LA VILLE ST LE LAC B APOLLON! A S (ABOULLON1A). — LE RHYNDACUS
Le lac d'Apollonias est situé entre la Propontide et les pentes septentrionales
(x) Cf. Strab., XII, 763.
(a) Ed. i68a.
(3) Strabon, traduction française , t. V, p. i»5.
de l'Olympe, à environ quinze mètres de la mer. Sa forme est t guiaire et son I pourtour estime trente-sept à quarante kilomètres côte sud-est accuse une ligne régulière, c'est celle qui regard montagne, et le terrain est formé alluvions charriées par les eaux côte nord, au contraire, est fortei découpée et remarquable par une 4 qu'île rocheuse devant laquelle est a la ville d'Aboullonia, l'ancienne A lonias.
La partie occidentale du lac n une rivière qui n'est autre que le A Rhyndacus et qui en sort pour aile jeter dans la Propontide.
Le lac est en outre alimenté pu fontes des neiges de l'Olympe qu printemps inondent tout le territ d'alentour. .11 est à remarquer qu courant qui entre dans le lac en :
presque avec le même volume d'eau qui semble indiquer que le fond du n'est pas alimenté par des sources ab dantes.
Une exploration hydrographique fleuve et du lac fut faite en avril V par la goélette de l'État la Mé*m qui vint mouiller au port de Catoun dans la petite lie voisine. Une fois bâtiment en sûreté, le commandant armer un grand canot, et en compag de quelques officiers, nous nous apf tâmes à remonter le fleuve dont cours à cette époque était à -peu p inconnu.
Le fleuve débouche dans la mer j une belle vallée qui forme une sotoû de continuité dans la chafne de m« tagnes de la Mysie : cette vallée cinq cents mètres environ de iarg les bâtiments d'un fort tonnage W vent remonter à environ dix kil mètres dans l'intérieur et stationne^ un village qu'on appelle Iskélé (1 chelle ) ; c'est là qu'est établi le bure de péage. Des balises placées de ai tance en distance indiquent les ban mobiles dans lesquels les bâtimes pourraient s'engager. Après avoir i monté environ six kilomètres, on ww sur la rive droite ( orientale ) Yevm chure du Niloufer qui n'a pas plus < quarante mètres de large. Le fleuve 1 resserre bientôt entre deux chaînes t
ISS
et son cours devient plus npàu Nos matelots mirent pied à tmt fotrhata-Ja barque, et nous armas» le soir méate au village d'Is- WiB e* situé à la base d'une mon-
S* et «arbre gris; cette roche paotttituer la chaîne qui court de raèwirare du fleuve jusqu'à Cyaae Notre intention était d'entrer «v le lac oTApollonias en remontant k Ifadarus ; nous naviguions toutm poussés par une forte brise du wi et loin de trouver aucun conte, le fleuve nous paraissait s'ébnj toujours; enfin nous aperçûmes, ^/ne hauteur, la ville de Muhalitch.* ^«e avions navigué plus de trente kitom sans savoir sur quelle nappe faisons étions; le courant qui se ■«fondait avec ce prétendu lac, était weat embarrassé par des lianes et tatrones d'arbres; nous n'aperceym la trace d'aucun être humain ; 'onp'eiifin nous pûmes mettre pied à ta* rt envoyer aux renseignements Jjnjoelques indigènes que nous aperfrg. Noos apprîmes que nous avions «pw longtemps dépassé le cours du Mmdacus et que nous naviguions sur «wwugherlé (la rivière des bufles) 1*'ieotde Simau).
H a'est pas rare de voir cette vaste ^■taionse reproduire au printemps n nouent de la fonte des neiges de lOirnoe, et les habitants la regardent JJJ"a « ; signe d'une année d'abon- ***• L'inondation couvrait tout le tmJ"de la plaine de Muhalitch et ^■Wait !es rives du lac avec celles «jSdDsottgherlé, de sorte que la petite w de Loupad se trouvait presque ^parles eaux.
