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CHAPITRE XX

APBBLJE. — CYANEiE. — ILE DOLÏ- CHISTE.

Les difficultés que présente la conformation du massif montagneux de la Lycie, entre la rivière de Myra et le port Sévédo, nous décida à nous rendre par mer aux ruines d'Aperlœ et de la Cyaue» maritime, qu'on appelle aujourd'hui Cacamo.

Le 30 avril 183G,nousquittâmesleport Sévédo à neuf heures au matin , avec une brise d'ouest; le soir, le navire mit en travers, c'est-à-dire stationna en pleine mer sans faire de route; nous étions au sud de la grande baie Hassar : c'est ainsi que la nommait notre pilote, dans laquelle il y a un mouillage à l'abri de tout vent, mais qui est complètement déserte. Cette baie doit être celle d'Acroterium,quiétaità cinquante stades d'Antiphellus. Le lendemain, nous jettions l'ancre sous le château de Cacamo, entre 111e et le continent. Ce port est le plus beau et le plus sûr de toute la cote de Caramanie mais il manque d'eau douce

Une Ile longue et rocheuse s'étend de l'est à l'ouest parallèlement à la cote; c'est l'ancienne Dolichiste, appelée au* jourd'hui Kakava ada si, 111e des perdrix ; ce sont en effet les seules êtres vivants que nous y rencontrâmes.

Dolichiste fut cependant le siège d'un centre de population assez considéra-

ble; les insulaires se plaisaient, comme leurs voisins les Lyciens, à tailler les rochers pour y établir des habitations.

On à peine à comprendre que dans un lieu où la pierre de taille abonde, où le sol est encore vierge de toute habita* tion , ces populations aient imaginé le, genre le plus difficile et le plus dispendieux d'installer leurs demeures.

' Les constructions de l'Ile Dolichiste sont presque toutes des bâtiments civils; ceux qui sont au bord de la mer, paraissent avoir servi de remises de galères, Néosiki des Grecs, et Kaik haut chez les Turcs. Aujourd'hui encore Ici eaux de la mer entrent dans de grandes salles où l'on pourrait rentrer des canots. J'avais douté, dans une première exp)o*| ration, que cette partie de Hle et da; continent voisin eussent subi un mouvement de dépression ; mais dans un te* cond examen du terrain que je fis * 1842, je me range du côté des observateurs qui m'ont précédé, et je reconnaii gue plusieurs de ces monuments ont dl étredes habitationsavant d'être envahies par les eaux.

Les innombrabes maisons delHet Nea que construites en pierres assemblées i joints irréguliers, dits pélasffiqoes,st paraissent pas remonter à une nauteaalh quité. On remarque des voûtes en béton; | le mortier est généralement emplojré, | et l'appareil des pierres est peu soigné» ' on voit dans le voisinage de ces maisons d'antres constructions évidemment byzantines; mais il y a absence com$& d'inscriptions, de signes ou decaractà* quelconques, comme si les gens oui **, bâti ces édifices avaient ignoré Vvaf de l'écriture. !

. Les constructions que nous vert* de mentionner s'étendent tout le 1*1 ■ du port, c'est-à-dire du canal quisépart llle du continent; nous n'y avons pas * de tombeaux, la nécropole était ssr ■ terre ferme.

Le canal qui sépare l'île du contioe»

a cinq cents mètres environ de Iffpt le fond est de roche, et l'ancrage trfr solide. Il n'y a pas de port mieux abntë il a une sortie à 1 est et r® l'ouest (1).

l'autre

(i) Voyos la planche 5$, eoMt^"dans l'île de Kalava.

