CHAPITRE XXVII
LB MONT ABGBK. ÉEOPTIOSS VOIXA NIQUES.
Le mont Argée était considérer* les anciens comme la plus haute w* tagne de l'Asie Mineure; ils cooo* saient en outre son origine volcaiàq* et les observations des voyageurs «• dernes n'ont fait que confirmer fene titude des phénomènes ag^JJ Strabou, qui résume en peu de n* la description de cette montagne. *u cime de l'Argée est toujours coutw de neige et ceux qui y montent, et « sont en petit nombre, prétendent* dans un temps serein, on peut des* vrir de cette hauteur les deux «en
•die du Pont-Euxin et celle d'Issus. * Les gouffres ienés que Strabon simaie dans la plaine de Césarée n'éaknt que la cooséqueoee de la nature rolcanique de cette montagne qui, dans e premier siècle de notre ère, donnait ucore naissance à des feux souterains.
L'Argée était couvert de forêts où enaient s'approvisionner les habitants le Césarée, mais non sans courir cerains risques, le sol delà montagne étant usceptible de s'affaisser sous le poids les hommes et des bétes de somme, loi tombaient dans des gouffres enlammés; mais ceux qui connaissaient s pays prenaient les précautions nécesaires pour éviter ce danger.
Au-dessus de la couche ignifère il y Tait uu terrain imbibé d'eau froide, roduit sans doute de ia fonte des tiges, qui entretenait un gazon abonni, et les eaux se réunissaient en lances ou marais, d'où il sortait des biumespendantlanuit(i).
Les volcans de Césarée sont, pouf asi dire, la limite du grand phénomène de la rupture de 1 écorce de la resqulle d'Asie , qui commence à oula, passe par Kara hissar, et se ter- "ne à Césarée. En allant plus avant « l'est jusqu'à l'Euphrate, on trouve Qcore des indications d'épanchements P&, mais aucun de ces soulèvements emarquables comme ceux que nous 'ods eu occasion de signaler.
La rupture du sol de la plaine de tarée a donné naissance aux roches «caniques, nui sortaient sous forme neuse et coulaient lentement sur le sol, i elles se refroidissaient.
Le volcan du mont Argée avait un Jrt autre caractère; il a certainement tle centre de véritables éruptions qui * vomi des laves, des pépérites oucen- »i des trachytes et des basaltes. On tf aujourd'hui que la force expansive s éruptions volcaniques n'est pas ilnitéc, et qu'elle cesse lorsque la masse substances accumulées a formé une tmtagne d'une certaine hauteur ; en .mot, il n'y a que les volcans jeunes •donnent naissance à des éruptions.
Etaa ne laisse plus épancher que des
» Slnboa, liv. XII, p. 53Ô.
*£• Livraison. (As» Mifieube.)
laves, sans donner lieu à deséruptious : cela tient aux forces élastiques de l'intérieur du globe, qui trouvent une résistance dans la hauteur où elles devraient élever la matière éruptive.
II arrive alors que des commotions terribles fendent les flancs de la montagne, et les liquides enflammés se font jour par ces Assures pour former, sur les flancs de l'ancien cratère, d'autres volcans secondaires. C'est ce qu'on peut observer sur les flancs de l'Etna, et c'est ce qui a eu lieu récemment dans l'éruption du Vésuve. .
Ce phénomène géologique est bien apparent au mont Argée; le grand cône s'élève d'une manière régulière; son sommet est composé de basaltes, de trachytes , et de roches ignées an* tiennes.
Ses flancs supportent une quantité de monticules réguliers qui sont euxmêmes autant de volcans secondaires qui se sont formés quand la hauteur du grand cône a opposé un obstacle à l'éruption des laves par le sommet. Deux de ces volcans secondaires ont formé de véritables montagnes : c'est Ali dagh d'une part et Uan dagh , la montagne des serpents, de l'autre.
La croûte solide du globe n'étant gue de quarante cinq kilomètres, et le des* sous étant forme de matières en fusion pâteuse, on conçoit que cette masse énorme de matières qui forme le massif de l'Ajrgée ait dû diminuer considérablement l'épaisseur de la croûte solide; aussi le territoire de Césarée fut-il de de tout temps exposé aux tremble* ments de terre, et de nos jours, la ville de Césarée éprouva de notables dommages à la suite d'un pareil événement.
Cependant l'histoire moderne ne mentionne aucun fait relatif à une éruption ignée, quoique les laves de la plaine pa* raissent d'une nature semblable aux laves du Vésuve.
Le dernier tremblement de terre eut lieu le 1er août 1835, deux heures avant le lever du soleil ; la terre trembla; plusieurs minarets et un grand nombre de maisons s'écroulèrent; six à. sept cents personnes furent tuées; les villages des environs souffrirent également.
Le massif du mont Argée couvre une surface de dix myriamètres carrés, soit
t. il. U
L'UNIVERS
trente-deux kilomètres d'Ali dagh à Ingé sou , et trente-six kilomètres de César ée, à Éverek.
Vu du côté de Césarée, le mont Argée, Erdjisch dagh, se présente comme une montagne à double sommet, dont le tiers supérieur est couvert de neiges éternelles. La base est formée par des tufs et des laves tendres.
Mais du moment que Ton commence à monter, on aperçoit dans les ravins des fragments de basalte et de porphyre qui annoncent que les' régions supérieures ne sont pas formées de roches aussi récentes.
