Plutarque, Pericl., XXXII
On avait attribué à Aspasie la guerre de Samos; on devait lui attribuer aussi la guerre du Péloponnèse. En 432, Périclès fit voter, sous prétexte de certains griefs publics, un décret par lequel les Mégariens étaient mis au ban de la moitié de la Grèce. Les marchés d'Athènes et de ses cités tributaires leur seraient fermés; tout Mégarien pris sur le territoire de l'Attique serait mis à mort; les stratèges, à leur entrée en charge, devaient jurer d'aller deux fois
dans Tannée ravager la Mégaride. Ce décret eut les plus graves conséquences puisqu'il fut, non point précisément la cause, mais l'occasion de la guerre du Péloponnèse. Or, voici ce que racontèrent les ennemis de Périclès : « Des Mégariens sont venus enlever deux des courtisanes qu'Aspasie entretient dans sa maison. Aspasie se courrouce, Périclès l'Olympien lance la foudre, et la guerre est allumée*. »
Outre que cette anecdote paraît peu vraisemblable en soi, de si grands effets n'ont point de si petites causes. Sans doute le fait d'avoir accueilli des esclaves fugitifs et de s'être approprié un terrain appartenant aux Grandes Déesses d'Eleusis, seuls griefs invoqués contre les Mégariens, ne motivait pas la rigueur du décret; mais ce n'étaient là que des prétextes. Depuis plusieurs années la guerre s'annonçait, fatale, inéluctable, entre Athènes et Sparte. L'al-
1. Aristophane, Acharn.^ V. 520, sqq. Plutarque, Perte/., XXX. Georges le Syncelle, p. 253.
liance contractée avec Corcyre, en 433, précipita les choses en irritant les Corinthiens et en inquiétant Sparte. Pour se venger de l'appui donné aux Corcyréens, les Corinthiens firent révolter Potidée, ville tributaire d'Athènes. Par représailles, les Athéniens rendirent le décret contre Mégares, la fidèle alliée de Corinthe *.
Ces graves événements survinrent presque aussitôt après les trois procès de Phidias, d'Anaxagore et d'Aspasie, et au moment même où Périclès était sous le coup d'un procès en reddition de comptes. La coïncidence, qui est en efifet malheureuse, ne pouvait manquer d'être remarquée. Ainsi se forma chez le peuple cet autre soupçon, que Périclès provoqua les hostilités pour se maintenir au pouvoir en se rendant indispensable. Vraisemblablement, entre ces procès et le décret de Mégares, il y eut plutôt coïncidence que corrélation. Un
1. Thucydide, I, 32-33, 56, 67, 139-140, 11, 31; Diodorc de Sicile, XII, 3^39.
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doute subsiste néanmoins, et Ton peut admettre que, d'une part, la situation difficile où Périclès se trouvait alors, d'autre part un sentiment très défendable, quoique très personnel, influèrent sur sa conduite.
Périclès avait soixante-cinq ans ; la guerre lui paraissait inévitable dans un temps donné : ne valait-il pas mieux pour les Athéniens qu'elle éclatât lui vivant? Les grands hommes sont naturellement portés à identifier leur propre intérêt avec l'intérêt public.
La guerre commença. Les Athéniens eurent d'abord l'avantage. Us investirent Potidée, occupèrent Égine et Platées, prirent Prasies aux Lacédémoniens, chassèrent la flotte péloponnésienne des eaux de Céphallénie, envahirent la Mégaride, ravagèrent les côtes de l'Argolide, de la Laconie et de la Messénie. Mais ces succès remportés au loin ne compensaient pas les calamités qui s'abattaient sur Athènes.
Deux fois les Lacédémoniens entrèrent en Attique, forçant les habitants à se réfu-
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gier derrière les murs de la cité. Leurs demeures, leurs terres, leurs mines d'ai^ent abandonnées aux dévastations de l'ennenii, ils bivaquaient misérablement sur les places, autour des temples, entre les Longs Murs. Soudain la peste éclata avec une intensité inouïe au milieu de cette population agglomérée dans un |)elit espace et déjà affaiblie par les soufiFrances et les privations. Il mourut un nombre énorme de personnes. On ne pouvait suffire aux incinérations ni aux inhumations; les rues étaient jonchées de cadavres*.
Cette horrible épidémie, l'invasion de TAttique par les Péloponnésiens, les ravages qu'ils y exerçaient, tous ces maux, joints à la perspective d'une longue guerre, provoquèrent une irritation générale contre Périclès. Ses adversaires politiques en profitèrent. Le procès en reddition de comptes qui lui avait été intenté quelque temps