‹ Asie mineureChapitre 316 sur 428 · TYANE · texte numérisé non relu

TYANE

Malgré son titre de capitale d'au <fe* trict considérable, Tyane ne fut dans l'antiquité qu'une place forte de second ordre, que relevait à peine le culte « Jupiter Asmabéen ; aussi est-elle brie> vement mentionnée par Strabon, ça rappelle en même temps un des ouvrages attribués à Sémiramis, la èetor sée qui traversait la Cappadoce, et doat les restes apparaissent sans doute dans les marais de Kara sou. Depuis que li position de Tyane est bien déterminée, il est une foule de questions de géographie ancienne qui se trouvent résolues:

il est hors de doute aujourd'hui que la ville de Dana , citée par Xénophon, ctf identique avec Tyane, qui se trou«%j* effet, située à quatre jours de marche d'Iconium , et voisine des défilés a»

; un». Le nom de Dana lui vient, selon jTicn (1), du nom de Itioas, roi des cythes, qui eu fui le fondateur, et qui appela Thoana.

Déjà , dans son t'oyage en Asie, le .

olonel Leake avait fixé la position de yane à trois milles sud de Nigdé, près a village de Ketch hissar. La carte du ère Cyrille, quoique dénuée de toute ertitude sous le rapport de% positions, n'a jroidéd'une manière infaillible dans exploration de cette place, dont le teritoire est occupé par deux petits vilâges, l'un du nom de Klissesar ( sans bote le Keteh hissar du colonel juke ), indiquant un souvenir de raéropole ecclésiastique (2), l'autre apelé Iphtyankas , situé au centre même es raines , et dans lequel on retrouve rat le nom de Tyane. La ville occupe s versant nord d'une colline calcaire et ne partie de la vallée attenante. On e reconnaît que de faibles vestiges des ramilles et de l'acropole ; mais une 11 posante ligne d'arcades, bâties en rands Woes de pierre calcaire à bosâges . se dessine sur l'azur du ciel et ur la verdure de peupliers plantés près 'un ruisseau : c'est l'aqueduc qui allit prendre à deux milles de là les eaux *uoe source abondante, pour les porter Tyane. Il reste encore environ einoa'nte arcades debout; et Ton suit sans ktemiption la ligne des canaux jusqu'à t source ancienne. Les arches voisines e la ville sont supportées par des piedsroits qui ont de sept à huit mètres jusn'à la hauteur de l'imposte. L'ouver»

ire de l'arcade est de 8méOc, et la lar- *or des piles lm 20e. L'archivolte, Emt l'épaisseur est de 0" 60e, ne porte as de moulures, et est composée de »uf voussorrs. Une assise réglée , de ■ 50e d'épaisseur, supporte le eon- Eiit, dont la construction ne diffère i rien de celle des autres aqueducs *nnns. Les arches les plus élevées et s mieux conservées sont dans le voinage immédiat de la ville ; il y en a lelques-unes auxquelles on a adossé

(t) Péripl. Enx., p. 6.

'q) Kn Turquie, tons h* villages nommés

licé keui, Kilicé hissar, Utch kiliet,

r., ont pris ce nom d'une église monu-

cntsle.

des maison* modernes, Le chaos qui existe aux alentours, les -blocs de pierre appartenant à des édifices divers, les constructions de toutes les époques, accumulées et ruinées tour à tour, déroutent un peu les recherches de l'antiquaire pour retrouver la citerne ou le, château d'eau qui servait de réservoir antique, et nui, à ea juger par la hauteur des arches, devait être situé dans, la partie supérieure de la colline, afin que tous les quartiers de la ville pussent jouir également de la distribution de l'eau. Mais cette construction, cak, chée sans doute par des décombres, est aujourd'hui ignorée des habitants , et, à côté de l'imposante ruine coule au* jourd'huà le ruisseau, qui serpente sous des buissons d'agnus castusj l'arbre, dédié à Junon.

En suivant l'aqueduc dans la direc-.

tion du nord-est , qui est celle de la prise d'eau, la hauteur des piles diminue rapidement, et bientôt le canal seul sei* pente sur le penchant des collines rocailleuses. On le perd de temps à autre ; mais son parcours est si bien indiqué, qu'il serait possible d'en tracer la carte, sans la moindre .erreur. L'eau était fournie par une source, très-remarquable dans ces régions desséchées, qui sort du calcaire grossier, et forme un bassin de quarante ou cinquante mètres de longueur. Cette eau ne tarit jamais. On voit près du bassin quelques fragments taillés, qui peuvent avoir appartenu à un Nymphée, et, aujourd'hui ils servent à former une digue pour exhausser le niveau des eaux. .

