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CHAPITRE XXV

CSSAJLÉE.

Une ville qui a été saccagée tantfc fois et qui n a jamais été dans Tafr quitc que l'asile momentané de pria»

barbares, dont toute la sollicitude »

de se mettre à l'abri des brigands qui 0festaient leurs États, ne peut préset* aux observations de l'artiste que »• peu de monuments dignes d'étreto aies : c'est la condition dans laqodk se trouve Césarée. Mais elle offre ei cela de l'intérêt; c'est que, depuis te temps les plus reculés, sa physiononw n'a pas changé, et que c'est toujours a

(1) «AXÙ^fel.

(2)Slrtb.,liv.XII,56i.

ille sans murailles, dont le château •Wjoukide a été démantelé par les ultaos turcs, de peur que les pachas, Laos une velléité d'indépendance, ne se «tranchassent dans son enceinte, pour m livrer, eux aussi, aux brigandages lui, de tout temps , ont désolé la Capladoee.

Comme chacun des anciens peuples [ui ont établi leur pouvoir en Asie tvait la prétention de rattacher à ses innales les origines obscures des villes * des nations, les Arméniens n'ont pas nanqué à la loi commune, et prétentent que la ville de Césarée, dont le mhïi primitif était Mazaca, doit sa fonction à l'un de leurs princes (1). Des scrivains modernes ont cru v reconlaltre le nom de la grande déesse des ]appadociens, et la ville ne devrait son oigne qu'à l'agglomération des tribus mtour d'un centre religieux oui existait à depuis les premiers siècles. Josè- »be (2) en attribue la fondation à tféseen fils de Japhet. Philostorgus prétend qu'elle s'appela d'abord Maza, lu nom de Mozoch, chef cappadosen.

Il ne nous reste d'ailleurs pour Waircir ces faits aucun texte positif, et a première mention qui soit faite de tfâzaca se trouve dans Strabon , qui ierivait précisément à l'époque où la ippadoce fut réduite en province, et m l'antique capitale avait déjà perdu ion nom, pour prendre une denominaîoq romaine. La singularité de la poioon de la ville , et les nombreux phénomènes volcaniques qui se mani- Hteot aux environs, avaient assez otéressé l'écrivain grec, pour qu'il oonwnttt à faire de cette ville une destription détaillée et remplie d'intérêt m point de vue géologique. Strabon explique , selon 6on opinion , l'absence somplète de murailles; mais, après ivoir considéré combien la contrée était exposée à l'action des feux souterrains, il semble naturel de penser que la sécurité personnelle des habitants devait lai porter à ne pas s'enfermer dans une enceinte fortifiée, pour qu'au moment d'un tremblement de terre, toujours

(i) Moise de Chora, I, XIII.

(») Ani. jiuL* I, chap. VL

prévu, ils pussent au moins préserver leur vie par une fuite prompte et facile.

L'empereur Tibère, après avoir converti la Cappadoce en province, donna à la capitale le surnom de Césarée (1), en mémoire d'Auguste; le nom d'Eusébia, près de l'Argée, qu'elle portait pour la distinguer de Tyane, est là pour prouver que le culte des dieux lui donnait de l'importanee. Tyane aussi était célèbre par son temple de Jupiter. Etienne de Byzance prétend que le nom grec de Césarée était Édesse la Parthénienne. Avait-elle eu quelques rapporte avec l'antique Rhoa , de l'Osrhoène , qui fut longtemps soumise aux princes d'Assyrie ? Mais du temps de Strabon, le nom de Mazaca était le plus employé, et cette ville était regardée politiquement comme la capitale de la Cappadoce (2).

« Elle est située, dit-il, sur un sol peu convenable pour le placement d'une ville ; elle manque d'eau, et elle n'a pas été fortifiée par des murs, soit par la négligence des souverains, soit de peur que les habitants, se confiant trop aux murailles comme à une retraite sûre, ne se livrassent aux brigandages, favorisés par leur position sur une plaine parsemée de collines, d'où ils peuvent lancer des traits. »

Les antiques éruptions du volcan de l'Argée ont couvert à différentes reprises la plaine de Césarée de masses de cendres qui se sont agglomérées, et qui ont formé un sol composé de tufs, sur lesquels une végétation chétive n'a pu prendre racine qu'après l'espace de plusieurs siècles ; c'est ce qui fait dire à Strabon : « Le terrain qui environne Mazaca est stérile et peu propre à être cultivé; quoique ce soit une plaine. Le fond en est pierreux et couvert de sable. »

Les tufs, qui sont d'une couleur prise et renferment des fragments de pierre ponce et d'autres minéraux, sont recouverts, dans Quelques endroits , de laves de fusion sillonnées par des fentes profondes, dont les parois sont verti-

(i) Eutrope VII, 2. Festut Rufaft» Brtriarium, a.

