‹ Asie mineureChapitre 306 sur 428 · UB&UB · texte numérisé non relu

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La grande route de Constantinople à Antioche par Eski cheher ou Dorylaeum passait par les villes que nous avons mentionnées, de Nyssa, Saçaena et Césarée. En se dirigeant donc de l'est à l'ouest, à partir de cette ville, on est presque certain de ne pas s'écarter de l'ancienne voie de communication , et , en effet, chacun des points de cette route est signalé par quelques débris antiques qui méritent plus ou moins d'attirer l'attention. Après avoir

3uitté la ville d'Iugé sou, on se trouve ans les terrains vagues formant des collines quelquefois assez élevées, et qui sont d'une nature volcanique, contemporaine de celle des montagnes d'Herkilet. En effet, à quelque distance d'Ingé sou, en suivant le cours du ruisseau qui traverse la ville, on perd bientôt de vue les rochers de pierre ponce et de tuf dont la formation est si bien caractérisée.

Mous marchâmes pendant un certain temps dans un pays accidenté et complètement désert, jusqu'au moment où nous atteignîmes une grande vallée ou plutôt une vaste dépression de terrain, sillonnée par des ravins profonds ; c'est ce qu'on appelle le territoire d'Urgub.

Jamais la nature ne se présenta aux yeux d'un voyageur sous un aspect plus étrange. La petite ville qui donne le nom à ces vallées, est elle-même ensevelie entre les flancs verticaux d'un banc puissant de pierre ponce, et semble dénuée des* ressources les plus indispensables à une population quelconque, Peau et la verdure. Mais l'abondance des matériaux, qui sont d'un travail si facile, supplée en quelque sorte à tant de privations, et cette petite ville , contrairement à toutes celles de la Cappadoce, présente une certaine apparence de prospérité. Avant de descendre du plateau qui domine son territoire, je m'arrêtai étonné du spectacle qui s'offrait a mes yeux. Je ne

sache pas que dans aucun aqtre coio du monde il existe un phénomène naturel plus constant et plus remarquable.

Construite dans le fond delà vallée et sur la pente des cojljjaefcj (a vijle occupe une grande partie ^iine immense nécropole qui s étend dans toutes les directions. Non contents d'avoir élevé des demeures appropriées à leurs besoins, les lia bi tant s se sont emparés des antiques tombeaux, qui sont ici par centaines, ont démoli les façades et rebâti en place, des façades de maisons qui sont ainsi moitié souterraines et moitié extérieures. Ceci' doit donner Une idée du caractère singulier que présentent ces constructions à un oeil européen; et au milieu de ces rues tracées à l'aventure s'élèvent des cônes de nierre, blancs comme la neige, et qui finissent aux environs de la ville par devenir tellement nombreux, que la circulation est extrêmement difficile dans la vallée. La hauteur de ces cônes varie depuis quelques mètres jusqu'à une hauteur de plus de cent mètres. Us sont généralement assez réguliers. On en observe cependant qui ont un double sommet, mais qui ou reste paraissent soumis à la même loi qui a présidé à la formation de cette singulière vallée. Les cônes qui sont dans l'intérieur de la ville ont presque partout reçu l'empreinte du ciseau; quelques-uns ont été taillés en pyramide quadrangulaire.

11 parait probable que la ville moderne a été formée par quelques familles qui s'installèrent dans les nombreuses et vastes chambres qui leur offraient un asile commode. On construisit ensuite quelques maisons pour agrandir cette cité troglodyte, qui prospéra sous la protection d'un émir, dont le château se voit encore en ruine au-dessus de la ville; le sol ingrat sur lequel elle est assise, est couvert dans toute la plaine environnante par une épaisse couche de terre végétale, dont la fertilité compense amplement, aux yeux des habitants , le déplaisir d'habiter des lieux sauvages. En effet, les plateaux qui environnent Urgub offrent aux troupeaux des pâturages abondants, aux laboureurs de belles moissons, et aux fermiers des fruits de toute espèce, qu'ils exportent, frais ou séchés jus-

qu'à Césarée, qui les envoie à CûmUdtinople.

