CHAPITRE XXII
EUYUK. — PALAIS M^DE.
La capitale des Ptériens oubliée depuis tant de siècles n'est pas le seul souvenir du séjour des Mèdes en Asie Mineure ; les recherches de M. Hainilton ont fait connaître dans le voisinage de cette ville au village d'Euyuk un monument qui date de l'empire de Déjocès et dont les sculptures forment, au point de vue de l'histoire de l'art, un complément précieux du bas-relief de Ptérium.
Euyuk est un village turc situé à vingt kilomètres au nord de Bogbaz keui dans le bassin du Tchoterlek sou, le fleuve Scylax,undes affluents de 11ris. Ce village bâti sur une éminence occupe l'emplacement d'un antique édifice dont l'entrée s'annonce par deux colosses adossés à des pilastres et formant l'entrée du monument.
Les murs, qui forment une terrasse carrée, sont composés de blocs énormes.
Il n'a été publié aucun plan de cet édifice, mais les descriptions qui en ont été données suffisent pour faire reconnaître que ce monument n'est autre chose qu'un vaste palais qui peut être comparé à celui de Persépolis.
Une grande terrasse carrée s'élevait dans la plaine, le soubassement était , sur la façade, orné de sculptures re-
S résentant des joueurs d'instruments, es prêtres vêtus de longues robes, des béliers et un taureau menés au sacrifice, c'est-à-dire une procession dans le genre de celle qui orne le grand esca-
haben hier selbst cine Personifikation der soitiienûnsteriitss vor uns. » — Voyez plus haut page 241 les observations sur Péclipse de soleil et page 41 1 col. 1 sur les questions de critique,
lier de Persépolis. Les piliersdela porte sont décorés de deux sphinx en relief qui ont le caractère tout à fait égyptien. Sur le revers du pilier est sculpté oo aigle à deux têtes, symbole qui rattache comme style et comme époque le palais d'Euyuk aux bas-reliefs de Ptérium; m d'autres termes ce palais est très-probablement une résidence royale coron* les princes d'Orient en faisaient eo& truire dans ces parcs ou paradis si so* vent décrits par Xénophon, Hérodote et d'autres auteurs. La question desavoir à quel peuple on doit ces constructions, se résout d'elle-même quand 00 sut que la Ptérie était une province de l'empire des Mèdes. II faut supprimer les faits dont le souvenir est consent par Hérodote , ou admettre que k$ souverains d'Ecbatane ont dû zm dans les contrées frontières de ta empire des palais où habitaient kon représentants : surtout dans le voisin»
d'une capitale comme Ptérium; on a doit pas non plus s'étonner de voir de souvenirs de l'Egypte renaître dans es constructions, les conquêtes de Sesoste avaient porté dans ce pays les coutume égyptiennes, et vingt-cinq siècles ara* notre ère, l'Egypte avait envoyédes* lonies sur le Pont-Euxin. Les Colcte pratiquaient la eirconsion, ils avajeuf
fuis cette coutume des Égyptiens, <p 'avaient également répandue chez les Syriens habitant sur les rives du Ta* modem et du Parthénius (!)■ Trop « souvenirs de l'Egypte restaient ewe* dans les contrées de la Cappada** du Pont au huitième et dixième «* avant notre ère, pour que rong* s'étonner de trouver chez les a** de ces temps reculés, des souvea*** arts de l'Egypte. Le royaume des»»
a commencé sept cent dix ans *»
J.-C. (3); il s'était établi un con»em incessant entre les nations dusw * celles de la mer Noire ; il n'en mw plus pour que les mêmes idées seso*© propagées dans les deux régions.
Nous avons déjà cité, entre »** monuments qui portent le caracte* égyptien, le tombeau de D&il» ***'
(1) Hcrodûle, II, 104. Voy. H"* M' page 3 80.
(») Frerel, Mémoires.
près <FUrgub. Un tombeau du même style a été observé par Hamillon près d'Abdja, au 6ud-est d'Euyuk, et à huit heures de marche au nord de Youzsatt. Un portique soutenu par trois colonnes d'ordre dorique, courtes et massives , donne accès à une chambre sépulcrale taillée dans le roc ; le style de cette architecture rappelle plutôt les monuments égyptiens que ceux de la Grèce.
VILLES DBS GALATES.
Kiangari , l'ancienne Gangra, est située au pied du mont Olgassus, elle appartint à la Paphlagonie, puis au royaume de Pont et ensuite à laGalatie. Le roi Déjotare y faisait sa résidence. Selon Etienne de Byzance le nom deGangra, qui en langue paphlagonienne signifie une chèvre, a été donne à cette ▼die à cause des nombreux troupeaux de chèvres oui se trouvaient dans le pays. Ces animaux se plaisent toujours dans cette contrée agreste, qui est à plus de huit cents mètres au-dessus du ni veau de la mer.