(a) Stnb., liv. XTV, 663.

L'UNIVERS

cales, et dont la largeur varie jusqu'à leur donner l'aspect de véritables vallées; ce sont, je pense, ces fissures qui, dans l'antiquité, donnaient naissance à des gaz inflammables; ce qui leur valut le nom de gouffres enflammés (1), et de plaines brûlantes. Ces vallées, dont on ne saurait expliquer la formation que par le retrait opéré par le refroidissement de ces grandes masses fondues , affectent des directions indéterminées, et ont quelquefois plusieurs kilomètres de longueur; mais le terrain supérieur est beaucoup moins stérile que dans l'antiquité, et le travail de quinze siècles a couvert la plus grande partie de la plaine d'une mince couche de terre végétale, qui produit de cbétives moissons.

Soumise à la puissance romaine , Césarée voulut, comme les autres villes de l'Asie, se distinguer par son zèle pour le culte des empereurs et des dieux de Rome ; des temples nombreux s'élevèrent, et Césarée sollicita et obtint le titre de Néocore, qu'elle inscrivit avec orgueil sur ses monnaies. I^es historiens parlent d'un certain nombre d'édiûces publics, d'hippodromes et de portiques, qui prouveraient qu'on chercha aussi à introduire les mœurs romaines, et, sous Ariarathe, elle devint un lieu de séjour pour les savants (2).

Néanmoins, sous toute la période romaine, Césarée resta sans importance et toujours en lutte avec la nature ingrate de son territoire. Le christianisme apporta dans ces provinces un peu de la vie politique qui leur avait manqué jusqu'alors. Lesévéques se faisaient un nom dans la chaire, et les temples anciens étaient détruits avec ardeur pour faire place aux églises nouvelles.

Mais l'empire romain chancelant n'était pas assez fort pour défendre ses villes frontières contre les invasions des Barbares. Les Perses , dont Bvzance était le point de mire , franchissaient sans crainte des frontières mal défendues, et les villes de la Cappadoce supportaient toujours le premier choc, qui s'annonçait par le pillage et le massacre. Après la défaite de Valé-

(i) Slrabon, XII, 538.

(a)Photiui, lib.II, 59.

rien par Sapor, en 268, Césarée rarffj mait une population de quatre ca mille habitants. Le roi de Perse ayat pris Malatia, marcha droit sur Césaré après avoir pillé toute la Mésopotam et la Cilicie.

Tarse fut réduite en cendres, et cavalerie perse, franchissant le Taure vint avec le reste de l'armée mettre I siège devant Césarée. Déroostbèrçe l avait été nommé gouverneur par Y| lérten. Ce brave citoyen organisa m défense qui suspendit pendant ta temps la ruine de la place, et les Peu eussent été infailliblement repousses, si un traître ne leur eut offert k moyens de vaincre la garnison cwa geuse (1). Démostbène se fit jour i milieu des Perses, qui avaient ordre i ne rien négliger pour s'emparer de personne; mais tandis qu'il écnapfl avec un petit nombre oe braies, pi sieurs milliers de ses concitoyens m enveloppés dans un massacre générait Les corps de ceux qui avaient été tl remplissaient des vallées profondes, les prisonniers emmenés en esdan périssaient par centaines sur la m Décidé à ne laisser derrière luiqt1 désert, Sapor ravageait les villes, tral portait dans ses États tous les habits] des villes conquises (3), et il aérait vfl à bout de ses sinistres projets, s'il fll possible de dépeupler une province 4 d'anéantir une ville. Il y aurait lieu ai croire au contraire à l'exagération « l'historien grec.

Constantin, dans sa nouvelle dins* de l'empire en diocèses, avait voulu de* ner à chacune de ces provinces un g»

verneur du sang impérial ; la ville de Ce sarée fut choisie, en 326, pour la «s denced'Annibalianus. Le Pout,laCai padoce et la petite Arménie wmposerei l'étendue de son nouveau royaume; j eut des gardes, des lésions et des au» liaires en proportion de sa dignité.

