E TOMBEAU DE MAUSOLE
Il est peu de monuments de l'antiquité qui aient excité à un plus haut degré les efforts et la sagacité des artistes et des archéologues. Les nombreux fragments des auteurs anciens qui sont parvenus jusqu'à nous présentent ce tombeau comme l'objet de l'admiration universelle ; Vitruve le mentionne plusieurs fois, Pausanias, Strabon et quel-
tous avec éloges. Lucien fut dire à M au sole (1) : «J'ai dans Haliçarnasseua tombeau immense, tel qu'aucun autre mort ne pent se Vanter d'en avoir un semblable : 11 est construit da plu beau marbre et orné de figures de guer* rierset de chevaux. »
Pausanias (3), en citant les tombeaux remarquables n'oublie pas celui (THali* carnasse. '«lia été fait sous le règni de Mausold toi d'Haliçarnasse* Il est remarquable par sa grandeur immen* et l'art avec lequel il est construit; ausd les Romains dans leur admiration sani égale dbnnent-ils le nom de Mausolà aux tombeaux remarquables. »
Deux autres auteurs parlent du Mal solée; le premier, Hygin, écrivain di temps d'Auguste, décrit en peu de mol le célèbre tombeau. « Le tombeau du ri Mausole bâti en marbre lychniteed haut de quatre-vingts pieds et a tas cent quarante pieds de tour (3). » '
Dans Vibius Sequester (4), nous trouvons ce passage : « Le Mausolée qui est en Carie est haut de cent quatre-vingts pieds et a quatre cents pieds de tour. Cest là qu'est placé le sépulcre du roi en marbre lychnlte. > Ces deux passages permettaient bien de supposer que le tombeau de Mausole était circulaire Nous trouvons dans un passage de Pline des détails plus précis sur la forme et les dimensions de cet édifice, c'est surtout ce passage qui a guide les arebeoloques dans les essais de restitution qui ont été tentas jusqu'à ce jour (5).
(i) Lucien, Dialogues des morts, Di*l-
(a) Pausanias, liv. Vtrf, chap. x6.
(3) Hjrgioi, Fab. CCXXXïII.
(4) Vibras Sequester, de Genûbœ, p. 3?, in-SV^S.
(5) Les auteurs qui ont publié des esnb de restitution du tombeau 4e Naïade sont ao nombre de neuf :
. Caylos, 1753, Mémoire de Iktermtun i* l'Académie des nucriptiaaa et beUes»Iettfts, tome XXVI, p* 33 1 ;
Auguste Rode, iSoù^ftwttispiee «le l'édition de Vitruve. Berlin, ia-40;
Choiseul Goufiie*, **U, Vor*?*^0** que àe la Grèce, tome I, in-foï.;
Weio|>renner, iSa5, dans KatrcWt
^ÔLV
Le passage de Pline (1) est ainsi conçu :
« Scopas eut en même temps pour ri* vamBryaxis, Tïmotnée et Léocharès.
Il ne faut pas les séparer ici, puisqu'ils , employèrent ensemble leur ciseau pour . Mausok petit roi de Carie, oui mourut la seomde aimée de la cent sixième! otyrn* . parte : ce sont les ouvrages de ces ar* tiites qui tirent placer ce monument au ttog des merveilles du monde. Les bées exposées au midi et au nord ont soixante- trois pieds; il est plus court sur les fronts. Tout le pourtour est de quatre cent onze pieds; il sMlèVe su* use hauteur de Vingt-cinq coudées; 11 W entouré de trente-six colonnes, et 1 on a donné à cette- colonnade le nom de ptéron. Scopas travailla du côté du* tarant, Bryaxis du côté duHord, Timothéeau midi, et Léocharès au couchant.
La reine Artémisé, qui avait fait élever ce tombeau à la mémoire de son époux, mourut avant que ces artistes eussent achevé leur ouvrage ; mats ils voulurent le terminer pour leur propre gloire et pourPhonneur de Fart : leurs ouvrages se disputent encore le prix. Un cinquième artiste se joignit à ceux que j'ai nommés, car, aoAlessus du ptéron on éleva une pyramide dont la' hauteur était égale à la partie inférieure et qui était composée de vingt-quatre gradins, se terminant en forme de meta. Sur le sommet on plaça un quadrige dto marbre, ouvrage de Pythis, et qui, ajouté au reste, donnait à l'édifice une hauteur totale de cent quarante pieds: »
L'édifice présenterait* donc un clan rectangulaire dont deux côtés auraient soixante-trois pieds, les deux autres un
Ha'xUticiuiwigefi *ip MyÈtioèoffUmé Ardootyie, CurUrube, têtue* 1T, ptaofe
Qutlrocr* de Qaincjt, t*$4, Mm* é* déflations ardtéotogiqusj* jQ-tfi .
