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CHAPITRE XIV

VILLES DU PORT POLBMOHUQOI TOCÀT. — GtJMENEK. — COMAS!-

Les géographes qui ont identifié U ville moderne de Tocat avec l'aneies* Comana Pontica, d'après les distant»

données par les itinéraires, n'ont pour ainsi dire commis aucune erreur, car les ruines de cette antique cité se reconnaissent au village de Geumewà situé à six kilomètres à Test de Toc* on peut même y retrouver les vestigade l'ancien nom de Comana. Cette ville £ située sur le fleuve Iris, aujourd'hui Tocat sou, ou, pour mieux dire, YecbU irmak , le fleuve vert, nom donné à rim dans l'ensemble de son parcours (0:

On aperçoit au bord de la rivwe quelques débris de ruines helléniques, des fragments d'architecture et ta frises de marbre enclavées dans les murailles des maisons, un édifice pas considérable bâti de briques et de moellons s'élève au-dessus des autres twa et est composé ,d'un certain nombre * salles voûtées. Cet édifice paraît ftrt d'une époque assez récente. Au pieddib colline est un pont romain dont le milieu est rompu et réparé avec des solives, les

(1) Voy. Kerporter, Drareb, «i i , 701, frcocke, Voyages,

arcs des culées sont encore en bon état, c'est tout ce qui reste de ce célèbre sanctuaire de Comana; mais sa position est bien indiquée par Strabon comme étant au-dessus de la plaine de Phanarœa dans la fertile plaine arrosée par riris.

A un kilomètre et demi à l'ouest de Guemenek est un énorme bloc de marbre cubant environ deux mètres qui parait détaché de la montagne voisine et a été excavé pour en faire un doubJf tombeau. La façade représente h grossière image d'un temple : il a été décrit rapidement par Tavernier et plus en détail par M. Hamilton (1); un dessin pourrait seul faire connaître à quelle époque il appartient ; les chrétiens du pays disent qu'il servit de retraite à saint Chrysostome. Les collines voisines sont composées de pierre calcaire comme toute cette chaîne centrale.

On passe l'Iris et l'on franchit un col pour gagner la vallée dans laquelle est située Tocat

Il n'y a pas de ville plus extraordinaire s'écriait Pococke, lorsque pour la première fois il aperçut Tocat. Ses maisons couvertes en tuiles dans un pays où toutes les toitures sont en terrasses lui tonnent de loin l'aspect d'une ville européenne.

Deux hautes montagnes couronnées «r d'antiques châteaux donnent au proil du paysage un aspect étrange : la Me s'étend sur la croupe de ces rohers et dans la vallée qui les sépare; Mites les maisons sont bâties en briues crues, mélange de terre et de paille achée, sur un terrain où la pierre callire abonde ^n'est-ce pas une preuve de us que les habitants se conforment à i usage établi dans ces contrées de ute antiquité, mais c'est là que se bor- «t les avantages de Tocat ; entrez dans ville , vous voyez un dédale de rues roites et mal tenues; quelques mosées avec leurs minarets sont les seuls ifices qui attirent les regards ; les deux Iteaux qui couronnent les montagnes it du moyen âge et complètement indonnés.

^a fondation de Tocat ne remonte pas delà du moyen âge : les Arméniens

i) Hamilton, t i , p. 35o.

lui donnaient le nom de Jevtogia ou Eudoxia. Les chrétiens avaient abandonné l'antique Comana, célèbre par un culte qui leur était odieux ; de tous les dieux du paganisme la divinité de Vénus était celle qui était le plus en horreur aux chrétiens à cause des cérémonies licencieuses dont elle était l'objet (1).

Les Pères de l'Église, etsurtout Eusèhe, prêchaient dans leurs écrits la destruction de ces sanctuaires mal famés, et Comana passait pour une petite Coriuthe. Il n'est pas étonnant que les chrétiens aient abandonné cette ville maudite pour aller s'établir dans un lieu vierge de traditions païenues. Tocat, comme nous l'avons dit, est à une trèspetite distance de Comana *. il est probable que les matériaux des édifices antiques ont servi à bâtir la ville nouvelle. Dans les premiers temps de l'empire byzantin elle paraît avoir conservé son nom primitif, caries notices ecclésiastiques mentionnent Comana comme un siège épiscopal.

Tocat est le grand entrepôt des mines de cuivre deKeban Maden : le métal est transporté brut dans cette ville pour être raffiné ; un grand nombre d'habitants se livrent à la fabrication des ustensiles de cuivre, chaudrons, braseros et vases de cuisine et de caravane : ils exportent jusqu'à Constantinople.

Au nord-est de la ville il y a un pont de cinq arches jeté sur l'Iris , mais il est rare qu'on en fasse usage, la rivière est toujours guéable, excepté dans les grandes pluies d'hiver. Dans toute cette vallée de l'Iris, dont saint Basile a fait un si riant tableau, l'abondance des eaux entretient une fertilité admirable. Les arbres fruitiers, qui se trouvent là dans leur pays natal, les abricots, les pêches et surtout les poires, embellissent des jardins qui ferment un magnifique cadre à la ville. Les raisins de toute sorte abondent, mais la fabrication du vin laisse beaucoup à désirer. Il est douteux qu'il ait satisfait le palais des voluptueux habitants de l'antique Comana.

(i) Strabon, XII, 55g.

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