CHAPITRE XXI
ANDBIAGE. — SURA. — MYRA.
Derrière l'acropolis de Tristomo nous allâmes examiner les ruines très-considérables d'une ville du moyeu âge dont nous n'avons pu retrouver le nom.
Il y a plusieurs églises, des bains, des citernes; mais tout cela est d'une construction grossière, en petits moellons reliés par un mauvais ciment : Simena, citée par Pline et par Etienne de Byzance, étant placée, dans le stadiusmus, à soixante stades d'Aperlœ, la position de cette ville inconnue ne peut lui convenir; ces ruines sont cependant antérieures à toute invasion musulmane, et ne peuvent avoir été habitées que par des Grecs.
Pour donner une idée de la difficulté que présente le parcours de cette région, soit a cause des solitudes, soit à cause de sa conformation compliquée, un jeune officier de marine partit du bord pour nous rejoindre par terre à Myra, qui n'est éloignée aue de vingt-quatre Kilomètres ; il perdit sa route dans les montagnos, erra pendant deux jours sans nourriture et sans eau , et dans la matinée du troisième il atteignit un campement de Yourouks qui le conduisirent à Myra. Nous devons ajouter à oes difficultés l'extrême confusion des noms entendus de diverses manières par les voyageurs européens. Ainsi, les Anglais écrivent tous Cassabar, cheflieu de la Lycie inférieure, tandis que le vrai nom est Cassaba, dérivé du mot arabe bien connu des Algériens Casbah, château; ils écrivent Guendever au lieu de Kandiva, Dembra au lieu Demeri :
tout n'est pas facile à débrouiller pouf les géographes.
Le 2 mai le commandant du brick te Dvpetit'Thouars m'ayant fait pré-
parer une chaloupe avet douze boom et des provisions , nous partîmes ara le commissaire et un officier du brid, pour continuer notre exploration Je u côte. Nous primes un pilote à Awte pour aller mouiller au port Ami*, l'ancienne Andriace, à quatre lieuej marines à l'est de Kakava. Hfautpc aller à Andraki faire l'est-aord usqu'à la baie YaU: là on décos 'entrée du port Andraki indiquée une tour hellénique, la Pointe Pj portulans. Il faut ranger la côte pour entrer dans la rivière, a cant la barre qui existe à l'embouchure. I canots mouillent dans une crique À jette un cours d'eau abondant, aï rivière qui n'a qu'un mille et k de parcours, alimentée par d«fl sulfureuses froides et legèremeai lées qui sortent des rochers. O a d'eau est noté parles anciens gèogn) corn me la rivière d' Andraki ; c est ai mouilla la flotte de Brutus et de fi tulus dans leur campagne coati»
Lycie. La rivière d' Andraki es I quentée par d'énormes potssonif* raissent attirés par la saveur d«4 L'antique Sura, célèbre par an * qui se rendait au moyen oeag«J était à peu de distance du çoHt * draki : cette ville est menuofiaet Pline (1) à Myra en Lycie*, les* p«f de la fontaine d'Apollon Curienarfl après trois appels donnés ausofii flûte, et disent l'avenir. Se jMer* viandes qu'on leur donne, c'est à augure ; le contraire arrive rite f Commit
pas de fontaine dans les ruinai dd on doit regarder les sources s** aue j'ai mentionnées comme b d'Apollon Curien. On doit aoaf Pline place cette fontaine à Mjn pas à Sura (2).
Les ruines de Sura ont été par M. Spratt à une heure etOT marche a l'ouest du naonatffc] Myra. Sur l'indication des monastère, il remonta la pJaû* *]
(i) Pline, XXXII, 8.
(a) La correction de Cvrmm m *" Pline saiig.t èàiL iSSi.a'trt wae*«f tivée. Cf. PlnUrch, de SoUrt, mimlA Ét.Byz, v. Saura.
ASifc MINEURE
p'à une colline rocheuse, en passant it un tombeau d'ordre oorin- (i);il entra ensuite dans la petite ) de Sura, qui s'étend jusqu'à la ; elle est séparée de la barre d'Ani pardes collines basses (2) descenjusqu'à la mer. Une éminenee de aute pieds environ au-dessus de bine est couronnée par une peforteresse au sud de laquelle se w on beau sarcophage portant une iption lycienne. rfautres sarcosont ornés de cartouches qui conit le nom de Sura. On voit un dus loin un piédestal avec une insdoot les premières ligues sont au eulte d'Apollon ; le reste est Ue. Les ruines de Sura ne paraispas dépendre d'une ville eonsidé- ': c'était sans doute un centre reliqui vivait de ses oracles.
a est marquée comme étant disjh sept kilomètres d'Ândraki, cette m paraît exacte.
