‹ Asie mineureChapitre 325 sur 428 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ITINisAIBB BB SIS A MÀBASCH ANTIOCHIA AD TAUBUM.

Le Pyramus, oui traverse la plaine de Sis, descend du Taurus par une grande vallée nord et sud. Il n'y a aucune route tracée dan* la montagne ; les caravanes se frayent des. sentiers sur la pente des vallées , l'administration des postes ne fonctionne fias dans le pays ; on prend des chevaux chez les paysans, Sur le pied de deux piastres par heure de marche, Ces réquisitions, qui se font en vertu d'un fernian de route, sont extrêmement désagréables aux habitants- La route suit la vallée du Pyramus jusqu'à sa source près du camp de Sa mou r bey chef des Turcomans, Ce pays était autrefois gouverné par le bey Cozao Oglou qui défendait contre lbrlihim pacha les défilés du Taurus, Samour bey, paren du premier, livra par une trahison largement récompensée Cozan O^lou entre les mains d'Ibrahim, à condition qu'on Lui assurerait le gouvernement de ees montagnes. C'est chez ce bev que nous devions faire notre première halte. Le pacha d1 Ad an a avait insisté pour que nous prissions une escorte : on nous donna une demi -douzaine de Cretois irréguliVrs qui égayaient la route en tu rant force coups de fusils.

Les montagnes outre Sis et Hadjinn présentent les sites les ptùs grandioses,

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le Py rainus, qui n'est encore qu'un ruisseau , tombe en cascades du haut des rochers. Les montagnes Bout couronnées île forêts de cèdres et de pins; elles offrent aux nomades 1rs plus riantes retraites pendant les chaleurs de Pété. Le r;uMp ou yacla de Samour bey est situé sur un des plateaux élevés du Taurus, immédiatement au-dessus des sources du fleuve; il se compose d'un village rustique avec des cabanes faites de troncs d'arbres. La demeure du bey ne se distingue pas des autres, mais il y a dans les pâturages de nombreux troupeaux de bestiaux et de chevaux , c'est la richesse de ces montagnards. Samour bey (1) était un homme obèse et de manières très-douces; rien ne trahissait dans son extérieur un caractère astucieux. Il nous fournit tout ce qu'il fallait pour ravitailler notre caravane, renouvela notre escorte ou plutôt nos guides, et nous partîmes pour Hadjjnn.

Le yaëla de Samour bey est situé sur la ligne de partage des fleuves Sihoun, le Sarus et Djihoun le Pyramus ; la route de Hadjinn, si Ton peut donner ce nom à des sentiers à peine tracés , continue de monter le col qui sépare les deux bassins ; les montagnes sont mieux boisées, et peuplées de tribus turcomanes.

En descendant sur le revers nord on arrive dans une vallée où coule une rivière rapide ; c'est le Sarus, qui va se jeter à la mer au-dessous d'Adana.

On passe cette rivière sur un pout formé de troncs d'arbres; les chevaux traversent à gué ; cette vallée court est et ouest, la rivière suit cette dernière direction.De beaux platanes forment en ce lieu un épais rideau de feuillage ; la pente de la montagne est couverte de pins.

La ville de Hadjinn est bâtie sur la pente de la montagne, à la naissance de ta vallée. Les voyageurs trouvent l'hospitalKé dans un 'antique monastère dé-

(>endant de celui de Sis et construit sur e versant de la vallée opposé à la ville. Ce monastère est défendu comme une forteresse, cependant les moines arméniens attestent qu'ils ne furent jamais l'objet d'aucune violence de la part des musulmans. Le supérieur du monastère porte le titre d'évéque ; les bâtiments

(i) Samour, zibeline.

sont en bon état, mais n'ont rien de caractéristique.

La ville de Hadjinn elle-même est complètement privée d'édifices publies; toutes les maisons sont de la plus grasè simplicité et couvertes en terrasse. Let pentes des montagnes voisines sont couvertes de vignobles et d'arbres à fhâ Les habitants sont presque tous Ara* niens; ils se livrent à l'industrie, sont bons forgerons et vont travailler dans les grandes villes. Ici la race arménienne se présente sous un jour toi autre qu'à Constantinople. Elle a &• nouille son caractère craintif et sait fort bien montrer le yataghan au Kurde qs voudrait imposer sa loi ; l'aspect ds Arméniens de ces montagnes ne diffère nullement de celui des f urcomans, ils s'en distinguent seulement par leur antipathie pour la vie de la tente. Le pla teau qui domine Hadjinn donne naissance à une autre rivière appelée Maghara sou, la rivière dos grottes, mu » joint au Demirdji sou, rivière des forgerons ; ce sont autant d'affluents duSarss Cette dernière vallée conduit au campement des Turcomans de Dalaf.;e'e*t en cet endroit que l'agha nous signala, i trente kilomètres au nord-ouest de si camp, de vastes ruines qu'il désigne s» le nom de Chert kalé si, sur le bordai Maghara sou. On y trouve les ruines de

{ïlusieurs châteaux , d'églises et de paais, tout porte a croire que ce sont te ruines de Comana de Cappadoce; mas les circonstances ne nous pernurat pas de les visiter. Le site de Cono* reste encore ignoré (1).

