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CHAPITRE VII

BÊGNE DE CONSTANTIN.

Sous le règne de Constantin, la Caopadoce avait été réunie au diocèse de Pont; son Église avait cependant conservé sa primauté, et le christianisme s'étendit avec tant de rapidité que , sous Valens, en 366, elle comptait cinquante évéchés, et, parmi ses éveques, les trois

Srélats les plus célèbres de toute l'Asie, aint Grégoire Thaumaturge était natif de Cappadoce ; il vécut dans la seconde moitié du troisième siècle. Le commencement du Quatrième siècle vit fleurir une famille de saints dont la renommée est arrivée jusqu'à nous, à travers de telles révolutions, que l'histoire de cette époque n'est plus qu'un chaos inextricable. Saint Basile, évéque de Césarée, sainte Macrine sa sœur, et saint Grégoire de Nysse, ont porté au plus haut degré la gloire du christianisme, et depuis eux il n'a fait que déchoir dans ce pays.

Sainte Macrine avait fondé un couvent de filles, qui fut ruiné par Sapor. Elle prêcha dans toute la Cappadoce, et son tombeau est encore pour les Grecs un lieu de pèlerinage. 11 est placé dans le chœur d'une petite église au village de Melehubi, dans la partie la plus déserte de la province. Les Grecs ne conservent aucun souvenir, aucune tradition de l'ancien nom de cet endroit; mais on y observe une particularité très-cu-^ rieuse, c'est que les habitants grecs ont conservé l'usage de leur langue maternelle , tandis que dans tout le reste de la province leurs coreligionnaires l'ont complètement oubliée, et à peine est-elle cultivée par le clergé.

Je demandais au prêtre gardien du tombeau de la sainte s'il pourrait ex-

(I) Tacit., EUt.t I, *8.

pliquer une pareille singularité. La réponse qu'il me fit montre combien, chez ces Orientaux, l'esprit esttoujoan disposé à saisir le côté romanesque el merveilleux des faits. « Lorsque les infidèles ont fait une irruption dans ces pays qui étaient autrefois chrétiens, nx dit-il , voulant abolir la pratique de b religion chrétienne, ils ont compris qu'il fallait commencer par rendre impossible l'usage de la langue grecque, oui étail le moyen par lequel tous les chrétiens communiquaient entre eux. Par ordre du roi de Perse on coupa la langue à tous les enfants ; une génération entière fut muette; la génération suivante ne parla plus que la langue des infidèles. Notre petit village échappa par miracle à la proscription générale ; il fut peut être oublié : voilà pourquoi vous nous retrouvez tous ici parlant la langue de nos pères. »

Quelque incroyable que soit cette histoire , elle n'en conserve pas moins la tradition d'une persécution exercée

Sar les infidèles sur les chrétiens. Tant 'invasions eurent lieu pendant la longue chute de l'empire d'Orient , cjull serait difficile de dire à laquelle le vieux prêtre voulait faire allusion; mais il est naturel de penser que les plus cruelkf persécutions qu'éprouvèrent les chrétiens d'Orient vinrent de la part des Perses. Ce n'était pas seulement contre les chrétiens qu'ils nourrissaient une haine implacable : toutes les religions de l'Occident étaient pour les mages roijet d'une exécration que le roahometisme a héritée et nourrit encore, quoique d'une manière moins apparente.

Kn 344, Sapor ordonna une persécution qui amena un soulèvement général des chrétiens. Les chroniques arménien; nés (l) nous apprennent que le roi tort cependant par accorder aux chrétiens une trêve, moyennant un tribut qui fit religieusement payé par les Arméniens et les Grecs. Mais ce n'était pas seulement contre les Perses que les chrétiens avaient à défendre leur toi. L'omperenr Julien, prenant dans tout l'empire des mesures énergiques pour ressusciter le culte des dieux de Rome, avait frit se*

(i) Voy. Soulèvement de F Jrménie *Wtienne, in-$°, 1844.

tir aux habitants de Gésarée le poids de sa colère, de sorte que les chrétiens persécutés tantôt par les mages, tantôt par les pontifes , se virent forcés d'abandonner leurs églises, dont les modestes richesses devenaient la proie du fisc. Cest à cette époque, c'est-à-dire dans la période du troisième au cinquième siècle, qu'il faut faire remonter rexécution de ces innombrables chapelles creusées dans le roc, que les chrétiens fondèrent dans les vallées les plus saurages et les plus ignorées de la Cappadoce. Des districts entiers ravagés par les feux souterrains, n'offrant pas un arbre pour abriter contre les rayons du soleil, des sources chétives sortant d'un rocher volcanique , et taries dès que les ardeurs de Tête se faisaient sentir, voilà les lieux qui étaient abandonnés à la piété des fidèles, et l'on peut se faire une idée du zèle et de la ferveur qui animaient ces néophytes, quand on pense que c'est par milliers que Ton compte ces chapelles, qui atteignent parfois les dimensions d'une église, et qui sont pour la plupart ornées de peintures d'une exécution satisfaisante.

Combien je regrettais que dans ce voyage de Cappadoce, des motifs impérieux m'empêchassent de retracer l'un après l'autre ces monuments d'une foi nouvelle qui devait envahir le monde.

Les chrétiens bannis et persécutés envahirent des lieux où jamais être humain n'avait pénétré ; autour de la chapelle se groupa la famille des nouveaux catéchumènes, qui d'une grotte naturelle Gt bientôt une habitation commode pour des hommes à mœurs simples et primitives. C'est l'origine de ces villages troglodytes si multipliés, et qui ont conservé chez les Turcs les noms.

de Mille et une églises. La carte du P Cyrille, que j'examinerai en détail, m'a fourni de précieux renseignements pour retrouver ces innombrables habitations. On ne comprend pas comment des familles ont pu vivre dans ces lieux ; il fallut que, comme à Césarée, tes choses nécessaires à leur subsistance fussent apportées du dehors , car aux environs il n'y a pas une acre à cultiver.

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