MYBA.
chaloupe ayant franche la barre, Jtmes encore un mille et demi en liant la rivière d'Andraki avec brasses d'eau.
i matelots s'installèrent dans une
sur le rivage, et établirent leur
avec des avirons. Un nègre que
trouvâmes en débarquant nous
i an chameau pour charger nos
», et nous allâmes au monastère
va, situé à trois quarts d'heure du
âge, dans une telle plaine bien
fc. Ce couvent occupe les environs
[lise de Saint-Nicolas, probable-
w basilique construite par Théo*
I sous le nom d'église de Syon,
te Myra fut déclarée capitale de
ge (Test un grand édifice carré ,
fenêtres à l'extérieur, occupé par
*n familles grecques.
petite vérole ravageait la popula-
peeqoe : le matin même , on avait
W un habitant du monastère. Sa
« était sur la porte., chantant sa
*» de mort, et s'arrachant les
(Mae dans ks planche» <fe Myra, Am
■*, in-iot, t. m.
) Trwelt in Lfeia, 1. I«, 636.
cheveux par un mouvement cadencé; elle s'arrêtait à certains moments, et poussait des cris aigus ; après quoi elle recommençait une sorte de danse saccadée , s'accompagnant d'un chant traînant et monotone. Nous fûmes installés dans une des cellules. Les caloyers , au nombre de trois ou quatre , qui desservent ce couvent sont de pauvres moines sales et ignorants; ils n'avaient pas vu d'Européens depuis plus d'un an. Ils assurent que saint Nicolas était évéque dans cette même église, et que son corps est déposé dans un caveau. La cathédrale est dans le même style que celle que nous avons vue à Déré agazî , mais k plan en est moins grand. Les chapelles latérales sont voûtées en pendentifs et décorées de mauvaises peintures; l'une d'elles représente la Passion.
Il est avéré, parles documents qui suivent, que depuis plusieurs siècles le corps de saint Nicolas \ne repose plus dans cette église; c'est une erreur dea caloyers, qui du reste parait s'être m** difiee depuis mon passage, car ils prétendent aujourd'hui que le corps de l'évéque a été récemment transporté en Russie (1).
Saint Nicolas de Myra est regardé comme un des plus grands saints de la légende. Il est né à Patare de Lycie, dans le troisième siècle; il fut ordonné prêtre par l'évéque de Mvra, du même nom que lui , et devint évéque à son tour sous l'empereur Dioctétien.
D'autres légendaires pensent que la naissance de Nicolas n'est pas antérieure au cinquième siècle, attendu qu'il n'est pas nommé dans le dénombrement des évêques depuis l'an 420 jusqu'en 350.
Il ne parait pas dans le concile de Chalcédoine,
Le culte de saint Nieolas fut établi publiquement en Orient dès le commencement du sixième siècle- L'empereur Justinien lui consacra une église à
(i) We were informed, by the priesl, that this preciutis treasure (the shrine or the relies) Vas taken to St-Petersburg by a russian frigate, dnring the greek révolution. The eut» peror aent a gaudy picture as a aubftilute, and it u now an object of great adoration... etc. Travth m Lyeia, by Spratt and Forbes, ton. I, p. x66.
byCyÔOglC
LUNIVERS.
Constantinople,-dans le quartier des Blacberuos. Il fut honoré en France, au neuvième siècle, avant même que ses reliques fussent transportées eu Italie.
La légende raconte de la manière suivante Penlèvement clandestin des reliques du saint par des marchands italiens; ce récit sert à fixer d'une manière certaine la date de la construction de diverses églises.
Le tombeau de Myra était le but de nombreux pèlerinages , et les Osmanlis ne se faisaient pas faute de l'invoquer. Or, la ville de Myra fut prise , la sixième année du règne de l'empereur Nicéphore, par Achmet, général du calife Haroun. Il voulut détruire le tombeau de saint Nicolas; mais les chrétiens, pour conserver leurs reliques, trompèrent l'Arabe par une fausse indication, et un tombeau voisin fut saccagé.
Depuis cet événement, le tombeau de saint Nicolas resta encore à Myra l'espace de deux cent quatre-vingts ans, pendant lequel on fit diverses tentatives pour l'enlever.
Enfin, par une manœuvre dont les légendaires ne paraissent pas avoir compris toute la déloyauté, les reliques tombèrent entre les mains des Latins.
Quarante bourgeois et marchands de Ban , en Fouille , se rendaient en Syrie dans le dessein d'aller commercer à Antioche. Se trouvant dans les parages de Myra , ils conçurent le projet d'enlever les célèbres reliques; ils envoyèrent secrètement reconnaître les lieux, pour prendre les mesures et sûretés nécessaires, et remirent à leur retour l'exécution de leur projet.