Cette ville ayant été abandonnée « bonne heure doit conserver de *f breux vestiges des monuments pu décoraient (2). Mais jusqu'ici aKN voyageur érudit et surtout en éat « lever les plans d'un édifice antique a 2 parcouru ces régions.

Le village de Dalar est compose if huttes à moitié enfoncées dans la terre et qui ne prennent de jour que par ■ porte ; les habitants ne s'y retirent <)« pendant les neiges de l'hiver.

Tous ces pays sont presque dans i> tat de nature, il n'y a aucune route tra-

(c) Karl. Ritler Erdkunde, t. IX, •* (a) Slrabon, XI, 5a i ; XII, 535.

eée, et Ton va droit devant soi par monts et par vaux. Du camp de Dalar on fait si* heures de marche jusqu'à Gœuksunn, oui par sa position aussi bieu que par l'identité deB noms remplace l'ancienne Cucusus. Cette ville ne commence à être connue que du temps des Byzantins; elle est surtout célèbre comme lieu d'exil de saint Jean Chrysostome, qui y passa trois années de sa vie, de 404 à 407. Cette sentence inique fol accomplie avec toutes les rigueurs d'une persécution religieuse ; Chrysostane avait demandé à passer le temps de son exil à Nicomédie , Eudoxie le Il transporter à Cucusus. Le vieillard dut supporter une marche pénible de soiiante-dix jours pendant les plus grandes chaleurs de l'été; il ne fut pas relégué dans la ville de Cucusus, mais il ivait la faculté d'aller jusqu'à Arabissus, aujourd'hui Àrabkir. Son absence augmenta dans la capitale la.haute estime qu'on avait pour le caractère du prélat, et quand os parcourt ces lieux, l'esprit se reporte vers cette grande époque où les pères de l'Église remplissaient leur mission divine malgré les persécutions tes plus odieuses. Si l'on veut avoir une idée de la méchanceté de l'impératrice Eudoxie, il faut se rendre compte de ce jo'était ce bourg de Cucusus : une plaine fesse entourée de montagnes argileuses a complètement dépouillées de verdure, ipe bourgade assise sur un tertre d'ar- Jile où pas un brin d'herbe ne peut ttusser. Pour compléter le tableau, nous ►lacerons ici une page de notre journal te voyage :

Notre séjour à Gœuksunn fut des plus nstes : logés dans une hutte faite de rooes d'arbres, entourés de marécages, ous ne pouvions faire un pas hors de enceinte du village, dont le sol, composé 'on amas d'immondices accumulées epuis des siècles, est aussi fangeux que « marais environnants. Nous sommes [rivés le soir (28 juin 1836), et l'agha 'avait d'autre logis à nous donner »*une cabane ou gisait un moribond, n traîna dans un coin de la cabane la itte sur laquelle il reposait, on Penura de paniers pour lui faire un apirtement à part, et Ton nous fit une pèce de litière dans l'autre coin. Mais s gémissements du malade ne nous

permettaient pas de fermer l'œil; il fallut aller de nuit réveiller l'agha, et le sommer de nous donner un autre gîte.

Le pauvre homme, précédé de son ebaouch, allait fouiller toutes les maisons ; mais chaque famille, accumulée dans la même chambre, n'avait pas un coin à nous donner. Enfin uoe heureuse idée vint à l'agha : au nom du sultan , il fit déguerpir d'un poulailler les poules et les moutons, et nous offrit leur logis. Pendant ce temps, nous étions assis au foyer de la famille ; elle occupait une seule chambre dans laquelle étaient entassés six enfants qui avaient presque tous la coqueluche ; l'aînée des filles berçait le plus jeune; la grand'mère, idiote , accroupie presque nue sur un tapis , murmurait de voir des étrangers s'installer chez elle. Enfin nous prîmes possession de notre bergerie ; mon compagnon de voyage, épuisé, passa au lit les deux jours que nous fûmes retenus à Gœuksunn faute de chevaux. Voilà le lieu où saint Chrysostome écrivit ses immortelles homélies; on peut être certain <ju'il n'était pas mieux installé que les familles turcomanes.

