les tenaient 4e la.oiHniâeeaoe Cyrus.(l), Quelques-uns gagnèrent k cause* mais, il est à croire que k a grand nomJwe la perdit; car ou m tend plus parjejçde cette ptûssanoe sm dotale -que sous Julien, qui fit quelqi vaines tentatives, pour la ressusciter.
Sous Néron, l'an 60 de Jéws-Ct»
S[avidité des traitants était poussée I leruiers ejcès : aussi les misères (fy peupler le portèrent à se jeter avec* thousiasme dans les bras des apot d'une religion nouvelle. Saint Paul è débarqué a Tarse; il était entré eal caonie ,. prêchant rie christianisait I Juifs nombreux que les guéries* I lestine avaient dispersés juagaeé ce* contrées, où ils avajent.tronvéqi ques-um d^eurscnreliginniiaiNS, ta pprlés depuis 4e* siècles à.kf suite k dispersion.,, Les cois d'Arménie «4 saieut, descendants .4e ce» «néous \ milles, pu .pays, qui watt vu tant] cultes divers, était tolérant pour i autre, croyance. Le christianisme s^é but ayeo rapidité en Cappàdoce. H I lait le schisme de& Ariens peur fil naître des troublesaui nortèrenteafli déplorable à l'unité de L'Eglise, i
C'est à peu près à cette époque { qu'il faut ranwertet laréferncdai lepdrier pour le faire «monter m le calendrier romain. Lee Capjpdoril avaient une. année propre qui .diflïl de l'année solaire des Romains eU r^année lunaire des Greos de YAmë neure. Elle se composait de douf* «■ de trente jours, et de cinq jours épt mènes ; la plupart des noms des * étaient communs à mes peuples et* Arméniens (4), ■ ■•» •»; •
Corbulon fit de grands eneageiMi dans J'adnûnistrationdu pays; il *& de .nouveau la seconde Année*, fa
. . ! .-.m ., t (i) Tarit., AnntU9%, 111, -6o-6*.' (») Ticit^ Annal, XIV, 96.
(0 rrèrel fMèm. A. XITL ^
ASIE MINfiukE.
pasren, pour opposer une barrière aux incursions des barbares, mit la province sous l'autorité d'un consulaire et y envoya plusieurs légions (1) ; mais elle fut, plus tard , remise sous l'autorité d'un président, car, soûs Constantin, on voit on Prxses Cappadoci& du nom d'Eu* tychius.
Valens, o)ui avait embrassé' Pariaaisme, voulant déplacer plusieurs sièges épiscopaux pour les donner aux Ariens, fit une nouvelle aémarraiihn, et forma, comme dans l'origine, deux Çappadoces, avec deux métropoles : la première ou l'Ancienne j, qui eut Césarée pour capitale; et la seconde, celle du laurus , qui eut pour capitale Tyana/ Avoir de si nombreux evequés chargés du gouvernement ^î rituel du jpays^ ou serait tenté de penser qu'il jouissait alors d'une sorte de prospérité..
On en comptait alors cinquante- cinq.
Mais un de: ses plus célèbres apôtres, Grégoire de Nazianze, évêque, de Sasimes , nous montre les Cappadociens comme abrutis, par la mi* sère et adonnés au trafic honteux des, dépouilles des morts. Dès que le, paganisme se fut éteint en Asie, et que les paysans ne craignirent plus ni les menaces des dieux infernaux, ni les amendes auxquelles étaient condamnés ceuxi qui violaient les sépultures,, j\l se créa une industrie qui ne manqua pas d'être productive dans les premiers temps.
Chacune des innombrables glottes se-, pulcrales dont les rochers sont perforés contenait, avec les cendres du mort»
quelque offrande à la divinité! protectrice delà tombe, et en même temps des byoux, des armes précieuse?, déposés aux pieds dès guerriers, ou comme dernières parures des femm.es. Il paraît démontré que les biipux de toilette que l'on retrouve, eyeçfes, cçndrps, étaient fabriqués exprès ,pour cet usage funèbre, mais, que,, ce n'étaient pas ceux qui avaient servi au ,défûnt pendant sa vie; il n'en était pas de même des armes. Peut-être méiu,ev dans ces caves sépulcrales, les familles cachaient elles leurs trésors, toujours menacés dans ces temps de troubles. Les Cappadociens , devenus, par suite des exactions conti-
(i) Traoquillus in Yespasiano, H.
nuettes , le peuple le plus misérable de toute l'Asie Mineure, se livrèrent avec frénésie à ces recjierchç s sacrilèges , où leur cupidité trouvait une ample satisfaction. Quoiqu'ils s'adressassent principalement aux tombeaux des païens, saint Grégoire de Nazianze voulut mettre un frein à des dévastations qui s'étendaient jusqu'aux monuments mêmes ; mais il ne paratt pas que ses paroles aient été beaucoup écoutées. Le saint évéque s'en, venge par de nombreuses épigrammes qui nous ont été conservées au nombre de plus de quatre-vingts ; elles paraissent avoir été composées vers l'an 372 de J.-C. (l) . .La destruction d'un tombeau remarquable excite surtout la colère du prélat» et il tance contre ses paroissiens l'épigrammp suivante ; .
Lé tombeau de ftf&ftsofe est énorme, mais mpccté ém Carient, là* nulle trace de main violatrice. El moi , fprl élevé aunietaus dea Cappedooiens # vous voyez ce que J'éprouve ; vous écrirez donc sur' mot, assassins des morte (î).
Cette épi gramme est peut-être le seul document qui . nous apprenne l'existencje d'un monument un «peu remarquable; cependant , il est à croire que la capitale a été ornÂe do. temples plus ou moins somptueux, car elle porte sur les médailles la .titre de Wéoeore. Sous les. empereurs PwUuax, Septime-Sévère et, tes Antomns., la Cappadoce fut successivement administrée par des propretaura et des Jégata On trouve dans le* inscriptions asiatiques un grand nombre de personnages qui ont été investis de ces magistratures diverses : souvent ils sont mentionnés comme ayant rempli ces fonctions dans plusieurs provinces; mais on ne dit pas si ellça ont été exercées en même temps, ou si c'est par suite de nominations successives.
, On voit à Éphàse uue inscription quimentionne un proconsul de BUhynie, de Pont et de Cappadoce* Une. inscription de l'île de Cos attribue à uu seul citoyen, Julius Quadratus, des charges beaucoup plus nombreuses; il était proconsul de Crète ,et ée Cyrène, légat
(i) Satnie-Croix, Hèm. de VAcod^ a* aér., tu, 555. .*- ,
(a) Greg. Nax.f Bpigr., CXV1I, p. U<>.
L'UNIVERS
impérial de la province (foapx*(*t) de Cappadoce, légat et lieutenant général de Lycie et de Pamphilie , légat au Pont et de Bithynie. Ce mode d'administration paratt avoir subsisté pendant tout le temps de l'empire. Othon, en 69 , se propose, il est vrai, de le modifier; mais il ne parait pas qu'il ait donné suite à ce projet (1).