CHAPITRE V
LES CABB1ÈBBS DE MABBBK.
Après plus d'une heure de marche , nous pûmes jouir, en arrivant au sommet, de l'aspect de la plus grande partie de l'île. Aussi loin que la vue peut s'étendre , on voit le terrain couvert de monticules composés uniquement de recoupes de martre. Plus de mille carrières partielles ont été ouvertes à différentes époques. On saurait difficilement dire quelles sont celles qui datent du temps des Grecs et des Romains, car le même système d'exploitatiou a été suivi, et il est encore en usage aujourd'hui.
Ce n'est pas l'aspect imposant des carrières de Synnada , dont les flancs sont taillés à pic dans une hauteur de plus de cent mètres, comme un mur d'une seule pièce , et la montagne di- • visée en vastes salles, où l'écho se joue de mille façons. Ici chaque carrière ne paraît pas avoir fourni plus de vingt à trente mètres cubes, après quoi elle était abandonnée ; et cependant, depuis les temps les plus reculés , cette île est en exploitation. Nous fîmes une lieue au milieu des pierres tranchantes et des anciennes carrières; tantôt le marbre a été tiré des tfancs de la colline , tantôt ce sont de grands trous à fleur de terre, d'où la pierre a été extraite.
La cote de l'île est peu accidentée.
Une langue de roches et quelques îlots plus au large forment une espèce de port à la pointe N.-E.; mais du haut de la montagne où nous étions, les eaux nous paraissaient trop profondes pour
3u'on pût y mouiller. Nous redescendues sur la côte £. de l'île, dans un village appelé Palatia, sans doute à cause d'un antique édifice qui est encore debout. Je suis porté à croire que ce village est sur l'emplacement de la nouvelle Proconnèse , résidence habituelle du procureur impérial. Le monument antique de Palatia se compose de deux épaisses murailles construites en moellons de marbre, avec plusieurs rangs de
L'UNIVERS
briques intercalées (I). Une seule fenêtre , dont le cintre est en briques , existe encore.On n'y voit aucun ornement sculpté. H est difficile dédire si c'est un palais ou une forteresse. De grands radeaux attachés sur la plage servent à embarquer les marbres que Ton porte à Constantinople.
En continuant la route vers le sud, on arrive aux carrières que Ton exploite actuellement : elles sont entourées de collines de recoupes, au milieu desquelles sont établies quelques cabanes de forgerons, qui font et réparent les outils des ouvriers. Ces carrières sont situées à 140 mètres environ au-dessus du niveau de la mer ; on a établi une grande pente avec des débris de marbre. Les blocs sont portés jusque-là sur des rouleaux, après quoi on les abandonne à leur propre poids. On y exploite en ce moment des blocs peu considérables, des dalles et des pierres de tombeaux
' pour Constantinople. Le marbre est d'un blanc éclatant, saccharoïde, à cas-
' sure franche et sonore. On détache au ciseau le bloc de la montagne , après
3uoi on l'enlève de son lit par le moyen e coins de fer.
Les îlots qui entourent 111e de Marmara appartiennent tous au même système de terrain de transition , calcairemarbre, reposant à nu sur le granit; mais les cotes sont beaucoup plus découpées , et offrent d'assez bons mouillages aux barques ; celui que l'on appelle Pacha- liman appartient à Tîle Elaphonnesus. Ce nofn paraît usurpé, car l'îlot est trop découvert et en même temps trop exigu pour avoir pu nourrir des cerfs; peut-être y trouvait-on des chèvres sauvages et des mouflons, ou de ces moutons sauvages semblables à eux que Ton voit dans plusieurs Iles de l'Archipel, comme Antimilo, Nicaria et Upsi. Dans tous les cas, je regarde cette question des deux Proconnèse comme étant encore inexpliquée. Les anciens exploitaient encore des marbres dans d'autres îles du voisinage.
L'île de Tbasos fournissait un marbre statuaire dont les carrières furent découvertes par les Phéniciens (2), et le
(i) Voyez la planche 43.
(a) a J'ai vu moi-même ces carrières, et j'ai
marbre fut appelé par les anciens : Ma mor Thasium. Pline (1) dit que le dm bre de Thasos était d'une couleur moi bleuâtre que celui de Lesbos; les a cophages que i'ai observés en graj nombre dans l'Ile de Thasos sont d'i marbre statuaire blanc, d'excellei qualité, moins pailleté que celui de M; mara , et ressemblant à celui que I antiquaires sont convenus d'appel grechetto, expression qui n'offre ai cun sens : la pâte de la roche est ass compacte. Il est certain que ce mari était en grande estime chez les Romaii puisqu'il est souvent cité par les i teurs (2). Pausanias (8) assure qt n'avait pas moins de prix aux yeux <j Athéniens qui en firent faire deux staty en l'honneur de l'empereur Hadrie et les placèrent dans le temple de Ju| ter Olympien.
Le marbre de Lesbos, marmorU bium, était d'une couleur plus plomtj que celui de Thasos. Les carrières di vent être cherchées dans la parties de l'île, vers le lieu appelé port Olkiet c'est là que se trouvent les gisemw calcaires : tout le reste de l'île esH canique. Philostrate (4) observe que couleur de ce marbre est la plus ol cure de tous les marbres blancs; I anciens en firent un grand usage po la construction des tombeaux, et I statuaires l'employèrent avec succè car on cite comme étant de ce marb la statue de Julia Pia et la Vénus « Capitale.