CHAPITRE XIX
CI US, GMIO.
La petite ville de Ghio, l'ancienne Cius, est située au bord de la mer sur le revers oriental d'une colline dépendant du mont Katerli; elle n'occupe qu'une très-petite partie de la ville antique; l'ancien port est aujourd'hui comblé et converti en jardins ; mais le port moderne offre un excellent mouillage et contient un arsenal où l'on construit de grands navires.
Cius est une des plus anciennes villes de la contrée, puisqu'elle passe pour avoir été fondée par Cius, l'un des Argonautes à son retour de Colcbide (2).
Cette ville, placée à l'entrée d'un golfe bien abrité, en communication avec le lac Ascanius par la rivière du même nom , devint bientôt un lieu d'entrepôt considérable , attira dans son sein de nombreux colons grecs. C'est pour cette raison qu'elle fut aussi regardée comme une colonie des Milésiens. On connaît peu de chose de l'histoire ancienne de Cius qui paraît n'avoir jamais été qu'une place de commerce. Philippe, fils de Démétrius, après avoir détruit Cius et Myrléa, ville voisine, les donna toutes deux à Prusias, fils de Zélas oui rebâtit la ville et lui donna le nom de Pruse. Pour la distinguer de celle qui existait au pied de l'Olympe, on l'appela Pruse sur mer Prusa ad mare. Les habitants de Prusiade vécurent en paix avec les Romains et en reçurent quelques privilèges.
(i) EU By*., V. Therma, Pythopolis.
(a) Slrab., XII, 563.
Cependant le nom de Cius subsista toujours, et l'on peut dire que c'est celui qui a prévalu ; car le nom moderne de la ville que les Grecs appellent Ghio n'est que 1 altération de I ancien nom Ktos. Les croisés, qui avaient fait de ce port leur principal point de débarquement en Asie, lui donnaient le nom de Civitot, et pour compléter la multitude de noms que cette petite ville a reçus depuis l'antiquité, les Turcs rappellent Guemlek, ce qui veut dire chemise, parce que c'est de cette ville que viennent par transit les chemises de soie que l'on fabrique à Broussa.
La position de la moderne Cius est des dIus heureuses ; le beau golfe de Moudania développe ses flots bleus devant les maisons bâties en amphithéâtre, et derrière la ville s'élève le mont Argantbonius, célèbre dans l'anti-
3uité par la fable du jeune Bylas, favori 'Hercule, qui, au moment où la flotte des Argonautes était mouillée dans le port , descendit à terre pour puiser de l'eau et fut enlevé par les nymphes.
Nous avons rapporté la tradition conservée par Apollodore qui attribue à Polyphème la fondation de Cius; celle de Strabon est différente; c'est l'Argonaute Cius , autre compagnon de Jason, 3ui, revenant de la Colchide, s'arrêta ans ce port et fonda la ville à laquelle il a donné son nom (1). Les Grecs aimaient beaucoup cette fable dHylas (2), et le souvenir de cet événement se perpétua parmi les habitants de Cius, oui instituèrent une fête nocturne appelée Oribasie, pendant laquelle on courait par la montagne en portant des flambeaux et en appelant Hylas.
Le nom d'Hylas fut donné à la source et au ruisseau près duquel on suppose que le jeune Argonaute avait disparu. Ce cours d'eau, qui est qualifié fleuve par la plupart des géographes anciens, est encore ignoré aujourd nui (3).
Le mont Argantbonius qui domine la ville fut ainsi appelé d'Arganthonis , femme de Rhésus (4) ; c'est une montagne , boisée et découpée par de longues
(i) Strab., XII , loc cit.
(a) Virg., Ed., 6.
(3) Pline, Y, 3a. Strab., locciU
(4) Et. Bvi., jirgantkoms.
ASIE MINEUEE.
fausts, mA détend le long de la Pro- [«•tide. La rivière de Ghio forme une asse de séparation bien tranchée entre les don natures de roches qui constituent on montagnes ; celle qui domine Va vile de Ghio offre de nombreux gisawats de serpentine et de marbre eiadiidont on faisait des colonnes.
