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CHAPITRE XXXVIII

»AL HZ SEBAÏ.— ASPENDUS.

? Syllsutn aux rives de l'Euryméi toute la grande plaine de Pamjk paraît avoir été uniquement oc- • par des cultures. Peut-être le grand apria rendait-il le pava trop malsain r qu'on pût y établir îles habitations i- Mais aujourd'hui il ne reste ancun n vestige dans cette vaste plaine, jws pauvres villages sont habités «s familles de bergers.

H heure après avoir quitté Sylh i on entre dans une forêt d'arbres *°te futaie dont les éclaircies sont

remplies d'inextricables buissons d'àguus castus. Un peu au nord de la route on rencontre le village de Pinalar, et six kilomètres plus à l'est, celui de Couchlar (des oiseaux), sur une colline. La route se prolonge à perte de vue sous un berceau de verdure; malgré la beauté de cette forêt vierge, il est dangereux d'y passer la nuit; c'est là que le voyageur anglais Daniel I a contracté la fièvre pernicieuse qui Ta enlevé.

Le mont Sardemisus est indiqué par Pline entre Perga et Aspendus, Etienne de Ryzance. fait aussi mention d'une ville de Sardessus où le culte de Jupiter Sardessius était pratiqué. Nous n'avons rencontré que la montagne de Hassar ou Syllaeum et celle du village de Couchlar qui pouvaient avoir servi d'assiette à une ville antique; c'est en ce dernier lieu qu'il convient de placer Sardemissus; P. Mêla nomme cette ville Sardemisus.

Dans tout le parcours que nous avons fait pour arriver au bord de l'Eurymé- ■don, nous avons vainement demandé s'il existait aux environs quelque lac (Gheul) ; les indigènes nous ont toujouis répondu qu'ils n'en connaissaient pas.

On peut bien regarder comme tel des terres basses qui sont sans doute marécageuses en hiver, mais au mois de juin tous ces terrains sont parfaitement secs ; c'est ce qui nous autorise à dire que le lac Capria est desséché. Strabon n'aurait pas mentionné comme un lac une lagune marécageuse.

D'autres voyageurs ont bien fait mention d'un Capri et du Capri sou , nom qui frappait l'oreille comme une réminiscence du lac Capria; c'est une erreur de mots faite par quelque interprète. Le cours inférieur de l'Eurymédon s'appelle Keupri sou , et le petit bourg à l'embouchure, Keupri bazar; l'un signifie : la rivière du Pont , à cause d'un ancien pont romain jeté sur le fleuve , et l'autre : le marché du Pont , pareeque chaque semaine les villages voisins se réunissent pour un marché :

c'est là tout le souvenir qui reste du lac Capria. Tout paysan à qui l'on demandera s'il existe aux environs quelque lieu nommé Keupri ou Capri, ne manquera pas de répondre affirmative* ment.

La ville d'Aspendus était située à l'extrémité de la plaine de Pserga , sur une montagne isolée et à soixante stades de la mer (1). Conduit par un Turcoman de la plaine, nous avons retrouvé ces ruines au village de Bal Kiz serai. Chemin faisant, il nous racontait une de ces histoires qui charment les orientaux et dont le fond est toujours le même : une princesse enlevée par un amant qu'elle dédaigne, llamlaren padicha, le roi des serpents , aimait la reine des abeilles, qui demeurait dans la forêt voisine; une demande en mariage ayant été repoussée, le roi des serpents résolut d'enlever la reine; mais pour parvenir à son but il fallait traverser la vallée; c'est alors qu'il Ht construire un pont gigantesque dont vous voyez encore les ruines. Au bout de l'année la reine mourut en laissant une fille qu'on nomma Bal Kiz, la fille du miel; et le roi des serpents lui fit construire un vaste palais au sommet duquel il fit graver le portrait de Bal Kiz, et à l'appui de son récit, le vieux Turcoman nous montrait un aaueduc partant du pied du Taurus et aboutissant à la montagne. Le palais de Bal Kiz n'est autre chosequ'un immense théâtre romain merveilleusement conservé et bien propre à inspirer aux sauvages habitants de ces montagnes des légendes féeriques.

Les ruines d'Aspendus sont éparses sur la montagne ; on v retrouve l'ensemble de tous les édifices qui ornaient les villes grecques, mais elles sont effacées par le splendide théâtre dont la conservation a lieu de surprendre.

