‹ Asie mineureChapitre 326 sur 428 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BASSIN DE L'fiUPHftATJS. — hk

Le bassin »du Pyramus estsépué celui de l'£uphrate par une ebaioe* montagnes courant de l'est M'ouati

2ui forme la frontière sud dekproni eMélitène. Après dix heures de mue on fait halte à Nadjar, viUagt âtaii fond d'une vallée, et par unéroattU aussi difficile on fait encore dix lai de marche pour arrivera PelvercM bourg habité par des Arméniens el Turcs. Hennel et Ainawosth ontju cieusement identifié cette petite « avecrancienne Pcrré, quiiétait.atwe la grande route de Gappadocee»1 sopotamie, à travevs la petit© ' Cette ville fut éptacopole; j évéque de Perré, assista, au eaneile Ghalcédoine. Il no reste à |?elver«b •§ oan vestige d'antiquité. , * I

' La jeartcd© Peu troger marque «n«^ tail la route deMëlitèneà Ssn*sate;c'«il celle que nous suivons : nous traversoat

ASIE MIHJBUKE.

es villages de Pavreleu, et, remontant a vaJIée du Gceuk son, nous arrivons iu défilé dUerkenet. Noos mentionnons «entament les villages de Surju , Buyuk falmieh, Geuzeneh et Balanieh, qui se roufeot sur la route de Malatia. Tontes » régions sont encore peu connues.

fous avons remis nos itinéraires à 1 Ritter pour les insérer dans sa carte l'Ane.

La province de Mélitène est située atre fa Cappadoce et la rive droite de 'Eaphrate ; elle est bornée au sud par la micipauté de Commagène et au sudest par la Cataonie. Les anciens raient remarqué combien la tempéraare de cette contrée différait de celle ^ la Cappadoce ; c'est qu'en effet cette leraière province forme un plateau rès-étaré , tandis que la grande vallée * l'Eophrate n'est pas dans cette rém à plus de trois cents mètres au-desm du niveau de la mer. Le pachalik le Malatia occupe aujourd'hui tout le CTritoire de l'ancienne Mélitène. Ptoléiée comprend cette province dans Arménie seconde.

MéHtènc, aujourd'hui Malatia, était la ipitale. Pline lui donne le nom de Meta, et nous apprend que cette ville fut iodée par Sémirstnrs, è peu de distance e TEophrate (1). Jusqu'au règne de rajan, Mélitène fat l'unique ville de îtte province. L'empereur y cantonna w lésion romaine, qui reçut le nom s Mélitène, et de laquelle sortirent wrante soldats qui moururent marts; leurs reliques sont encore hono- «s dans une petite église grecque aui (virons de la ville. Sous le règne de arc-Anrèle , cette même leçon , qui tit toute composée de chrétiens , onw par l'intervention divine que les tnemis fussent écrasés par la fou- « (2) ; elle prit de là le surnom de Fui* inatrix.

L'empereur Justinien , qui avait fait < pins grands efforts pour fortifier les rotières de son empire contre les atjues des Perses , changea complète*

(0 PHne, lit. VF, ch. 3.

(*) Emèbe , ffiit. ecçt,t liv, V, cb. 5.

ment l'aspect de la ville, et en fit , au dire de Procope, la sauvegarde , le boulevard et l'ornement de l'Arménie. Mais tant d'ouvrages magnifiques eurent le sort de la plupart des constructions de ce prince, aujourd'hui il n'en reste pas de vestiges. Les seuls monuments qui existent encore datent de l'ère seldjoukide, et sont presque entièrement ruinés. Malatia devint la capitale de la petite Arménie , et fut longtemps soumise aux princes arméniens, tantôt alliés, tantôt ennemis des empereurs grecs ; mais on n'y trouve aucun monument des dynasties arméniennes.

