‹ Asie mineureChapitre 66 sur 428 · LA VILLE DE DASCYLIUM ET LE LAC DAJCYL1TIS · texte numérisé non relu

LA VILLE DE DASCYLIUM ET LE LAC DAJCYL1TIS

Il y a dans la détermination positive du lac et de la ville de Dascyhum un curieux problème de géographie et d'histoire à résoudre. Les écrivains de l'antiquité n'ont laissé qu'un cahos dans les documents qu'Hs ont recueillis sur ces lieux; l'examen du pays n'a encore mis aucun observateur moderne sur k trace de la vérité. On ne peut cependant douter que la ville de Dascylium n'ait existé puisqu'elle était le chef- lieu d'une i grande satrapie sous l'empire de Darius. Quant aulne, il est mentionné tant i de fois par les historiens de l'époque romaine qu'on ne peut douter de son existence. À-t-il disparu ou fottt-il le confondre avec le lac d'Apollonias, c'est la question à résoudre. Dans l'état des connaissances géographiques de la contrée, il n'y a que deux lacs, celui d'Aboullonia et celui de Manyas. Si le lac Dascylitis a disparu, on doit trouver au \ moins sa place; nous allons résumer les renseignements que les anciens i nous ont laissés sur la ville et le lac de Dascylium (2).

La satrapie de ce nom comprenait la Mysie et la Bithynie. Du temps de Cyrus, Mitrobate, satrape de Dascylium, fat mis à mort par ordre d'Oretès, gouverneur de Sardes, pour lui avoir rait des reproches de l'enlèvement de Polycrate (3). Plus tard, après la soumission i de Tlonie, Dascylium était gouvernée par OEbarès, fils de Mégabize, l'auteur du bon rm>tcontrelesChalcédoniens(4).

Hérodote lui donne le titre d'épargne.

C'est entre les mams d'OBbarès que les habitants de Cyzique vinrent faire leur

(i) Voy, Baudrand en f?o5.

(a) Voy. plus haut p. So.

(3) Hérod., liv. III, ch. iio-i*6.

(4) Voycï page 7*.

«mon afant l'arrivée de la flotte es Pteniriens, qui s'emparèrent de twm le villes de la Chersonnèse (t), à rneeftknde celle deCardie (2). Cette écfùm Tille était voisine de Daseylium et cckÉe par ses eaux chaudes qui étant «si douces que du lait (3). Or bonis donne à eette dernière ville kÉrtéexép}, c'est-à-dire de bourg, de nfap; « qui prouve qu'elle était bien teint de son temps. De son côté, &a&e de Byxance (4) mentionne la îia de BrvIHs « dans le territoire de apelfe était la petite ville de Dascy- &■ «; il est, de plus, disposé à identifcrBrjtKs avec la ville de Cius. Tout m peut mettre sur la voie de l'emplaaaat de Daseylium. Cette ville était aria rire droite du Rhyndacus et, tf'après Meta , colonie desXolophoniens noBeMyrléa. On connaît une médaille portât nascription AaoxuX(T«i>v. S'il n'éûafwtkm que de la ville, il n'y aurait rin te surprenant qu'elle ait été ruiné? fcftad ea comble et qu'elle eût disparu & la surface du sol ; mais le lac dont il «taswvent question dans les auteurs «part voir eu le même sort sans tew de traces,

5ew rassemblons ici les principaux Plaies des auteurs anciens qui traita «ce lac; peut-être une exploration plas assidue de la province pourra- Mi* eeaduire à débrouiller l'obscurité W Penrironne.

Strabon en parlant des Âphnéens dit :

«fawnt nommes Aphnéens, nom qui "«t do lac Apbititis, car c'est ainsi ^'«itpelle le lac Dascylitis (5) ». Si *m prenons le texte d'Etienne de By- "**(«)♦ nous y lisons : « Aphneion, *&& Phrvgie près de Cyzique et de ^Wetapolis. Le lac aux environs de Cy- ^ s'appelle Aphnitis; il portait au- Pnraatie nom d'Artynia. « Jline ajoute encore à la confusion, suivant lui le Rhyndacus sort

fOBwodote, comme Strabon, voy. plus ^** p»çe S, ne connaît l'Asie Mineure 1* *m le nom de Chersonnèse.

