CHAPITRE IX
PINAJU.— MIIfABA.
Les anciens écrivains ne sont pas d'accord sur l'origine du nom de Pinara ; cette ville passait pour avoir été fondéepar Pinarus,undes filsde Trémilu», qui débarqua avec les premiers Cretois.
C'est toujours l'habitude des Grecs de donner aux villes comme aux peuples le nom d'un héros fondateur, il paraît plus naturel de s'en rapporter à la tradition conservée par Etienne de Byzance, qui fait dériver le nom de cette ville de sa position près d'une montagne élevée et extraordinaire; le mot Pinara en langue lycienne signifiait montagne. En effet,
t ii. n A\
L'UNIVERS
le site de l'antique Pinara est tout à fait conforme à cette interprétation.
M. Fellows a retrouvé au village de Minara,situé à cinquante-quatre kilomètres ( au sud-est) de Telmissus cette même montagne d'une forme particulière qui a donné le nom à la ville. Ce nom s'est conservé avec très-peu d'altération chez les indigènes, le mot turc Minara, Mi* nareh, tour, clocher, ayant une signification qui s'appliquait également à la Situation du village.
L'histoire de Pinara est dès plus brèves ; elle était au nombre des six principales villes de la confédération lycienne, et ses habitants rendaient un culte au héros Pandarus, peut-être le même dont Homère vante les exploits.
Si l'on s'en rapporte à une autre tradition, le premier nom de cette ville était Artymnessus ; elle fut colonisée par les Xanthiens (1). Dans toute la période hellénique il n'est pas fait mention de cette ville, et elle parait être restée tout à fait en dehors des affaires politiques sous l'empire romain. Oubliée de la sorte, ses ruines se sont conservées presque intactes au milieu d'un peuple qui est peu destructeur, et représentent encore aux yeux du voyageur le tableau d'une grande cité lycienne avec<ses monuments publics entourés de tous coûtés par les tombeaux des générations passées. Les esquisses de cette ville , publiées par les membres de l'expédition anglaise, donnent le désir de connaître plus en détail cette cité remarquable dont M. Spratt fait le plus intéressant tableau. Malgré les rapports pompeux qui lui avaient été faits des ruines de cette ville, la réalité surpassa encore son attente.
Les ruines de l'ancienne ville sont situées à une petite demi-lieue du moderne village, où les voyageurs anglais trouvèrent le meilleur accueil. Cette population vivant loin de toute relation avec le monde moderne a conservé dans ses mœurs et dans ses costumes plus d'une empreinte de l'antiquité; le vêtement des femmes, leur fière tournure et la grâce de leurs mouvements en ac* complissant les actes les plus simples de la vie domestique, rappelaient aux
(i) tfenecrate ap. Rilter, t. IX, 965.
voyageurs les figures sculptées sot kr bas-reliefs. Bien que musulmane, il est bien probable que toute cette populatki de la Lycie n'est pas de rare ton», les conquérants de l'Asie Mineure te sont très-peu répandus dans ces m* tagnes et l'ancienne populatfoo iaà* gène du massif montagneux de la Ljà et de la Pisidie a dû se perpétoer m peu de mélange. Ceux qui ont visité m régions, y compris l'auteur de eehm parlaient trop superficiellement la tegue turque pour distinguer s'il y 1 ém ce pays quelque variété de dialecte àa lequel on pourrait retrouver auekn* lambeaux de l'ancfenne langue du an Ce sont des observations qui, jôato»
tant d'autres, devront appeler Fattesw des futurs explorateurs.
Une roche colossale ayant la ta»
d'une pyramide tronquée domine* profond précipice, elle est couronnée* fortifications et percée de milSeis • tombeaux. Dans le fond du ravis* aperçoit les monuments de la viHeell nombreux sarcophages; te toorf ombreux du Cragus se décotjputj lignes accentuées , occupent le fort* tableau ; les ruines de la ville l'êtes* sur tes pentes des deux autres eofisi rocheuses sur lesquelles B'élevaieaHj monuments grandioses de dam styles. Aussi loin que la vue peat m dre , les rochers environnants sont M forés d'une innombrable quantité I tombeaux : en un mot, toutconesaj!
prouver que l'ancienne Pinara étoM des villes les plus populeuses, lei m puissantes de la Lycie. J
Le théâtre est le premier éeifieej attire les regards; ses substract**" construites en pierres |>olyg0aitej portent le caractère d'une h*** jn quité ; H est situé sur la ses* **j colline boisée qui tait faee à w riM jourd'hui l'on fouit du haut de WJJ d'une admirable perspective, #^3 jusqu'à la mer ; mais nous nesstjjj trop répéter que les anciens *P«*fl n'avaient pas cet avantage (1) : **] murailles fermaient les wctenasisj de spectacle comme toc nôtres; le ptfj nium s'élevait en face de la s*-*?
seraient devenues les voix des *&
(1) Spratt, Tmels i* Lycm, 1. 1, stf*"
ni au milieu de rumnendté
Près du théâtre est «ne construction ancienne, avec des colonnes ioni»
dont quelquesHuies sont accouplées I etiroeiées; pins loin sont de beaui loophages avec leurs couvercles en jhre; ils sont situés au pied de l'aerofe inférieure, qui elle-même est cou* Me d'une niasse de constructions dans «are eydopéen. On y trouve un petit Être ou odéum et un grand portique averse, sans doute par un tremblent de terre. Sur le chemin qui con* É à l'acropole supérieure on rencont va groupe remarquable de sarco* âges disposés autour d'un énorme nbeaub&ti en forme dliérouia, c'est- Ère avec un soubassement suppor- M oa monument carré ; la chambre alerale contient des banquettes pour wer les corps.
La nseriptions sont rares à Pinara, (k que les monuments sont cons* Ésavec cette brèche lycienne (1) peu lp» à être gratée : aussi les anciens tanrtsavaàent-ite l'habitude de revêtir i tao les monuments qu'as voulaient Nrer finement.
fa remarque cependant un tombeau Hé dans le roc dont la façade est dé* lie de mascarons, et dans l'intérieur i panique on voit un bas-relief re* fcentant une ville avec ses monu* torses murailles garnies de crête. Les sarcophages à couvercle en P* sont souvent décorés de scènes [wmbat, comme on en voit un à Tel- ■ws. Ritter remarque avec raison Jees sujets représentent des jeux fum exécutés en mémoire du défunt, u plupart dés tombeaux taillés dans we sont inaccessibles ; ils présentent •peet de simples grottes dont le som- Kest cemtré. II est certain que pour icreuser on suspendait les ouvriers * système de cordages, comme le dit
[w caractère des monuments de Pi-
*» présente cette singularité qu'ils
**mnt tous construits dans la né*
W** .qui précéda rétablissement des
r°™i« en Lycie. Cette ville, par sa
. M y«ju chap. XI. p.
* M^.-uaaaei^esl.
position au centre des montagnes et loin des routes suivies par les armées a échappé aux révolutions qui bouleversaient les populations plus accessibles.
Cependant la religion chrétienne y fut pratiquée.
Les ruines d'une église s'élèvent au pied de la seconde acropole, à l'entrée d'un profond ravin dpjit les flancs recèlent de nombreux et remarquables tombeaux de style tycien.
Les causes de l'abandon de cette ville sont faciles à déduire de sa position même ; elle n'a jamais été une place forte et comme telle son existence dans les temps modernes n'avait aucune importance; son territoire rocheux était improductif, le commerce et l'industrie de ses habitants étaient nuls; elle était donc fatalement vouée à la décadence et à l'oubli.