Concourt séjour à Muhalitch, *« redescendîmes le fleuve sous la Jtorte(Tun homme du pays, et nous f**s mouiller sous les murs de topad.
k lendemain, après avoir reconnu «ooûtqui indique rentrée du lac, nous w«s mouiller dans les environs d'A-
wullouia.
JJjJfe guide nous avait quittés à ^J«*ure du Rhyndacus pour re- J^un convoi de paysans qui pa- £a,**nt étrangers au pavs; ils avaient * ««tome des Russes, *un bonnet de ..
fourrure et une grande veste de peau, de longues bottes leur montant jusqu'aux genoux. Ces hommes nous apprirent qu'eu effet ils étaient Russes.
Etablis depuis plus décent ans en Asie, ils avaient formé une petite colonie qui vivait en bonne intelligence avec les Turcs et jouissant de quelques immunités, notamment de pratiquer sans contrainte leur religion. Ils sont adonnés à là pèche , et se rendaient à l'embouchure du fleuve pour pécher l'esturgeon , dont ils fabriquent le caviar. Ce genre de poisson est en effet très-abondant dans ces parages, à tel point qu'on n'utilise que les œufs et que la chair est délaissée. Ces Russes habitent un village qu'on appelle Kosak keui, et qui est situé près du lac de Manyas. Ils possèdent quelques bateaux longs qu ils placent sur un train de quatre roues, mettent dedans leurs enfants et leurs ustensiles de pêche, et vont ainsi, selon la saison, pécher dans les différents lacs et cours d'eau de la contrée. Ils ignorent à quelle occasion ils sont venus dans ce pays ; les Turcs disent qu'ils se recrutent de déserteurs et de matelots russes qui viennent à Constantinople.Sout-ce d'anciens prisonniers amenés dans ces parages par les Turcs? ceci est plus probable.
Le lac d'Apollonias fut aussi appelé lac Artynia ; mais il finit par prendre le nom de la ville principale, construite sur ses bords et qui devint célèbre par le culte que l'on rendait à Apollon.
Le Rhyndacus portait aussi le nom de Lycus, que le* Grecs donnaient à tous les fleuves sujets aux débordements.
L'année précédente nous avions ex-
Sloré le cours supérieur du Rhyuacus, dont nous donnerons ici une courte description pour n'avoir plus à nous occuper du régime de ce fleuve.
Le Rhyndacus prend sa source dans le voisinage de la ville d'Aizani (1), aujourd'hui nommée Tcbafder bissar (le château du seigle). Ce territoire faisait partie de la Phrygie Épictète. Il sort d'une montagne calcaire appartenant au groupe du mont Dindymène à une hauteur de 1,085 mètres au-dessus
(i)Strob., XII, 576.
L'UNIVERS
de la mer, traverse la plaine d'Aizani dans la direction du sud au nord et après une course de vingt kilomètres, contourne un col peu élevé près de Sofon keui, qui sépare la plaine de Tchafdèr de celle de Taouchanli ( la ville des lièvres ), petite ville assez populeuse adossée au revers méridional du Toumandji dagh, un des contreforts sud -est de l'Olympe. La plaine de Taouchanli est bien cultivée et renferme plusieurs villages. En traversant cette plaine le fleuve prend son cours vers l'ouest et le nord-ouest, pour contourner le massif de l'Olympe, débouche dans la plaine aux environs du village de Kirmasli, et va se jeter dans le lac Apollonias vers l'angle sudouest. Pendant la saison des hautes eaux où nous nous trouvions, il ne nous fut pas possible de reconnaître dans le lac aucune espèce de courant ; mais l'inondation étant causée par la fonte des neiges, le volume du fleuve n'en était pas augmenté dans son cours supérieur.
