CHAPITRE X.V
CNtiDB.
L'extrémité orientale du. golfe de fioodrouin présente un, cap plus allongé et plus découpé que. tous les autres promontoires de cette côte. Le petit texritokequi le compose, a conservé le nom spécial de Ûoride (i>, et la pointe la plus avancée portait le nom de cap Triopaum,ea mémoire de Triopas. Ce héros conduisit djins le pays une colonie lacédémonienoe , et fonda la ville de Cnide (î)„ qui devint métropole de la, confédération dorienne. Triopas avait consacré au dieu ApoUon toute la Cher- •onèse; mais en même temp&des temples furent élevés à Neptune et aux nymphes,. et des jeux appelés jeux d'Apollon triopéen ou jeux JDorieus, furent institués par la confédération dorienne, composée d'abord de six villes, Cnide, Gos, HaJiearnasse, et trois villes rhodiennes, Lindus, lalyssus et Camirus.
Cette association prit le nom d'Hexapolê; mais depuis l'exclusion d'Halicarnasse, la confédération fut appelée Peutapolis, c'est-à-dire des cinq villes. Ces assemblées, imitées de celles de la confédération ionienne, se tenaient dans la pwsipif le tiiopéenoe.
. CmdeétaitdléjèJtorissanteauseptième nèele avant notre ère; elle envoya des colonies en Italie, en Sicile et dans l'Adriatique, et fonda la noire Corcyre H&wa kiûxu^a, aujourd'hui Mélida (3).
Lorsque le satrape Harpagus fit une invasion en Carie, les Cnidiens, se sentent hors d'état de résister par la force des armes , songèrent à se défendre en séparant par un fossé leur presqu'île du ceotwent (4).
I* longueur du territoire que Ton voulait couper était de cinq stades,
(0 Pline, liw. V, th.aS.
(*) Hérodote, lin.- It. cbap^.i^.
(3) Pline, lir. in, ch*p. «6-
(4) Voy« page 39. ,
.. ».' ' . io< -ir» jiu 1
mais complètement composé de roches.
Les Gnidi en s v désespérant de résister â leurs ennemis, se rendirent an satrape.
La ville de Cnide était située h h pointe Sa plus orientale du cap, et voisine d'une petite lie qui fut jointe au raniment par des ouvrages t de manière nue le canal qui ta séparait de la terre ferme se trouva transformé en deux ports, nui Curent dos au dehors par d*?s jetées. La majeure partie de ta ville était située sur le continent ; dans nie voisine il y avait des constructions nombreuses de maisons particulières, mais pas d'édifices publics, Slrabon s'exprime ainsi en parlant de cette ville (1): » Vient ensuite Cmde a ver, ses deux ports, dont l"nn. destiné pour les trirèmes, peut être fermé, l'autre avec une darse qui peut contenir une vingtaine de vaisseaux. Devant Guide est une lie d'environ sept stades de circuit, élevée en amphithéâtre et jointe à la terre ferme par un môle qui fait de Cnide une double ville, car une partie des Cnidiens habite l'île qui abrite les deux ports. » Il est impossible de donner en si peu de mots une idée plus précise de de la topographie de cette ville, qui se présente encore à l'observateur dans le même état où elle se trouvait à la chute de l'empire romain. Elle n'était pas apparemment placée dans des conditions telles, que son existence pût se prolonger après rétablissement du christianisme ; son territoire était affreusement nu et rocailleux ; elle ne vivait Que de cette existence factice qu'entretenait le eulte de Vénus, et une fois qu'il fut tombé , rien ne put rappeler dans ses murs le commerce et le mouvement.
Les murailles qui entourent la ville paraissent un ouvrage des plus anciens ; cependant , dans la dernière année de la guerre du Péloponnèse, les Athéniens s'emparèrent de cette ville sans résistance, parce que, dit Thucydide (2), elle était sans murailles. Mais dans la même année les deux flottes lacédémopiennes se réunirent à Cnide après avoir battu les Athéniens, et Lacédémone resta maîtresse du pays. Sous le gouvernement des Perses, les peuples de
(i)Strabon, liv.XIVtp. 656. XV, (2) Thtfcydiclf», liv. Vnl.