Je n'ai pas visité les grottes sépulcrales situées à quelque distance de cette source, sur la route de Box. Tant de monuments de ce genre m'avaient passé sous les yeux, qu'il fallait un motif impérieux pour me décider à entreprendre une excursion dans ce but, et, d'après les renseignements que l'on me donna , elles ne doivent présenter aucune particularité qui n'ait été observée dans les autres grottes. J'ai cependant regretté de ne pas être en mesure de faire cette excursion, pour m'assurer si elles sont , en effet, taillées dans de la roche calcaire. Nul habitant ne fut en état de me le dire, et M. Harailton. qui les visita plus tard ,

L'UNIVERS

se tait à ce sujet. Pai lieu de supposer que les grottes voisines de Tyane sont, comme toutes celles de cappadoce, taillées dans le tuf volcanique , et je ne pense pas que jamais ce peuple ait dérogé a une méthode si antique. Ré* ciproquement , dans les contrées où l'usage fut de consacrer les rochers calcaires à recevoir les sépultures , comme dans la province d'Amasie et dans la Lycie, toutes les roches d'une nature différente sont toujours restées sans emploi. Il est vrai que dans le Taurus et dans l'Olgassus, a côté du calcaire, on ne trouve que de la serpentine et des schistes d'un travail plus ou moins difficile.

Parmi les débris de monuments dont est couvert le sol de l'ancienne ville , on ne reconnaît aucun fragment de roches volcaniques; mais les variétés de calcaire y sont nombreuses. J'ai observé, 1° un marbre blanc cristallin et d'une qualité médiocre, dont les carrières sont situées au nord-est de la ville , selon la carte grecque ; 2° un calcaire compacte, blanc, sans fossiles, extrait des environs de la ville ; 3° une roche de la nature du travertin , qui a servi pour les fondations de la plupart des édifices. La carrière doit se trouver dans des vallées qu'arrosent les ruisseaux dont la ville est , pour ainsi dire, entourée ; peut-être dans la vallée de la rivière Basmadji , qui , réunie avec les eaux de la plaine , forme la petite rivière Kilidjé sou. La plupart dessources en Asie ont la vertu pétrifiante à un plus haut degré qu'en Europe ; il n'est point d'aqueduc qui n'ait été mis hors d'usage par les dépôts énormes formés par les eaux. Quelques fûts de colonnes de brèche jaunâtre sont extraits du penchant septentrional du Taurus. J'ai trouvé dans les cimetières turcs, danfe toute la route que j'ai suivie, en longeant la montagne , des blocs bruts de différents marbres colorés, parmi lesquels se fait remarquer une belle gua* lité de portor et d'autres marbres à tond noir. Le plus grand nombre des monuments de Tyane a été bâti en calcaire blanc. L'état de bouleversement dans lequel ils se trouvent ne me paraît pas dû uniquement au ravage des hommes; tous ces édifices construits sans ciment

n'auraient pas pu résister à une wcousse de tremblement de terre. Lue seule colonne est aujourd'hui debout; elle est d'ordre dorique, de 7" 1SC et hauteur, cannelée à la grecque, c'est-* dire que les cannelures sont peu évidées, et séparées par des filets trèsétroits. Le fût est composé de quatre blocs, et la colonne a une base ; un soubassement continu supporte la coJoanade, dont on retrouve de nombretn fragments dans les maisons voisines, qui empêchent de reconnaître la rooindr? partie au plan de l'édifice.

Il reste cependant chez les habitants une tradition qui attribue à ces pierre la vertu merveilleuse de guérir de la fièvre (l).

Les autres édifices ne présentent qe'u monceau de décombres ; mais le pet de fragments sculptés que l'on reneootn prouve que l'ornementation des édifka était soumise à des règles sévères q»

rappellent le style grec. En effet , noe> apprenons par Philostrate que la postlatton de Tyane était composée de Grecs. L'on sait peu de chose de l'histoire ë cette ville ; elle suivit le sort du reste ée la Cappadoce.