Avant d'arriver à l'empire, Ju»

(363 de J.-C), associé avec GaUe* fonda la belle église de Saint-Maa mas, qui fut dotée d'un dergMOJJ breux, et les deux princes s

(i) Tillemont, III, 45».

(») Zooar, liv. XII, 53o.

(3) Zozimct Uv. I, p. *5.

lient avec les ermites et les religieux ri avaient introduit dans la Cappadooe t rigueurs de la vie ascétique (1). Les ffétiens étaient alors assez nombreux Césarée ; et lorsque, dans son esprit î réaction , Julien voulut s'opposer a progrès de la religion chrétienne, i habitants, qui avaient montré envi le nouveau culte un zèle assez ar* sut pour que les païens et les hérétiks eussent abandonné son enceinte, ootrèrent une vive opposition , qu'il s put vaincre que par des mesures nettes.

L'empereur prit le prétexte de la sanction d'un temple de la Fortune wr Caire subir à la ville entière un ntement des plus rigoureux ; elle fut bcée du catalogue des cités, quoif elle fût la métropole de la province ; lui enleva le nom de Césarée, qu'elle Dait de Tibère, et voulut qu'elle reprît lui de Mazaca ; Julien fit enrôler les êtres dans la milice du gouverneur, les autres habitants, avec leurs feints et leurs enfants, furent inscrits ur payer un tribut comme dans les lages. Ordre fut donné aux chréds de rétablir le. temple détruit, et la 1ère de l'empereur ne se fût pas artée ià, s'il n'eût dû songer à des soins is importants qui l'appelaient sur la otière (2).

Sous le règne de Valence , Césarée t encore à souffrir des mesures tyuriques de l'empereur, qui voulait spaçer en Capnaaoce les doctrines de nanisme. Basile, alors métropolitain diocèse, prêcha avec véhémence, et itiut les vrais principes de la foichrénne adoptés au concile de Nicée.

smpereur, ne pouvant vaincre la gênéise obstination de l'évéque, s'en vengea r toute la province en la divisant en ix parties, et en donnant à Tyane le e de métropole de la seconde Cappa-

La situation de Césarée comme inde place de commerce attirait de ites les régions de l'Asie une populaq nombreuse, mais la ville était hors tat d'être défendue contre les atta»

î) TiDeroont, Mém. cccUt. , t. IX,

;e Mi.

t) Sozooèoe, Uv. Y, chap. IV.

ques du dehors et surtout des Perses qui pendant tout le règne de Justinien menaçaient et souvent attaquaient les villes frontières de l'empire.

Dominée par une suite de monticules dépendant du mont Argée, la ville était incessamment exposée aux traits d'unev armée d'invasion.

Justinien prit soin d'établir un système de défense qui est décrit en ces termes par Procope (1) : « Il y avait plusieurs hauteurs fort éloignées les unes des autres, que ceux qui ont bâti la ville ont voulu enfermer, de peur que les assiégeants n'en tirassent de l'avantage, et ainsi ils ont augmenté le péril en pensant pourvoir à la sûreté. Ils ont enclos des rochers, des jardins, des pâturages, qui sont depuis demeurés dans le même état, et dans lesquels on n'a point construit d'habitations; de sorte que les maisons sont éloignées les unes des autres et ne peuvent se porter mutuellement secours. De plus, la garnison était toujours insuffisante eu égard à l'étendue, et les habitants manquaient de moyens d'entretenir leurs murailles.

Justinien fit abattre une partie de ces murs afin d'en réduire l'enceinte à une juste grandeur, qu'il a fait bien fortifier et où il a établi une bonne garnison. »

Ce passage de Procope devient encore plus clair après l'inspection des lieux : chacun des monticules qui entourent la ville, et notamment la montagne de Saint-Basile, crae les Turcs appellent Ali dagh, était couronné par un fortin , on y voit encore des traces des anciennes fortifications ; mais cette ligne de forts détachés formait un circuit de plus de dix kilomètres ; c'est ce système de défense que Justinien changea radicalement.

Il résulte du document rapporté plus haut que la fondation du château actuel oe Césarée doit être attribuée à Justinien, et non pas aux Seldioukides : ces princes n\>nt fait que le réparer.

L'antique Césarée n'existait pas positivement à la place de 'celle d'aujourd'hui : elle était bâtie à un quart de mille à l'ouest de la ville moderne, et

(x) Procope, de JEdêficVu, liv. Y, chap. 4*

L'UNIVERS

par conséquent plus rapprochée de l'Argée. On observe quelques raines appelées par les habitants Eski-Kaisaria, l'ancienne Césarée. Les muraille», qui ont tout le caractère de constructions byzantines, sont faites en blocage, a? ec une alternance de lits de briques ; le principal édifice a sans doute appartenu à des thermes, si j'en juge par les nombreux conduits d'eau en terre cuite qui sont engagés dans la muraille.