È le continent s'élèvent les forufimodernes qui ont appartenu à , * ville torque de Cacamo, presptntti déserte aujourd'hui qu'une ville tique. Si Ton en juge par ce qui sub- «t encore, cette forteresse a dû être ■m certaine importance dans le •yen âge ; elle défendait en même Bips la côte et le mouillage, et d'ail Pappareil très-soigné de certaines vailles (1), il est à croire qu'elle s*éim l'emplacement d'une ancienne

s donnons (2) une vue de ce château [du tombeaux lyciens qui subsistent pore. Ce lieu réunit tous les genres ptérét, la beauté des lignes du payb maritime, les souvenirs de l'antife, et ceux du moyen âge.

pe nombreux tombeaux lyciens s'éfi& de toutes parts sur les aspérités I rochers. Sur les pentes du terrain, Nt çà et là des restes d'édifices h«s parmi lesquels il faut remar- W des maisons d'habitation cousîtes en appareil irrégulier, des tom- Nnavecberfèdre, et au pied du château |pit théâtre ou odeum entièrement K dans roc ; tous les sièges subsistent

K. Ce singulier monument est au des rochers ; on est frappé du Itate de cette nature sauvage et B monument qui atteste une civilisak raffinée (3).

w mosquée s'est installée dans un « temple antique ; ici comme ailleurs, Wte appelle le culte, une inscription fectères archaïques mentionne des wons en argent faites par divers pw» le sol de la mosquée est une tique antique.

bus devons maintenant rechercher Nie ville appartiennent les ruines laous venons de parcourir : un (notent isolé sur le rivage doit nous prendre. Cet édifice est carré; il est fcposé à l'intérieur de plusieurs salles, instruction, selon les partisans de

F 'on a appelé l'école pélasgique, dedater des temps héroïques, car il * bâti en blocs à joints irréguliers

t) PI. *3.

tyyoyetptaicue »3, odeum taillé dans

W Livraison. (A si* Mineurs.)

réunis sans ciment : c'est eu tout point la définition de ce système de construction ; cependant les fondateurs de cet édifice vivaient du temps de Vespasien, et pour éviter toute incertitude à la postérité, Us ont eu soin de dire dans l'inscription qui existe encore au-dessus de la porte, que cet édifice avait été bâti depuis les fondements EK BA- 8PÛN : il n'y a pas moyen de discuter. Mous avons publié in extenso le texte de cette inscription, qui n'a pas été assez remarquée : elle est ainsi conçue :

« Le sénat et le peuple des Aperlîtains ont construit ce bain (PoXotvéïov) depuis les fondements, et l'ont dédié à l'empereur Titus iElius Vespasien (I). » Une salle de cet édifice se termine en hémicycle couronné par une partie de sphère, tout cet appareil est à voussoirs, indice d'un travail romain (2).

La même inscription nous apprend donc que cette ville est l'ancienne Aperlae et non pas Aperrae, ni Apyrae comme l'ont écrit Hiéroclès et Etienne de Byzance, et de plus, que dans le second siècle on bâtissait encore à joints irréguliers.

A l'ouest de Itle Kakava s'étend un vaste estuaire ou une crique marécageuse que les paysans grecs* nomment port Tristomo, nom tiré de l'italien, dont nous ignorons l'origine. Tout, aux alentours, est désert et sauvage; l'air est empesté pendant l'été, et les habitants se sauveut a la montagne; ceux qui restent pour garder les demeures se font des échafaudages qu'ils couvrent en roseaux, et couchent à l'abri des émanations du sol. Un rocher isolé, qui s'élève au nord du port Tristomo, est couronné par une acropole antique bâtie en assises réglées et a bossage. Dans l'angle ouest, qui forme une petite presqu'île, s'élèvent d'autres rochers dans lesquels sont creusés des tombeaux de style lycien ; nous en avons remarqué un dont la façade est ornée d'un bas-relief représentant un homme nu, sans doute le défunt, armé d'une fronde. Le même tombeau contient une inscription qui apprend que ce monument appartient à un habitant •

(i) Voyez Description de lAsie mineure, in -fol., t. III, Lycie, explication des planches.

(a) Voyez page 64*, cul. 1.

L'UNIVERS

de Cyaneaj : ou doit en conclure qu'en ce lieu était une ville du même nom. On sait si peu de chose touchant la constitution des communautés lyciennes, qu'on doit se borner à constater les faits que Ton observe : cette Cyanae maritime ne peut-elle pas être le port ou l'échelle des Cyanéeus comme Antiphellus était celle des Phellitains.

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