Étant à Antioche, quelques-uns d'entre eux ne purent s empêcher de s'en ouvrir à quelques Vénitiens de leur connaissance, oui déclarèrent avoir conçu , de leur coté , un semblable dessein et y persister.
Il n'en fallut pas davantage aux gens de Bari pdur leur faire expédier promptement leurs affaires dans la crainte de se voir devancés.
S'étant remis en mer, ils s'arrêtèrent à la rade de Lycie et surent de leurs espions que la ville de Myra était toute déserte , et qu'on ne trouvait presque personne ni dans le monastère , ni dans [église de Syon, où était déposé le
corps de saint Nicolas. D n'y liait,»
effet , que trois religieux qui gardirart ce saint dépôt; tous étaient Mean dans la désolation par suite des hostilités des Musulmans.
Les gens de Bari firent accroire à»
religieux qu'ils étaient envoyés du p$ de 1 ancienne Borne, pour pourvoir t la sûreté et à l'honneur de ces sainîej reliques , en leur procurant un asile a Italie ; ils achevèrent de les gagna 4 leur donnant cent écus d'or à châtia par vaisseau. J
Après diverses prières , ils rwm le tombeau de marbre à grands ood de marteau ; ils y trouvèrent une as de même matière , et crurent d'an que c'était un grand vase de parfjj ils remarquèrent qu'elle était à m pleine d'une liqueur admirable qui»
semblait à une huile très-puw, û selon les religieux, sortait du en même du saint et transpirait à m le marbre. Il parut à ces pèlerins fl avait déjà touché au corps du sa pour en prendre quelque partM les os étaient pêle-mêle hors de ■ situation naturelle, et la tête w part. Ayant tout rassemblé dans ■ caisse très propre, ils enletèraM reliques le 20 avril de l'an 10S7. J
Les navires revinrent à Bari M huit jours. L'arrivée pVces rm causa une grande sensation dans m la chrétienté. L'huile miraculeuse j distribuée à différents monastèr&l 1100, l'évêque d'Amiens se «ai Bari pour en obtenir une fioM 1660, elle attirait un concours iœH de pèlerins à Worras, en Pafafogj
Dès l'année 1089 , des procès** deg fêtes avaient été instituées ta m neur du nouveau saint , et les m avaient jeté les fondements d'unes oui existe encore à Bari. Les floral rétaient emparés de cette «*J 1073; ils concoururent , avec tej tants , à la construction deb**i cathédrale. Enfin, en 1103; c'esùj seize ans après l'arrivée des rw l'église de Bari fut inaugurée par w d'Apulie, premier roi normand dti cile. L'église est sans ti^nstpt^ n'est pas complètement es «** basilique; elle tient plotêt da strie tin que du style byzantin.
ASIE MfNEURE.
Vénitiens, oui avaient été devanpar les gens de Bari , ne se tinrent Kir battus, et ils trouvèrent de transporter, eux aussi, à , les reliques de saint Nicolas, s légendaires, pour accommoder tous i hauts faits de dévots peu serupup, prétendent que le saint Nicolas Venise est ronde du précédent , et D est honoré avec saint Théot(l).
lais les reliques de ces bienheureux tardèrent pas à se multiplier dans le ade chrétien. On comptait à Paris fora églises sous cette invocation :
collégiale de Saint-Nicolas du Lou- 9 l'église abbatiale de Saint-Nicolas Champs; enfin, Saint-Nicolas du v, que saint Louis fit abattre pour r la Saiote-Chanelle. Le chef de s Nicolas fut déplacé, et on ne peut arec certitude ce qu'il devint.
tons fûmes rendre une première viaox antiquités de Myra.
paraît que dans le moyen âge la i de Myra s'étendait dans la plaine, en rencontre d'abord une vaste ente carrée, entourée de murailles de Ibre, qui a sans doute appartenu à ffle byzantine. Toutes ces murailles t laites de débris d'anciens monuits. On apercevait la nécropole de > dans les rochers, et nous savions 1 avait. existé un théâtre : un ca- *" nous y conduisit , et nous troues un des plus beaux monuments de pare gué j'aie encore vus. Toute la * était décorée de colonnes de grak£ordre composite; il en reste une *e en place avec le pilastre voiîjes autres sont gisant devant la Wle du proscenium.
« portes sont d'un très-beau trajet dans la salle des mimes on voit [mule un monceau de chapiteaux , ""fiques tragiques et d'ornements de espèce. Ce théâtre est bâti en ealeaire blanche, compacte, aussi que le marbre ; la scène est tour- } vers le sud; la galerie de Test est
i1) Orderic Vital , publié p«r M. A. Le- «Jit, |. m. *. Suriu», rit* Sanct.