Il n'y manque en effet que les ouvrages qui étaient en bois : les portes et la couverture, et encore retrouve-t-on les amorces de toute la charpente dans les trous de scellement qui restent sur les murs.

La façade du proscenium est bâtie en grandes pierres de taille à- bossage, on entre dans l'intérieur par trois grandes portes.

Au premier étage est un rang de fenêtres ceintrées et le mur est couronné

(i) Slrabon, XIV, 667.

On voit qu'il a beaucoup de r.u>poru« le théâtre d'Orange. De chaque eoiéi la grande façade, qui fait saillie sur r* semble, sont deux grandes portes m conduisaient dans l'orchestre.

Une double inscription en grec 01 latin est répétée sur chaque pom,J est ainsi conçue:

« Aux dieux de la patrie et àkaui^ des augustes. »

« Acurtius Crispinus ArruatiMM Acurtius Auspicatus Titioniaurf fait élever cet édifice conformémstf 1 testament d' Acurtius Crispions. •

Ces mots, Domui augustorm a* quent suffisamment que ce théâtre construit sous le règne d'AntoaàM Lucius Vérus.

Une autre inscription placée « l'intérieur nous dit le nom de fis* de cet ouvrage.

« Le sénat et le peuple ont taj Zenon l'architecte du théâtre « ■ travaux de la ville; l'ont bonoitff statue dans le théâtre, et loiesii présent d'un jardin pires deftf drome. ».

La grande salle des mima"1 dans toute la largeur de la sa*; « dessus étaient deux autres gatawjj du premier étage et la salle de tf* des machines.

Aux deux extrémités mimes sont deux escaliers

rites de li s*j scaUeis q» m \y dans les aM

1AAC CM* dflÉtl

vent les trois étages ,

des chambres destinées sans ds*i

chefs des jeux.

On entre sur la scène par <m K celle du milieu, la porte lûjtki»' plus haute. . ,

La façade du proscenium éttjHJ de deux ordres de colonnes vtfm et portées sur des piédestaux, des»* chaque porte. *

L'ordre du rez-de-chaussée** que, l'entablement est en rosAj** orné de tôtes de victimes et de*" tragiques. ^

L'ordre supérieur est corw^ porte une frise ornée de rijJjT corniche est ornée de modffl»caissons représentent des asasq»»

giques. , ,,

Chaque couple de coma» es

i monté d'oD fronton alternativement ar- ! rondi et angulaire.

! Le centre de la colonnade est sur-

! monté d'un grand fronton dans le

Tympan duquel est sculptée* une figure

i dé femme oue , les cheveux tombant ;

elle sort du calice d'une fleur et tient

dans ses deux mains des rinceaux de

! feuillage , c'est cette figure que les

habitants regardent comme le portrait

I de Bal Kiz.

Les gradins de la saile sont tous en «place; il y a vingt et un rangs à la première précinction et dix-huit à la seconde. Des escaliers desservent tous les étages, et deux grands vomitoires conduisent du dehors à la première préfjfloetioQ.

Le portique supérieur est absolument intact, il est composé de cinquante [.trois arcades; les colonnes engagées ont Bans la partie supérieure une console Uni portait sans doute un buste.

| De chaque côté de l'orchestre est une [loge pour les personnages consulaires.

i Le pulpitum est massif, on ne peut en pconnaître les dispositions intérieures ; pais sur les ailes eo retour et au-dessus Be la colonnade on reconnaît les amorces ue la charpente qui couvrait la scène, f«Ie formait un appentis d'environ huit kmètres de largeur, la partie supérieure fjfioinmuoiquait avec la galerie dès comtes. Après avoir vu cet édifice il ne L«ste aucun doute sur la manière dont va scène des anciens théâtres était disposée, le jeu des machines. La hausse ret la baisse de cette grande toile qu'on appelait le Catablema se faisait par le «omble. Toutes les machines décrites par Pollux trouvent leur place dans cet édifice. L'orchestre est vide aujourd'hui, nous ignorons s'il contenait des sièges jfclon la mode romaine ou s'il servait pour les évolutions du chœur selon la mo.Je grecque.

