LES MOSQUÉES DE BROUSSA
Si l'on s'en rapportait au dire des habitants, la ville de Broussa compterait au delà de trois cents mosquées ; mais dans ce nombre ils comprennent les petites chapelles ou mesjid , les sébilklian, où résident des derviches. Il n'y a pas en réalité plus de douze grandes mosquées qui aient un caractère monumental ; elles sont toutes l'ouvrage des sultans de Broussa, et depuis la prise de Constantinople , aucun, nouvel édifice religieux n'a été construit.
cabàctèbe de là mosquée turque.
Il y a longtemps qu'on l'a dit ; les Osmanlts n'ont pas d'architecture particulière à leur nation ; tribus de la tente, ils sont restés étrangers à l'art de bâtir, et leurs édifices publics sont l'ouvrage d'étrangers, d'architectes arabes ou persans d'abord, et d'architectes grecs ensuite. Aucun genre d'édifice ne peut mieux que les monuments du culte donner la preuve de ce fait.
Mahomet, qui dans son livre a réglé les plus intimes détails de la vie publique ou privée, n'a, pour les monuments religieux, rien prescrit que la condition de se tourner vers la Mecque en faisant sa prière, et l'ablution avant de la commencer. Tout lieu qui offrira de l'eau dans son voisinage et qui permettra de se tourner vers la Mecque pourra donc être un lieu convenable pour la prière. Le minaret, qui se présente comme le type le plus connu de l'édifice religieux musulman, n'est pas de prescription rigoureuse, et l'iman peut remplir son emploi même sur la place publique. Seulement, comme les chrétiens avaient pour usage d'appeler
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aux offices au moyen d'instruments de bois ou de bronze, il voulut que la voix humaine fût seule employée pour convoquer ses croyants.
Les premiers lieux de prière chez les Arabes furent simplement des enceintes carrées sur un côté desquelles était une pierre debout qui indiquait de quel edté il fallait se tourner pour faire uoe prière valable. Lorsque les Arabes, devenus maîtres des villes, voulurent construire des Djami (lieu d'assemblée), ils firent de vastes portiques entourés de pilastres ou de colonnes ; au milieu était une cour qu'on appela harem , c'est-à-dire lieu fermé. La niche qui indiquait la direction de la Mecque fut appelée mihrab. Ils imitaient ainsi les portiques des temples de PÉgypte et les agora, qui étaient nombreux dans les villes romaines ou byzantines. L'imam ou plutôt le muezzin montait sur la terrasse et convoquait le peuple aux heures de la prière.
un grand nombre de mosquées arabes et turques, bâties sur ce plan, subsistent encore dans le monde musulman. Les mosquées du Caire, celles d'Adana, de Tarsous, la grande mosquée d'Alger, celle de Tlemcen en sont des exemples.
Toutes sont antérieures à la prise de Constantinople. Plus tard, les Arabes ayant converti en édifices religieux quel-
3 lies églises byzantines, on construisit es mosquées sur le modèle de ces églises , c'est-à-dire que la grande salle de prière fut couverte d'une coupole et le harem forma une cour en avant de l'édifice. Dans les mosquées de cette époque, qui commence avec l'empire des Seljoukides , le pendentif n'est pas encore bien accusé. La coupole est basse et n'est pas éclairée par des fenêtres, et les ornements sont encore de style arabe. On peut citer comme exemples de ce genre d'édifice quelques mosquées d'Iconium , la mosquée du sultan Mourad et celle du sultan Bayazid à Broussa.
Chose curieuse, la ville de Constantinople ne contient pas un seul modèle de ce genre. Mais lorsque la capitale de l'empire byzantin tomba entre les mains des Osmanlis, Mahomet II, comme Ton sait, convertit au culte de l'islam la cathédrale de Sainte-Sophie. Dès ce jour toutes les mosquées qui furent cons-
truites dans l'empire Ottoman furent imitées de l'église de Sainte-Sophie, ou plutôt prirent le type de l'Église grecque de l'époque de Justiroen, c'est-à-dire une salle quadrangulaire décorée ou non de colonnes à fintérieur, mais toujours couverte par une vodte ou pendentif éclairée par de nombreuses fenêtres. Le harem précède la mosquée, et les nombreuses fontaines coulent aux alentours de l'édifice pour l'usage des croyants.
Cette loi de l'architecture musulmane est générale et absolue, et on ne peut citer aucune mosquée postérieure à ia prise de Constantinople qui soit bâtie en portiques; et réciproquement toute mosquée dont le dôme est éclairé par des fenétres.est certainement bâtie après
Le minaret, cette haute tour qui s'élève devaot la mosquée et qui donne aux villes d'Orient un cachet si original, n'a rien dans sa construction ni daos sa forme qui permette d'établir sur l'édifice auquel il appartient aucune donnée chronologique.