W. in-fol. — Aogdi , rie des Saints, «A». - Gally Knighl, Ecdesiastical *tecturc gf ïtaly.
lec
double, et conduit à la seconde pré»
cinction. On avait accès à la première par le théâtre et par la galerie circulaire de ta seconde précinction. Toutes ces galeries sont d'une magnifique construction , sans mortier. Il y a vingt-sept rangs de gradins à la première précinction , et il devait y en avoir vingt à la seconde. Nous abandonnâmes le couvent dans la soirée, pour venir nous loger dans un grand kenac , ou maison de campagne, appartenant à l'agha de Cassaba. Le vieux Turc , qui est son beau-frère, fit quelque difficulté de nous admettre, craignant que nous n'apportassions avec nous l'épidémie du eouveutf mais quand il sut combien nous étions liés avec l'agha de Cassaba, il nous reçut à bras ouverts.
Nous occupâmes sur-le-champ les matelots de la chaloupe à fahre des fouilles pour retrouver le podium de la première précinction du théâtre; les habitants vinrent nous aider à mettre le feu aux broussailles qui encombraient la salle des mimes.
Le gibier abonde dans la plaine de Myra; les geais bleus, les sirènes, les tourterelles venaient jusque dans notre galerie. Un bœuf coûte 22 fr. 50 cent., un mouton, 4 fr.; tous les produits sont en proportion, car la plaine de Myra n'est habitée que par une tribu yuruque qui fait peu de commerce.
I^es tombeaux de Myra méritent une attention particulière entre tous ceux de la Lycie. Ils sont au nombre de trente, tous taillés dans le flanc de la montagne; les uns sont entièrement détachés du rocher et forment une sorte de portique imitant une construction de bois et portent des inscriptions lyciennes, l'un d'eux cependant contient une courte inscription grecque : « Arsace de Myndus ». Généralement Tépigraphie lycienne est très-brève.
La plus intéressante de ces inscriptions est une idylle en trois mots, une déclaration (Tamour gravée sur la porte d'un tombeau par un jeune berger de Myra :
« Moschus aime Philiota la fille de Dé- « métrius. » Les caractères sont tracés avec une pointe , peut-être avec le fer de sa houlette.
Un certain nombre de bas- reliefs d'un bon style sont exécutés à une
L'UNIVERS
grande hauteur dans le rocher ; il» représentent cette cérémonie funèbre qu'on appelait Conclamation.
La montagne de Myra s'élève à l'an* gle de deux vallées : la ville faisait face au sud. La vallée de l'est, où coule la rivière de Myra, est celle dont nous avons reconnu l'origine dans la vallée de Cassaba.
Sur le flanc oriental de la montagne se trouve une seconde nécropole toute taillée dans le roc, dont les tombeaux ont un aspect plus grandiose encore (1). Le rocher des tombeaux s'élève à pic audessus de la plaine ; il est dominé par la montagne de l'acropole citée par Stra> bon (2). Ceux qui ont été à même de comparer la nécropole de Petra avec celle de Myra donnent la préférence a cette dernière pour la majesté des lignes.
Un des tombeaux est décoré d'un fronton de six mètres de base , dans le tympan duquel est sculpté le combat d'un lion et d'un taureau. Deux colonnes d'ordre ionique et deux pilas* très supportant des têtes de lion en haut-relief soutiennent le portique. Un grand bas-relief de neuf figures est placé au-dessus de la porte.
Un autre tombeau non moins important est orné de bas-reliefs presque grands comme nature, représentant la vie du mort ; on le voit d'abord enfant, il est nu et tient à la main un preferi* ctUum, cuiller pour les sacrifices ; on le voit ensuite adulte à côté de sa mère ; dans un troisième tableau il est pré* sente par son nère à une matrone qui tient par la main une jeune fille : c'est son mariage; enfin il est couché sur son lit funèbre, il tient à la main un rhyton vide, il a épuisé la coupe de la vie.
La plupart de ces tombeaux sont d'un accès très-difficile; nous fûmes obligés de faire venir un câble de la chaloupe pour en atteindre quelques-uns.
Dans la plaine du sud on voit plusieurs cénotaphes de l'époque romaine ; l'un deux est en forme de petit temple. U est une remarque à faire avant de quitter les ruines de Myra, c'est qu'on n'y rencontre pas un seul sarcophage avec le couvercle en ogive, genre de mo-
(t) Voyez planéhe 6o, Nécropole à Myra. (») Strabon, XIV, 665.
avaient si ttuRipié dots \ei «foi villes de Lyeie.
A notre retour à Andraki, je fis fifo une reconnaissance aux abords du arad édifice décrit par le capitaine Beaofart mais le marais qui l'entoure était»
praticable.
D'après l'inscription placée sur le frontispcie, ce monument était on grenier bâti par ordre de l'empereur Hadrien ; il est d'une conservation parât et divisé en sept chambres ayant dacune une porte : celle du milieu est m montée de deux bustes.