(»}Hrrodote,lW. VI, ch, 33.

(V}PMUMias,liv. IV, cb. 35.

(l)Verbo Brylïuim.

<>)&rtb.,lit. XIII, 587.

16) Terb. Aphneïum.

du lac Artynia (I). Or comme ce fleuve traverse le lac d'AboulIonia, on serait tenté de conclure, en suivant fidèlement les textes, que le lac d'Apollonias (Aboullonîa) n'est autre chose que le lac Dascylitis.

Cependant un passage de Strabon (2), citant en même temps trois grands lacs de la Bithynieet de laMysie, nomme le lac Dascylitis le lac Apollonias et le lac Miletopolis. «Au-dessus du lac Dascylitis il y a deux autres lacs considérables : on nomme l'un Apolloniatis, l'autre Miletopolis.

« Près du lac Dascylitis est la ville de Daseylium; près du Miletopolis celle de Miletopolis et près de l'Apolloniatis est la ville d'Apollonia sur le Rhyndacus. »

Voici un autre passage de Strabon (3) qui augmente encore la difficulté; après avoir dit quelques mots du siège de Cyzique, il ajoute que les Cyzieéniens possédaient « une partie du lac Dascylitis, dont le reste appartient aux habitants de Byzance, une portion du pays des Doliones jusqu'aux lacs Mi' letopolis et Jpolloniatis». Il n'y a donc pas moyen de supposer que l'un des deux lacs eut jamais eu deux noms; de plus, le lac Dascylitis était assez étendu pour avoir été partagé entre deux peuples différents.

Maintenant, si nous reprenons le passage d'Hécatée que nous avons cité plus haut (4), le fleuve Odryssès, que l'on regarde comme le Niloufer actuel, viendrait du lac Dascylitis; or ce petit fleuve, comme nous l'avons dit, ne sort d'aucun lac. Le passage d'Hécatée, qui rappelle le culte particulier rendu à A po!lon par les habitants de cette partie de la contrée, serait en faveur de l'opinion de ceux qui veulent assimiler les deux lacs sans la difficulté que présente le texte de Strabon. Un passage de Plutarque, dans la vie de Lucullus(ô), n'est pas propre à éclaircir la question. « Il y a assez près de la ville de Cyzique un lac qui s'appelle Dascylitis, et qui est

(0 Liv. V, ch. XXXII.

(a) Liv. XII, p. 575.

(3) Strabon, XII, 576.

(4) Voy. page 114.

(5) Siège de Cy tique, fie de Luciilltts.

L'UNIVERS

navigable à d' assez grands bateaux. Lu* cullus fît tirer à terre un des plus grands, et le fit traîner sur un chariot jusqu'à la mer et y fit embarquer des soldats, etc. » Ce lac ne communiquait donc pas avec la mer. Un autre passage prouve que tous ces événements se passaient sur la rive gauche du Rhyndacus, c'est-à-dire en Mysie. Un corps de troupes de Mithridate, qui était sorti pour faire des vivres (\)A fut surpris par Lucullus et taillé en pièce. « Lu eu 11 us les atteignit près de la rivière du Rhyndacus et en fit un tel carnage que les femmes même de la ville d'Apollonia sortirent et allèrent dépouiller ceux qui revenaient chargés de vivres. Les deux villes et les deux lacs sont donc parfaitement distincts.

La ville de Dascylium a cependant subsisté sous l'empire byzantin-, elle était épiscopale sous l'archevêque d'Apamée ; voilà tout ce qu'on en sait. Ce qui a été écrit sur ce sujet dans les temps modernes n'est qu'un tissu d'erreurs. Selon Baudrand (2), cette, ville existe encore sous le nom de Diaschilo ; « elle est assez bien entretenue par les Turcs et située sur un cap du même nom entre Pruse à l'orient et Cyzique à l'occident ». Enfin une note de M. Gosselin, l'un des traducteurs de Strabon, ajoute à la confusion (3). • Dascylitis, dit-il, est une langue à l'embouchure du Nénufar (le Niloufer); elle conserve le nom de Diaskillo. » Cette note a été copiée par tous ceux qui dans ces derniers temps se sont occupés de la géographie de cette province; mais il n'y a aucun endroit moderne du nom de Diaskillo, et l'emplacement de la ville et son lac sont encore à retrouver.

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