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li CLÉOPATIIE.
ses épaules, il franchit la porte du palais, alla droit à rappartement de César et déposa devant lui ce précieux fardeau*.
Aphrodite était sortie, radieuse, du sein de la mer; Cléopâtre sortait plus modestement d'un sac. Mais César n'en fut pas moins ému de la surprise et ravi de lapparition^. Cléopûire, qui avait alors dix-neuf ans, était dans la fleur de son étrange et séduisante beauté. Dion Cassius appelle la reine d'Egypte la plus belle de toutes les femmes : xspixaXXtJTar/j Yjva'.xwv. Mais Plutarque, qui ne se contente pas d'une épithète pour la peindre, s'exprime ainsi : « Sa beauté n'avait rien de si incomparable qu'elle provoquât l'admiration ; mais par le charme de sa physionomie, la grâce de toute sa personne, l'attrait de son intimité, Cléopâtre laissait un aiguillon dans l'âme. » Voilà le vrai portrait. Cléopâtre n'avait pas
1 . Plutarque, Cœsar, LIV. Cf., Dion, XII, 34, et Lucain, X, V. 59, sqq..
2. Plutarque, Cœsary LV; Dion XLII, 34. Cf., Lucain, X, tr. 74, sqq.. '
la beauté souveraine ; elle avait la suprême séduction. Victor Hugo disait d'une célèbre femme de théâtre : « Elle n'est pas jolie, elle est pire. » Ce mot si suggestif pourrait s'appliquer à Cléopâtre. Plutarque ajoute, et son témoignage est confirmé par Dion, que Cléopâtre parlait avec une voix mélodieuse, d'une douceur infinie ^ Ce renseignement est bien précieux au point de vue psychologique. Certes, ce n'était pas un des moindres attraits de la sirène du Nil, que ce charme de la voix, don divin si rarement départi, pure et pénétrante caresse, ravissement de tous les instants.
Ce premier entretien entre César et Cléopâtre dura vraisemblablement fort avant dans la nuit. Ce qui est certain, c'est que dès les premières heures du jour, César fit appeler Plolémée et lui dit qu'il devait se réconcilier avec sa sœur et l'associer au trône. « En une nuit, dit Dion Cassius,
1. Plutarque, AntoUij XV ; Dion, XLII, 34. — Voir sur riconpgraphie de Cléopâtre Tappendice IV.
César était devenu l'avocat de celle dont il se croyait naguère le juge*. » Ptolémée résistait aux ordres peu déguisés du consul, lorsque Cléopâtre ayant été introduite, le jeune roi, fou de colère, jeta son diadème aux pieds de César et sortit du palais en proférant les cris : « Trahison ! trahison 1 aux armes! » La multitude s'ameute à sa voix et marche contre le palais. César ne se sentant pas en force (il avait pu réunir seulement quelques manipules de légionnaires) monle sur une des terrasses et, de loin, harangue la foule; il réussit à la calmer par ses promesses de faire tout ce que voudront les Égyptiens. En même temps, ses légionnaires, qui arrivent du camp, entourent le jeune Ptolémée, l'isolent de ses partisans et avec toutes sortes de marques de respect le font, bon gré, mal gré, réintégrer le palais où il va servir d'otage à César ^.
1. H; fàp StxaaTr,? ttpétspov i^ÇtoOto eîvai, t6ts Taurrj (njveôtxet. Dion, XLII, 35. Cf. Plutarque, Cœsafj LV; Lucain, X, v. 74, sqq.