LES GAULOIS PASSENT EN ASIE
L'arrivée des Gaulois en Asie chan gea la face des affaires. Bien qu Antio chus , Grec de nation , eût toutes le sympathies des républiques de la Bithy nie , elles restèrent fidèles à Nicomède Héraclée fournit même des vaisseau:
pour défendre les c&tcs. Les Gauloi marchèrent contre l'armée d'Antiochu et la forcèrent de repasser le Taurus Nicomède , pour récompenser la valeu de ses nouveaux alliés , leur céda quel
2ues terres au delà du Sangarius (8} l'est là que nous les retrouverons plu tard , imposant des lois à toute l'Asi centrale.
Délivré de tous ses ennemis, ei bonne harmonie avec ses voisins, Nie* mède put donner ses soins aux intérêt de son royaume. Astacus , la principal Ville de Bithynie, avait si longtemp souffert des ravages de la guerre, qu'eu était presque démantelée. Il songea fonder une capitale , et choisit pour 1*« tablir la position la plus heureuse d toute la cote de Bithynie. Nicomède s*< tait allié à une princesse phrygienn nommée Kosingis (4), dont il eut troi enfants. A la mort de Kosingis, épousa une femme nommée Étazéta qui traita les enfants du premier lit art
(i) Strab., liv. XII, ch. IV.
(a) Memnon, apud Pholium, p. 720.
(3) a8t à 246 av. J.-C.
(4) Memnon, apud Phot.. p. 7*4.
tant de dureté, que Ziélas, l'aîné, fut contraint de se retirer près du roi d'Àrnéote. La fin du règne de Nicomède fut constamment heureuse. Les tentatives des rois de Syrie , pour lui susciter des ennemis , n'eurent aucun sucée; il mourut après un règne de trentedsf ans , en déshéritant ses enfants du premier lit, au profit de Prusias, fils aîné de sa seconde femme.
ZIÉLAS BOI.
Mais Ziélas , en apprenant la mort de ampère, vint à la tête d'un certain ■ambre de partisans revendiquer ses droits à la couronne. 11 trouva un appui ■attendu dans la nation des Gaulois teetosages (1 ) qui se souvenait de l'aifiance qu'elle avait contractée avec son père, et qui en même temps accueillait atec joie l'occasion de faire la guerre. Avant d'être arrivé aux frontières de la Mb? nie , il avait déjà rassemblé une armée nombreuse; mais ceux d'Héra elfe et de Tium avaient pris le parti de k reine. Ziélas , du reste , s'en vengea en excitant contre eux les Gaulois , qui rangèrent le territoire d'Uéraclée. Si ms devons nous en rapporter à Etienne de BvjEanee (2), et croire que Ziélas a fonde la ville de Zéla dans le royaume de Pont, il faudrait supposer qu'il a donné son nom aux lieux où il s'était retiré pendant son exil , sans s'arrêter a la difficulté que présenteraient d'autres auteurs qui placent cette ville indistinctement dans le Pont, dans l'Arménie ou dans la Cappadoce , car les frontières de cette province ont si souvent varié, que la ville de Zéla peut avoir été comprise tantôt dans l'une , tantôt dans l'autre de ces provinces. Les dissensions de Ziélas et de sa bel le- mère eurent pour résultat le partage de la titbvnie,et un accommodement eut lieu sous les auspices de la république d'Héradée. Ziélas s'établit dans la partie orientale de la province. Cest peut-être à cette époque que remonte la division es première et deuxième Bithynie, qui ■e fut pas cependant très-usitée.
(i) Mémo., apud Pbot., p. 7*4.
PHUSIAS BOI.
L'autre fils de Nicomède, Prusias, régnait sur la partie occidentale du royaume; mais, constamment occupé dans les guerres civiles , il ne continua pas les entreprises de son père Nicomède , et les travaux commencés pour fonder et embellir les villes restèrent suspendus.
PRUSIAS 1er.
A la mort de Ziélas , son fils Prusias, qui est généralement regardé comme le premier roi de ce nom, parvint à réunir à son royaume les provinces que gouvernait son oncle Prusias. Ce fut le sujet de la première guerre suscitée entre les rois de Bithynie et ceux de Pergame. Les deux partis trouvaient facilement d<s alliés parmi les princes grecs et les petites républiques, qui espéraient les uns et les autres quelques agrandissements comme fruit de la victoire. Attale s'étant ligué avec la république de Byzance, Prusias , pour mieux lui résister, fit alliance avec Philippe , roi de Macédoine. Ce prince avait déjà eu plusieurs occasions de porter la guerre en Asie, et saisissait avec empressement de nouveaux motifs de s'immiscer plus avant dans les querelles des rois de cette contrée. Sous les plus frivoles prétextes, il attaquait les villes de la côte , choisissant le moment où leurs alliés étaient engagés dans des entreprises lointaines.