L'accumulation des neiges dans ces régions et les rudes hivers de la Bithynie se représentent assez fréquemment; aussi les orangers et les plantes des contrées méridionales ne croissent-ils pas dans cette province. Plutarque (1) rapporte que pendant le siège de Cyzique Lucullus ayant fait une sortie pour se mettre à la poursuite des soldats de Mithridate « trouva les neiges si abondantes, le froid si âpre et le temps si rude que plusieurs des soldats, ne pouvant le supporter, moururent par le chemin ».
Nous n'avons, cependant, aucune preuve historique d'un froid continu de dix degrés centigrades qui eût infailliblement gelé le lac d'Apollonias; de mémoire d'homme la surface du lac n'a été entièrement gelée.
Mais l'inondation dont nous fûmes témoin, et qui au dire des habitants se renouvelle fréquemment, fut terrible en Tannée 268. Les Goths, qui faisaient le siège de Cyzique, furent surpris par un débordement des lacs et des fleuves; une partie de l'armée fut engloutie et le reste fut obligé de battre en retraite.
(«) Fie de Lucullus,
Cet événement se passait sons le de Claude le Gothique (1).
Dans toute l'étendue de son m depuis sa source jusqu'à sa sortie' lac , le fleuve ne reçoit aucun afQi
3ui porte un nom historique ; n ans son cours inférieur, il reçoit l'ouest une rivière considérable j s'appelait Megistus ou Macestus, et) jourd'hui Sou sougherlé. Nous n'au pas parlé du nom moderne du Rhyq eus ; on peut à peine dire qu'il en a i c'est-à-dire qu'il en change à chaj village. Dans les hauts plateaux on I1 pelle rivière de Thafdère; plus loin i la rivière de Taouchanli ; enûn au p bourg d'Edrenos le Rhyndacus pren< nom d'Edrenos tchaï jusqu'au lac A| lonias.
Ce n'est pas tout. A sa sortie du les habitants le confondent avec le cestus et l'appellent, jusqu'à la Sou sougher li (la rivière des bu!
ou des bœufs d'eau). Il faudrait dire téralement sou sécher li, segher, bœu sou seghrr, bœuf d'eau, sou segher tchaï. Ta rivière des bœufs d'eau ;voil pourquoi la géographie des Turcs es un cahos.
Celui qui n'a pas quelques notion de la langue ne saurait s'y reconnaître il y a cependant un avantage, c'est qu tous les noms de ville, de montagne o de fleuve ont une signiGcation prise d leur caractère saillant et cela se ûi très-bien dans la mémoire.
LB MACESTUS SOU SOUGHEBLE TCHAÏ.
« Le Rhyndacus prend sa source dai l'Aizanitide, après s'être grossi des eat de plusieurs fleuves de la Mysie Abre tène, entre autres de celles du Macestu
3ui vient d'Ancyra de l'Abasitide, :
écharge dans la Propontide près < l'île de Besbicus (2). » Ce court passa; de Strabon , d'une exactitude parfait nous a aidé à retrouver les sources < Rhyndacus et nous permettra desuiv sans difficulté le cours du Macestus, q porta aussi le nom de Megistus (3), sai
(r) Zonare, XII, i*>7.
\i) Strab., XII. 5:fi.
(3)Phne,liv, V, ch, 3«.
èrte parce qu'il était le «ours d'eau le ataetasidérablcdela Mysie Abrettène.
LeNacfftus prend sa source dans le te et Suas!, près du village du même mb eténv le voisinage duquel M . Haritoettiferminé la position d'Ancyre k ftm; et qui constate l'eiactitude de Skié*, le lac est alimenté par des wnèundantes. Au nord du village è Une km se trouve une gorge *■* par laquelle l'eau du lao s'é- «kappe avec impétuosité et ferme une onfe m milieu des rochers. Ce ruiswotia source du Maeestus. Dans *** cette région, il porte le nom de tel tebaj, arrose les plaines volcanipatà sont situés de nombreux vilm Ea passant près de la petite ville t&Bsoogberlé, il en prend le nom, fricMsem jusqu'à Mithaliteh; enfin « cette rille à la mer, après la jonction fcdetn rivières, le fleuve prend les noms fcHÉtatch tchaï et de Sou sougherlé.
