CHAPITRE XLI
CILICIB.
A peine a-t-on franchi le fleuve MajNvghat, l'ancien Mêlas, qu'on se trouve dans une contrée aride et sans bois, différente en tout point de la fertile Pampoylie. Les villes de la côte n'ont jamais été que des châteaux entourés de quelques maisons, véritables repaires le pirates , toujours exposés aux attaques des gouvernements réguliers qui se sont succédé dans ces parages, et l'on peut ajouter que depuis trois mille ans, la Cilicie n'a pas changé d'aspect. Le gouvernement de la Porte n'a jamais exercé sur ces montagnes qu'un pouvoir contesté; dans aucune autre partie de ses domaines on ne trouve autant de beys indépendants. La race turcomane y a fondé des dynasties dont le nom est à peine connu en Europe ; les tribus de Rnamadan oglou, de Utch ok y ont vécu pendant de longues années dans un état de liberté parfaite. La première possédait les districts d'Adana et de Tarsous. De nos jours le bey Samour, (tait maître d'une partie de l'Anti-Taunu, Méhémet Ali a possédé pendant ieptans les districts de Tarsous, d'Adana *t d'Orfa, et son fils les posséderait encore si l'Europe ne se fût mêlée de ses affaires.
Les rapports les plus récents publiés siffla Cilicie, peignent cette province sous les couleurs les plus tristes ; les anciennes villes ne présentent plus que « l'image d'une complète destruction lentement accomplie par le temps » ; le sol est envahi par les hautes herbes , les ronces et les broussailles, qui ont effacé jusqu'aux traces des routes (1). L'étude de
(i) Vict. Langloi*, Rapport au ministre de
la Cilicie n'est plus profitable qu'au point de vue géographique ; l'état des villes du littoral se résume toujours par ces mots : un château du moyen fige en ruine entouré de huttes de terre.
L'ancienne Cilicie était divisée en deux régions ; la Cicilie rocheuse ou la Tracheotis a l'ouest, et la Cilicie champêtre à l'est ; c'est celle qui renferme les districts de Tarsous et d'Adana ; le fleuve Pyramus en détermine la limite orientale.
Les anciens étaient d'accord pour regarder la population de la Cilicie comme originaire de Phénicie , ils résumaient ce lait en disant que la Cilicie fut peuplée par le héros Cilix fils d'Agénor, Phénicien (1), la langue parlée dans le pays était différente du grec, et les médailles les plus anciennes contiennent des légendes et des symboles qui se rattachent aux mythes et aux divinités des Phéniciens. (Test aux relations constantes avec ce dernier peuple que les Ciliciens doivent cette aptitude aux expéditions maritimes qui finit par en faire une nation de redoutables corsaires. Le gouvernement de la Cilicie paraît avoir été monarchique dès le principe, il était conforme en ce. point aux gouvernements de l'Assyrie et de Babylone, avec lesquels les rois de Glicie étaient en rapports politiques très-étroits.
La Cilicie, conquise par Alexandre sur les Perses, suivit le sort des autres provinces de son vaste empire ; elle tomba sous le gouvernement des rois de Syrie, sous celui d'Achaeus ensuite, et fit partie du royaume que les Romains consentirent a laisser, au delà du Taurus , au roi Antiochus vaincu.
La CilicieTraehée commençait au cap Coracésium , montagne isolée* au sommet de laquelle Diodote Tryphon avait bâti une forteresse où il cachait le butin ramassé dans ses expéditions maritimes. Son exemple fut bientôt suivi par les autres chefs de bande dont les châteaux étaient disperses sur le littoral, c'est à partir de œ moment que les Ciliciens devinrent un peuple de pirates. Leur principal bénéfice consistait
l'Instruction publique, p. 54, 5S; tSS4> in-8°.
(i) Hérodote, VI, 91.
étaient entreposés à Sidé et de la conduits à Délos pour être vendus jusqu'en Italie. Trypbon, après une vie aventureuse, fut pris et tué par Antiochus, Gis de Démétnus, 144, avant notre ère ; mais la piraterie prit d'autant plus d'extension que les gouverneurs romains étaient soupçonnés d'y prendre part(l).
Le cap Coracesium, aujourd'hui cap Alaya, est relié au continent par un isthme sablonneux ; il a été comparé à Gibraltar, et l'isthme représente le Neutral groundy qui sépare de l'Espagne la plus formidable forteresse de l'Angleterre dans la Méditerranée.
On trouve autour de la montagne quelques vestiges de murs pélasgiuues, restes du château de Tryphon, qui fut démoli par Pompée.
Le port était sûr pour les bâtiments grecs, et la principale exportation consistait en bois do eèdre. Marc- Antoine Gt présent de ce district à Ciéopâtre, qui exploitait les forêts du Taurus pour la construction de ses flottes.
La petite ville d'Alaya est bâtie au pied de la montagne, à l'est du mouillage. On y compte environ deux mille habitants ; les maisons s'élèvent en amphithéâtre et sont couvertes en terrasses. Cette ville est bien déchue depuis le moyen âge, quand la marine des Seldjoukides était florissante. Strabon nomme ensuite Hamaxia, la ville des transports; c'est là qu'on embarquait les bois (2). Hamaxia était à cent stades, 18 kilomètres, à l'est de Coracesium.
A l'est d'Alaya, la c6te de Cilicie est dominée par les sommets déchirés du mont Imbarus, qui s'élèvent à seize et dix huit cents mètres, et les pics les plus élevés atteignent jusqu'à trois mille mètres selon l'estimation du capitaine Beaufort (3). Ces régions font partie de risaurio, et appartenaient au pays des Homonadicns.
Le petit fleuve Sélinus vient se jeter dans la mer près d'un promontoire élevé qui marqué remplacement de l'ancienne
(i) Slraboo,XIV, 668 ; Plutarch., Fie de Marc- sent.
(a) Straboo, XIV, 66o.
'3) Caram., p. 179.
une ville importante.
Elle acquit une nouvelle célébrité par la mort de Trajan, qui vint expirer daas ses murs au moment où il allait réduire une révolte des Juifs, en Pan 1 17 de notre ère. La ville reçut alors le nom de Trajanopolis, quelle ne conserva pu; elle reprit plus tard son ancien nom.
Cette partie de la Cilicie était aussi connue sous le nom de Sélénitis.
Les ruines de Sélinus ont conserve le nom de Sélenti ; elles consistent a quelques débris de monuments encore indéterminés, un portique avec des fûts de colonnes et d autres édifices , toas dé l'âge romain.
Vient ensuite le cap Anemurium, ** plus sud de cette côte. H forme la ém sion entre le golfe d'Adalia et celui è Tarsous.
Les ruines d' Anemurium consistes* en murailles flanquées de tours , ia théâtre, des aqueducs et des tombeau tous édifices qui ne sont pas anîériean au second siècle.
Célenderis passe pour avoir été f»
dée par les Phéniciens ; elle reçut etsuite une colonie de Samos. On n'y observe aucun vestige archaïque, lesruiofi les plus antiques sont de rage roman, les plus nombreuses sont byzantines; cette ville parait avoir été très-pop** leuse dans le moyen âge, quand ks Vénitiens et les Rhodiens tenaient cent côte.