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ILE DE COS

L'île de Cos , une des Sporades ; située à l'entrée du golfe d'Halicarnasse, cette fie a fait partie de la Pentapole triopéenne; elle était célèbre par son tempte d'Esculape, et par le génie de ses artistes.

L'île, vue du large, paraît montagneuse et aride; mais à mesure qu'on approche, une plaine fertile et couverte des plus beaux jardins se développe aux regards. La ville moderne est située à la pointe nord-est de l'île, et une forteresse, qui paraît encore bien entretenue, défend l'ancien port, aujourd'hui comblé.

L'arrivée des Grecs dans cette île remonte à l'époque des plus anciens établissements doriens sur la côte d'Asie, si même elle n'est pas antérieure à la prise de Troie; car Homère parle de Cos comme d'une ville occupée par les Héraclides. Une partie des Doriens de Mégare ayant quitté cette ville, vinrent en Asie, et fondèrent les villes de Rhodes, de Cos, qui s'appelait alors Astypalaea, et d'Halicarnasse (I).

Le gouvernement de ces Doriens avait une grande ressemblance avec celui des Ioniens. Ils vivaient sous l'autorité de princes qui jouissaient d'un pouvoir souverain (2). Cette île suivit dans toutes les grandes circonstances la même politique que les Rhodiens. Ces deux îles se liguèrent contre Athènes pour faire reconnaît re leur indépendance. A l'arrivée des Romains en Asie, elles s'unirent étroitement avec la république, et cette amitié dura jusqu'à la fin de l'empire.

Plusieurs auteurs attestent que la ville de Cos s'appelait anciennement Astvpalœa. Strabon (3) ajoute qu'elle occupait un autre lieu également voisin de la mer. C'est à la suite d'une 'guerre civile que les habitants d'Astypalaea furent obligés de se transporter près du cap Scandarium, où est la ville actuelle. Elle est distante de 15 milles

(i) Strabon, liv. XIV, p. 653.

(») Hérodote, liv. VII, ch. 64.

(3) Strabon, liv. XIV, p. C57.

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romains fHaUcarnasse (1), et opposée au cap Terroerium de Carie.

Lorsque les Lacédémoniens Tinrent débarquer à Cos, pendant leur campagne sur les côtes de Carie , ils trouvèrent la ville ruinée par un tremblement de terre des plus violents , et les habitants avaient fui dans la montagne (2).

La ville deCos, dit Strabon, n'est pas grande ; mais elle se distingue par sa nombreuse population, et présente un aspect on ne peut plus agréable à ceux qui viennent du côté de la mer. L'Ile est fertile en bons vins, et célèbre par les tissus, ouvrage des femmes du pays v'3).

Le temple d'Ësculape était situé dans le faubourg. 11 était célèbre dans toute la Grèce, et rempli des plus riches offrandes. On y voyait VAntigonus, d'Àpelle, et la Venu» anadyomène, portée a Rome par Auguste, qui accorda en compensation la remise d'un tribut de 100 talents auquel la ville avait été imposée. Mais c'est surtout comme la patrie d'Hippocrate que l*lle de Cos est à jamais célèbre. De tous les grands nommes de l'antiquité , c'est peut-être le seul dont le nom soit encore populaire dans son pavs natal : le souvenir de cet homme iflustre est presque le seul monument qui reste de l'ancienne civilisation de cette fie ; mais il est profondément gravé dans le cœur de tous les Grecs. Uippocrate est regardé nonseulement comme le bienfaiteur de l'humanité; mais encore comme l'auteur de tous les agréments dont la ville jouit encore aujourd'hui , de l'eau et de l'ombrage. Ësculape est aussi ignoré que remplacement de son temple; les Grecs vous montreront avec orgueil le platane sous lequel le père de la médecine donnait ses leçons; c'est-à-dire, dans leur pensée, que ce platane était déjà dans toute sa croissance du temps d'Hippocrate, 460 ans avant Jésus- Christ : il aurait plus de deux mille trois cents ans! Il est inutile de réfuter une pareille tradition; mais cette merveille du règne végétal porte avec une certaine majesté le nom du plus grand homme du pays, et il n'est personne qui

(i)Plioe, liv.Vich. 36.