ÎM le territoire arrosé par le Maces- ^aiairteBantà la Mysie Abrettène et «uPWyjpeÉpictète, nous les décrirons nota temps que cette dernière pro- *%.
APOLLONIAS.
b ptàe Hé sur laquelle la ville est J*t «rt située dans la partie nord-est zj*;dfe * environ cinqj kilomètres de J'^feiace.On y arrive au moyen f * pent de bois en mauvais état. La 2£jH*« séparée du continent, était ^■J6** une forte muraille flan- U***1*** dont quelques spécimens rtsîeo*'acore en place ; mais toutes ces °**/*fou ne datent pas de la pé- ^.Wieeique; on peut reconnaître f**« parties construites avec des **5*i antiques et qui datent de la JJ** byzantine. Il ne reste dans l'in- 2» «« cette bourgade , qui a rem- JJ* Tancienne Apollonias , aucun r****} digne d'être observé ; ce fut ■ m de refuge , pendant le temps t'ijNision musulmane, pour les r**J[a«*t populations chrétiennes.
■**• «e Prose ou d' A pâmée.
J«noinbre des petites lies qui éinart-
* «snrfwe du lac , il en est une qui ™ des traces évidentes de construc-
* Uleaiques ; eUe est entourée d'un
quai en solide maçonnerie qui s'élève de plus d'uu mètre au-dessus de l'eau ; la forme de l'Ilot est un rectangle terminé par un hémicycle. Les restes qu'on remarque dans son enceinte se composent de colonnes et de pans de murailles qui ont sans doute appartenu au temple d'Apollon ou peut-être de Diane ; l'îlot s'appelle aujourd'hui Kiz-Ada si (l'îlot de la fille ou de la vierge). Est-ce un souvenir de la divinité grecque ?
On cite un grand nombre de médailles de cette ville, tant autonomes qu'impériales; le revers porte quelquefois la figure du fleuve Rhyndacus couché et appuyé sur une urne; c'est le symbole aApollonia ad Rhyndaeum, epitbète donnée à cette ville pour la distinguer des autres du même nom. D'autres médailles portent au revers la figure d'Apollon près duquel est un trépied.
Le temple d'Apollon dont nous avons parlé est représenté sur une médaille de Caracalla ; il est à quatre colonnes, ce qui s'accorderait assez bien avec la nature des ruines que l'on observe dans l'île.
Il faut que les habitants de la ville moderne se soient attachés à détruire les inscriptions; car les anciens Apolloniates mettaient le plus grand soin à confier au marbre les faits notables de leur cité. Dans plusieurs villes d'Asie et notamment à Éphèse on observe des inscriptions votives dédiées par les habitants d'Apollonie sur le Rhyndacus ; et Arundell cite une inscription de cette ville copiée à Dioaire l'ancienne Colossae , votée par les Apol- Ioniates.
* Le peuple des Apolloniates sur le « Rhyndacus honore TibériusClaudius, « fils de Tibérius Cyréna Mithridate, « grand prêtre d'Asie , leur protecteur « et leur bienfaiteur, et en reconnais- « sance de ses services lui ont élevé « une statue par les soins d'Apollo- « nius, le plus distingué de leurs con- « citoyens (1). »
Du temps des empereurs romains, tout ce territoire appartenait à Cyziaue (2). A l'époque byzantine, la ville était épiscopale sous la métropole de
(i) Arundell, Stven chtwcfte*.
(a) Strab., XII, 5;5.
L'UNIVE&S.
Nicomédie; ce privilège a maintenant passé à Ghio. Il n'y a à Apollonie
3u'une pauvre église à peu près aban* onnée.