CHAPITRE XIII
ITINERAIRE DB SABANDJA AGEÏVEH (2), L'ANCIENNE TOTTOEUM, ET A NiCEE.
En sortant de Sabandja, on suit la grande route de caravane qui traverse obliquement l'Asie, et l'on fait quelques kilomètres dans la direction de l'est. Le terrain que l'on parcourt est très-accidenté. Il est presque entièrement composé d'argile plastique entremêlée de marnes verdâtres contournées, talqueuses, qui paraissent servir de lit à l'argile.
La nature des cailloux roulés par les torrents indigue que ces terrains ne s'étendent pas tort loin ; car les ruisseaux charient de nombreux fragments de quartz et de serpentine.
Après neuf kilomètres de marche, on se retrouve sur le terrain de grès rouge de la même formation que les collines du pont de Sabandja, et sans doute le même que Ton retrouve a Nicomédte.
Après atoir franchi cette colline, la nature du terrain et du pays change subitement ; on descend dans une vallée profonde enclavée dans des montagnes presque à pic, composées d'un poudingue dans lequel il entre des cailloux de quartz et de jaspe, et d'une roche blanche analogue à la baryte sulfatée. Le ciment naturel qui unit ces différentes natures de roche n'offre aucune solidité, de sorte qu'elle se désagrège facilement , et ses parties constituantes vont se répandre dans le lit des torrents.
. (i) Plutarch., Je Fluvi'u, 1. II, p. 14. (a) Prononces Ghéîveb.
Dû-
LTJNÏVERS.
Le cours du fleuve qui arrose cette vallée, grossi par les eaux et la fonte des neiges, vient chaque année ronger peu à peu la base des falaises, qui s'écroulent en élargissant la vallée. Il n'est pas difficile de trouver au rnilieu des cailloux qui encombrent le lit des ruisseaux des fragments de jaspe rubané rouge et vert d'une grande beauté ; les
fiarties polies par les eaux laissent voir es plus brillantes couleurs.
En continuant la route, on se trouve sur une formation schisteuse qui engendre des rocs pointus et des formes très-tourmentées; on arrive ensuite à une vallée transversale qui est un des affluents du Sangarius ; c'est une rivière rapide, dont les eaux sont jaunâtres et charrient beaucoup de sable elle coule au milieu d'une formation de poudingue très-dur, qui s'étend presque jusqu'à Nicée.
La ville de Geïveh est située sur la rive droite du Sangarius ; on traverse le fleuve sur un pont musulman de six arches, ouvrage du sultan Bayazid. La vallée a environ quatre Kilomètres de large. Geïveh est dans la plaine, et du côte du sud la vue est bornée par la ligne des montagnes du Toumandji dagh, qui fait partie de la chaîne de l'Olympe. De nombreuses cultures de mûrier et des jardins bien arrosés couvrent les environs. Les melons et les fruits de Geïveh sont célèbres dans la contrée ; mais la difficulté de transport
?|ui existe dans toute la Turquie d'Asie orce de les consommer presque sur place ; on en porte cependant jusqu'à firoussa. Geïven était autrefois une ville assez considérable; elle avait au delà de trois cents maisons; elle fut totalement ruinée par une inondation du Sangarius qui la rasa presque entièrement sous le règne de Mourad IV (1640); jamais elle ne s'est relevée de cet échec. Les maisons construites depuis cette époque
Saraissent avoir été bâties en prévision 'une autre inondation; elles sont pour la plupart élevées sur de grands piliers de bois et bâties en terre battue.
Il y a plusieurs caravanséraïs et une
chétive mosquée; autrefois elle avait
plusieurs écoles et des mosquées, qui ont
disparu.
On trouve à Geïveh assez de vestiges
d'antiquité pour être certain qu'elle oc cupe la situation d'une ville antique ; i y a sur la grande place plusieurs dé bris de sarcophages, et un autel orn de palmettes sur lequel on lit en grand caractères le nom AX1AAEÏ2; uu autr fragment de cippe en marbre porte sa sa partie supérieure la trace de deu pieds qui appartenaient à une statue d grandeur naturelle.
En jetant les yeux sur les itinéraire anciens, on reconnaît une ville de Tôt tœum, située sur la route de Constant] nople à Antioche, entre Oriens Medi et Dablis, à vingt-huit milles de la prc mière et à égale distance de l'autre.
