CHAPITRE VI
ITINÉBAIBE DE MDHALITCH A Cl ZIQUE.
Quoique le cabotage de la mer Marmara soit aujourd'hui réduit à tri peu de chose, il est toujours possible louer une barque pontée pour aller i siter les ruines de Cyzique ; on peut i lâcher dans les différentes fies de
surtout admiré celles qui forent déeourei par les Phéniciens. » (Hérodote, h>. VI, 4
(i) Pline, liv. VI, ch. VI.
(*) Senec., Ep'ut. LXVIII.
(3) Liv. 1«% ch. 18.
(4) Vies des Sophistes, Ub, U.
Pnpiitide, et aller mouiller à Artaki, met ville située sur la côte sud-ouest de ffe de Çvzique. Quand on veut s'y rendre pr terre, il faut. remonter jusqu'à Mtthaftàet delà faire route vers le sud. la petite ville de Aïdindjik est éknmkïmt heures de marche de Mu* w; oo commence à descendre le Macestos jusqu'à sa jonction avec le Itodaeus; la route se dirige d'abord «ettaord-ouest à travers une riche puise couverte de plantations de mû mh ;oo traverse ensuite sur un bac m petite rivière assez profonde mais p rapide, appelée Kara déré sou qui wt « lae Manyas, éloigné d'environ ptre heures de marche. Le petit vil- !«deKara-Keui est situé sur la rive éoitede la rivière; le coup d'oeil de «totlaioe est champêtre et pittoresque eto&ele tableau d'une riche végétation.
b ligne sauvage est suspendue en fefon aux branches des arbres et le sol « «rtert des fleurs les plus variées.
h route continue dans cette direcfrfl jwpi'à ce qu'on rencontre une 1 igné fc «Urnes, après avoir franchi quelques <*n d'eau descendant des montagnes kaé» qui sont dans l'éloignement. fr tarerse ensuite une vallée étroite fit étend au loin à droite, et l'on arw a village appelé Doughan hissar, 'M dtâteau du faucon). Une tour constate iut me éminence s'élève au mikjto village. En continuant dans la *■* direction, on traverse une autre wfc monticules qui forment la côte or*tti(hi lac Manyas.
, ^o«etièreturc, qui se trouve sur *foitei contient quelques fûts de fl*°°wi brisées. La route passe sous ••ttwrbaissé, construit en pierre, et fj° observe quelques restes d'une < qui indique le passage d'une e route. Les collines jusqu'à
iboonar sont généralement dénu- * stériles. Le village d'Acha ' contient une vingtaine de mai-
» et autour de la fontaine on re-
' un amas de marbres brisés et
belles corniches. Six kilo-
ires plu loin, au pied d'une autre
t de collines se trouve le village de
*« keui, dans le voisinage duquel on roerse un ruisseau qui coule du nprd ■ njuieu <Tun terrain accidenté et se
précipite par une gorge rocheuse dans le lac Manyas. Ce cours d'eau prend sans doute naissance dans les collines
Îmi bordent la mer de Marmara , qui ont face à l'extrémité orientale de la presqu'île de Cyzique.
Dès qu'on a Quitté Deblé keui, la route prend une direction plus nord. On continue de monter graduellement sur un terrain couvert de gazon, dont la pente est au sud. De hautes collines s'élèvent du côté du nord et du nordouest, au-dessus desquelles on aperçoit les montagnes de Cyzique. Bientôt la nature des roches change; on a abandonné le terrain volcanique, et l'on arrive sur le terrain de marbre cristallin qui compose les collines de droite, mais
2ui est recouvert par plusieurs bancs 'argile diversement colorée.
On arrive enfin , après huit heures de marche, dans les jardins et les vergers d'Aïdinjik et l'on entre dans une vallée bien cultivée qui descend doucement vers la mer dans la direction du nord-nord-ouest.
Aïdinjik est située sur les collines de l'est et contient environ cinq cents maisons presque toutes turques. C'était autrefois le chef-lieu d'un district appartenant à un des émirs compagnons de Toursoun. Cette petite ville avait à cette époque une certaine importance.
On y voit encore six mosquées et des bains publics. Dans presque tous ces édifices on a employé comme matériaux bruts des fragments d'architecture tirés des ruines de Cyzique. Aujourd'hui les transactions commerciales et surtout le trafic avec l'intérieur ayant pris une autre direction, cette petite ville est tombée dans un état d'abandon et de pauvreté.