La moderne Kiangari est principalement peuplée par les Turcy, sur une population de seize mille âmes, il n'y a pas plus de quarante familles grecques, la ville ne renferme aucun édifice remarquable et cette ancienne ville royale n'a conservé aucun vestige appréciable des palais du roigalate.
Gangra fut assiégée et prise par Jean Comnène, qui venait de reconquérir Castamouni, ville natale des Comnènes, tombée au pouvoir d'un émir persan.
La ville de Castamouni est située dans la vallée du Kara sou ; l'un des affluents de l'Halys. Son nom ne se trouve mentionné par aucun auteur ancien; elle ne commence à être connue dans l'histoire qu'à la fin du onzième siècle. Un rocher élevé qui domine la ville est couronné par un château byzantin dont on ittribue la fondation aux Comnènes.
Castamouni compte plusieurs mosquées emarquables par leur architecture légère et capricieuse , et qui datent de 'époque des Selioukides. Les Turconans, commandés par l'émir Danis»
oend, restèrent maîtres du château; la ille tomba ensuite au pouvoir de Baya-
zid, et demeura depuis ce temps incorporée aux domaines du sultan.
Les habitants se partagent deux sortes d'industrie , ils sont tisserands, et travaillent le cuivre avec une certaine habileté: ce sont les chaudronniers de Castamouni qui envoient à Constantinople les ustensiles de ménage en cuivre, tels que mangals, espèce de braseros , séfer tass, écueïles de vovage, et une grande quantité de ces bouilloires connues en Europe sous le nom de cafetières du Levant.
La population s'élève à plus de quarante mille habitants.
Bloucium, autre résidence royale des princes galates, a été reconnue par M. Ainsworth dans la petite ville d Iskelib, sur la rive gauche de l'Halys. Dans les jardins situés au pied de la colline du château, on voit encore quelques colonnes avec leurs chapiteaux, et quelques bas-reliefs; mais 1e tout est très-ruiné. Déjotare, fils de Castor, faisait aussi sa résidence à Bloucium.
Néocesarée, aujourd'hui Niksar, faisait partie du Pont Poiémoniaque et était situéesur le bord du Lycus. dette ville n'est pas nommée par Strabon, mais est mentionnée par Pline ; on est porté à en conclure que l'époque de sa fondation doit être placée dans le siècle qui sépare ces deux écrivains, sans doute sous le règne de Tibère. Précisément au moment où le nom de Néocésarée apparaît dans l'histoire, le nom d'Armeria oui était située dans le même canton , disparaît complètement, il est probable que cette dernière ville n'a fait que changer de nom.
M. Hamilton est plus disposé à identifier Néocésarée avec l'ancienne Cabira où Mithridate possédait un palais. La situation du château qui commande la plaine a donné de tout temps une grande importance militaire à cette place.
La ville de Niksar s'étend au pied d'une colline couronnée par un château du moyen âge ; on peut observer de nombreux restes de monuments romains : un portique de trois arcades appartenant a un grand édifice est encore debout. Plusieurs mosquées bâties dans le style dé l'architecture des Seldjoukides méritent d'être étudiées.
Entre Néocésarée et la côte du Pont- Euxin s'étendait la plaine de Phanaroea
L'UNIVERS
( aujourd'hui Tach ova si, la plaine de
Î tierre ) signalée par Strabon (1) comme e meilleur canton du Pont. Elle produisait d*v l'huile ., du vin et des céréales; elle s'étendait entre deux chaînes de montagnes, et formait une large vallée dans laquelle se réunissent le Lycus qui suivit le règne d'Alexandre jusqu'à et n ris. La ville d'Eupatoria avait été la soumission complète du pavs a la fondée par Mithridate Eupotor, au con- puissance romaine, aucune région de des deux rivières ; Pompée
ces villes populeuses. Mais la colons
§recs de ces contrées donnaient plus 'attention au commerce qu'au beau arts, les rudes populations mdiçènes s'intéressaient peu aux jeux du cirque ou de la scène, et dans toute la Dénote
uni ctiîwit lo v>Arm* A1 A lAvanAra inaMii'i
Ouent des deux rivières ; Pompée s'étant emparé de cette ville , lui donna le nom de Magnopolîs. Toute la topographie ancienne de cette plaine est trèsexacte ; mais au confluent des rivières, on n'observe aucun vestige de Magnopolîs.
A cent cinquante stades, dix-sept kilomètres plus au sud, était située la ville de Cabira, où Mithridate avait un palais, un parc et un moulin à eau. A deux cents stades, trente-sept kilomètres de Cabira, était le Cœnochorion , château neuf de Mithridate, bâti sur une roche escarpée, au sommet de laquelle était une source abondante. Les abords du château étaient défendus par une forte muraille et par une rivière qui coulait au pied de la roche.
Ce pays est encore peu connu , il n'a été visite par aucun Européen; c'est la partie la plus sauvage de la province comme du temps des Romains.