LVfflVEHS
la Carie ne souffrirent que médiocrement delà domination étrangère, et noua ne voyons pai dans les raines de la ville que les gouverneurs perses aient jamais élevé quelque ouvrage particulier dont la destination eât un but religieux ou politique. Tout dans ees ruines est grec ou romain.
A côté du gouvernement monarchique dUalicarnasse , les Coidiens conservèrent la démocratie, mais ne mirent aucune opposition aux projets d'Alexandre , et dans la marche de ce conquérant sur Halicarnasse , il n'est pas question des Cnidiens. Lorsque les Romains furent maîtres de ces provinces , Coide ne tarda pas à sentir les effets de la munificence de Jules César, en considération de la divinité dont César descendait. En effet, le culte de Vénus avait acquis une célébrité qui effaçait celle des autres divinités , et la Vénus cnidienne, chef-d'œuvre de Praxitèle, était un objet d'envie et d'admiration pour tous les princes de l'antiquité (1).
Pline surtout s'étend longuement sur la merveilleuse beauté de cette figure, et dit que de toutes les parties du monde on venait pour l'admirer. Nicomède, roi de Bithynie, proposa aux Cnidiens de leur faire remise de la totalité de leur dette , qui était considérable, s'ils voulaient lui céder cette statue ; mais ceuxci refusèrent en disant qu'ils ne pouvaient pas donner la gloire de leur ville. 11 y avait à Cnide des ouvrages d'autres sculpteurs célèbres, mais ils étaient à peine remarqués en présence de la Vénus (2). En un mot, Vénus était devenue la divinité principale des Cnidiens; elle avait trois temples, et était adorée sous les noms de Dorienne, Acraeenne et Euplœenne, et c'est sous ce dernier nom que la statue de Praxitèle était offerte à l'admiration des adorateurs (8). Un passage d'un auteur ancien nous donne quelques détails sur les dispositions du temple, et nous fait voir en même temps à quel degré
(i) Cicéroo, in Vemm, IV, i». — Pline, l.V, oh.a8.
(a) Pline, liv. XXXVI, cb. 4; Hv. VU, ch. 39
(3) Pausanias, Atùcm, ch. I.
était porté reothomasmi des «bah»
tears de cette statue :
« Nous nous détermiBâma alors à débarquer a Cnide pour voir la fille, et y admirer le temple de Vénus , célèbre
Sar la statue de cette déesse, chef-, 'œuvre de Praxitèle Nous atteignîmes le rivage sans accident, comme si la déesse eik-naémeedtguidé notre binp.
Pendant que les matelots s'occupaient aux préparât! Ci ordinaires, je fis le tov de la ville ayant avec moi deux de Des agréables compagnons. Noos nous amusâmes des figures de poterie, bizarres et lascives, dont cette ville, consacrée à Vénus, abonde. Quand nous eûmes th site le portique de Sostrate, et que nous eûmes vu tout ce qu'il y avait d'intéressant, nous nous dirigeâmes vers k temple de Vénus , Charidès et moi, avec une vive curiosité....
« En approchant de l'enceinte sacré, les parfums les plus délicieux non enivrèrent ; car au-dedans il n'y a pas de pavé poli, mais l'aréa est disposé* comme il convient à un sanctuaire fl> Vénus, et abonde en arbres odoriftrsaii qui parfument l'air de leurs senteur*.
Le myrte, qui fleurit sans cesse et se couvre d'une profusion de fruits, bosort surtout la déesse; aucun des arbrei n'y souffre de la vieillesse ; ils sont toujours jeunes, et poussent toujours de nouveaux rejetons. Ceux qui oe produisent pas de fruits se distinguent par leur beauté ; tels sont le cyprès élance, le grand platane et le laurier. Le lierre embrasse amoureusement tous ces arbres, pendant que la vigne msotre l'heureuse union des deux divin!»
Sous les épais ombragée se trouvest&i lieux de repos destinés à des uses joyeux, qui, quoique rarement fréquestés par le peuple de la ville, restant* nombreuses visites des autres bthitssfl du territoire enidien.