(a) Thucydide, liv. VIII, cli. 4i.

(3)TiboH., VI, 35.

ne se plaise à perpétuer cette ingrnieu* fabîe grecque. On aime en effet à se représenter, sous cet ombrage séculaire, Hippocrate entouré de disciples, et préparant ses immortels ouvrages.

Le platane d'Hippocrate occise le centre d'une place qu'il couvre entièrement de son ombrage. Le tronc a 9",80 de circonférence; il est presque elliptique, mais creux. Il s'élève surin soubassement en maçonnerie qui i été fait dans le dessein de recouvrir les racines, ou peut-être parce qu'oo a abaissé le sol de la place. Le trou n'a que 2",SO de hauteur; mas, à partir de ce point, il se divise es quatre branches qui s'élancent horizontalement à une distance de dix mètres; leur circonférence est de trois mètres; c'est seulement à leur extréoulé que commencent les branches portât le feuillage. Pour soutenir les grosses branches dans leur position hornoo* taie, on a placé de distance en distance des colonnes de marbre, et, depuis ci temps, le bois du platane les a teuemeet englobées , qu'il fait corps avec le «arbre. Une fontaine mauresque rafraîchit la terre, et des centaines de tosrterelles , vivant constamment dans ee feuillage, animent ce tableau. Oone saurait voir un endroit plus pinoresqoe.

On voit dans la ville et hors des mari quelques fragments d'architecture, nas aucun monument. J'avais cependant appris qu'à deux lieues de la ville H ensuit une source qu'on appelait la fo* taine d'Hippocrate. Cette source, qn fournit les eaux à la ville, est située i mi-côte d'une montagne élevée; j)r reconnus une construction fort anoea* qui mérite d'être décrite.

La source , qui sortait à une aa* grande profondeur, a été mise à déco* vert par une tranchée dans le roc vît. Un canal de 31 mètres de longueur i été creusé pour donner issue auiw; le tout a été revêtu d'une maçduent solide de pierres de taille. Le canal est en partie voûté, et en partie recotrnrt de plates -bandes; la prise dVaaj»

trouve dans une petite salle ronde mtée en cône, de 10"\3S de hauteur et de S111,^ de large, dont la partie «£ rieure est percée, et forme parcassequent un puits en dehors.

A moitié de la hauteur de la salle est une autre galerie qui n'a que 11 mètres de longueur ; elle est voûtée en platebande.

La montagne dans laquelle est taillée h fontaine appartient à la formation de craie; les eaux sont portées à la ville par des canaux de poterie à fleur de terre ; cette eau est naturelle et de très-bonne

3ualité. Il faut croire qu'elle jouissait , ans l'antiquité, de quelques vertus thé rapeuthiques; car on lit près du canal cette inscription :

Renerefment à' toné les dieux Sérapfa par Alexandre Apollookl*, qui a été guéri.

La ville actuelle est située exactement sur l'emplacement de l'ancienne ; elle est bien bâtie et défendue par des murailles en bon état. Les jardins qui l'entourent sont bien entretenus et amplement arrosés par des puits et des norias; quelques-uns de ces puits sont carrés et paraissent remonter à une époque fort ancienne.

La forteresse est entourée par la mer de trois côtés, et séparée de la ville par oo fossé profond. On reconnaît dans cet ouvrage la main des chevaliers chrétiens. Plusieurs bas-reliefs sont encastrés dans le mur extérieur, et paraissent avoir appartenu à un même monument :

ce sont des combats d'amazones. Ce fort fut bâti par les chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem , au commencement du quatorzième siècle, peu de temps après qu'ils eurent été mis en possession de l'Ile de Rhodes. Dans la partie nord, il y a une lagune qui peut avoir servi de port du temps des Grecs.

La montagne d*ou sort la source d'Hippocrate forme une sorte d'amphithéâtre tourné vers la ville. L'afOuence des eaux pluviales dans le même point * causé l'ensablement du port, dont les saux stagnantes causent annuellement quelques fièvres.

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