NGB SOU. — LE MELAS
Le voisinage des eaux courantes est si important pour l'agriculture dans ces centrées brûlantes, que malgré l'insalubrité de la plaine de Césaree de nombreux villages sont groupés sur les bords des rivières oui rarrossent. Elles prennent toutes naissance sur les versants septentrionaux du mont Argée, et sont alimentées principalement par la fonte des neiges : c'est assez dire qu elles ont le caractère des torrents, s'enflent considérablement pendant l'été et s'épanchent en mardis qui engendrent à l'automne des fièvres intermittentes.
La rivière de Sarimsafc, de l'ail (1 ), prend sa source près du village du même nom, traverse la plaine dans toute sa longueur, et recoH avant d'atteindre l'Halys un cours tfeau secondaire appelé par les turcs Kara sou, l'eau noire, (/est l'an* den Mélasr, dont le nom grec a la mémo signification.
Un passage de Strabon relatif à cette rivière a dans ces derniers temps attiré l'attention des géographes, et donné lieu à d'intéressantes discussions. Il est bien démontré aujourd'hui mie te Mêlas ou Kara sou se jette dans l'Halys, et non pas dans I'Euphratèf; c'est une erreur qu'il importe de' rectifier dans le texte de Strabon.
Le Mêlas prend sa source au pied de la montagne, à quarante stades ou sept kilomètres et demi à l'ouest de Césaree. Strabon ajoute : « Comme setf sources sont au-dessous du niveau de la ville, il devient inutile à ses habitants, il leur est même préjudiciable parce quffl corrompt l'air pendant l'été en se répandant en marais et en étangs. Les eaux nuisaient à l'exploitation d7une carrière de pierre à bâtir voisiné de Mafcaca. »'
Le roi Àriarathe ayant eu Pidée de foire boucher une issue étroite par lacruelle passait le Mêlas pour aller se jeter dans l'Halys (2). convertit en un lac toute la plaine de Çésaréè. Ce prince y avait fait pratiquer des Iles4 dans les-
(1) Ou dit : SarioMik eltSarmoutt*.
(2) Le texte porte par w'mtu )'J£Mplu»te» 8trabon,XII,53S.
byCÎ&Ogk
LUftlVÈRS.
quelles il se livrait au plaisir de la chasse ; mais le Mêlas ayant rompu ses digues inonda une partie du territoire, et en grossissant outre mesure le fleuve Halys, causa de notables dommages aux Calâtes, qui citèrent Àriarathe devant les Romains, et se Ûrent allouer une indemnité de trois cents talents (1). La nature des lieux est parfaitement d'accord avec le fait mentionné par Strabon, et les observateurs qui ont visité les bords de l'Ha)y6 ont reconuu l'issue étroite dont il est fait mention et qui peut être fermée par une digue.
Les sources mêmes du Rara sou ou Mêlas ont été reconnues par M. de Civrac dans les collines situées à la base septentrionale du mont Argée; Tune sort de terre avec abondance, les autres sont plus éloignées et étaient inaccessibles à cause des marais qu'elles forment; ces marécages, presque tous couverts de roseaux, s étendent à plusieurs kilomètres dans la plaine ; une ancienne chaussée a été pratiquée au milieu. Près du village d'Àmbba, situé au nord-ouest de Césarée, on trouve une route pavée et successivement trois ponts en pierre construits sur les marécages. Le Kara sou reçoit un nouvel affluent, qui grossit considérablement le volume de ses eaux, et passe sous un pont de sept arches, preuve de l'importance de la rivière à certaines époques de l'année, et va se jeter dans l'Halys. Les eaux de cette rivière entraînent avec elles une Quantité de limon noirâtre qui motive le nom qu'on lui donne, et après avoir rejoint le cours de l'Halys, les eaux de ce dernier fleuve étant jaunâtres, les deux courants conservant leurs teintes respectives forment pendant longtemps une ligne tranchée très- remarquable (2). A partir dupont à sept arches, le Mêlas s'engouffre au nord dans une gorge resserrée, qui est sans doute l'issue étroite fermée par Ariarathe, et parcourt un espace de seize kilomètres depuis le pont jusqu'à son embouchure dans l'Halys.
Cette embouchure est en ligne droite à trente-six kilomètres de Césarée.
Le grand marais formé par le Kara
(i)Strtbon, XII, p. 538.