La plus grande difficulté que rencontrent les vovageurs qui parcourent ces régions est de trouver des chevaux. Les habitants qui en possèdent ne les prêtent qu'avec difficulté; et dans leurs changements de yaéla, ce sont les bœufs et les vaches qui servent de bêtes de somme. Ils ont aussi quelques lourdes voitures, desarabas, qui sont traînés par des bœufs, c'est le seul moyen de transport qu'on puisse employer pour les bagages. Il est curieux de voir quels chemins impossibles peuvent franchir ces chariots qui vont droit devant eux sans s'inquiéter des «rochers ni des fondrières.

La route de Gœuksunn à Marasch traverse un admirable pays, aujourd'hui presque désert, mais qui dans le moyen âge était bien gardé par de nombreux châteaux, dont les ruines diversifient le paysage : la plupart de ces châteaux sont construits par les princes arméniens.

Nous avons surtout remarqué le Tchinchin kalé, construit sur le revers oriental du Taurus. Nous ne pouvons arrêter le lecteur sur tous les lieux remarquables de cette région peu connue;

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chacun d'eux offre un souvenir ; iei nous retrouyons les traces des croisés corn», mandés par Bohémond, là ce sont les fortifications des prince* roupéniens d'Arménie, alliés des Français. Mais nous avons encore de longues étapes à faire, et notre temps est limité (1).

Le village de Gheiben est situé à l'en* trée des dallés du Taurus. D'après um remarque de M. Kiepert, ce nom est identique avec le mot arménien Gaban,.

qui signifie un défilé.

Gheiben est divisé en deux centres de population formant deux villages sépa* rés et commandés par le même agha; dans l'un résident les Turcs, l'autre est habité par les Arméniens.

La route de Gheiben à Marasch rranchit plusieurs côtes et plusieurs vallées du Taurus ; tout ce pays est bien boisé et offre de magnifiques points de vue*

mabasch.

Marasch occupe, suivant les géogra*

Çhes, remplacement d'Antioenia ad aurum ; elle est citée la sixième dans la liste des dix villes du même nom donnée par Etienne de Byzance sous le titre : Antioche de Gilioie sur le Pyra~ mus. Mais on n'y trouve aucun vestige d'antiquité. Marasch ayant été de tout temps le centre d'une population nom-* breuse et active, tous les édifices an*> ciens ont été détruits.

Sous l'empire d'Alexis, Marasch était la résidence d'un patries, dont l'autorité s'étendait jusqu'à Antioche et à Édesse* A la fin du onzième siècle elle était au pouvoir des princes arméniens,' et son territoire faisait partie de Ja. troisième Arménie. Les croisés, commandés par Godefroid de Bouillon marchant de Konieh par Érégli, s'égarèrent dans les hautes vallées du Taurus, et arrivèrent à Marasch. Les Seldjoukides s'emparèrent de cette ville en 1147, et la puissance ottomane s'y est établie depuis cette époque.

(i) Yoye* pour plus de détails notre itinéraire publié in extenso dans le livre de Karl. Ritter, Vtrgle'ichendt Erdkundé deè Halbmselinndes Klein- Aùent , Ion. IX, part. Iî, pag. 140, r5a. — Revue française , I. VJ, p. 3a;. 356.

Marasch est bâtie sur î* peole saf de l'Actyr dagh, dépendant de l'Anti«; Taurua, et arrosée par 4e nombreu cours d'eau qui sont des affluents é Pyramus. La population est de onfo six mille âmes* ooot le tiers est ceu posé d'Arméniens. Il y» £ à Mann une industrie active ; ou y fabriqua A baba, manteaux ou vestes de laine* nés de broderies d'or, pu de soie; h cotonnades teintes à l'usage des farnnu turcomanes sont aussi l'objet d'un 001 merce étendu. De beaux et riapts ra seaux ombragés de platanes traversent ville en; tous sens, efc les chutes fr sont utilisées pour faire tourna moulins construits avec . tuteUipaj Mais sous le rapport de l'art. Matai n'offre pas un seul monument dig d'être remarqué; les mosquées et qu'oli appelle -le, vieux sétaï sorti édifices de maigre apparence; les* sons particulières sont bien dispos pour un pays chaud. Uu» bassin d'I vive alimenté par un jet d'eau se um toujours au milieu du jardin eu de cour autour desquels s'ouvrent tel q parlements.

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