Malatia tut prise par les Arabes, lorsque, sous le règne d'Aroun-al-Rachyd , ils s'emparèrent du royaume de Pont. Reprise par l'empereur Constantin Copronyme, elle tut entièrement démantelée, et c'est de cette époque que date la destruction des monuments byzantins. Tous les habitants grecs et arméniens furent envoyés à Constante nople pour repeupler cette capitale. Vers Tan 140 de l'hégire, le calife £1- Mansour envoya son neveu Abderrhaman, fils de l'imam Ibrahim, avec soixante-dix mille hommes pour reprendre Malatia; elle retomba de nouveau entre les mains des Grecs , qui la gardèrent jusqu'à ce que les sultans d'Iconium en fissent la conquête définitive. Tous les efforts que firent les E rinces d'Orient pour établir dans ce eu une capitale n'ont pas été couronnés de succès. Si la contrée offre toutes les ressources qui peuvent être nécessaires à une population nombreuse, si des eaux abondantes portent la fertilité dans les immenses jardins qui s'étendent comme une vaste forêt au milieu de la plaine , ces avantages ne suffisent pas pour une ville frontière , dans une contrée qui a été exposée de temps immémorial aux incursions de peuplades barbares. Sous le point de vue militaire, il était impossible de choisir une position plus désavantageuse. Entourée d'une enceiute de montagnes élevées, la ville n'est défendue au nord que par la rivière de Tokma sou, guéable une partie de l'année ; mais du côté du sud , rien ne peut la garantir des attaques d'ennemis qui trouvent un refuge assuré dans les montagnes. Ces

L'UNIVERS

iuconvénients , joints à la chaleur intense qui se fait sentir dans la ville pendant 1 été , l'ont fait abandonner par ses habitants, qui préfèrent camper aux environs, au milieu des jardins.

En 1235, Malatia tomba au pouvoir des Mongols , dont le pouvoir s'élevait sur la ruine de l'empire seldjoukide. Les nombreuses églises qui se trouvaient toutes sous la juridiction du patriarche d'Antioche, et qui étaient régies par un évéque, furent livrées au pillage; le plus grand nombre fut démoli ou brûlé Cl). En 1396, le sultan Bayazid, vain* queur des princes de Karamanie , vint s^emparer de Malatia. Cette ville tomba en 1401 entre les mains de Timour.

Ce qui restait debout du château et des mosquées fut de nouveau livré aux flammes ; et lorsque le sultan Sélim Ier réunit sous le sceptre ottoman toute cette partie de l'Asie , il ne trouva plus qu'un amas de décombres qu'on ne put jamais relever au rang d'une ville.

Le voisinage des tribus kurdes nomades, qui ne reconnurent jamais le pou* voir de la Porte , fut un obstacle constant à la renaissance de la prospérité de Malatia , malgré la position avantageuse qu'elle occupait comme entrepôt, et en même temps malgré l'incroyable fertilité du territoire , si heureusement arrosé par des sources nombreuses et intarissables, qui forment le Sultan sou, l'un des affluents du Tokmasou.

Elles* prennent naissance à une lieue environ au sud de la ville , dans une vallée composée d'agglomérats calcaires et à plus de cent mètres au-dessus» du niveau de la plaine. Conduites par des canaux artistement diriges, ces eaux alimentent des jardins d'arbres fruitiers, dont la beauté et la vigueur ne démentent pas l'ancienne réputation de fertilité que ce pays possédait dès les temps les plus reculés. La vigne donne des grappes d'une grosseur presque inconnue dans les autres provinces ; était-ce avec ces raisins qu'on fabriquait le vin Monarite , mentionné par Strabon ? L'abricotier, originaire d'Arménie , se plait en ce lieu comme dans son pays natal; mais malgré la douceur de la tempéra-

(x) Abulfaradj , Hist. dynaatiarum , 3iS,

ture, l'olivier n'y réussit point; pourrait croire mie la hauteur du p au-dessus du niveau de la mer est obstacle à la reproduction de eet arfaj si les anciens ne citaient pas roiifiarj nombre des arbres fruitiers qui emh lissaient cette résidence de Sémiran C'est au milieu de ces vergers quel habitants actuels ont transporté k) demeures ; des maisons de bois etj pisé , construites avec une certaine!

gance, des mosquées rustiques, ois gées par des arbres séculaires, doof à cette ville champêtre un aspect,

filus singuliers. Lekonacdu paebu ève au milieu d'une place; les arts ont leur quartier désigné; l'aneie ville est complètement abandon pendant les trois quarts de Tannée.

