CHAPITRE XIX
nmiBAlBE DE TAVIUM A CBSARBE.
Le territoire des Trocmiens confinait à la Cappadoce , mais les auteurs anciens ne nous disent pas s'il s'étendait jusqu'à l'Halys, qui eût formé une frontière naturelle: de plus, les anciens itinéraires sont très-défectueux quand il s'agit de route allant du nord au sud (I), et les ruines éparses que l'on rencontre ne mettent pas à même de combler ces lacunes.
Touzgatt est le point de jonction des routes de caravane qui vont de l'est à l'ouest et du nord au sud ; elle remplit sous ce rapport le rôle de Tavium dans le monde ancien, mais c'est là que se borne la ressemblance.
La ville de Touzgatt est située à vingt-deux kilomètres à r est-sud-est de Nefez keui ; M. Brant l'estime à trois lieues géographiques ; et M. Hamilton marque quinze milles anglais. Il a parcouru cette route en venant de Touzgatt à la recherche de Tavium.
La vallée de Nefez keui est bornée, à Pcst, par une chaîne de collines peu élevées que traverse la route de Touzgatt.
On passe auprès du village de Kenek keui, demeure d'hiver des Turcomans.
Les maisons sont à moitié enfouies sous terre ; trois kilomètres plus loin est le village de Hassandji, composé d'environ quarante maisons avec une mosquée. Tout ce pays est très-accidenté; les
(i) Die Kopie der Peut. Tafel iit zwar hier sehr NachUUùg. Mtnnert, Géographie, ton. 8, p. 55.
montagnes sont de craie marneuse et la végétation très-chétive; le cours do eaux se dirige à l'ouest vêts l'Halys. Le village de Kaïdjik, distant de cinq kilomètres de Touzgatt, est situémr un plateau qui domine une grande étendue de pays ; l'horizon est borné au sud par la chaîne du Tcbitchekdagh, la montagne des fleurs.
YOUZGATT.
i y a pie '
simple village turcoman demeure d'été des Tourouk; c'est là que naquit kàr met pacha, de la famille des Tchapa Oglou. Dès qu'il fut arrivé au pouvoir, sa pensée fut de fonder une ville m l'emplacement de son ancien Yada. C'est ainsi que fut créée la ville de Youzptt, vers la fin du siècle dernier.
Le (ils d'Achmet,le célèbre Tchapan Oglou fut un des derniers Déré bey «
f»rinces indépendants de l'Asielimeure.
I a pendant toute sa vie exercé la puissance souveraine, et son pouvoir s'étendait jusqu'à Césarée, et au nord jusqu'à Amasie.
Il avait eu l'intelligence d'attirer da& sa nouvelle ville une quantité d'hâtants sans distinction de culte, et ta population s'était promptement élevée l quinze mille habitants.
A sa mort, qui eut lieu vers 180S, h* parents et son frère héritèrent de «s pouvoir, et continuèrent d'attirer daf leur province des colons grecs et arméniens. Lorsque le sultan Mamboo^ eut formé le projet d'anéantir la po»| sance des Dere bey, Tchapan Ogkw i* le premier en butte aux attaques ^ gouvernement de la Porte, qui souleva contre lui les pachas ses voisins en k* donnant l'espoir de partager ses rien* ses. Les revenus du bey montaient!
douze millions de francs dont le qmd à peine arrivait dans les caisses du gœvernement.
A la chute de cette famille puisante, la désorganisation ne tarda pas à « mettre dans le pays; Touzgatt ne m pas même conservée comme chef- b* de Sandjak, et son territoire rat ate nistré par un simple Mutzellim.
Le palais- qu'avait tait construire fe bey a été incendié et tombe en rutfi
nais les édifices d'utilité publique, les oins et la mosquée , sont encore bien otretenus.
Ia mosquée, ouvrage de Soliman bey, btede la fin du dernier siècle; elle est dite sur le modèle des mosquées de tostantinople , c'est-à-dire dans ce saurais style turco-italien ; la niche «traie ou minnber, est ornée de counes de jaspe et de chaux fluatée, trans- •rente, sorte de jade que Ton trouve tans le pays.
L'aspect de Youzgatt contraste avec thii de toutes les autres villes de la pro- Ince; les maisons sont couvertes en mies : elle a tout à fait l'aspect d'une ïlle européenne. Les fruits abondent bas ses jardins, et l'abricotier surtout taroe des produits superbes; on voit pli est voisin de son pays natal.
La population s'élève à quinze mille «es environ ; un peu plus du tiers pra« que le christianisme. Les Arméniens ont plus nombreux que les Grecs ; mais oos les cultes divers paraissent vivre en rome intelligence.
Les maisons des chrétiens, ne diftant pas de celles des Turcs, et la vie «érieure est la même chez les uns et s autres : les femmes ne mangent pas toc leurs maris ; il y a pour le chef de la mille un respect qui se manifeste en Aie occasion; malgré l'usage si résidu de la pipe , un fils ne se permet* «it jamais de fumer devant son père.
La ville est abondamment pourvue de *fes les choses nécessaires, et les mon- $nts voisines fournissent, pendant W, de la neige pour rafraîchir les «usons.
Une muraille de moellons reliés avec «"argile entourait autrefois la ville; elle *vait moins pour la défense que pour Mot la contrebande. Aujourd'hui tout «roule, et il semble que les couver- ***** eux-méme mettent volontiers i main à la destruction de tout ce qui <w rappeler le gouvernement de l'annobey.
Croûte de Youzgatt à Césarée suit J direction du sud-est, traversant des types dans lesquels les tribus Kurw des Afchars viennent faire paître *i* troupeaux ; on fait huit heures de Jjrche jusqu'à Pacha keui, gros bourg ^uniquement par des Turcs, etFon
fait halte une heure plus loin, à Giaour keui, habité par des Arméniens. Le Délidjé sou, un des affluents de l'Halys, passe près de ce village, venant de l'est; ce n'est encore qu'un ruisseau, et la source ne peut être éloignée. On fait ensuite dix heures de marche jusqu'à Boaslian, village de trois cents maisons, situé dans la plaine. Tout ce pays est sans arbres , mais parfaitement propre à la culture des céréales. Les tribus Turcomanes et Kurdes s'y établissent pendant l'été.