Une des places les plus importantes de la Propontide, dont l'origine remontait à une naute antiquité, puisqu'elle était regardée comme fondée par un Argonaute (1) qui lui avait laissé son nom, la ville de Cius (2), ayant fait alliance avec les jtëtoliens, s'attira ainsi la colère de Philippe , qui l'attaqua , la prit, et en fit vendre les habitants , après l'avoir ruinée de fond en comble (3). La
(1) Hérodote, liv. V, chap. CXXIi.
(2) Suivant Àpollodore(Bibliolh., lib. Il), la ville de Cius fut fondée par TArgonauie Polyphème , qui, à son retour de Colchide, descendit à terre avec Hercule. Se trouvant abandonné sur la côte, il fonda la ville de Cius, et s'en fit roi.
(3) Polybe , 709.
j L'VMVERS,
ville de Myrlé>, fondée par Myrlus, chef des Colophoniens , fut également saccagée par Philippe. Les Rhodiens , alliés de ces deux villes, se liguèrent avec Attale Ier, et déclarèrent la guerre au roi de Macédoine. Prusias , qui avait épousé A pâmée , fille de ce prince, reçut en présent le territoire des villes conquises ; il rebâtit Cius, et lui donna son nom. La ville fut appelée Prqsiade, et, pour la distinguer de la ville du même nom , située au pied de l'Olympe, on l'appela Pruse sur mer. La ville de Myrlée prit le nom d'Apamée , reine de Bithynie et femme de Prusias. Ce fut, suivant Etienne de Byzance (1), Nicomède Épiphane qui donna à la ville de Myrlée le nom de sa mère A pâmée.
Lorsque les Romains déclarèrent la guerre à Philippe , Prusias ne soutint pas son allié, et laissa le roi de Pergame passer en Grèce pour porter du secours aux Romains. Profitant des dissensions suscitées entre des États qui pouvaient voir d'un œil jaloux l'agrandissement de la Bithynie, Prusias résolut d'étendre ses frontières du côté de l'Orient. Il entreprit le siège dTïéraclée , l'une des principales places de la Paphlagonie, et qui fut annexée an royaume de Pont par Mitbridate. Blessé pendant le siège, il renonça aux conquêtes , et finit tranquillement sa vie , après un règne de quarante ans, laissant la couronne (2) à un fils qui portait son nom.
PBUSIA8 II.
Ce Prusias, surnommé Cyn&gus, le chasseur, monta sur le trône de Bithynie vers 193 avant J.-C. L'alliance gui avait existé entre son père et les pnnees de Macédoine subsistait toujours , malgré la conduite équivoque de Prusias envers Philippe. Le roi de Bithynie épousa une des sœurs de Persée , et prit une part active aux intrigues que ce prince entretenait avec tous les ennemis des Romains eu Orient. Eumène, allié de la république , et jaloux de la puissance des rois de Bithynie , se plaignit aux Romains de la perfidie de Persée , qui
(i) V«rbo MwpXfc'ia.
(2) Tit. Lî?.f XXXII, tb. 34; XXXVII, ch. 3o.
avait tenté de l'assassiner ; la guerre f u décrétée, et Prusias employa, mais e vain, son influence auprès des envoyc de Rome pour détourner la républiqu d'un pareil projet. (170 av. J.-C.) Pou rendre son intervention plus utile à so beau-frère, Prusias attaqua Eumène et porta la guerre dans les États du rc de Pergame , qui fut ainsi contraint d rester en Asie. Mais ces événement servaient mieux la politique de Rom que n'aurait pu faire une guerre directe Les Romains attendaient que les roi d'Asie se fussent suffisamment affaibli les uns par les autres, pour les attaque ensuite ouvertement.
Les armées de Prusias remportèren sur celles d'Eumène de nombreux avan tages ; elles durent ces succès moins l'habileté de leurs généraux qu'aux con seils d'Annibal, qui, errant et proscrit s'était retiré à la cour de Prusias, pèr de Cynsegus. Le général carthaginoi combattit lui-même la flotte d'Eu mène (1) et mit ses vaisseaux en faite Des services aussi éclatants ne puren cependant détourner Prusias de fa plu lâche trahison. Eumène s'était plain aux Romains de la conduite de a prince ; déjà la république était l'arbitri suprême auquel se soumettaient le monarques d'Asie, quand la voie de armes n'était pas assez prompte.
