PEUPLE DU PONT-BUXIN
Si toute la côte asiatique du Pont- Euxin est, pour les navires, dangereuse et inhospitalière, le territoire qui forme le littoral offre aux yeux d'un Européen des sites qui lui rappellent les régions les plus favorisées de son pays natal, une végétation abondante et riche, des rivières nombreuses et des pèches abondantes aux embouchures. Tous ces avantages recommandent le pays à l'attention des explorateurs. Mais aucune contrée de l'Asie n'est plus pauvre en monuments antiques : tant de colonies grecques, filles de Milet et de Sinope, ont pourtant couvert ces rivages, qu on devrait apercevoir quelques vestiges de
(i) StraboQ, XU, 556.
{missance romaine , 'Asie ne fut exposée à des guerres plus désastreuses. Araisus fut brûlée par Lucullus, Trébizonde et Sinope ravagea par les invasions des Goths et des Turcs. Aussi dans l'exposé rapide <pe nous allons faire de l'état de ces villes, peu de monuments arrêteront notre attention ; nous rappellerons brièvement l'histoire des principales places , pour nous hâter de retourner dans les provinces du sud , où les souvenirs ée h belle antiquité, se montrent de la manière la plus grandiose.
Nous suivrons dans cet itinéraire de la côte le périple d'Arrien; Strabon et Pline seront nos guides fidèles pour l'histoire du pays.
Arrien cite la place de Hermona».
mentionnée aussi par Strabon (l),oomae étant voisine de Trapezus , il est naturel d'en rechercher la position «a environs de Platana, le seul bon mouillage de la côte dans ces parages.
L'ancienne Cérasus de xénopta était située dans la vallée de RcrasoBa déré, et le château de Kereli bit occupe l'emplacement de Coralla.Tout* pavs était habité par les Chalybes. Tripolis, aujourd'hui Tireboli est stof1 cinq kilomètres à l'ouest d'une ww* du même nom , le Tireboli son. C& dans l'antiquité une place de peu $* portance /avec une forteresse pottai*' téger les navires (2) ; la ville moto commande trois petits golfes avec ** fond ; mais le mouillage n'est pas sir,» causa des roches cachées sous l'eau. ** ehâteau du moyen âge tombe en rtffl* une autre forteresse abandonné! isr lève sur une émineuce voisine; «ec petites églises byzantines sont les ** monuments qui peuvent arrêter • moment l'attention. La population de Tireboli se compose de quatre ceafc
(i) Strab., XIIp 548.
(a) Pline, 1, VI,. en. 4.
maisons turques, et de cent maisons grecques (1).
Larivièwde TripoJis prend sa source dans les montagnes de l'Arménie près de la ville de Gumuch hané, où sont les mines d'argent; toute la chaîne qui forme le bassin de cette rivière est riche en minerai de plomb argentifère. Il existe à quatre kilomètres à Test de la ville, distanee . qui correspond aux vinjEtstades d'Amen, d'anciennes exploitations d'argent, qui indiquent remplacement d' Argyria. .
Zeffreh bourount, à seize kilomètres à l'ouest de Tripolis, marque l'emplacement du eap et de la viUe de Zephyjum. Ce pays appartenait au Pont ^ppadocien <2), nled'Arétias,aujour- Imii Kerasunt ada si, à trente stades de ftarnatie, était célèbre dans l'antiquité w le souvenir des deux reines des unazones Otrère et Antiope, qui avaient nnsacré un temple au dieu Mars. Auowd'hui cet îlot est «ouvert de brousailles et n'offre aucune trace d'antipHé. Après l'île Arétias le périple l'Amen marque Pharnacie anciennement appelée Cérasus.
