CHAPITRE XXII
BROUSSA MUSULMANE.
L'ensemble de la ville de Broussa se compose delà ville proprement dite, du château et des faubourgs; le tout forme une suite de constructions ayant en longueur quatre kilomètres environ et en largeur un kilomètre, placée sur un des penchants de l'Olympe, dont les sommets encadrent un'riche et majestueux paysage. Les faubourgs s'étendent à droite et a çauche, et le château , solidement assis sur une roche élevée, domine la ville, et forme une enceinte crénelée flanquée de tours massives.
Trois portes donnent accès dans la ville, celle du nord, appelée Tabak Ca-
{tousi (la Porte des assiettes), celle de 'est, Yer Capou si (la Porte de terre), et celle de l'ouest Kaplidja Capou si (la Porte des bains).
MO
L'UNIVERS
Deux autres petites portes, appelées l'une Siodao Capou si (la Porte de la prison), et l'autre Sou Capou si (la Porte de l'eau), conduisent du château sur les penchants de l'Olympe; mais ne sont fréquentées que par un petit nombre d'habitants de la campagne qui apportent des provisions. L'ancienne ville, oui est encore entourée de murs, est établie sur un rocher à pic du côté du nord. Les portes sont bâties de briques et revêtues de dalles de marbre. Pococke cite une inscription qui mentionne l'empereur Théodore I«ascaris comme un des constructeurs de ces murailles.
Du côté de l'ouest, le soubassement des murs est antique; il est construit en grands blocs de travertin posés en parement et eu boutis>e. Le chemin qui conduit de cette porte à la vallée voisine est taillé au ciseau dans le roc et paraît remonter à une haute antiquité.
La câtedu sud, c'est-à-dire dans la partie
3ui fait face à la montagne, la ville est éfendue par une fortification complète, la muraille l'Agger et un large fossé.
Les tours sont espacées d'environ vingt mètres ; elles sont carrées et construites en travertin et en blocs de marbre provenant en grande partie de monuments détruits. On remarque quelques fragments de sculpture d'un bon siylè.
Au delà des murailles sont les cimetières, plantés de hauts et magnifiques cyprès. Les fossés sont occupés maintenant par des plantations de mûriers. Cette enceinte paraît occuper l'assiette de l'ancienne Pruse, qui, au dire des auteurs contemporains , était une ville de peu d'importauce. Cette partie de la ville est habitée uniquement par les Turcs; les nanitants chrétiens , arméniens et juifs résident d a nslesfaubourgs. Du côté du sud il existe trois portes, mais toutes du moyen âge. Près de celle du milieu, il existe une ancienne prison, remarquable par un puits carré, large et profond, dans lequel on renfermait autrefois les prisonniers. Le rocher sur lequel la ville est bâtie est un tuf calcaire déposé par les nombreuses sources, et oui forme un véritable travertin. Le faubourg de Émir sultan est situé sur la route de Nice*; celui de Tchékirgueh est traversé par la route de Moudania; c'est de ce côté que surgissent
les nombreuses et intarissables sources thermales qui ont une si grande celébrité dans tout l'Orient. Deux magnifiques mosquées forment le centre de chacun de ces faubourgs et paraissent avoir motivé leur création; celle de l'est a été bâtie par le sultan Bayazid, et celle de l'ouest par le sultan Mourad. Entourées l'une et l'autre par des bosquets de cyprès et de platanes, elles restent encore aujourd'hui comme le lieu de pèlerinage et de promenade le plus fréquenté par les habitants. Dans d'autres quartiers, et surtout dans celui des eaux chaude?, de nombreuses plantations, disposées d'une manière pittoresque, forment d'agréables promenades qui contribuent à faire de Broussa une ville délicieuse entre toutes celles de la contrée. On distingue surtout la promenade du Tchamlidja dont les sapins séculaires offrent une ombre iro- Sénétrable; la nature seule fait les frais es embellissements de ces lieux champêtres; il faut cependant en excepter le kiosk d'Abdoul-Mumin, qui s'élève à l'entrée d'une des gorges de l'Olympe. Un café, placé près d'un ruisseau, réunit, les jours de fête, une foule nombreuse; mais là, comme partout ailleurs, chaque classe, chaque religion, a sa place choisie. Les Grecs ne se mêlent pas aux Turcs, les Arméniens aux Grecs. La pipe et le eherbet sont les délices que l'on vient chercher dans ce paradis, que parfois les lazzis d'un bouffon turc rendent plus bruyant que de coutume.
Les voyageurs devront aussi faire une excursion à la source appelée Ain- Assa, située à une demi-heure de la ville sur le penchant de l'Olympe ; c'est un bois de vieux châtaigniers dont les fruits sont célèbres par leur grosseur; une source abondante et limpide coule sous les ombrages au milieu des rochers de granit. Ce lieu est aimé des musulmans parce que le vieux derviche Emir sultan venait souvent s'y asseoir et méditer. Il avait l'habitude de rester longtemps appuyé sur son bâton de derviche. C'est en souvenir de ce fait que la source a pris le nom de Aîn- Assa (la Source du bâton)- L'autre forêt de châtaigne», non moins célèbre à Broussa, porte le nom de Sobran. Là il n'y a ni kiosque ni légende; mais une
e nature, dans toute sa sauvage aajesté, dédommage amplement celui qu i tfilé cette excursion.
Lti habitants jouissent avec calme natif» no plaisir extrême de toutes ki boites que la nature a répandues atfev de la ville. Il n'est pas un des mmto de l'Olympe qui n'offre aux jm quelque point de vue enchanteur. tonales essences de la plaine et de la ■ootftgoe, les cèdres et les cyprès, le àim et le platane , le châtaiguer et kfcftre s'y multiplient avec une abouti» et ooeséve incroyables. Il est rare km des forêts présenter réunis tant faire d une si belle venue, et chaque psqte Ton fait donne lieu à une surame nouvelle à la vue d'arbres gigani^8w qui portent plusieurs siècles w leurs dmes altières. Le pied de ces foto eu entouré d'une large ceinture feierdnre plus sombre et plus épaisse ; «ce n'est plus la nature seule, c'est ragricaîture et l'industrie qui veillent à b production de ces arbres exotiques.