Tottoeum se trouve également sur l route de Nicée à Àncyre, et dans 1 vallée du Sangarius elle est marquée quarante milles de Nicée, distance qi convient parfaitement à Geïveh <i) Dablae est à vingt-huit milles, etDadai tana, où mourut l'empereur Jovien (2 à quaraute-ciiM] milles. La tablede Pei; tinger est aussi d'accord avec ces dij tances. Dadastana est marquée par An mien Marcel lin comme étant sur 1 frontière de la Bithynie et de la Ga latie. Il v a sept heures de marche o vingt-huit kilomètres eutre Sabandja < Geïveh.
Ak serai, la Maison blanche (doua kilomètres de Geïveh), petite ville sac importance, est situéesur la rive gaucfa du Sangarius, que l'on traverse sur u bac en venant de Geïveh; les fragment d'architrave et de colonnes que l'on pei trouver dans Ak serai proviennent <j Lefké, l'ancienne Leucs, qui en est di tante de huit kilomètres ; mais elle n'ei pas sur la route directe de Nicée.
LEUGA.
La ville de Leucie est située sur ur petite rivière appelée Lefké sou que colonel Leake et d'autres géographe ont démontré être la même que le fleui Gallus, qui, selon Strabon, prenait i source dans la Phrygie Hellespont que (3) et allait se jeter dans le Sai gariusà trois cents stades deNicomédic
(i) Itinér. Jnt., p. 14 1.
) Àiïimien Marc.r 1. 7" ) Strabon, XH, 543.
(a) A m mien Marc., I. XXV, ch. x.
„ , cependant qu'il est différait do fleure (fallas cité par Pline (l), duquel les Galles, prêtres de Cybèle, avaient pris leur nom ; ce dernier fleuve doit couler aux environs de Pessi-
U Gallus qu'on appelle Lefké sou prend sa source dans le versant orientée de l'Olympe ; on rappelle Bedrè iribai, il coulé vers Test, rassemblant tous les cours d'eau secondaires et notam- Beot celui qui s'échappe du lac d'Aij*h gheul (le Lac du Miroir), voisin de la petite viUe du même nom dont le site répond à celui d'Angelocomé des Byzantins ; enfin il va se jeter dans le SiDgarius à Test de Lefké. Dans leur habitude de confondre ensemble tous les cours d'eau, les Turcs, donnent aussi à cette rivière !e nom de Sakkaria ( le Sftfigarius),cequi a pendant longtemps apporté beaucoup de confusiou dans Hydrographie de cette province.
Aineb gbeul est une ville de trois mille, habitants dont la principale industrie (assiste dans l'exploitation des forêts.
Hi cultivent aussi de fa soie, qui se vend mm le titre de soie de Broussa. Sa si* tsatioo sur la grande route de Constantbople à Kutayah la rend assez florissante.
De Geîveh à Nicée en ligne directe on compte quarante-huit kilomètres, on laisse Lefké au sud. La première poste est à Ak serai* douze kilomètres, la vallée du Songarius qui s'étend à perte de me est peuplée de nombreux villages composés chacun de quinze ou vingt maisons. On fait une courte halte à Mécridjé, huit kilomètres. A partir dece point on abandonne le bassin du San* garius pour entrer dans celui du lac Ascanius ou de Nicée. En sortant de Mécridjé, on franchit un col élevé ; le terrain de grès rouge gue l'on n'a pas quitté jusqu'à Ak serai fait place à une nature de roches schisteuses et de micaschiste.
Arrivé au haut de la montagne , un splendide spectacle se déroule aux regards. Le lac de Nicée étend à l'horizon sa nappe argentée; de loin en loin, des groupes d'arbres indiquant des villages ombragent le tableau,, et les troupeaux
H) U*. v, ch. 3.
nombreux disséminés sur les collines vertes animent le paysage, dont le fond se compose des sommets resplendissants de l'Olympe. Tant de silence et de solitude ont succédé aux marches guerrières des nations. Cet amas rouge de briques , c'est Nieée où se sont battus avec acharnement presque tous les anciens possesseurs du sol, les Romains comme les Byzantins, les musulmans et les croisés, et maintenant à peine Fhaèttant de ces lieux sait-il le nom de cette ville qui fut si chèrement disputée En descendant dans la vallée du tac, on arrive, après une heure de marche, à un ancien camp retranché en ruines. C'est une enceinte carrée flanquée de tours; ^endroit paraît abandon né. Les habitants donnent à cet endroit le nom de Kara eddin (la Religion notre). C'est un des anciens camps construits par les croisés pendant qu'ils assiégeaient Nicée.