(a) Voy. auu. Bulletin de la société de Géographie, mi 1S4».
sou coupe la route de Césarée à ln$ sou ; il est à peu près praticable pendant l'été. Son étendue est de huit kilomètres de l'est à l'ouest et de quatre du nord ao sud.
DB CBSARÉE A lflOB SOU.
La route de Césarée à logé sousoît les pentes du mont Argée, et à douze kilomètres de cette ville rencontre le grand marais de Salzik engendré •* les deux rivières ; de nombreoi trèspeaux y paissent pendant l'été, mais il est impraticable quand la fonte ta neiges grossit les rivières ; c'est daos ce marais que le Mêlas rejoint le Sari»
sak; une antique chaussée traversât ce marais : c'était la grande route de Césarée à Iconium.
Les pentes occidentales du mont Argée sont moins abruptes que celles du nord; elles servent, comme ces dernières, de base à des monticules arrondis qui»
sont autre chose que des volcans secondaires. On remarque à la base de larges coulées do laves de fusion; la plaine est couverte, comme celle de Césarée, d'une couche épaisse du tuf volcanique qui peut être exploité comme pierre t bâtir.
La petite ville de Ingé sou est à trentesix kilomètres sud-ouest de Césarée, elle est construite, au fond d'une eaceinte de rochers et n'a que deui entrées par une vallée étroite; les flânes de la montagne sont à pic, et l'on voit Tepaisseur de la couche de tuf volcaniqse qui a quatorze mètres. Il reposa «a quelques endroits sur un calcaire Mane, mais plus généralement sur l'arple.
La ville d'Ingé sou, le filet deaa.1 pris son nom d'un petit cours d*esa qui arrose la vallée; die comroaodi tout le district jusqu'à Urgub; une mosquée d'assez belle apparence a été bâtit par un ancien bey du nom de Sélim :
elle date du siècle dernier ; la populatioi
Secque paraît être dans faisane*. L* aimes ont un goût prononcé pour la bijoux d'argent ; elles portent sur lear tète des turbans ornés d une quantité de pièces de monnaies; leurs épaules «a sont chargées ; elles ont à leurs bras de pesants bracelets, et à leurs jambesdes anneaux d'argent que les Turcs appel"
lent carafe et qui étaient déjà en usage dans l'antiquité sous le nom de périscélides; Horace nous peint une courtisane qui pleure sa chaîne et ses périscëlfdes qu'on lui a volées (1).
Dans Penceinte même de la ville, on ne rencontre que de faibles débris de monuments byzantins; mais les collines voisines renferment de nombreuses excavations qui prouvent que ce lieu fut habité dans l'antiquité. Ces cavernes sont de plusieurs sortes : les unes sont évidemment d'anciens tombeaux contenant ou des lits funèbres ou des sarcophages; les autres se composent de plusieurs chambres, et ont certainement servi d'habitation. Si dans quclquesnnes d'elles on trouve quelques faibles indices de l'art grec, la majeure partie n'offre aucun caractère qui permette «en déterminer l'époque. Les portes de ces grottes sont presque toujours placées sans symétrie à des hauteurs indéterminées; elles sont presque toutes en forme de pylônes, c'est-à-dire plus larges fon bas que d'en haut, et précédées don vestibule ouvert couronné par un arceau. Tous les observateurs qui ont parcouru la Cappadoce depuis plusieurs années sont d'accord sur ce fait qu'une population nombreuse a, dans une pénode qui ne peut être déterminée, hanté des réduits taillés dans le roc. Ce sont sans doute ces tombeaux que les Çappadociens fouillaient pour recueillir (es dépouilles des morts; nous n'avons jamais pu obtenir aucune notion sur la découverte d'un tombeau intact faite de nos jours; jamais nous n'avons vu un objet, vase, armure ou médaille qui *}t pu mettre sur la trace des populatwnsqui ont creusé ces tombeaux; les peintures chrétiennes, les croix sculptées dans quelques chambres sont les seuls indices que nous ayons rencontrés et qui nous autorisent à conclure que ces grottes sont les ouvrages des chrétiens. La route d'Ingé sou à Urgub suit les wrdsdela petite rivière qui prend la direction du nord pour aller se jeter dans le marais Safzik : c'est une des sources du Mêlas. De nombreux jardins remplis d'arbres fruitiers égayent cette rallee; mais en remontant sur le plateau
(0 Hortce, Épit., I, 17, 56.
on retrouve une région aride et déserte ; on fait ainsi vingt-quatre kilomètres jusqu'à Urgub.