Au sud des ruines, on voit, entre deux éminenoes, ou pour mieux dire sur la pente de la colline, une dépression de terrain longue d'environ deux cents mètres, couverte de gazon, et préparée en quelques endroits pour recevoir des plantations qui en changeront entièrement la physionomie (1). Il est hors de doute que ce sont les vestiges de l'ancien cirque de Césarée. Je trouvai aux environs quelques fragments de marbre,

3ui furent pour moi comme un indice es causes de la destruction totale de ce monument. Que les temples aient complètement disparu sous la vindicte des nouveaux chrétiens, cela se conçoit d'autant plus qu'ils avaient été plus persécutés pour leur foi nouvelle; mais il faut attribuer un autre motif à la destruction d'un monument qui, au point de vue du goût des Cappadociens pour tout ce qui tient à l'équitation, devait être assez fréquenté. Mais si le marbre était employé dans cet édifice, sa destruction s'explique naturellement par l'emploi qu'ont fait les modernes d'une matière rare en ce pays. Le soubassement d'un adicule dans la mosauée de Houen est en marbreblanc tiré des ruines de la vieille ville. Tout ce qui est en marbre à Césarée provient des monuments antiques : voilà le véritable motif de la disparition de tout ce que les anciens avaient laissé de remarquable.

J'ai vainement cherché, dans l'emplacement de l'ancienne ville, quelques vestiges de la célèbre église de Saint-Basile ou de Saint-Mamroas; en un mot, Césarée n'offre à l'observateur aucun monument antérieur au douzième siècle, si l'on en excepte la masse informe du château.

Ces églises étaient tombées tous b main dévastatrice des Tureomaas, qui, sous la conduite de Alp-Anlaa, wm de Togrul-Beg, s'emparèrent de Césarée en 1024 ; les richesses ooe contenait l'église de Saint-Basile fureot dispersées, et tous les objets d'art fut* détruits. On remarquait particulièrement la châsse du saint, cheWcnm d'orfèvrerie, avec des émaux incrusta de perles ; l'historien Mirkbouad m a laissé la description (t). Le trophée le plus recherché des conquérants asiatiques, les portes, n'échappèrent pasab rapacité d'Alp-ArsIan ; les deux battu* furent enlevés et envoyés au sultan de Perse. On ne peut s'empêcher de « rappeler l'Écriture sainte, dont toutes les traditions se perpétuent en Asie, même chez les musulmans, qui reconnaissent aussi l'Ancien TeBUmeat; il semble que Samson, en calerai les portes de Ghaza , ait toujovs df le héros modèle de ces conquèriats,

Sui l'imitent encore après trente »!

les (2).

Si l'on en juge par l'état des mm ments, la ville actuelle a été transport* au Heu qu'elle occupe aujourd'hai fc les premiers temps de l'occupation m sulmane. Le château , est asseï nsft pour offirir un asile à un assez grast nombre de familles. Tous les bazars,*!

khans et les tekés sont groupés à fts* tour : c'est le centre delà vilie oasé marne. Le défout de matériaux ktjen ■ fait sentir dans les constructions fà si sont pas destinées à une durée pets* tuelle. Les bazars et les boutiqaessflsl bâtis en moellons de laves réussa* si mortier d'argile; le tout est convenu

(i) Voyez Wiener Zeitschrift fcrdasl* iSaS, page 529.

(a) Huitième siècle : les porto d"A»

evre ont été enlevées par Harous-tl***

Dixième siècle. : les portes de Soaawtf par. Mahmoud le Ghatnewide ,

Treizième siècle : les portes de la ausp* de Cordoue par les Maures, qui tes ont Osai portées à Méqtiinez ;

Quatorzième siècle : lot portes de Ssist Basile par Atp*Arsiaa ; » Dix-neuvième siècle : les portes «"•» mosquée d'Eraéroum par se aéaéral rtf> Paskewitcà,

8 d'argile battue. Cette manière [Mur donne à la ville on aspect de ■ère qui eonstraste avec l'élégance k quartier» où demeurent les négop. Le palais du pacha n'offre pas kjrius grande régularité : c'est une Wecour entourée de portiques donil accès aux différents bureaux et à "e de réception (1).

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