Après avoir payé son tribut de mprise à un lieu qui offrirait au pinctatt du peintre des tableaux variés, U première pensas oui vient à l'esprit est de chercher l'explication satisfaisante de ce phénomène. En observant attentif*»

ment la formation des cônes dans use partie quelconque de la vallée, on reconnaît une loi constante, c'est que la cônes les moins élevés sont toujours sur la pente du ravin, tandis que cens qui occupent le centre sont les plus hauts ; de plus , si l'on observe dans la masse latérale quelque teinte occasionnée par une veiné oblique à Vhs* rizon , cette veine ou ce Ht se répétas sans interruption sur tous les cônes de voisinage , oe manière à prouver que, dans le principe, toute cette masse à* terre. et de pierres était narfSwte«at compacte, et que c'est à 1 érosion de* eaux qu'il faut attribuer l'origine &** cônes. Ils sont tous composés d'us roche à base de ponce réunie par do ciment naturel , dont la propriété est de se décompenser en cône par l'aetiM des eaux.

Parmi les tombeaux que l'on observe dans l'enceinte de la ville, il en est m très- remarquable, en ce que^ taillé dans le roc, il offre dans sa façade detn étages d'arcades qui surmontent troë portes d'égale dimension; elles sont séparées par des pilastres, et celle do milieu est couronnée d'un fronton tout a fait dans le goiït byzantin . Les quatre pilastres du rez-de-chaussée se répètent a chaque étage, et le couronnement de l'édilice rappelle plutôt le style éOT tien que l'architecture grecque, w»

portes, nui sont semblables, sont ai nombre de trois. Chacun des étages est composé d'un certain nombre d'arcades, et surmonté d'un arc en fer' cheval , dans le genre des arcs de la mosquée de Houen à Césarée.

Tous les autres ouvrages taHWs da»

le roc ne produisent pas l'ensemble pittoresque que nous offrait ce tombeau; cependant il y en a beawsoup qui sont ornés de peintures asse» w* conservées. L'Église grecque » courert ces régions de cénobites et de monastères qui se sont toujours trouvés sons

ASIE MfKEURE.

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la juridiction immédiate du métropolitain de Cappadoce. Ils ont cherché v mi milieu de ces vallées, les endroits les plus inaccessibles, et là, avec le secours des aumônes des nouveaux fidèles, Us ont multiplié, dans les in- Mmbrables chapelles, le» peintures des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament, garanties de toute humidité sir la nature absorbante de la roebe; se sorte qu'aujourd'hui, malgré l'injonction d'un dessin tracé par une inexpérimentée, on peut suivre 'irc intérêt l'histoire complète de l'ico» jngranhie byzantine. Quefcjues-unes de m chapelles, qui peuvent être consifiérées comme des églises, nous montent encore les peintres byzantins, petit leurs sujets sur les piliers et les hivoltes , sans trop s'inquiéter si la approuvera les compositions, touchent quelquefois à la bizar- . L'endroit le plus remarquable, ce rapport, est le district appelé distant de deux lieues en* d'Urgub.

^Pour suivre le développement de tte génération de cônes, il fout partir milieu de la ville même, près de "'endroit que l'on appelle le Château, en voit plusieurs qui se trouvent s les uns dans les autres, et ayant base commune et des sommets qui vent à différentes hauteurs. Près „ l'église grecque, monument moderne §t d'une grande importance, dont la Construction est due aux efforts de la annulation chrétienne, il y en a plu»

■fleurs qui s'élèvent presque à la hauîfear du toit. Ici la couleur des terrains lire sur le rose, et les cônes vont toufsnrs en grandissant à mesure qu'on •fféloigne de la ville. Chacun d'eux re- 'fêle un tombeau ; mais il y en a qui *s*ut percés de plusieurs cellules pla- ••écs verticalement les unes au-dessus lé* autres et communiquant par des (faits; il semble que ces sortes de constoctions ne sont pas seulement destinées à la sépulture dés morts, mais | que des rites religieux ,. des eérémo- | nies d'initiation devaient se pratiquer 1 dans ces curieuses habitations.

