LES DEMEURES DES ANACHORÈTES
Pendant toute la durée du premier siècle, l'église d'Asie répandait parmi les populations les doctrines du christianisme. Les assemblées des fidèles formulaient en silence les principes qui devaient guider les constructeurs des temples. Pour les nouveaux convertis, l'évéque était le pasteur, et les néophytes, les brebis; cet emblème était comme le trait d'union qui servait aux chrétiens à se reconnaître entre eux. La colombe et l'oiseau mangeant des raisins avaient également une signification , le Saint- Esprit était représenté par le premier emblème, la communion par le second.
C'est bien plus tard que le poisson, avec son nom symbolique, fut aussi admis parmi les emblèmes chrétiens, mais on le trouve souvent répété sur les tombeaux de l'église d'Afrique. Les chrétiens avaient coutume de creuser dans le marbre de petites coupes qui conservaient la rosée ou l'eau de pluie pour abreuver les oiseaux.
Le mystère qui enveloppait les pre- *mières cérémonies du culte ne contri-
L'UNIVERS
buait pas moins que le désir de méditer en paix , à pousser vers la solitude les nouveaux élus. Ceux surtout qui se sentant de la vocation pour l'apostolat et le martyre, voulaient» dans la solitude, recueillir des forces pour aller ensuite catéchiser les gentils, et choisissaient de préférence les régions les plus inaccessibles.
Voilà les éléments de U population!
qui vint dans Jes trois premiers siècles peupler les rochers arides où nous voyons encore leurs demeures.
Dans, le nord de l'Asie Mineure le pays est pour ainsi dire trop agréable , de belles forêts., des ruisseaux limpides, circulant au milieu des prairies, tout cela rappelait trop les biens terrestres, et (Tailleurs était trop accessible à la vaine curiosité du vulgaire.
Saint Basile a laissé un riant tableau de la retraite qu'il s'était ménagée sur le bord de l'Iris, dans le royaume de Pont ; mais l'ancien évêque de Césarée avait fait 6a première retraite dans les solitudes du mont Argée, où les moines arméniens du couvent de Surp Garabed montrent encore sa demeure.
Il faut ajouter que, dès le premier siècle la vie contemplative n'était pas une nouveauté pour les peuples d'Orient, les fakirs de l'Inde la pratiquaient de temps immémorial, les stoïciens et les gymnosophistes la regardaient comme un acheminement à la vertu.
La mortification de la chair et le mépris de la douleur étaient chez les philosophes d'Orient un symbole de sagesse, et nous voyons le brachmane Calaous se brûler vif en présence d'Alexandre le Grand dans la ville de Pasargades.
Cette retraite des premiers chrétiens n'avait donc rien de singulier, ni pour les populations ni pour 1 autorité impériale. Ils y trouvèrent un repos qui ne pouvait être troublé que par les visites des catéchumènes, apportant à de rares intervalles la frugale nourriture des reclus, et remportant la manne céleste qui alimentait leur zèle pieux. La vue seule des retraites où vivaient les cénobites de la Gappadoce peut donner une idée des rigueurs de ta vie ascétique.
La vie de ces solitaires était une renonciation continuelle aux besoins les plus, impérieux et montre jusqu'à quel point
une volonté ferme peut dompter ture.
Saint Jacques de Nisibe vivait a d'un diphtère de peau de chevq Se nourrissait de racines sauvage* Ëphrem fait l'éloge desThérapeq la Mésopotamie, qui, sous le i Bosci ou moines broutants, dans les champs paître avec li peaux (1). Ils couchaient dans traites d'où ils chassaient Iesbé vages.
Le plus célèbre d'entre les cénol pâtre Siméon Stylite vivait sur u tagne voisine d Antioche. Les situés entre cette ville et celle < rée servirent de refuge pendant sécutions ariennes aux Athaj aux ChrysAstome ; mais lorsque nier fut arraché de son siège r pour être conduit en exil dans ville de Cucusus, représentée d'hui par le bourg de Geuksuq bord de î'Euphrate, la douk cénobites fit place à un sentirai dignation et ils tentèrent de Û aux mains des soldats de Tbéodi deJ.-C
Le costume adopté par le* ai rètes se retrouve encore parmi ori peuplades de la Syrie et du Liban tait le manteau de laine noire,] portaient sur la peau, et le cuculn sert encore sous le nom de bol de vêtement à toute la population!
Il faut remarquer que dans M anciennes représentations des hï ils sont toujours vêtus de la toj maine.
Si les monuments construits font défont pour toute cette péri»
trois premiers siècles du christia nous sommes assurés cependant sous Marc-Aurèle l'église d'Oriei florissante, et que dans presque les villes les chrétiens se comi par milliers. Les lecteurs comi diacres, comme les évéques, von sans doute faire au désert, un tt qui paraissait impossible dans les Partout on cherchait des retraite!
cessibles, et à mesure que le tempi chait et que l'éloquence chrétien;
'. (i):SqcMwimviLVI,.cluU. Tife Mém* ecclésiastiques, tome VI If, p« '
ASIE MltfEtJRE.
boiaiait les âmes, ceux mêmes qui «riaient aux fidèles et qui avaient fai^ tussi leur retraite au désert, enga- ^aieut leurs frères à les imiter, et comme khis l'avons vu, nul pays notait plus iropice que la Cappadoce.
Le cours de. J'Halys, qui sépare le waume de Pont de celui de Cappadoce ofme également une ligue de séparawa marquée entre deux eontrées par* aitement disparates, autant la première* «boisée et riante, autant l'autre est «stère et aride.
Ei* entrant dans la Cappadoce, il est œpossiblc de résister à un sentiment Il tritesse à l'aspect de cette région si semble présenter sous un cadre éduit le tableau des plus terribles ODvulsions de la nature. Les mon* ignés composées «l'une roche noire et nreuse ne sont couvertes que d'une (Relation chétive. De grandes crevasses bat L'œil a peine à mesurer la profoneqr attestent les ravages des trembler lents de terre, de hautes (alaises voliniques formées de faisceaux de bar lite s'offrent aux regards comme de narres formations qui n'ont rien de Bnmon avec les roches des autres contées; tantôt elles forment de hautes doutes, tantôt elles s'épanchent, eu veaux rayonnants, comme si les laves i volcan s'étaient figées à l'instant ifae, au commandement d'une voleté puissante; ces tableaux sombres t grandioses des convulsions de la na- *e éuieot bien propres à captiver l'ifcgioation des hommes qui venaient ■ désert pour méditer sur les œuvres i Dieu. Dans ces temps primitifs où » ««eue* était encore au berceau, tous
* phénomènes naturels étaient pour
* chrétiens des sujets d'admiration ou 'rfux)i(t).