Un village appelé Erméni keui est situé tout à fait sur la côte, et dans le voisinage de l'isthme se trouve le village de Panormo. Mais ces deux endroits n'offrent aucune ressource et les étrangers sont obligés d'aller demeurer dans la petite ville d' Artaki, située sur la côte occidentale de 111e de Cyzique.
La route d'Aïdinjik à Artaki longe les bords de la mer. Toute cette région est couverte de vignobles et de grands arbres fruitiers. On traverse ensuite Pisthme sablonneux qui joint Cyzique
byCÎ&ogk
L'UNIVERS
au continent, et en remontant vers le nord on entre dans le territoire de File. Tous les versants des montagnes sont cultivés en vignobles et produisent le vin d'Artaiu, qui s'exporte à Constantinople. La fertilité de ce territoire est due à la nature granitique du sol qui renferme une notable quantité de feldspath décomposé. La vigne est soignée avec beaucoup d'intelligence; elle est taillée chaque année contrairement aux usages de presque tous les pays méridionaux, qui laissent pendre ta vigne en festons le long des arbres et chaque taille du cep est couverte par une petite couche de bitume tiède qui empêche l'évaporation des sucs de la plante; mais la qualité du vin ne répond pas à celle du raisin, les habitants n'usant que de procédés imparfaits, les tonneaux sont presque inconnus et la récolte est vendue Tannée même de la production.
ABTACB. CYZIQUB.
L'île de Cyzique appartient au petit archipel qui occupe le milieu sud de la mer ne Marmara. Toutes ces îles ont été formées dans la même période géologique. Le soulèvement du granit a fait surgir le marbre blanc, et en quelques endroits le calcaire schisteux ; c'est-à-dire que ce soulèvement appartient à l'époque de transition. Le granit et le calcaire se retrouvent dans les montagnes de la côte, et paraissent se rattacher aux contre-forts inférieurs du mont Ida. Les versants septentrionaux de cette montagne sont de gneiss et de micaschiste ; les volcans n'apparaissent que sur son revers sud. Mais ces crêtes sont la limite du terrain primordial, car toute la côte de l'Hellespont, ainsi que les terrains de la plaine de Troie jusqu'au promontoire Lectum (Baba), appartiennent au système tertiaire très-récent ; il en est de même des atterrisements considérables qui ont changé la forme des côtes , et qui peuvent être rangés parmi les terrains contemporains. Le détroit qui séparait du continent l'île de Cyzique a d'abord été assez considérable; mais peu à peu les terres charriées des montagnes de part et d'autre ont rétréci cet espace , de manière que les Grecs ont
pu y jeter un pont, et plus tard les remous des deux golfes ont amoncelé des algues et des galets qui ont fini par combler ce détroit, et par le changer en un isthme qui a aujourd'hui un mille et demi de large.
Strabon (1) paraît insister singulièrement sur cette particularité que la montagne qui forme le centre de l'île n'a qu'un sommet. Vue du côté de la ville, elle se présente en effet comme uo cône légèrement aplati sur ses flancs ; mais, dans son travers, ce cône se divise eu plusieurs groupes, dont l'un domine la ville d'Artaki. Le sommet de la montagne est couvert de bois , ou plutôt de broussailles, parmi lesquelles se remarque l'arbousier, le térébinthe , le chêne, le laurier et l'olivier sauvage.
Nous avons vainement parcouru les vallons supérieurs , et questionné tons les bergers que nous avons rencontrés ; nous n avons obtenu aucun indice de ruines qui auraient pu exister dans les lieux élevés de la montagne, où les anciens plaçaient le temple de la Mère des dieux. Partout nous avons retrouvé h granit comme base du sol ; le marbre calcaire gris n'apparaît que dans les contre-forts du côte du village d'Artaki, et compose presque entièrement les deux rochers, dont l'un porte spécialement le nom de Pile d'Artaki.