Les murs, qui, selon l'usage ani»

des villes de TOrient étaient faits briques séchées au soleil, n'offrent ( que des lignes de circonvallatioo forme de tertre, sur lesquelles pot un gazon chétif. Les mosquées, ( fiées à la surveillance de quelques i tas, n'ont pas reçu la moindre répi tion depuis l'avènement du sultan tt Le caravansérai désert , les bazars fi et les maisons à demi écroulées, i abandonnés à des gardiens qui sue* bent à l'insalubrité de cette enc* dont l'atmosphère est viciée par Tac mulation d'immondices séculaire, tableau n'est pas sans intérêt pour lui qui ne considère pas seulement villes sous l'aspect monumental ,1 qui cherche encore à étudier toutes causes d'accroissement et de pi parité.

Le petit nombre de masures p « encore debout reçoit quelque* w tants pendant les grands hivers; ■ on peut prédire avec certitude quel latia cessera bientôt d'exister «otjj ville, et qu'elle aura le sort de « d'autres places que la population JJ derne a abandonnées, comme M Sultanieh, Ctesiphon et tant dauti Les jardins réunissent plusieurs grodj d'habitations, qui ont chacun un * différent, la localité porte lenorog»

rai de Harpouz , les pastèques. ,

11 est bien difficile de déterminer i chiffre d'une population si eparee^j était, pendant mou séjour, augœfl»

ta population flottante, composée i plusieurs régiments de Nizam et tuilerie, auxquels il fallait ajouter femmes et les enfants , et les innommes parasites qui accompagnent les lées turques; aussi je ne crois pas

rr en la portant a 80,000 âmes, chrétiens forment à peu près le s de la population totale ; ils sont léraJement Je la communion armé-

; on peut en porter le nombre à ou 1,200 famines, qui sont sous vidietion de l'évéque arménien de rée. Les familles grecques habitent eulièrement le village de Hordeuz, a on quart de lieue de la ville. On onire une église très-révérée dans •ys, où sont conservées, dit-on, reliques des quarante martyrs. Mais Bription que j'ai lue sur la porte ne Brme pas cette tradition. Saint Eue, dont il est question, n'a pas aptenu à cette légion célèbre.

-647* (I), indiction première, au moii de i«t été trouvées les reliques Ue saint Euh, ton église a été renouvelée par les soins ■Kopolitain Solomon.

frtEudoxe, porté au martyrologe t saint Romuluff, également martyr b foi à Mélîtène, était chef d'une ■n sous l'empereur Trajan Dèce. 11 envoyé en Gaule ; sommé de sacrifier • idoles, il s'y refusa avec tous ses ■te, qui étaient également chrétiens, toyéen cantonnement à Mélitène, irvint à convertir Romulus, chemin de l'empereur, qui le premier ht dénonce. Maximien ayant été damé empereur, ordonna a tous les consuls de faire périr les chrétiens refuseraient de sacrifier. Eudoxe M persisté à rester fidèle a sa foi , » tète tranchée , après avoir été livré ! tortures. On croit qu'il a été mis à Rie 6 septembre 252 de J. C.

I* nom barbare de Hordeuz , qui n'a ta signification dans la langue lue, cache sans doute la station dé- J& sous le nom de Ad- Aras , dans Béraire d'Antonio; elle était, en *}»; peu éloignée de Mélitène.

1 Mélitène a fourni un grand nombre •} saints au martyrologe , outre ceux

WWdeJ.C.

de la légion fulmina trix. Saint Polyeucte, qui passe pour le premier martyr de l'Arménie , y fut mis à mort en 257. C'est le lieu de naissance de saint Mélèce dit le Grand, qui était évéque d'Antioche au quatrième siècle, et de saint Euthyme, archimandrite en Palestine ; il eut la conduite de tous les monastères de la ville et du diocèse de Mélitène , sous les évéques Acace et Synade, qui avaient été ses maîtres. Les églises et les monastères étaient construits avec une grande simplicité. La plupart de ces monuments sont aujourd'hui détruits.