Cérasus fut reconstruite par Pharnace, fand-père de Mithridate, qui lui donna ft nom de Pharnacie; cependant le tom de Cérasus reparut dans la suite es temps, et se retrouve aujourd'hui vec peu d'altération dans celui de la jjle moderne de Kerasunt. Personne 'ignore que Locullus fut le premier vi transporta en Italie le cerisier, ngmaire de Cérasus : la renommée du ti de Pont pâlit bien auprès d'un tel Ht, il n'est pas surprenant que la reonnaissance de la postérité ait conservé * nom de Cérasus et oublié celui du m Pharnace. Kerasunt, la ville turque oenpe aujourd'hui l'enceinte des muûllesde la ville grecque; la plupart es fortifications antiques sont d'une elle époque et bien conservées. On put observer aussi quelques restes 'églises byzantines; mais dans toute la ille on ne retrouve pas une seule connue debout, pas un édifice qui rappelle s beaux temps de l'architecture anque.
(0 Hamilton, lomel, p. 257.
(») Ptolwtée; Ihr. V, ch. 6.
Déjà dans les montagnes des environs de Trébizonde, on reconnaît au milieu des forêts le merisier et le cerisier sauvages; ces arbres sont encore plus abondants aux environs de Kerasunt; leurs fruits, sans être très-succulents, ont une saveur parfumée. Les habitants en fabriquent une sorte de vin.
Cotyore, ville grecque, colonie de Sinope, était du temps de Xénophon un port de mer d'une certaine importance; c'est là que les Dix-Mille s'emoarquèrent pour se rendre à Héraclée. La population de Cotyore ayant été emmenée pour peupler Pharnacie , la première de ces villes tomba à l'état de simple village et ne paraît jamais s'être relevée dans la suite; il ne reste aucun vestige de cette ancienne ville aux lieux où l'on présume qu'elle a existé, soit à Ordou, qui présente quelques restes d'un ancien port, soit à Bozouk kalé, qui n'est qu'une construction byzantine.
Le fleuve Balama ou Pulemon tchaï marque la place de l'ancienne Polémon, qui donnait son nom à la province; le petit village de Pulémon offre encore les restes d'une église octogone et de
Suelques épaisses murailles. Le château e Pnatisane était un peu à l'ouest de Pulémbn; c'est l'échelle qu'on appelle aujourd'hui Fatsa.
unieh, l'ancienne Oenoë, est située à trente-six kilomètres à l'ouest de Fatsa; la petite rivière Djevis déré sou, que l'on traverse avant d'arriver, représente l'ancien fleuve Phigamus d'Arrien*Ce pays des anciens Chalybes est encore abondant en mines de fer, et les habitants, comme leurs ancêtres, s'adon- • nent à l'exploitation et au travail du fer. Le village de Kalé keui, situé à huit kilomètres au sud d'Umeh , est voisin d'un ancien château bâti sur une roche élevée et presque inaccessible. Un monument sépulcral ayant la forme d'un temple tétrastyle a été creusé dans la face la plus abrupte de la roche; il est aujourd'hui impossible d'y arriver; probablement les ouvriers qui l'ont exécuté étaient descendus par le moyen de cordes depuis le sommet de la montagne. Les anciens pour creuser ces sortes de grottes avaient coutume de faire descendre les ouvriers du haut du rocher par le moyen de longues, cordes* Pline
L'UNIVERS
décrit très-bien ce genre d'ouvrage quand il parle de l'exploitation de l'or : « Ceux qui taillent ces rochers sont suspendus à des cordes; en sorte qu'en voyant de loin cette étrange opération , on est tenté de croire qu'on voit des oiseaux d'une nouvelle espèce (t). »
Le tableau que fait Strabon de la campagne de Thémiscyre est encore vrai de nos jours : rien n'égale la beauté despâturaçes, la richesse de la végétation de ces plaines où Ton voit errer d'innombrables troupeaux bien supérieurs , comme race, à ceux du reste de la contrée. Thémiscyre était à soixante stades d'Amisus. La petite ville de Thermeh, bâtie sur la rive gauche du Thermodon, n'est composée que de quelques maisons de bois avec une mosquée et un bazar, il n'apparaît aux alentours aucun vestige de l'ancienne ville. Aujourd'hui ce territoire appartient à la province de Djanik ; les voyageurs anglais l'ont souvent comparée aux districts les plus beaux de l'Angleterre. Le Thermodon, séparait la province de Gadilon de celJe de Sidène; vient ensuite le fleuve Iris où Yechil irmak, qui passe pour très-poissonneux. La petite ville de Tharchembeh est à dix-huit kilomètres de l'embouchure du fleuve.