Les reste* d'antiquité les plus reaaroaables dans l'ancienne Cius sont les murailles, qui datent certainement •t b fondation de la première ville; eu» s'étendent depuis l'acropole , où est aujourd'hui la demeure de l'agha , fmtfi b ba<se ville; leur construction ci blocs assemblés à joints irréguliers ém le style pélasgique est des plus reaorqaabies. I«es dimensions de chape pierre ne dépassent pas un mètre orré; la face de la pierre est à bossage et les joints sont régulièrement aplanis
On doit faire observer que cet appareiieol n'est pas une condition de très- Batte antiquité , car il a été pratiqué pr les Romains; mais de leur temps hotêrieur du mur était rempli en bloeaje «ni avec du mortier; tandis que daasta haute antiquité il n'y a jamais detstrtier employé dans la construction des ■Drailles. Pour nous conformer à rapression reçue, nous appellerons pénspaues les constructions a joints irrégttiers que nous aurons à décrire, mais taas attacher à cette expression une astre idée que celle de la forme des pierres et non pas d'antiquité.
Les monuments romains sont presque ta» détruits. Cest ce qui a lieu dans tuâtes les villes qui ont conservé leur maktioo. Mais les fouilles faites pour la construction des maisons mettent •otvent à découvert des fragments d'areteeeture. On a retrouvé dans un
Ken dehors de la ville moderne r lacement d'un temple dont les entonnes entières mais couchées sur le •al sont en marbre cipolin; elles ont 1^64 de longueur; les chapiteaux corinthiens sont en marbre blanc. Malheureusement les habitants s'empressent f stihaer dans leurs constructions tous les fragments d'architecture qu'ils rencontrent. Voilà pourquoi les inscriptions •art ta rares à dus.
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BOUTI DS 6H10 A BBOU88A.
La route de Ghio à Broussa se dirige droit vers le sud ; du moment qu'on a passé la rivière, on commence à monter et l'on ne quitte plus le pays montagneux. La route est belle et très-praticable, parce qu'elle est fréquentée par les chars qui portent des bois de FOlympe à l'arsenal de Ghio. Le transport se fait au moyen d'attelages de quatorze à seize bœufs; lorsqu'on emploie les buffles on n'en met que six. Ces animaux sont en Asie beaucoup plus grands et plus forts qu'en Italie ; leurs cornes sont un objet de commerce considérable à Coostantinople.
Sur toute cette partie de la route, la nature est tout à fait à l'état sauvage. On franchit des collines rocheuses couvertes de végétation. A dix kilomètres environ de la ville, on descend dans un vallon qui était autrefois coupé par une énorme muraille d'appareil pélasgique ; le milieu a été démoli pour faire passer la route; cette muraille se prolonge à droite et à gauche jusqu'au sommet de chaque colline ; elle est bâtie en pierres de grande dimension assemblées à joints irréguliers, et porte tout le cachet d'une haute antiquité. Placée ainsi loin de toute ville, on ne peut que supposer qu'elle a été élevée pour séparer deux peuplades , peut-être les Doliones et les Mysi. Ces murs frontières, unes ou clo> stirm, sont assez dans les habitudes de ces temps, et la muraille qui existe en cet endroit ne paraît pas avoir eu d'autre destination. Il serait intéressant de savoir où sont les points d'attache ; peut-être en suivant son parcours serait-on conduit à quelque découverte.
Après avoir franchi un second col , on descend dans la vallée du Niloufer, que l'on passe sur un pont de bois. Les sommets de l'Olympe se développent à la vue dans toute leur majesté ; le paysage de Broussa, vu du cdté du nord, est des plus magnifiques qu'on puisse imaginer.
BOUTE DE MOUDAMA A BROUSSA. APAMEA MYBLEA.
Myrlea était située au fond du golfe du même nom et à peu de distance à
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l'ouest de Cius; c'était une colonie de ColophoD qui prospéra pendant quelques années comme ville indépendante.
Mais elle fut prise et détruite par Philippe, roi de Macédoine, Gis de Démétrius, père de Persée, et qui donna son territoire à Prusias, roi de Bithynie, son
Î ;endre. Ce prince la rétablit et lui donna e nom cT A pâmée, sa femme.
Myrléa prit sou nom de Myrlus, chef de la colonie des Colophoniens; enfin Etienne de Byzance (I) dit que estait le nom d'une amazone Le nom d'A-
Jiamée fut le seul qui subsista pendant a période romaine.