Les eba pelles de Keurémé, éloignées du séjour des humains , ont échoppé aux transformations qu'ont subies celles

de la ville. La voéte de l'une d'elles représente le Christ peint plus grand

C nature ; il est assis sur un trône t te dossier a la forme d'une lyre, et il semble soutenu en l'air par deux déoaane , Vnw <peint en ronge l'antre en vert. Les animaux symboliques des évaugétistea occupent les coins du tableau. Des figures de saints, portant tous des nimbes de couleur blanche, décorent les tympans des arcades, et les intrados sont également ornés de grandes figures de personnages religieux.

Une très-petite chapelle, située dans ta des cônes d'un accès difficile, est taillée en forme de croix grecque. L'abatoe forme une niohe demi-circulaire , au milieu de laquelle se trouve un autel qui est d'une seule pièce avec le reste de l'édifiée. La voûte hémisphérique 'qui couronne la niche est décorée or un buste colossal du Christ, dans l'attitude d'un personnage qui donne la bénédiction. On voit sur la muraille un tableau qui représente la Vierge assise avec l'Enfant Jésus sur ses genoux , et entourée d'anges qui paraissent veiller sur lui. Les autres peintures représentent des martyrs et des saints qui portent des costumes bizarres et pittoresques. Généralement leurs noms sont inscrits en colonnes verticales, selon l'usage byzantin.

Contemplée du sommet d'une de ces pyramides , la vallée du Keurémé fait bien comprendre le système de formation. 11 est évident qu'à une époque reculée, tout ce plateau était parfaitement uni , et qu'il n a été creusé que par l'action incessante des eaux et des neiges fondues.

Un autre embranchement de ces vallées porte le nom de Martchiane. Ici , les cônes sont plus aigus et beaucoup plus serrés ; les tombeaux qu'ils renferment ont des façades plus élégantes, et on en remarque un qui représente le portique d'un temple avec quatre colonnes ornées d'un fronton. Le village, composé d'une trentaine de maisons , est bâti snr une coulée de laves basaltiques , qui indique le terme du terrain ponceux. En montant sur le plateau, j'aperçus au loin une colonne debout ; je m'y transportai, espérant trouvej

UUIOTERS.

enfln quelques iascriptions qui me feraient reconnaître les premiers fondateurs de ces monuments, qui, certes, sont pour la plupart antérieurs à l'époque byzantine.

Cette colonne est appelée dans le pays , Dikili tash , c'est-à-dire la pierre debout; elle est formée de blocs de pierre volcanique et porte un chapiteau dorique d'assez bon style. Ce monument est sépulcral comme tous ceux de la vallée d'Urgub, mais il est attenant au tombeau le plus vaste et le plus complet que l'aie observé dans les environs. Le style égyptien domine dans les dispositions du plan. Devant le tombeau est une aréa, dans laquelle on voit, à droite et à gauche, deux masses ou blocs monolithes qui paraissent disposés pour supporter des colonnes ou des obélisques ; mais la parue supérieure est tellement ruinée par l'action des eaux , qu"il est difficile de reconnaître la disposition première.

La façade du tombeau est ornée de deux colonnes dans le style égyptien , et de deux pilastres portant des chapiteaux dans le même caractère. La porte est en forme de pylône , et l'intérieur renferme trois sarcophages, placés chacun dans une grande niche; mais le tout est monolithe. Il n'y a pas de traces de peinture dans le tombeau.

Tous les ornements peints que j'ai observés ailleurs ne remontent pas audelà des temps chrétiens.