Le pays d'alentour est un vaste jardin où croissent toutes les variétés des fruits de l'Europe.
Samsoun n'occupe pas exactement l'emplacement de l'ancienne Amisus; la ville grecque, dont il reste quelques vestiges, est sur un cap à trois kilomètres au nord-ouest de la ville turque; l'ancien port est aujourd'hui comblé et à peine peut-on retrouver les traces de l'ancien môle. Amisus est une des villes qui ont le plus souffert pendant les guerres de Mithridate. Ce prince l'avait agrandie et ornée de temples; mais lorsqu'elle rut assiégée par Lueulhis, Callimaque, qui la défendait voyant, que toute résistance était impossible fit mettre le feu aux principaux édifices.
En vain Lucullus, maître de la place, voulut arrêter l'incendie; les soldats altères de pillage, mettaient eux-mêmes le feu aux maisons, et Lucullus n'eut qu'à déplorer la destruction totale d'une
(x) Pline, XXXIII, ch. 4.
ville qu'il aurait voulu sauver. D'après le tableau que fait Plutarque de la destruction d'Amisus, on conçoit qu'on ne pourrait y trouver aucun débris de la ville grecque. Amisus avait été fondée par les Milésiens lorsqu'ils occuperait la Cappadoce; les Athéniens y envoyèrent ensuite des colons sous la coaduite d'Athéclès; elle fut ensuite annexée au royaume de Pont. Sousl'empire elle jouit d'une certaine tranquillité, mais elle fut toujours obscurcie par le voisinage de Sinope; cependant sous la Comnènes de Trébizonde, Anusos comptait comme une des principales villes de leur empire. Dans le synecdème d'Hiéroclès, Amisus est compte au nombre des villes épiscopales à l'Hélénopont, province détachée do M Polémoniaque par l'empereur Justin** Sous l'empire des Seldjoukides, la ril n'était plus connue que sous le nomè Samsoun, qui n'est qu'une corropta du nom d'Amisus. lis cartes ptsaoes la désignent sous le nom de Simiso; li carte catalane, sous celui de Sot»
Assiégée et prise par le sultan Bayasi Ildirim, Samsoun fut depuis ce tenf incorporée à l'empire des Oananfe La baie offre aujourd'hui un médiwe mouillage aux navires qui font II a* botage de la mer Noire, aussi tel* teaux du Bosphore ne s'y arrêtent qv pour déposer leurs marchandises et leurs passagers.
Le docteur Schmâdt a examiné * détail les ruines de l'ancienne Ad®*- Sur le sommetdela colline de TActy* il a retrouvé des restes de muratte* de tours demi-circulaires, de noa**1 fragments de marbre blanc et**1* cuites ; à une demi-lieue du ni» " a retrouvé les ruines d'un lonffe*!* des colonnes et des bas-Feliets atflB*1 d'un épais fourré de buissons. Le $**' neur de la ville avait fait traaspa* dans son palais plusieurs colonnes f.
des bas-reliefs (I). Amen marquées»
Amisus et le fleuve Halys, les statut* d'Eusèae, Conopéium et tfaostathoffi la première de ces places est eae& inconnue. Le Conopéium était un marâ^ qui existe encore sous le nom de fco^* jougas , le bec de sable; c'est un p#t
(1) Ritter, Erdkunde, t. IX, p. *•*•
port qui sert de débarcadère pour la ville «Bâfra; le pays d'alentour est très-boisé lt entrecoupé par des prairies où paispt de nombreux troupeaux. Un grand vais salant qui est en communication K la mer paraît occuper remplacent du Naustathmus , qui était à latre-vingt-dix stades de l'Halys et qui irque la frontière entre le royaume Pont et la Papblagonie.