Du côté du nord, la montagne d'Ali dagh est séparée de i'Argée par une large vallée ; son élévation au-dessus de la plaine ne dépasse pas quatre cents mètres, la roche de porphyre qui la compose est tellement compacte que la plus chétive végétation peut à peine s'y attacher au commencement du printemps ; toute la pente septentrionale du mont Argéeest dépourvue de bois, quoi-
?u'clle ait été couverte de forêts dans antiquité. Ce qui les a détraites, ce n'est pas le manque de terre végétale, Huais ici comme partout en Asie Mineure le mauvais aménagement des bois et l'incurie des habitants ont anéanti œtte source 'de richesses. Toutes les eaux de cette partie de la niontagne se réunissent en un ruisseau qui arrose la plaine de Césarée et se jette dans la rivière de Sarimsac; son affluent supérieur passe è SurpGarabed, et s'appelle la rivière du Pacha. La première région des dénies est séparée du corps de la montagne par des escarpements qui rendent difficile toute ascension de ce côté; bien plus : lés Grecs et les Alv -méniens de Césarée m'avaient témoigné une répugnance invincible à m'accompagner jusqu'au sommet. La mort d'un missionnaire américain qui avait tenté l'excursion était encore récente. Le supérieur du monastère de Zinzidéré lin avait donné un guide inexpérimenté, qui le uuicta pendant la route; parvenu au pieu du pic, l'étranger ne put aller plus loin, et, en revenant sur ses pas; il toula longtemps sur la neige ; descendu dans une région moins froide, H fot surpris par la pluie : tant de fâtfieux contretemps lui occasionnèrent *.-. .11 .i
une pleurésie dont il mourut. Il est ej terre dans l'église grecque du villa] d'Endourlouk. Mais les Grecs restai»
convaincus qu*fl était mort étouffé p le manque d'air, et nul n'aurait voui m*aecompaçner, quand même ma sao m'eût permis de tenter l'entreprise. '.
me contentai d'examiner la nature d roches à la base du volcan, et de r cueillir quelques fragments détachés i sommet et roulés dans les eaux du ta.
rent. Les laves de fusion proprema dites, celles qui forment de veritabfi coulées, ne dépassent pas le tiers ial rieur de la montagne; elles alternai avec les tufs et les scories terreuses a composent la surface de quelques!
me$. Les tufs atteignent une haut»
encore moindre, et, dans les parti qui présentent des ruptures verticale on reconnaît au-dessous des roébes basalte noir, identique avec eeluï d'il bano , qui est employé pour paver :
ville de Rome. En remontant lu nd seau nommé Dclitchai, qui passe; Zimudéré, on ne trouve plus dans si Ht que des rochers , qui forment 4 masses compactes sans coulée appi rentef, comme les trachytès et les pflî 'phyres. '» ■ '
En 1837, M. Hamilton (1) parvint exécuter l'opération difficile defasouj sion de I'Argée. Traversant les coati forts orientaux de la montage, il si leva insensiblement jasqirau villa] d'Everek keui , situé sur la cote mQ dionale du mont Argée, ettà six de marche de Césarée, où il prit guides et une escorte. Déjà è date' teur les blocs de traèhyte étaient abondants, et -plus il avançait, plus nature de la roche paraissait îudiqd des éruptions anciennes. Le pren plateau au pied du pic, à deux mil!
et demi d'Everek, est supporté par a collines de basalte noir. Il ôbsera i ee côté une colline conique formée i sable et de cendres, avec une portS de cratère, provenant d'une éruptioi qui s'est ouverte sur le plateau basai1 Ame.
Dès, que f on commence' à monter k véritable pie de I'Argée, on ne tarait
(z) Hamilton, Researçho, vojurae II, page 270, I
AStE MINEURE.
plus que des roches trachvtiques et du porphyre. La neige qui, au coté de Céaree, descend au mois d'août jusqu'au pied du cône, se présente du côté du midi m moindre abondance, et toute la pente le la montagne est beaucoup moins ibrupte. La nauteur calculée Daromériquetnent par M. Hatnilton est de Î961 mètres. Du côté de l'ouest, la nontagne présente une déclivité beaucoup plus rapide; et en franchissant es peines intérieures pour se diriger rers logé sou , on laisse à sa gauche le hauts rochers, dont la sur race est oat à fait verticale, et qui de loin paginent inaccessibles. La coupe du mont Argét, envisagée du côté du nord-ouest, «e présente comme une suite; de cônes, tont la hauteur diminue successivement jusqu'au niveau de la plaine. De t* côte, on observe beaucoup de laves le fusion qui recouvrent les tufs. Les aux du versant occidental du mont tipée se réunissent pour former un râteau qui coule au milieu de vallons, Cutôt riches et cultivés, tantôt sau-
Xet incultes. Dans ces vallées, les s s'élèvent verticalement et scm* ileot avoir été rompus par un trempaient de terre.
Use seconde ascension du mont trgée rot exécutée le i* août 1848 par 1 P. de Tchihatcheff, qui alla camper u bord même du eratère et put oberverle singulier phénomène que pré-' *nte la fonte de la neige au moment |H lever du soleil. Les blocs du por- «yre entraînés dans l'abîme roulent «J«e fracas et ces avalanches de roches étaient pas sans danger pour l'obser-.
*teur. Il constate que la seule route nticaUe pour arriver au sommet do » montagne est par Everek keui, c'est
* route qu'avait suivie M. Hamilton.
48 observations barométriques faites
* M. de Tchihatcbefir lui ont donné |Hl mètres peur hauteur absolue de Arç**, la pleine du Gésarée étant à 1084 wtrea (t).
(0 TthihitchefT, Jsie Mineure, Géogra* ** Physique, p. 48a.