Le temple de Jupiter, surnoms* Ainasbéen , du nom d'un petit lac <*â en était proche, lui valut une certa»

célébrité, comme centre d'un culte assez répandu. Mais ce fut sous le règne d'Hadrien qu'elle acquit le plus hast degré d'illustration, par la naissances* l'habile jongleur Apollonius, dont l'es»

Frit pénétrant avait compris quel parti on peut tirer de cette passion du merveilleux qui est toujours le côté taillant du caractère asiatique. Combien d'hommes dans ces contrées ont aeqou un pouvoir non moins extrsordinave, et auxquels il n'a manqué qu'un htsftv rien comme Philostrate pour jouir d*ss* égale célébrité!

Lors des troubles suscités par les trente tyrans, Tyane tomba au pettfùr de la reine Zénobie. Reprise qu#tsst temps après par AuréKen, eHe fut wmm au pillage, mais conserva néanmoins te titre de colonie romaine, et celui <TEusébia du Taurus, dû, sans doute, sa culte de Jupiter.

(f) Voyez page a83.

Les géographes modernes attachaient une grande importance à la détermioatien du site de Tyane, qui, se troutant au point de jonction de plusieurs routes, aidait à fixer la position de plusieurs autres villes moins connues. On commentait principalement le texte de Strabon, qui la plaçait au pied du Taurus, tout en faisant remarquer que les tilles de Castabala et de Cybistra, situées sur la route des Portes de Cilicie, étaient plus proches de la montagne.

La distance de Tyane à Cybistra, ville encore mal connue , était de trois cents stades ou sept milles et demi. La carte dePeutinger donne de Mazaca à Tyane sue distance beaucoup trop courte; aussi Jusqu'à Tannée 1812 les géographes hésitèrent entre les villes de Kara bissar, Nigdé et d'autres points moins importants, lorsque la carte de Cappadoce leva toute incertitude. Cela prouve combien cette capitale déchut du rang quelle occupait dans la contrée, car H D'en est fait aucune mention dans toute la période des croisades et dans les guerres des émirs. Il est vrai que Nisdé, qui n'en est pas éloignée , avait réuni un centre de population assez considérable. Tyane avait pourtant, dans la période byzantine , acquis en quelque sorte une importance plus grande que dans l'antiquité, puisqu'elle était devenue métropole ecclésiastique (1). D'après l'Itinéraire dAntonin% Archélaïs était éloignée de Tyane de soixantequinze milles. Cette distance s'accorde bien avec celle de Kara hissar à Iphtvankas.

U position de Cibystra est indiquée par un voyageur allemand au village de fomaktclii, sur la route de Césarée au KulckBo^haz(les Portes de Cilicie). Il en est souvent fait mention dans les Lettres de Cicéron. C'est à Cibystra qu'il avait établi son quartier général tour protéger la Cappadoce contre les Arméniens, qui se soulevaient en faveur les Parthes. Voulant en même temps kre en mesure de défendre la Cilicie, m cas d'une attaque imprévue, il resta |uinze jours à Cibystra, et s'avança vers e mont Amanus pour attaquer l'ennemi

(i) Gréa;. NtxM Ep. 33, Oraf. XX, p. 355.

et purger la contrée des voleurs qui l'infestaient (I).

Aux environs de Tyane il existe deux petits lacs, dont l'un est saumâtre, et dont l'autre fournit de l'eau douce. Le premier est marqué sur la carte grecque sous le nom de SdÇoXau, et distingué dans la légende par ces mots : "Aootoç fapaXtfoiç. En effet, son bassin, qui n'a pas plus de vingt mètres de diamètre, est rempli d'une eau saumâtre, qui surgit du centre en bouillonnant comme un puits artésien , et rentre dans le sol par un conduit inaperçu ; phénomène qui avait frappé les anciens, et que l'art moderne est parvenu à expliquer et à imiter. Quoique l'eau soit froide, ce bouillonnement perpétuel, ainsi que l'émission des globules gazeux, lui donnent l'apparence d'une eau chaude. Il est très-probable que ce lac était attenant au territoire au temple de Jupiter Amasbéen cité par Philostrate (2) et par Amroien Marcellin(3). «Près du temple de Jupiter Amasbéen, dit cet auteur, il y a un petit lac dont les eaux, quelque

§ "ondées qu'elles soient, s'absorbent 'elles-mêmes, sans jamais passer les bords. » Strabon , dans la description d'un lac qui a des propriétés identiquement semblables, ne mentionne pas la ville de Tyane, et dit que le Jupiter adoré dans le voisinage portait le surnom de Dacius.

Page 1