CHAPITRE XVI
AMASIE.
Amaste est une des plus anciennes villes du royaume de Pont;. elle appartint d'abord à la Ceppadoce, et formait une partie de la troisième satrapie sous Darius Hystaspe. Les anciens auteurs ne nous donnent aucun détail sur son origine, elle devint capitale d'un royaume à la chute de l'empire de Perse.
Les princes de la dynastie de Mithridate Ctistès y faisaient leur résidence; elle subit le sort commun à toutes les villes de la contrée lorsque les Romains déclarèrent à Mithridate Eupator une guerre sans merci ; elle tomba entre les mains de Pompée qui rasa les murailles de l'Acropole en même temps qu'il faisait détruire tous les forts que ce prince avait fait construire sur les rochers les plus inaecessibles. Lorsque le Pont fut réduit en province , Amasiene perdit pas son titre de capitale de Pont; elle porta sur ses monnaies le titre de métropole. Grâce à son heureuse situation comme place de transit et à la fertilité de son territoire, elle ne cessa de jouir d'une certaine prospérité, tandis que toutes les
LUMVERS.
autres places fortes étaient abandonnées et leur nom oublié. Sous les Comnènes de Trébizonde, Amasie devint une des principales villes de ce royaume , et comme telle fut en butte aux premières attaques des émirs musulmans ; elle fut arrachée aux Grecs par les princes de la dynastie de Danischmend qui la donnèrent ensuite aux Seldjoukides. Le sultan Ala Eddyn Keï Kobad, qui la possédait au commencement du treizième siècle, y fit construire des mosquées et des écoles qui sont encore l'ornement de la ville. A la chute du pouvoir des Seldjoukides, Amasie tomba sous celui des Osmanlis; sous le règne du sultan Bayazid, cette ville fut assiégée par Timour, alors vainqueur du sultan des Turcs , la citadelle résista pendant sept mois, mais le pays d'alentour fut ravagé, les habitants des campagnes massacrés.
Ce n'est pas la dernière attaque sérieuse que cette ville ait eu à repousser; en 1472, l'armée de Uzun Hassan, schah de Perse, s'était emparée de Tocat, et s'avançait sur Amasie, lorsque Mustapha, fils de Mahomet II, qui commandait la place, marcha contre l'armée persane, et la mit en déroute dans les plaines de la Cappadoce. Sélim Ier, sultan des Turcs, naquit à Amasie, et fonda des écoles d'où sortirent plusieurs savants.
Aujourd'hui , comme place de transit entre la Perse et les ports de la Mer Noire, cette ville jouit encore d'une certaine prospérité, son climat est un des plus sains et des plus agréables de la contrée.
De toutes les descriptions du site d'Amasie, c'est toujours celle de Strabon qui est la plus complète et la plus intelligible. On peut entrer dans quelques détails sur les ruines qui existent encore, mais elles sont muettes pour l'archéologue; le caractère simple et sévère de ces monuments ne porte avec lui le cachet d'aucune époque déterminée; il n'y a pas un seul ornement, pas une moulure qui permette d'établir une base de comparaison. On répète avec Strabon « ce sont les tombeaux des rois », mais de quels princes? est-ce la dynastie des rois de Pont, qui a duré depuis l'an 306 jusqu'en l'an 64 avant notre ère? Dans les monuments qui subsistent, on ne saurait dire quel est le
plus ancien, encore moins à quel personnage il a été consacré : un seul porte une inscription ; c'est le tombeau d'un grand prêtre, peut-être d'un de ces pontifes qui exerçaient un pouvoir égal à celui des rois.
Dans l'impossibilité où l'on est d'établir un ordre chronologique dans la monuments d'Amasie, nous nous bornerons à leur description matérielle, en maintenant cet aveu de l'impuissaoce où l'on est aujourd'hui de dire si ces monuments sont antérieurs ou postérieurs au siècle d'Alexandre.
Amasie est située dans une vallée longue et profonde , traversée par Tlrâ. Une montagne à double sommet, qui domine le cours du fleuve, est couronnée par une Acropole à laquelle viennent « rattacher les murailles d'enceinte ; elle descendent dans la vallée, suivent )i contour de l'Iris, et remontent la pente do la montagne pour aller se rattacha* au second sommet; de distance en distance elles sont défendues par destoure.
L'enceinte de la ville comprend les palais et les tombeaux des rois. Les detx sommets ont.de chaque côté une gorce fort étroite, et, dit Strabon, haute * six ou sept stades, soit onze à treize cents mètres , par laquelle on monte en venant des bords du fleuve et des faubourgs de la ville. De cette gorge iw sommets reste encore uu stade , cent quatre-vingt-cinq mètres à monter, par un chemin si roioe qu'il est imposa* à aucune force de le franchir.
L'eau est portée dans la ville par deix conduits taillés dans le roc : le preaù» le long du fleuve , le second dans le defilé.Le fleuve est traversé par deux ponts, l'un conduit de la ville au faubourg; l'autre du faubourg dans la campagne.
C'est à ce pont que finit la montagne située au-dessus de la Roche (1).