Quintius Flaminius, envoyé du se nat , arriva en Bithynie avec la missioi avouée de rétablir la concorde eut»
les deux rois. En apprenant que Tirn placable ennemi des Romains vivait «i Bithynie comme l'hôte et Pami de Pra sias , Flaminius ne dissimula pas qUe | peuple romain ne consentirait jamais i recevoir pour allié un ami d'Annibal C'est alors que le roi de Bithynie ri rougit pas de solliciter la protection d Rome, en promettant de livrer soi hôte; mais celui-ci , averti à temps é\ complot tramé contre lui , avait préparï du poison , qu'il prit au moment où le gardes du roi venaient l'arrêter. Il fu enterré à Libyssa, village qui était ai bord de la mer (2). ,
(i) Plutarque, Vie d'Annibal.
(a) « Fuit et Libyaa oppidum , obi ni» Hattnibalis tant ura ttimulus... » Plinii Nati rai. Hislor., lib. V, cap. XXXII.
ÀSIF, MINEURE.
i, obligé de rendre à Eumèae lit provinces conquises, entreprit le voyage de Rome, pour tâcher de se eoodber, par sa présence , les intérêts du lésa t. Mais l'attitude suppliante (mu* prit en abordant le Capitole, la MKue de ses supplications , lui furent
Ê défavorables auprès des fiers répuios que la conduite hardie qu'il trait tenue en attaquant leurs alliés.
Renvoyé avec mépris , il revint en Rilaynie pour se venger sur tes rois de Ftrgame, et déclara de nouveau la guerre à Attale II, successeur d'Euaène; il le vainquit, et s'empara de sa capitale; mais les Romains le forcèrent se nouveau à restituer cette ville à son souverain légitime. Des soulèvements nrenus en Bitbynie forcèrent Prusias à s'enfuir à Nicomédie ; son fils Nice- ■ède vint l'attaquer, à la tête des rétoltés, dans son dernier refuge. Après Favoir fait assassiner, il fut proclamé ni, et reçat le surnom de Pbilopator.
Les premières années de son règne se pMMicat dans une paix profonde.
mCOMJtDB II.
Vaffianee de ces monarques avec les tm grecs « et leurs relations continuellas avec les princes asiatiques les plus moraines par leur faste , donnent lieu de croire que la cour des rois de Bithyaîe n'était pas moins brillante que celle des Attale et des Séleuddes. Mais la Bitbynie a été trop souvent envahie et saccagée, pour qu'on puisse espérer d'y retrouver quelque monument important qui date de l'époque où elle n'était pas soumise à la domination étrangère.
ricomèdb m.
L'alliance que contracta Nicomède avec Mithridate lui attira la haine des Romains, mais ne l'empêcha pas de conquérir la Cappadoce et la Paphlagooie, qu'il partagea avec son allié. Les Romains , appelés pour arbitres dans un différend qui s'éleva entre eux, s'emparèrent de la Cappadoce pour venger le roi Ariaratne assassiné par Mithridate (1). Le même sort ne tarda pas à ,
(i) Appian., Ml. Mîthr.t c ?-*o.
atteindre tficomède, qui. laissa cependant son trône à un fils du même nom.
Ce prince, sous le nom de NicomèdallI, soutint d'abord une guerre contre son frère Socrate, protège par Mithridate; ce motif seul lui valut l'alliance dcjs Romains, qui le rétablirent plusieurs fois sur son trône. Depuis ce moment la Bitbynie fut acquise aux Romains, et, quelques années plus tard, Nicomède , en mourant, les institua ses héritiers. Cependant, ils n'entrèrent pas sans combattre en possession de leur héritage , et Mithridate mit une nombreuse armée en campagne pour défendre la Bitbynie, qui fut soumise, malgré ses efforts, par Silanus, Lucullus et Cotta. Ce dernier avait établi son quartier général à Chalcédoine, pendant que Lucullus assiégeait A pâmée et Pruse; cerné dans la ville par Mithridate 1 qui avait armé une flotte nombreuse , il fut secouru à temps par son collègue (1).
La dynastie des rois de Bitbynie doit donc être établie de la manière suivante :
avant J.-C.
Bias, régna de 378 a 318
Zipœtès, — 328 à 281
fticomède I*r, — 281 à 246
Prusias (Zelas) — 246 à 282
Prusias 1**, — 232. à 102
Prusias II, — 192 à 140
JNicomède II, — 149 à 92
Nicomède III, — 92 à 7*
LA B1THY1I1B BBOUITK BIf tBOVINCB B0MA1NE.