Les plus anciens minarets, ceux du Caire, ont la forme des tours carrées diminuant d'étage en étage; ceux du Maroc et de l'Algérie sont aussi des tours carrées sans aucun ornement. 11 faut aller vers l'Orient pour rencontrer les premiers minarets en forme de colonne ronde et élancée comme ceux qui accompagnent les mosquées de Constantinople. Cette forme paraît avoir été importée chez les Turcs par les architectes persans qui eux-mêmes l'avaient imitée des minarets de l'Inde. C'est, dirent les Thaleb, Mahmoud le Ghaznévide qui est l'inventeur de cette forme de minaret. Les Mongols et le prince Djibap schah, qui bâtit à Tabriz cette magnifique mosquée émail lée , l'ont transportée en Perse, où elle est d'un goût général. En effet rien n'est plus élégant que ces colonnes surmontées d'un léger kiosque, qui coupent les ligues horizontales des villes musulmanes. Cette forme de minaret a si bien été adoptée par les Turcs qu'ifs n'en ont jamais bâti que sur ce modèle ; quelques minarets des mosquées de Tarsous et d'Adana sont des imitations de ceux du Caire.
Telle est la règle générale qui peu* permettre à l'observateur de classer au
poÉr coup d'œiJ un monument religwn 4* musulmans. Nous pourrions «trer dans d'autres détails sur la forme de rare et la décoration , mais ce serait étalagerai] sujet de ce livre.
Von taons cependant faire cette rwarfie pour ceux qui s'attachent à Cette des monuments orientaux , c'est ¥*farc aigu des Turcs, n'est pas une «re comme nous l'entendons, c'est-à- «reformée par deux arcs de cercle, mais tetua arc plein ceintre dont la partie spe est formée par deux tangentes.
Il est une dernière observation a faire •rarehitecture des Turcs, c'est qu'ils «rejeté complètement l'arc en fer à «ni, e'est-à-dire à centre surhaussé gjte pratiqué par les Byzantins et «■N par tes Arabes , parce que cette «ne (Tare manque de solidité. Tous jwqtri oot étudié les monuments de rc^^ne et du Maroc savent combien jjfc«mne<farc a été généralement em-
OULOU DJÀMt.
lynode mosquée, Oulou Djami, est JM» le plateau central de la ville; *ww tous les quartiers environ- ***>« ferme comme le centre de pers- Ptotdi tableau pittoresque que preste raoeienne capitale des Osmanlis.
j*> noMuées sont ordinairement dé- "wpar le nom de leur fondateur ;
-».v.,«w pat .* OU1UIU fUUU-
2J£, commuée par Bayazid, fils de ■•■•■• «terminée par Mohammed Ier, J**»« ce dernier prince, ce qui ne ** F* empêchés de bâtir en leur rjtenom trois mosquées qui subsis- ■jf «core. Oulou Djami forme un quadrilatère d'environ cent mètres *J Jw*i divisé à l'intérieur en vingt- W*J^artiments, formés par autant rj»w«. Chacun de ces comparti- ?**** couvert par une coupole , à .^puon de celui du milieu, qui reste r* ouvert pour donner de l'air et de ^[^ à tout Intérieur. C'est ce qui étante, dans les anciens édifices de rWe, Phypètre ou harem. Au mi- ■* « eette petite cour intérieure s'é-
lève à hauteur d'appui' un bassin de marbre alimenté par une fontaine perpétuelle, et des poissons privés nagent avec sécurité dans cette eau limpide.
Pour empêcher les oiseaux d'entrer dans le temple, rhypètre est couvert par une grille de bronze. Les murailles du pourtour sont percées, à hauteur d'imposte, de fenêtres qui correspondent à chaque travée ; elles sont également fermées par des. grillages.
La forme générale de l'édifice est, comme on le voit, d'une grande simplicité et dénote un art tout primitif.
La niche appelée mihrab est tournée du côté du sud -sud-est, puisque c'est dans cette direction que se trouve la Mecque.
Les mollahs parlent avec admiration de la décoration première de l'intérieur de ce temple; tous les piliers étaient, - disent-ils, dorésjusqu'à l'imposte, et sur cette dorure serpentaient des arabesques entrelaçant les sura (chapitres) les plus renommés du Koran. La chaire à prêcher, que l'on appel le minnber, était rœuvre d'un sculpteur arabe très-renommé. Aujourd'hui ce luxe a disparu ; un badigeon blanc recouvre tous les pilastres et des chiffres formés de lettres mystérieuses, qui représentent les diverses vertus d Allah, sont les seuls ornements qui peuvent distraire l'œil du dévot musulman.
Deux grands minarets s'élèvent à droite et à gauche de la porte principale; ils ont la forme de colonnes cannelées; le chapiteau est remplacé par une balustrade à laquelle on arrive par un escalier intérieur. On voit encore sur la balustrade du minaret de droite le sy-
fihon qui, partant du penchant de l'Oympe, amenait les eaux jusqu'à cette plate-forme pour l'épancher ensuite en gerbes dans l'intérieur du temple.
Outre la porte principale, la mosquée a deux autres portes, celle qui est destinée au sultan quand il vient faire sa prière, et ceUe qui porte le nom de Mékéméh Capou si ( la porte du tribunal ).