Indépendamment des deux grands ports formés par le golfe d'Artaki et celui de Panormo, à l'est et à l'ouest du nouvel isthme, l'île de Cyzique eu a deux autres, l'un appelé Tarrbodia, ou plutôt Rhodia (t& Pw&tât) (les Grenades), où peuvent se réfugier les petits bâtiments pendant les orages , si fréquents sur la Propootide. Noos y avons mouillé avec ta Mésange pendant les coups de vent de l'équînoxe de 1835. Le fond est de bonne tenue; mais les cartes marines étaient alors fort inexactes ; on ne pouvait trouver ee port qu'à l'aide d'un bon pilote. L'autre port, situé à l'est de la presqu'île, portait anciennement lenomdeParnormo, qui lui est commun avec un grand nombre d'autres ports en Asie et en Europe. Aujourd'hui les bâtiments' n'y mouillent plus. Le nouveau village
(i)XII, 5?5
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parte le nom de Erméni keui ; on y trccye quelques antiquités.
Aruii, l'ancienne Artace, est voisroe de Cjrzique , et en était comme l'alaol-port; cette ville remonte à une trè-âsde antiquité ; elle est mentionvtim fois par Hérodote (1) , et nobsKot dans la guerre des Perses.
I0 Phéniciens, dît-il, après avoir mis If ftfl dans tous les lieux oui avaient & abandonnés par leurs habitants , se portèrent sor Proconnèse et Artace, et mlèrent ces deux villes (2). La montre qui domine le port et l'Ilot voisin paient aussi le nom d* Artace (3).
Cetait, dit-il, une colonie des Milé- 8H»;elle était distante d'un stade de Qaque (4). Cette distance est trop aorte .* nous comptons sur notre carte Ai golfe 9,375 mètres jusqu'à la pointe &Craaoe appelée Bal-Riz.
la Tille d' Artace était sur un cap s'a- T3oç»t vers le sud-ouest, et l'Ilot du owenom n'en est séparé que par un *wt canal. Pline (5) mentionne en »5ffle temps cette ville et ce port, «à comme n'existant plus de son ^ Il est possible qu'à une certaine Pûflfc, la prospérité de Cyzique ait ikfrbé complètement ces petits postes , & aîaient dû souffrir horriblement Miot la guerre de Mithridate. Ce- Nant sous" les empereur» byzantins , «même avant cette époque, Artace ^ une certaine importance , et Ç^ât présenter quelques monuments Jjwe. Les fortifications gui sont ÎJJP8» et qui ont été décrites par ftft*to et Lucas comme des restes ^îfiques d'ouvrages grecs, ne sont ^des tours byzantines, si ce n'est J*00*», faites avec de riches débris "(Ncbitecture provenant sans doute de ^Jjoe. On y voit des colonnes can- ■vj^ à la grecque , des blocs de cor- ^te encore intactes, employées ttrome matériaux bruts. Les tours «M à bossages, et ont bien résisté; vm «s courtines sont en démolition complète, et plus d'un musée pourrait
(Oiit.rv,ch. xnr.
fol". VI, ch. XXXIIL 3)Str»bon,XII,576.
*) Stepb. Byz. V. Artace.
(5)Li*.V, eh. XXXII.
s'enrichir des débris qu'on en tirerait. . Dans une vigne qui domine la petite ville moderne, on peut observer un beau mur en blocs irréguliers et bâti tout en marbre blanc ; ce vestige peut être considéré comme un des plus beaux restes de l'ancienne Artace, peut-être antérieur à l'invasion des Phéniciens. Il parait dès lors constaté que cette ville était bien dans l'île même de Cyzique , mais non pas dans l'îlot qui commandait la rade, et qui d'ailleurs est seulement capable de contenir un château.
Dans un autre îlot, qui n'est à vrai dire qu'un rocher, il y a une source vénérée* des Grecs, qui lui attribuent différentes vertus; on l'appelle Ayasma ( la Fontaine sainte ) . Il est question dans quelque auteur ancien d'une fontaine de Fîle de Cyzique , qui avait une certaine célébrité (1); peut-être est-ce l'origine de la renommée que celle-ci a conservé jusqu'à nos jours parmi les Grecs superstitieux.
Le golfe d'Artaki est aujourd'hui complètement abandonné de nos navires, qui ne trouvent plus aucune sorte de chargement à faire dans cette contrée déserte.
En suivant les sinuosités de la côte , on traverse plusieurs petits cours d'eau qui descendent de la montagne sur le penchant de laquelle est bâtie Cyzique, et que les Grecs appelaient Arcton- Oros ( la Montagne aux Ours ), peut-être avec autant de vérité que le rocher Elaphonnesus.