« Après nous être avidement rassasiés des beautés de la nature, nouf entrâmes dans le temple. Au milieu est « divinité, en marbre de Paras, oufl*?
splendide. Un sourire à demi re*v> est sur sa bouche. Aucun voile oe fiche sa beauté , aucune partie de s»
corps n'est cachée, excepté celM* voile la main gauche légèrement fléeue L'art du sculpteur a été tel, que '<
marbre dur et rebelle représente parfaitement la forme délicate de chaque membre. Ghariclès, dans un moment d'extase, s'écrie : « Heureux parmi les dieux celui qui fut enchaîné par toi ; • et ^élançant, le cou tendu autant que possible, il embrassa la statue à plusieurs reprises. Callicratklès se tenait dans une admiration humble et silencieuse.
« Le temple a une entrée à chaque extrémité ( amphiprosty le )(1), de sorte qu'on peut admirer la déessse de tous côtés ; la seconde porte est particulièrement destinée à laisser voir le dos de la statue. Nous tournâmes autour du posticum,où, le gardien de la porte nous ayant ouvert, nous fûmes frapoés d'un bonnement subit à la me au chefd'œuvre. Nous ne pûmes nous empêcher de manifester à plusieurs reprises notre admiration (2). »
Le temple de la déesse était situé dans le voisinage du port. Il restait autrefois ie nombreux débris de l'édifice : mais, Jepuis quelques années , les bâtiments européens qui viennent dans ces mers )nt l'habitude d'enlever des marbres, 't il ne reste aujourd'hui que fort peu le chose pour le rétablir d'une manière i peu près certaine.
Ce temple était d'ordre corinthien, ' est assez dire qu'il aurait été construit ous la période romaine. Le passage k Lucien , dont j'ai cité un extrait , «aient une description qui ne s'accorde •s parfaitement avec un un tel empla- «went; mais ces jardins sacrés dont *t fait mention étaient généralement eu étendus. Nous voyons, dans la vie 'Apollonius, que de son temps la atoe existait encore à Cnide. Transitée à Coustantinople par Théodose, le fut placée dans le palais qu'on ap- *lait Lausus, et fut consumée par uu cendie , en 475, avec tout le palais.
Le 24 juillet 1836, je quittai la rade > Cos avee la goélette la Mésange, ur me rendre au cap Crio (cap froid) : »t le nom moderne que les Grecs naenl au promontoire Triopaeum et x ruines de Cnide. Le soir même nous rivâmes en vue du cap ; mais' ayant
[») Le temple a deux portas» Lucien, etc. Plio, XXXVI, 5.
>) Lucien. De Àmoribm, cb. XI, 18.
41e livraison. (Asu Miniube.)
été pris par le calme, on fût obligé d'armer les avirons pour entrer dans le port. Deux grands môles, ouvrages des Grecs, en abritent l'entrée. Celui de droite est en partie détruit ; mais celui de gauche, composé d'un amas de rochers roule* de 11 le dans la mer, donne l'idée des puissantes machines dont les anciens faisaient usage dans ce genre de travaux. Le port où nous entrâmes est situé au sud ; c'est le seul où peuvent mouiller les bâtiments d'un fort tonnage : il est petit, mais il a beaucoup de fond ; ce port est encore dans l'état où l'ont laissé les derniers Romains; tous les revêtements des quais sont presque intacts, et les môles ont résisté aux efforts incessants de la mer qui vient du large. \ La forme du port est celle d'un trapèze et le petit côté est occupé par l'isthme qui séparait les deux ports. On voit les traces d un canal qui les joignait l'un à l'autre, et qui pouvait se fermer par une écluse. Le petit port avait la forme d'un hexagone rrrégulier; les quais sont aussi bien conserves aue dans le premier; on remarque à rentrée une tour circulaire à bossage, qui est un des plus beaux exemplesde construction grecque qu'il soit possible de voir.
Sur* la gauche du petit port sont quel- . ques voûtes en maçonnerie de briques et qui ont servi de remise de galères.
Un certain nombre d'édifices publics, et notamment le temple corinthien, étaient placés sur l'isthme ; mais ce sont les plus détruits, parce qu'ils étaient les plus voisins des bâtiments qui embarquaient des marbres.
Toute la partie gauche des deux ports est occupée par la petite fie, formée d'une seule montagne calcaire, et sur laquelle un vaste quartier était bâti Les rues étaient soutenues par des terrasses construites généralement en appareil pélasgique. Il y a, dans le voisinage du môle, un petit édiCce construit également dans le style pélasgique, mais qui offre une particularité que je trouvai plusieurs fois répétée dans ces ruines. La porte est formée par une arcade circulaire extradossée, et tout l'édifice était vodté. On avait toujours regardé le style pélasgique comme caractéristique de la plus haute antiquité; quelques monuments, que je
L'UNIVERS
signalerai par la suite, prouvent que ce
{;enre de construction a été pratiqué sur a côte d'Asie à toutes les époques de l'empire romaiu.