Hirt, Gtschicht* dtr Ram/uuiUi atiW,
Caoïna, 1840, ArclùteUuta tntiça, tome II, tav. 1 55, d'après une médaille («/p^ crrpfo) de la reine Arlémi*èi
Cockerell, 1846, dans la dissertation sur fenjauiolee par Charles Newton. £&)roijxdu ''Jdnicàl Muséum, part, ivïjpTïJ Marquez, cité par Cauina.
iO Pline, Uv,*X*Yi, cb. 5.
peu moins et dont tout le ptiif rtait fierait de quatre cent onze pieds, ce qui est impossible ; aussi les commentateurs ont-ils imaginé d'appliquer cette dernière mesure à une place ou orsa oui entourait l'édifice ; reste encore la ditV ficulté d'ajuster trente*six colonnes sur le périmètre donné. ' ;;
La difficulté a été simplement diminuée par les récentes découvertes tailtië par M . Newton sur remplacement même du mausolée.
Ces recherches faites, avec une grande intelligence de fa topographie ancienne de la ville d'ttalicarnasse* ont eu pMïr résultat de faire retrouver tes debrfc du mausolée dans tin tertre quadrangu* laire qui s'élève au sud-est de la colon* nade vulgairement appelée temple de Mart. * . '" * 'i
Les rapports qui onft été adressés au gouvernement anglais et qui ont été en partie publiés, font connaître que le mausolée reposait sur un soubassement miadrangulaire qui était entouré d'une frise représentant des combats d'Amazones; ce soubassement était sur»»
monté d'une colonnade d'ordre ionique avec un entablement complet) dont la frise était ornée de combats entre les Grecs et les Amazones. L'architecturb de ce monument est comparée par Fûttteur, de ces découvertes à celle du temple ionique de Priène : les deux édifices sont contemporains.
, Cette colonnade était surmontée do la pyramide composée de vingt-quatre degrés de marbre blanc , ajoutée après là mort d'Artémise par un cinquième artiste dont le nom est resté inconnu.
Ces gradins de marbre étaient entés les uns dans les autres de manière a empêcher toute infiltration des eau \:
enfin le quadrige., ouvrage de Pythis» qui jDouronnait tout rédiGce, a été en grande partie retrouvé ; on a des portions de la statue de Mnusole,* la roue du cftaret plusieurs fragments des élut vaux de grandeur colossale. L^s fouilles ont mis a découvert un ^raud nombre de figures de lions en marbre qui paraissant bvofr été placées dans lesentrecolonnements ; on a de plus trouvé un fragment de stojue'ëquestre de grandéUr éblouie; )é poitrail et une partie du" corps du cheval indiquent que l'pniiwl ?M\
I/UNIVERS
lancé au galop. Les jambes du cavalier existent encore; elles sont vêtues du pantalon ou anaxyrides que les statuaires mettent volontiers aux statues des Amazones. Nous voyons souventdes figures de ces femmes guerrières accompagner la décoration d'un tombeau.
Tous ces fragments qui appartiennent au plus beau temps de l'art grec , ne démentent pas les témoignages d'admiration que les anciens auteurs ont prodigués a cet édifice.
Il résulte des restitutions sommaires
3ui sont la conséquence des fouilles 'Halicarnasse, que le tombeau de Mausole ressemblait au petit monument funèbre qui existe encore aux portes de Mylasa, et que ce dernier ouvrage est une réminiscence du célèbre mausolée.
Divers souterrains ont été fouillés dans le soubassement de l'édifice. Dans l'un d'eux ou a découvert une urne avec une inscription en caractères cunéiformes.
Les auteurs des découvertes faites récemment sur l'emplacement du tombeau de Mausole, pensent , d'après la nature des fragments de sculpture découverts dans leurs fouilles, que le monument fut renversé par un tremblement de terre, et que l'enlèvement des matériaux opéré par les chevaliers de Rhodes n'eut lieu qu'après la destruction du monument. Le procès-verbal des découvertes faites en 1522 par le commandeur de la Tourette, ne dit pas, en effet, que le tombeau était entier, quand on en prit les matériaux; nous avons publié cette relation d'après Guichard (1]; les chevaliers ne trouvèrent d'abord que « certaines marches de marbre blanc qui s'élevaient en forme de perron au milieu d'un champ près du port. » La grande masse de matériaux de marbre fut extraite des fondations; c'est au milieu de ce massif qu'ils découvrirent le tombeau du roi, qui fut violé pendant la nuit avant qu'on n'en eut fait une reconnaissance régulière. Tous les fragments de sculpture trouvés par M. Newton dans ses fouilles ont été abandonnés par les chevaliers comme irapro-
(i) Guichard, Funérailles des Grecs et des Romains, in 8°, Lyon, i58i, t. llf,p. $78,
Sres à être employés dans la eonstrucJiM u château (1).