Les seules précautions qu'avaient prises, les anciens pour mettre ce tombeau à l'abri des outrages des passants, avaient été de le tailler à une assez

Î;rande hauteur dans le flanc de la coline ; mais on ne voit pas de traces de clôture qui en défende l'approche; la porte était fermée par une simple dalle de pierre.

Il n est pas étonnant, quand on voit l'usage si généralement répandu de déposer les morts dans des hypogées, qu'à l'époque critique de la chute du paganisme, les Canpadociens aient trouvé un ample profit à dépouiller les tombeaux des vieux païens. C'est en vain que l'on chercherait à compter le nombre de ces sépultures : il n'est pas un coin des montagnes de ces vastes régions qui n'en soit criblé.

La colonne Dikili tash avait en effet porté une inscription tracée sur un petit bloc de marbre incrusté dans k fût; malheureusement, une partie de l'inscription est mutilée, et le reste est tellement fruste , qu'il m'a été impossible d'en saisir la moindre partie. En quittant le village de Martchiane, je dis pour toujours adieu à cette contrée, que je regarde comme renfermant on des phénomènes naturels les plus curie© de toute l'Asie Mineure. Je partais sans avoir trouvé une explication satisfaisante des ouvrages prodigieux que je venais de voir. A quelle ville avaient appartenu les générations dont les os sont venus se consumer dans ces lieux déserts? Césarée est trop éloignée : elle est distante de douze lieues en ligne droite; d'ailleurs, les nécropoles qui se trouvai dans les montagnes de l'est paraissent avoir pleinement satisfait aux besoins de l'époque. Pour hasarder une hypothèse sur le nom encore controw»

d'Urgub, il me semble que , d'après !es distances données d'après les itinéraires, sa position s'accorde asse* bien are celle d'Osiana, lieu, du reste, assez peu connu.

Un énorme rocher qui s'élève sur on plateau a été choisi comme point de réonion de quelques maisons qui forment un village, dont le nom est Touzesar. Ce rocher est également percé d'une infinité de grottes sépulcrales ; celle qui attire le plus l'attention est une vaste saîk ornée de colonnes doriques qui supportent la voûte ; on ne saurait dire si elle a été creusée pour en faire une éffo* ou un tombeau, la forme du plan n'accuse aucune de ces deux destinations- L'ouvrage paraît tout à fait romain; »

n'y remarque ni trace de peinture m aucun ornement particulier. La no»

jointe à cette localité dans la carte da P. Cyrille indique qu'il regardait ces ruines comme celles d'un palais (l) w carte xlu P. Cyrille éditée par eeprê* en 1812 est un monument très-rare tf très-important de géographie anriffltf Elle a été thrée à un petit nombre (TeseiD* plaires, pour les seuls souscripteurs, et il parait qu'aucun exemplaire ne *

(r) A«6uptv9éSct< ftiYpol «ai ifa**' Xattov.

roure plus en Europe ; elle était tout à lit inconnue à M. Kiepert et à M. Rilter, uxqoels j'ai eu le plaisir d'offrir l'exemtoire que j'avais reçu de l'évéque de lésarée. Ces deux célèbres géographes d ont fait usage dans leurs travaux or l'Asie Mineure (1).

Une dissertation sur cette carte a ceendant été publiée dans V Hermès, vtmai philologique^ in-8° ( en grec ), 812, page 840 sous le titre suivant :

iarte ehoroçraphique de la grande sarapted'Icomum avec les sept stratégies ppelées en turc Sandjak , qui fut d'ami rédieée en manuscrit et publiée m frais des amis.de la race grecque, ar l'évéque Cyri ^métropolitain d'Anrinople, autrefois archevêque de l'Earchie d'Iconium, éditée par Anthyme iazy, Vienne 1812, en deux grandes iuilles. L'auteur de la dissertation s'ésid longuement sur les documents noueaox de géographie ancienne donnés ar cette carte.

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