11 est certain qu'on a donné des représentations dans ce théâtre jusqu'à une époque assez avancée de la décadence, les peintures barbares et les figures incorrectes qui existent encore air le proscenium en font fou

Le mur de soutènement des gradins f*t parallèle à la scène, ce qui n'a pas lieu dans les théâtres grecs. A côté du théâtre, au nord, est l'hippodrome, bâti

aussi par Zenon, cet édifice est envahi par les lianes et dans un état de destruction avancée.

Sur le sommet de la montagne on retrouve les ruines de l'agora , de la basilique et d'autres édifices que nous n'avons pas déterminés.

L'aqueduc traverse la plaine, supporté par un double rang d'arcades en pierres de taille ; en approchant de la montagne d'Aspendus, le canal se relève, c'est un véritable siphon comme celui que nous avons vu à KaJatnaki; il vase déverser dans un château d'eau au niveau de la montagne.

Aspeudus colonie d'Argos était une des plus anciennes villes de la Pamphyhe, ii en est fait mention au cinquième siècle avant notre ère. Kn 301 Thrasibule ayant été chargé de faire rentrer les villes grecques sous le pouvoir d'Athènes, débarqua près d'Aspendus pour aller lever les contributions; ses soldats s'étaient dirigés vers la ville et avaient pillé quelques habitants; les Aspendiens firent une sortie nocturne et tuèrent Thrasibule dans sa tente.

Lorsque Alexandre se présenta devant Aspeudus les habitants avaient consenti à lui rayer cinquante talents et à lui livrer les chevaux qu'ils élevaient pour le roi de Perse ; plus tard ils refusèrent d'accomplir leurs engagements.

Alexandre fit entourer la vùle et s'apprêtait à en faire le siège, lorsqu'ils consentirent à se soumettre. Si l'on en juge par l'état des ruines, Aspeudus ne fut jamais une place très-forte, toutes les murailles sont écroulées, et nous n'avons pas reconnu l'emplacement de l'acropole, mais nous savons que les arts étaient cultivés dans cette ville grecque avec plus de succès que dans aucune autre, les nombreux objets précieux qui la décoraient avaient tenté Verres, ce qui fit dire à Cicéron (1) : Aspendus est, comme vous le savez, une ancienne ville de Pamphylie ; elle était remplie de statues très- estimées, je ne dirai pas telle ou telle statue fut enlevée : je dirai Verres vous les avez enlevées toutes des temples et des lieux publics ; elles furent entassées sur des chariots et emportées hors de la ville.

(0 lu Ym-em ac. If, lib I, XX.

pendus, statue célèbre que Verres fit mettre dans ses appartements. Pillées de la sorte les villes grecques n'avaient plus sous les Byzantins que des édifices vides. Après les statues on pilla les tombeaux et peu à peu les populations désertèrent.

L'embouchure de l'Ëurymédon paraît avoir subi de notables changements depuis l'antiquité; les alluvions ont fait reculer la mer ; quand nous voyons la puissance des atterris»

sements à Tembouchnre du Tibre nous ne devons pas nous étonner que depuis le cinquième siècle avant notre ère, la physionomie de cette côte ait été aussi modifiée. Du temps de Pomponius Mêla (1), <■ du haut d'une colline tresélevée Aspendus, colonie des Argiens, jouissait de la vue de la mer »; aujourd'hui le rivage est éloigné de quinze à dix-huit kilomètres, ce qui est un peu plus des soixante stades de Strabon.

L'embouchure de l'Ëurymédon fut le théâtre d'une des plus importantes victoires remportées par les Athéniens sur les Perses en 469 avant notre ère. Les vaisseaux des Perses étaient au nombre de trois cent cinquante, d'autres disent six cents, lorsque l'Athénien Cimon arriva avec sa flotte , les Perses tentèrent vainement de prendre la fuite , ils perdirent tous leurs navires. Cimon ayant débarqué avec ses troupes acheva sur terre la destruction de l'armée perse. Aujourd'hui l'embouchure du fleuve est obstruée par des barres de sable, à peine si les barques peuvent les franchir dans les hautes eaux.

Le pont sur l'Ëurymédon est bâti sur des fondations antiques; on le traverse . pour se rendre à Sidé , le port le plus oriental de la Pampbylie; mais avant d'arriver à cette ville nous remonterons le fleuve jusque dans la montagne pour visiter les ruines de Selgé.

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