La plus grande partie de la vitle de, Cnide était assise sur le continent; elle était entourée par une solide muraille, bâtie partie dans le système polygonal, partie en assises réglées : elle suit toutes les sinuosités de la montagne , se double en quelques parties pour former l'acropole, et va redescendre du côté du petit port, ayant suivi une ligne à peu près parallèle à la crête die l'île. Le terrain, qui dans l'intérieur de là ville formait .une pente rapide, était soutenu par des terrasses parallèles qui subsistant encore; dans leur intégrité
Sur la deuxième terrasse du côté du nord s'élevait un temple de marbre blanc dont il reste encore toute la frise et les frontons; il était entouré d'un portique dorique grec en marbre blanc.
Les grosses constructions étaient faites en roches calcaires.
HIBBOW DE CNIBB.
An milieu de la nécropolis s'élève un édifie* qui diffère pat aoe style de tous les menuméats que i'ej rencontrés Jusqu'à ce Jour. IJ.se compose (Tune grande plate-forme orientée de l'est à l'ouest, et soutenue du côté du nord par une terrasse de **•,» de longueur; la largeur de la plate-forme est de I3H,60. Dans cette enceinte sont deux massifs carrés ayant 6 mètres de coté, et séparés par une distance de Ii"\î5. Chacun de ces massifs est composé de trois assise* qui forment une nauteur totale de l",s*; elles sont en assises réglées. Le libage qui remplit ces massifs est en grosses pierres de taille de forme* quadraogulalre. < Au centre de chacun de ces massifs s'élève une base hexagonale qui a de coté I*.2I ; chacune d'elles supportait une colonne triangulaire aujourd'hui renversée, mais dent toutes les assises sont disposées sur le sol selon Tordre S 'elles occupaient quand l'édifice était enUer. triangle du plan de la colonne n'est pas complet, les angles sont abattus ; et en étudiant le rapport de ses faces avec les grands côtés» on voit que la projection s'est effectuée suivant la règle suivante. 11 a été tracé un cercle avec un rayon de l",ll« on a Inscrit dans oe cercle un hexagone dont le ©été a par conséquent i"fai (l* côté de l'hexagone est égal au rayon). Dans le même cercle en a Inscrit un triangle équilatéral dont les trois cotés sont parallèles à trois soles de PhexafOMi et toute la partie du triangle oui sortait, en dehors du polygone Inscrit a été supprimée. Chacune des colonne» a été composée de unie assises» en y août** prenant la hase et le chapiteau, i .
Le chapiteau eM triangulaire; il se compose,
comme on peut le voir dans ta flflnre* d'en abaque et d*un talon. Dans sa partis sa»
posés exactement comme sur le fleuron et monument enoragique de Lysicrate à Albèor Tout le pourtour de la terrasse est formé p un mur de construction pélasgiqned*unav^ tique appareil; dans l'angle nord est une p porte qui n'a que l-,30de large, et qui c naît accès dans l'enceinte sacrée : Hic est i montée de son linteau de pierre. La tei forme, dans l'intérieur, un parapet à haï d'appui, qui est couronné par des dsT pierre. Tout le monument, en un mot, c faitement intact et l'on volt que les cote ont été renversées à dessein pour enievi trépieds. U n'existe aucune inscription i nous fasse connaître la destination de I édifice. Lé trépied Joue un si grand rôle t les villes de la Penlapole, que nous ne tf~ pas hésiter à regarder cet édifice comme truit dans un but politique et religieux. I savons que les assemblées triopéennes « naient en ce lieu même, En rabsence de I document écrit, ne peut-on pas auppo cette enceinte était destinée a la réuni députés des villes qui s'assemblaient protection d'Apollon ? J'ai dit quelques i de l'enceinte du Pauionium que J'ai c"~ à Tchaogli près de Priène. J'ai donné. < planche, les deux colonnes rétablies bases; mais cette restitution ne l'objet d'aucun doute. Voyez ffiéron de Cnide.