Les habitants conservèrent le droit d'administrer leurs affaires (2) ; dans quelques circonstances seulement ils le remettaient entre les mains du proconsul.
La ville de Moudania, qui occupe remplacement de l'ancienne A pâmée, est située au bord de la mer. Ses maisons blanches s'élèvent sur le penchant d'une colline et sont entourées de jar? dins d'oliviers et de vignes. On ne trouve aucun vestige d'antiquité , et l'ancien port est complètement détruit, Moudania est le principal point de débarquement des navires qui font le transit entre Broussa et Constantinople ; H est préféré à celui de Ghio parce que ta route qui conduit $ Broussa est plus praticable.
Les principales ressources de Mouidania consistent en huile, blés et fruits'; il n'y a aucune industrie. w
Les bâtiments mouillent pour ainsj dire en pleiue côté; le golfe, , qui fut successivement appelé de Ciùs , de Myrr lén, portait dans le moyen âge le nom de golfe de Polimeur; il est difficile de savoir pourquoi, car aucune ville de ce nom n a jamais existé.
Un peu à l'ouest de Moudania, sur la côte , se trouve le village de Siki (des figues), ainsi nommé à cause des nombreuses plantations de figuiers qui l'entourent. C'était jadis une petite ville avec une église grecque dédiée à saint Michel. Près du rivage est une belle source qui arrose quelques jardins. Sur les cartes anciennes ce nom est défiguré
(i) V. Myrlœa.
(a) Pline, Uu.9 liv. XLVI.
sous celui de Seguino comme celui d Moudania sous celui de Montagnac.
On trouve à Moudania une maisoi de poste assez mal administrée, où Toi peut prendre des chevaux pour se rendr a Broussa; la route n'est que de ving kilomètres. On commence à monte au milieu des jardins qui bordent I côte ; le pays n'est pas très-accidenté, e quoique la terre paraisse propre à tout sorte de culture, le pays est a peu prè désert et la terre en friche. En descen dant la dernière colline , on arrive ai bord de la rivière Niloufer, qui sépar la plaine de Broussa des terres de Apaméens. j
La rivière Niloufer, qui traverse f
{Haine de Broussa, prend sa source su e versant est de l'Olympe et entour comme d'une ceinture* tout le pied de li montagne, recevant tous les cours d>aj nui en descendent, et notamment 11 Goeuk déré, qui est le plus considéra ble (1 ). Le cours de cette rivière est très encaissé et souvent dangereux; elle vj se jeter o*ahs le Rhyndacus, à huit kilo mètres au-dessus de son embouchure ei longeant au sud le lac Apollonias. Non ne connaissons le nom de cette rivièi] qu'à partir du quatorzième siècle, ^ nous en sommes réduits aux conjecture sur son nom ancien. Cependant le géographes modernes sont assez (Tac cord pour l'identifier avec le fleuv Odryssès , d'après ce passage de Stra bon (2) tiré d'Hecatée, « Après la yilli d'Alazja est le fleuve Odryssès. B vira de l'occident, du lac Duscylitis, travers! la plaine de Mygdpnie et va se jeté dans le Rhyndacus. •
De tout ce passage le tfiloafer ni remplit réellement qu'une seule coq dition, c'est de se jeter dans le Rbyn dacus. « Il vient 4c l'occident » «
( i ) La belle Niloufer, femmedb commandai de Biledjik, tomba au pouvoir d'Osman, q< s'était emparé de re château. Dam le partaj du butin la captive fur donnée par le seltanj son fib Or k ban, lequel, charmé de sa l*enjj l'épousa, et en eut un fik, qui fiit'Mourad F Eu souvenir de ce mariage, les compagne* d'Osman donnèrent le nom de Niloufer (N< ,nwphar) au petk fleuve qui traverse la plaitl de Broussa , et son nom byzautin est re*j ignoré.
(a) Strab., XK, 55o.
■eapre&ioD vague qui n'est que rebtite; mais surtout il ne sort pas du kDasrvfitis puisqu'il descend de PO- Irmçe. Cependant comme aucun cours fan «table ne vient dans ces parages scjfterdansIeRhyndacus, touten con- «motle passage de Strabon comme pe80jft,on s'est accordé pour donner k m «TOdryssès au Niloufer d'aujwdboi.
New traiterons cette question plus « détail en parlant du lac Dascylitis.