Depuis la ville jusqu'à la rivière , le terrain s'abaisse par une pente continue, et forme une vallée très-large et de peu de profondeur, au milieu de laquelle les eaux du Tokma sou circulent avec un cours très-lent. Les eaux, précipitées des vallées supérieures et arrêtées a leur confluent par le cours rapide, de PEuphrate , s'accumulent dans cette plaine, et forment des marécages, qui contritribuent à l'insalubrité de la ville. On passe le Tokma sou sur un pont de pierre appelé Kirk gheuz (le pont aux quarante yeux), dénomination appliquée en Asie à tous les ponts qui ont un certain nombre d'arches. Une chaussée de pierre, en très-mauvais état, est établie entre la tête du pont et le terrain qui ne peut être atteint par les inondations : cette route, qui suit la direction du nord au sud , traverse la Mélitène, et conduit, à travers l'Arménie , dans le royaume de Pont.

Après avoir traversé la plaine de Malaria , le Tokma sou a encore un cours de deux lieues, et va se joindre à l'Euphrate. Une montagne conique et dépouillée de verdure indique au delà de l'Euphrate le point de réunion.

Il n'est pas plus facile de déterminer la limite nord de la province de Mélitène ; pour aller chercher ses frontières natuturelles nous devons nous transporter jusqu'au Gozdouk sou, qui coule au delà d'Arabkir. Cette ville, une des plus importantes de la contrée, se trouve aujourd'hui dans la même position que Malatia , c'est-à-dire que les habitants sont venus, d'un commun accord, s'établir au milieu des jardins plantés dans une large vallée qui s'étend entre deux

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L'UNIVERS

pies volcaniques d'une hauteur considérable. La population se compose d'Arméniens et de Turcç en nombre à peu près égal; les chrétiens se livrent au commerce de caravanes, et ont l'habitude d'énngrçr à Gonstantinople ; une autre partie exerce l'industrie de teinturiers, ou de fabricant» d'étoffée de coton. .; -, ,, , „, •„, ,t „

La présence de ces volcans au milieu de terrains généralement calcaires , et q une hauteur de plus de 1800 mètres au-dessus du niveau de la mer, paraît d'autant plus remarquable, que les laves qu'ils ont épanchées ont un caractère extrêmement récent; on y trouve des coulées de l^ve npire et ferrugineuse^ il y en a qui sont recouvertes par une épaisse couche de.seorjes mélangées de cendres , comme on en voit de nos jours au Vésuve, Ces terrains sont d'une ferti-r lité extrême ♦ qui est, entretenu* par l'abondance des 4*u*. et l'humilié permanente, d'un terrain toujours couvert d'ombrage. „ . -,

La vilie d'Ar^iblwi d'après l'Itinéraire d'Antonin^, peut-être identifiée, comme position, avec l'ancienne Dascusa(t); mais il faut avoue^que |es lieux intermédiaires nommés dans cet itinéraire (2), excepté la ville de Sétaste .sont encore à peu près tous inconnus» C'est en Vain que l'on chercherait dops Arabkir queln ques monuments historiques; il nvy a pas même une mosquée , puisque la po-> pulation fixe de ce lieu n'est pas installée depuis plus de quinze ans; nous savons d'ailleurs que dans la Cappadoce on ne trouve pas d'autres antiquités que des grottes taillées dans le rocher.

1> Gozdouk sou 4 qui prend le nom d'un petit village bâti sur sa rive , coule dans une vallée très-étroite et dont les flancs sont presque verticaux ; il reçoit, avant de se jeter dans l'Eu pb rate, une autre petite rivière appelée Mira» tchaï. L'Euphraie en ce point décrit une vaste courbe vers le sud, et ne reçoit point d'autre affluent qui mérite ce nom* jusqu'au Tokma sou.

(r) litr a Nicopoli Araètsso, M. P. XX. Weiseliilg* t.

' (a) Voyez les Itinéraires anciens, par le marquis de Fortia d'Urban, in- 4% au mot Patenta,

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