Dès lors, ce pays, converti en province romaine , tombe sous le gouvernement des proconsuls et des préteurs , et rentre dans l'administration générale de l'empire. Décrétée province du peuple romain (2), la Bitbynie fut gouvernée par des proconsuls tirés au sort. Plusieurs empereurs la visitèrent, et souvent son territoire devint le champ de bataille où les prétendants à l'empire firent valoir leurs droits.
(i) 7* av. J.-C.
(a) Pline, ép. IV, 9; V, ao; VI, 5; TU, 6 et 10.
L'UNIVERS
EMPBBEUBS BYZANTINS.
De tous les combats qu'excitèrent les guerres civiles, il n'en est pas de plus important que celui qui décida du sort de l'empire entre Licinius et Constantin. La flotte du premier avait été battue devant les murs de finance; presque tous ses vaisseaux et cinq mille soldats avaient péri. Il passa secrètement à Cbalcédome , et eut bientôt réuni autour de lui une armée de cinquante mille hommes; mais Constantin, sans lui donner le temps d'assembler des forces plus considérables, traversa le Bosphore et engagea la bataille , qui se donna sur les hauteurs de -Chrysopolis , aujourd'hui Scutari; tout le champ de bataille est occupé aujourd'hui par le vaste cimetière des musulmans, qui s'étend depuis la ville jusqu'au pied du mont Boulgourlou.
Pendant les règnes suivants, l'empire , balancé entre des victoires et des revers, soutint presque constamment des guerres lointaines, et la Bithynie, ainsi que les provinces limitrophes, jouirent d'une sorte de tranquillité, que des soulèvements partiels ne parvinrent pas à troubler. Julien , à peine monté sur le trône , se fit gloire de réparer les édifices des principales villes qui avaient été endommagées par des tremblements de terre. Partant de Nicomédie,il traversa l'Asie pour aller faire la guerre aux Perses. Son successeur, Jovien, couronné dans Ancyre, ne vit pas même comme empereur les murailles de Constantinople. Valentinien, l'un de ses tribuns , avait été appelé d'Ancyre en Bithynie par un parti puissant qui,' d'accord avec l'armée, l'élut empereur dans la ville de Nicée. A peine investi de cette dignité, il se rendit à Nicomédic, et associa son frère Valens à l'empire. Le grand concours de partisans qui s'étaient réunis autour des nouveaux empereurs ne. put cependant étouffer les prétentions de Procope, allié à la famille impériale. Malgré la présence de l'empereur, il s'empara de Nicée et de Chalcédoine. La mort de Valentinien , survenue sur ces entrefaites, fit passer l'empire sans partage entre les mains de valens, dont le premier soin fut de poursuivre avec vigueur les rebelles,
en mettant le siège devant les villes qu'ils occupaient. Les soldats de Procope, qui étaient à Nicée, purent néanmoins faire une sortie , et vinrent inquiéter l'armée de Valens qui entourait Chalcédoine. La fuite seule mit l'empereur à l'abri de leurs poursuites ; il se sauva par le lac de Sophon, qu'Ammien Marcellin (1) nomme lac de Sunon. 1) est clair que l'auteur latin ne veut pas parler du laè Ascanios :
car tout le territoire de Nicée était occupé par les ennemis, tandis que Nicomédie tenait pour l'empereur. Cet événement, qui augmenta le nombre des partisans de Procope , lui donna les moyens de poursuivre le siège de Cyzique , mais ne lui ouvrit pas pour cela le chemin de l'empire. Attaquée par Valens dans la plaine de Nacolia , en Phrygie, son armée fut vaincue, et le général lui-même, arrêté dans sa fuite, eut la tête tranchée par ordre de l'empereur, dont la vengeance ne s'arrêta pas là, car plusieurs des villes qui avaient pris le parti de Procope eurent leurs murailles rasées. Aussi, lorsque les Perses , sous la conduite de Chosroès , firent une invasion en Bithynie , il leur fut facile de s'emparer des villes ainsi démantelées. Aux irruptions des Perses succédèrent celles des Goths et des Scythes , qui n'avaient pas pour usage de faire une guerre en règle , mais dont le seul but était de descendre sur la côte pour piller les habitants et brûler ce qu ils ne pouvaient emporter.
Malgré la persécution qu'elle avait éprouvée sous les règnes des empereurs Dèce et Dioclétien, la religion chrétienne se répandit avec rapidité en Bithynie ; du moment qu'elle trouva une protection près du trône, les fidèles couvrirent de monastères et d'églises les environs des villes et les penchants des montagnes. Toutes les vallées de VOlympe virent arriver des anachorètes
3ui formaient des disciples fervents et évoués.